Notice historique sur Saint-Marcel (Haute-Saône)

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Notice historique sur Saint-Marcel
1888


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Présentation de la notice historique de Jules Roy[modifier]

La notice historique sur Saint-Marcel écrite par l'instituteur de la commune, Jules Roy, en 1888, mérite notre attention pour les raisons suivantes :

a) elle rappelle en un condensé intéressant l'origine gallo-romaine de Saint-Marcel : le village cité dés le 6e siècle dans les anciennes chartes sous le nom d'Albiniacum Villa est reconnu par tous les historiens comme le village de Saint-Marcel.

b) elle retrace le développement du village à l'époque médiévale autour de son prieuré fondé par l'abbaye Saint-Bénigne de Dijon et dédié à Saint-Marcel.

c) elle retrace par le détail la résistance des habitants, durant la période révolutionnaire, pour conserver leur curé insermenté et refuser le curé assermenté que l'administration tentait d'imposer.

d) mais le principal intérêt de cette notice porte sur la démographie, l'éducation, l'économie du village au XIXe siècle à l'époque contemporaine de Jules Roy.

Évidemment ceci ne constitue pas un ouvrage d'historien : la notice comporte certainement des erreurs, des conclusions hâtives : il est par exemple imprudent d'affirmer sans aucune réserve que, autrefois, le village était bâti sur le coteau de Rossey : c'est une hypothèse vraisemblable, sans plus.

Cette notice nous renseigne aussi sur certains détails archéologiques : l'emplacement de l'église et du cloitre du prieuré, les éléments qui nous sont parvenus  : les deux maisons qui faisaient partie du prieuré constituent un patrimoine architectural intéressant. Mais on peut regretter qu'aucune description des deux anciennes églises du village ne soit faite dans cette notice : l'église priorale, vendue comme bien national puis détruite à l'époque révolutionnaire et l'ancienne église paroissiale, détruite en 1843 pour faire place à l'église actuelle étaient, toutes deux, de style gothique ; la préservation de ces deux églises aurait constitué un patrimoine architectural des plus intéressant ; on ne trouve aucune mention non plus, dans la notice, d'une pièce de grande valeur issue de l'église priorale et qui se trouve aujourd'hui dans l'église paroissiale : la Vierge du Prieuré.

L'auteur manifeste, dans certains passages, ses idées républicaines et laïques avec beaucoup de passion, ce qui a amené mon grand-père, Henri Guillaume, qui détenait le manuscrit, à amputer celui-ci de quelques pages dans lesquelles Jules Roy vilipendait les gens d'église : ces pages n'offraient aucun intérêt historique mais ce détail est une bonne illustration des luttes politiques entre cléricaux et anticléricaux à la fin du XIXe et au début du XXe siècles.

Il est à noter également qu'il n'est fait nullement mention d'une émigration importante des habitants de Saint-Marcel vers les États-Unis au milieu du XIXe siècle : l'auteur l'ignorait-il ou cette émigration n'a-t-elle concerné qu'un nombre restreint de familles ?


Je retranscris donc cette notice sans y apporter aucune modification : il s'agit d'un document précieux pour tout habitant ou originaire de Saint-Marcel qui s'intéresse à ses racines.

Août 1997 Jean-Marie Guillaume


Préface[modifier]

Nous n'avons pas la prétention d'écrire un livre.

Notre situation, notre rôle, nos talents ne nous le permettent pas.

Nous avons voulu seulement retracer, réunir en quelques pages, les évènements importants qui ont eu la localité pour scène ; faire revivre les personnages qui en ont été les acteurs et en perpétuer le souvenir dans la postérité.

Mu par ce motifs et invité par nos supérieurs, nous avons consulté les archives communales et la tradition ; nous avons en outre parcouru les histoires de Jonvelle, de Jussey, de Cemboing et le Dictionnaire des Communes de la Haute-Saône.

C'est sur ces documents et sur les récits des vieillards que nous avons écrit cette notice historique.

Si nous sommes quelquefois en contradiction avec les auteurs qui nous ont éclairé, ce n'est ni par vanité, ni de parti-pris, mais pour rester dans le chemin de la justice et de la vérité.

"A qui aime la vérité d'un amour digne d'elle, a dit Louis Blanc, qu'importe l'opposition de la terre entière, si, sur un point donné, la terre entière se trompe ou ment ?"

"Un honnête homme n'a peur que de lui-même."


Août 1888 Jules Roy


Temps anciens[modifier]

Ancienneté de Saint-Marcel - Son emplacement - Preuves à l'appui - Destruction - Les chartes - Usurpation - Les moines de Saint Bénigne de Dijon - Fondation d'un prieuré - Prérogatives


Saint-Marcel est un des plus anciens villages du département. Nos vieilles chartes en font mention dés la seconde moitié du VIe siècle et le désignent sous le nom d'Albiniacum villa.

En effet, Gaudin et Lautrude, de la première noblesse de Bourgogne ayant hérité de ce domaine à titre de franc alleu, le donnèrent en 579 aux Bénédictins de Saint-Bénigne de Dijon sous le même bénéfice.[1]

S'il faut en croire la tradition, le village était bâti à cette époque sur le versant sud et sud-ouest du coteau de Roussey ou Rossey, de Maupas et des Montants, qui est à 400 mètres Ouest du village actuel, et à environ 200 mètres Sud de la route départementale de Jussey à Dampierre-sur-Salon, la première établie dans le département de la Haute-Saône.

Si l'on visite l'endroit que nous venons d'indiquer, on remarque sans peine que le sol semble plus riche, plus fertile qu'aux alentours ; qu'il renferme en quantité encore assez considérable des débris de tuiles romaines qui révèlent l'emplacement d'une certaine agglomération de bâtiments importants détruits, selon toute probabilité, pendant les guerres qui ont dévasté à plusieurs reprises le royaume de Bourgogne sous les fils de Louis le Débonnaire, avant le traité de Verdun (843), ou lorsque ce pays eut à subir les incursions normandes à la suite du siège de Paris, par la permission de Charles le Gros.

Ce qui contribue enfin à établir d'une manière irréfutable que le lieu cité précédemment est bien l'emplacement d'Aubiniac, ce sont les ossements humains, les pierres éparses portant la trace du feu, et l'avant-bras d'une statue en plomb qu'on a découverts à une profondeur de 1m50 dans les champs du voisinage concédés aux sociétés d'extraction de phosphates fossiles. Les ouvriers ignorants occupés à ce travail dans le cours de l'année 1884 ont brisé ces fragments pour en faire le partage ; de sorte qu'aujourd'hui l'archéologie se trouve privée d'un trésor précieux pour le rétablissement d'un passé encore plein de ténèbres.

Au lieu-dit Maupas, on a trouvé, il y a une douzaine d'années, une sorte de niche remplie de cendres, comme on en voit dans les maisons des campagnes à côté de l'âtre.

De plus, la dénomination de Roussey ou Rossey, donnée à la partie du territoire où se trouvait la villa d'Albiniacum, ne veut-elle pas dire lieu brulé, terre roussie, malgré les assertions qui voudraient prétendre lui appliquer celle de terre rousse ou terre légère ?

A l'appui de cette opinion, nous pourrions avancer, qu'au moyen-âge surtout, les dérivations ont varié à l'infini, et que les commentateurs se sont souvent livrés à des traductions fantaisistes.

La tradition transmise de génération en génération s'est aussi beaucoup altérée et les noms se sont tellement corrompus qu'ils n'ont presque rien conservé de leur radical primitif.

L'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon perdit, puis rentra plusieurs fois en possession de son domaine d'Aubiniac, ainsi que le mentionnent les chartes du moyen-âge.

En 877, un capitulaire de Charles le Chauve prescrivit autoritairement à Boson, son beau-frère et son ministre, fondateur du royaume de Bourgogne Cisjurane, de restituer aux Bénédictins de Saint-Bénigne les domaines dont on les avait dépouillés subrepticement ; il cite formellement Albiniacum dans le comté Portois ; "in Pago Portensi".[2]

En ces temps de troubles et de violences, des seigneurs avides s'étaient de nouveau emparés de la terre d'Aubiniac et refusaient de la restituer. Guillaume, abbé de Saint Bénigne de Dijon, sollicita l'appui de son cousin Otton-Guillaume, comte de Bourgogne, et de Brunon, évêque de Langres [3] ; il le conjura plusieurs fois de lui faire rendre justice. Son désir fut enfin accompli. Otton força les usurpateurs de restituer à l'abbé de Dijon les biens que leur octroyaient les chartes précédentes, et il y ajouta comme faveur compensatrice les églises d'Enfonvelle (Offonis Villa), de Cemboing (Cimbinno), de Noroy-lès-Jussey (Duellaris Villare) avec tout ou partie de leurs domaines et revenus : "in Pago Portuensi Albiniacum Villam in proestaria datam et longiquitate temporum perditam (1003)".[4]

Cette restitution fut même le sujet d'un procès très célèbre et quelque peu scandaleux entre les moines de Dijon et l'abbaye de Luxeuil. Gain de cause resta à l'abbé de Dijon, grâce à l'éloquence de Saint Bernard et à l'intervention du pape.

Rentré en possession de son domaine, l'abbé y fonda un vaste monastère de son ordre, avec des cellules pour les religieux, dans l'espérance que ceux-ci, placés sur les lieux, feraient respecter plus facilement ses droits, tout en administrant le domaine au mieux de ses intérêts.

Cinquante ans plus tard, l'empereur d'Allemagne, Henri III, dit le Noir, cédant aux instances d'Agnès d'Aquitaine, sa femme, du comte Renaud 1er et de l'archevêque Hugues 1er, confirma deux fois les moines de Dijon dans la possession de tous leurs biens de Bourgogne (1053 et 1056) ; et l'archevêque de Besançon, Guillaume d'Arguel, reconnut cette dotation par une charte de 1114 ; enfin les bulles pontificales de 1124, 1177 et 1193 vinrent y ajouter leur suprême autorité.[5].

Moyen-Âge[modifier]

Les franchises et privilèges du prieuré - Confirmation des prérogatives - Redevances éventuelles - Libéralités - Relations et transactions - Juridiction attributive du prieur - Dévastation de la Bourgogne - Nécrologe


Le prieuré de Saint-Marcel fut longtemps conventuel avant de devenir rural. Enrichi par les comtes de Bourgogne, il demeura toujours sous leur garde et il en reçut des franchises et des privilèges les plus signalés. Ainsi le prieur, avec les hommes de Saint-Marcel, de Noroy et de Cemboing était exempt des contributions militaires. Ces franchises furent respectées pendant les troubles des treizième et quatorzième siècles.

En 1395 Marguerite de Bourgogne, qui gouvernait le Comté en l'absence de Philippe le Hardi, son époux, confirma les anciens privilèges accordés à Saint-Marcel, défendit à tous ses officiers d'y porter atteinte, et fit apposer ses armoiries et panonceaux sur les maisons des religieux, pour les garantir contre la violence et les rapines des gens de guerre.

En 1421, Philippe le Bon, par une ordonnance adressée au Histoire de la parlement de Dole, ratifia la charte accordée par sa mère. Déjà l'année précédente, il avait donné l'ordre à ses gens d'armes, alliés et sujets, de n'imposer ni logements ni subsides militaires aux hommes du prieuré de Saint-Marcel, ni les charges excessives que les guerres précédentes avaient fait peser sur eux. Néanmoins, dans les cas graves et pressants, ils payaient les taxes demandées, soit pour la guerre, soit pour l'université de Dole, soit pour le mariage des princes.

A l'exemple du suzerain, les seigneurs de Bougey, de Chauvirey, de Faverney, de Fouvent, de Cemboing et quelques autres du voisinage de Saint-Marcel, comblèrent à l'envi le prieuré de leurs bienfaits en tout genre, dont les titres remplissent son cartulaire que l'on peut voir aux archives du Doubs. Comme le fait remarquer fort justement M. Suchaux dans son dictionnaire historique, nous ne saurions comprendre pourquoi il n'a pas été réintégré dans les archives de la Haute-Saône par les soins de l'administration départementale.

En 1217, Guy de la Résie, co-seigneur de Bougey, quitta au prieuré le ces annuel d'une voiture de vin, "una charreya". Mais cette concession n'était rien moins intéressée : Gislebert, abbé de Saint-Bénigne et le prieur de Saint-Marcellin, avaient promis en compensation, qu'ils feraient entrer dans un monastère la petite-fille du donateur. Ce projet n'ayant pas reçu d'exécution, la famille exigea à titre de dommages-intérêts, la somme de quinze livres estevenantes, avec un muid pair de froment et d'avoine, mesure de Jussey (1242).

Le couvent de Cherlieu et celui de Saint-Marcel firent ensemble de fréquentes transactions. En 1251, l'abbé Guillaume ascence à perpétuité aux Bénédictins de Saint-Marcel la Grange de Valotte (Vilotta) et un champ sur Montigny, puis trois muids pairs de froment et d'avoine. De plus, en échange de ce qu'ils possédaient entre Montigny et Cherlieu, en hommes, terres et maisons, il leur quitte les trois pairs de Valotte, et il accorde à leur moulin de l'étang de Noroy, situé entre ce village et Montigny, des droits de pâturage très étendues et l'usage du mort-bois dans la forêt voisine, appelée le Chêne-Gilbert, depuis la Saint-Martin jusqu'à la Saint-Jean-Baptiste.

Cette grange de Valotte dont nous venons de parler et dont on voit encore des restes de fossés au lieu-dit "Le Closey", était une maison forte selon les uns, un couvent de femmes selon les autres ; nous inclinons à croire que ce ne pouvait être qu'une ferme fortifiée.

En consultant les pièces d'un procès survenu entre l'acquéreur de cette propriété et la commune, nous avons lu que le fossé en question "n'est point fait pour servir de clôture au champ du demandeur ; mais une dépendance d'un ancien château fortifié."

Le géomètre Leblond appelé pour la circonstance, mentionne dans le procès verbal annexé à son plan dont nous donnons ici une copie , que "cet ancien fossé a différentes largeurs depuis une perche jusqu'à deux perches (ancienne mesure de Bourgogne) ainsi que le plan le désigne, lequel se trouve malgré qu'il paroit beaucoup rempli, d'environ sept à huit pieds plus bas que le pâtis qui le joint, et d'environ quatre pieds au-dessus du Closey.

"Le talus dudit fossé joignant le pâtis a de large depuis six pieds jusqu'à treize pieds suivant le plus ou le moins que ce fossé est rempli. Il paroit que ce fossé a été fait à cause des bâtiments qu'il renfermoit. On ne pratique pas des fossés de cet espèce pour clore un héritage."

Le prieur de Saint-Marcel était seigneur et avait rang dans états généraux de la province comme titulaire de Saint-Marcel, Cemboing, Noroy-lès-Jussey, etc. En 1290, les revenus du monastère s'élevaient à cinq cents livres estevenantes (7500 francs). Le supérieur avait aussi la totale justice, le droit de sceau, de corvées et de tailles sur les villages de Saint-Marcel, Noroy et Cemboing, comme on le voit par des titres qui embrassent les années 1266 - 1430.

Le même supérieur avait le patronage des trois églises des paroisses ci-dessus ; il en partageait le casuel avec les curés selon le règlement établi entre eux en 1304.

"La plupart des prieurs appartenaient aux premières maisons de Comté, de Bourgogne et de Lorraine. Ils étaient inhumés dans l'église du prieuré. A partir de 1544, Saint-Marcel eut seulement des prieurs commendataires ; mais la vie conventuelle n'y cessa qu'après la fameuse guerre de dix ans ; le cloitre et les cellules furent démolis vers 1680. Le prieuré rural subsista toutefois jusqu'à la révolution.

"Son dernier prieur portait le nom de Colbert ; il est le trente-unième sur le nécrologe du monastère, qui embrasse six-cent quatre-vingts ans (1109 - 1789)".[6]

Entrainés par le courant des idées libérales, les prieurs de Saint-Marcel surent accorder à propos les franchises réclamées à plusieurs reprises par les habitants du lieu. Tous ces droits portaient le sceau du prieuré avec la légende : Sigillum prioratus Scti. Marcelli.

Nous empruntons à l'histoire de Jonvelle et nous donnons ci-dessous la liste de tous les prieurs connus de Saint-Marcel :

  • Lembert vers 1109
  • Halinard vers 1140
  • Frédéric 1226
  • Jacques 1286
  • Guillaume 1291
  • Guillaume de Vadans 1307
  • Aimé de Rye 1334
  • Humbert de Poitiers 1357
  • Pierre de Rupt 1395
  • Jean de Chairey 1400
  • Jean de Bourbonne 1410
  • Aimé de Moutrion 1417
  • Jean de Thoissy 1420
  • Jean de Saint-Jean-de Losne 1423.

Il fut convoqué par le duc de Bourgogne aux états de 1424.

  • Guy de Vaudrey 1431
  • Guillaume de Beauffemont 1486.

Il fut inhumé au chœur de l'église prieurale, en 1500 [7]

  • Richard de Trestondans 1531
  • Antoine de Mypont 1525.

Il fut appelé par Charles Quint aux états de 1530 et de 1533. Dernier prieur conventuel, il fut inhumé au chœur de l'église, sous une tombe qui représentait un religieux bénédictin, avec cette épitaphe : ""Cy gist noble et scientifique personne frère Antoine de Mypont, docteur ez droits, en son vivant prieur d'Esclans et sacristain de Saint-Bénigne de Dijon, et jadis général prieur dudit lieu, qui trespassa le neuvième de mars 1547. Dieu ayt son âme. Amen."" [8]

  • François d'Igny, premier prieur commendataire, nommé par le pape 1544
  • Marc de Rye ....
  • Thomas ...
  • François Claude Ladvocat, clerc bisontin, nommé par le cardinal de Givry, évêque et duc de Langres 1552
  • N...., sacristain de Saint Bénigne 1572
  • Ferdinand de Rye 1580.

Né vers 1556, il devint successivement prieur de Saint-Marcel, prieur d'Arbois (1584), haut doyen du chapître métropolitain, évêque de Césarée, abbé de Cherlieu et de Saint-Claude, archevêque de Besançon (1586), et abbé d'Acey (1615). Il mourut en 1636. [9]

  • Henri Othenin ...
  • Marin Boyvin, nommé sur la présentation de Philippe IV, roi d'Espagne 1656
  • Egidius Brunet, nommé sur la présentation de dom Le Tellier, abbé de Saint-Bénigne 1670
  • Durand de Remilly, parent de Brunet, lui succéda par résiliation 1710
  • Pierre-Jean de Siry, abbé de Saint-Etienne et chanoine d'Autun, successeur du précédent, par résiliation ...
  • François-Gabriel-Eleonore Jouffroy d'Abbans, chanoine de Saint-Claude 1785
  • Alexandre Colbert, dernier prieur.

Temps modernes[modifier]

Dévastations de Louis XI - Invasion de Wolfgang - Ruine et dépopulation - Tremblecourt et Henri IV - Guerre de dix ans - Invasion française et suédoise - Passage de Turenne - Famine et peste - Conquête de Louis XIV - Représailles - Améliorations - Aliénation du domaine royal - Vénalité des charges et offices


Pendant que les Armagnacs et les Bourguignons ensanglantaient la France de leurs luttes fratricides et de leurs assassinats, et plus tard sous Louis XI, le Comté de Bourgogne eut à essuyer de grands désastres. Pendant plus de dix ans, notre malheureux pays, écrasé d'impôts, désolé par la peste et par la famine, fut livré au brigandage des Ecorcheurs et d'autres pillards.

En 1475, la contrée respirait un peu, les villages commençaient à se repeupler, lorsque Georges de la Trémouille-Craon, envoyé par Louis XI contre les Bourguignons pendant l'absence du duc, son ennemi, dévasta Jonvelle, Jussey, Saint-Marcel, Noroy, Montigny, Bougey, Cemboing, Cherlieu, etc ... . ne laissant derrière lui que des ruines fumantes.

Dans le "conterôle" établi par les "gens et conseillers de Monseigneur le duc de Bourgoigne" sur la situation des gens d'église du bailliage d'Amont, à la suite de ces dévastations, on trouve à l'article de Saint-Marcel et Noroy :

"Sainct-Marcel et Noroy - Messire Jehan Guilleminot, presbtre curé dudit lieu et de Noroy, qui ne vault de présent riens, pour ce que l'église et tout le villaige ont esté bruslés; mais en temps de paix elle vaillait environ XX fr.

"Le prioré de Sainct-Marcel, en temps de paix, vaillait environ cent cinquante livres ; mais de présent il est tout bruslé et deffaict".

En 1569, pendant les guerres de religion, le comté eut à subir une nouvelle invasion : Wolfgang, duc de Deux-Ponts, avec 15000 huguenots, parcourt le pays ; tous les villages des bords de la Lanterne et de la Saône sont pillés et réduits en cendres. Saint-Marcel et la splendide w:abbaye de Cherlieu subissent le même sort.

Hélas ! quelque intérêt que Philippe II d'Espagne portât au Comté, il était trop loin pour en surveiller efficacement la défense et l'administration.

Abandonné à lui-même, notre malheureux pays devint la victime des embarras de son souverain, dont les ennemis devaient se venger sur elle pendant un siècle encore.

Les campagnes, sans cesse foulées, demeuraient presque sans culture. Aussi, la famine et la cherté dépassèrent-elles tout ce qu'on avait vu depuis depuis cent ans ; "et par ce, disent nos annales, avaient été obligés et contraincts les povres habitants dudit pays, de vivre de chardons et d'autres herbes, ou de viandes inaccoutumées".

Vingt-cinq ans plus tard (1595), les hordes de Tremblecourt allumèrent encore l'incendie dans notre contrée. Saint-Marcel subit un pillage horrible. Partout régnaient l'épouvante et le désespoir ; et les habitants, emportant ce qu'ils avaient de plus précieux, fuyaient au fond des bois, se réfugiaient dans les cavernes, pour y trouver un asile contre la violence et la rapacité du soldat [10]. "De quoy advertis, dit Jean Grivel [11], que ce pays se laissait ainsi piller et sauvager sans aulcune résistance, les circonvoisins y accoururent, et se joignirent à l'ennemy tant de canailles du castel de Langres, du Bassigny, du Barrois, du duché de Montbéliard et d'autres lieux mal affectionnés à ce pays qu'ils se trouvèrent bientôt plus de dix mille hommes, quasi tous montés de chevaux qu'ils avaient robbés çà et là, et munis des armes qu'ils avaient butinées".

Le traité de Vervins ayant rétabli la paix entre la France et l'Espagne, notre province fut délivrée de ses frayeurs (1598).

Aucune des invasions précédentes n'avait causé autant de terreur que cette dernière. Le nom de Tremblecourt, le souvenir de ses crimes et de ses cruautés, sont restés vivants dans nos localités ; ils inspirent encore des sentiments d'horreur, de haine et de vengeance. Sous ce rapport, la tradition n'a rien perdu de son énergie ; et les vieillards, qui ont entendu leurs ancêtres faire le récit de ces évènements tragiques, le racontent à leur tour avec des gestes d'animation et de menace.

Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, ayant conspiré contre Richelieu, s'enfuit en Franche-Comté où il trouva un asile généreux (1631). Cette hospitalité fut considérée comme provocatrice et criminelle par le terrible cardinal, qui voulut s'en venger en faisant la conquête de notre province. La guerre qui s'ensuivit fut appelée la guerre de dix ans. (1636 - 1646).

Les armées de Bernard de Saxe-Weimar et du maréchal de la Force s'étendirent sur les deux rives de la Saône et saccagèrent les environs de Jussey, Chauvirey, Bougey (1636) pour se dédommager des échecs qu'ils avaient subis devant ces trois places bien défendues et bien fortifiées. Pendant ce temps, le prince de Condé attaquait Dole. Les Croates, les Allemands et d'autre partisans étrangers, sous les ordres de Gallas [12] et du duc de Lorraine, marchant au secours de Dole, (mai 1636) achevèrent de ruiner le pays "qui ne fut plus qu'une libre curée pour ces étrangers auxiliaires, pires que des ennemis, que la seule avidité du butin retenait sous les enseignes ; et, pour comble de malheur, ils ramenèrent sur nous les armées française et suédoise.

"La moindre dévastation de ces pillards fut celle des vignes dont la récolte fut dévorée en une matinée. [13]

Le 12 septembre 1636, Turenne entra dans Jussey et Cemboing, qui furent mis à sac ainsi que les villages voisins.

Les habitants de Saint-Marcel avaient fui de toutes parts, les uns dans les bois, les autres au-delà de la Saône ; le reste s'était réfugié au couvent des Capucins de Jussey. Ils furent investis et obligés de se rendre.

Après avoir débloqué la place de Jonvelle, découragé des échecs désastreux qu'il avait subis et de la ruine de sa belle armée, comme de sa gloire militaire, Gallas reprit le chemin de l'Allemagne, laissant cinq ou six mille hommes pour la défense de la Franche-Comté, suivant les conventions de Colombier et de Charriez. (janvier 1637).

Dépeuplés par la famine, la peste et la guerre, les villages voyaient croitre l'herbe dans les rues. Le pays venait de passer deux années désastreuses ; il était ruiné.[14] Les laboureurs n'avaient pu ensemencer leurs terres ni en automne ni au printemps ; ils furent réduits, pour ne pas mourir de faim, à manger les bêtes mortes, la chair humaine ; on vit des mères, des frères, tuer et manger leurs enfants, leurs sœurs. C'était partout l'image de la mort. [15]

Plusieurs de nos villages conservent de ce désastre un témoignage muet et néanmoins bien éloquent, dans leurs registres de baptêmes de cette époque funèbre.

Ceux de Saint-Marcel ne mentionnent aucun acte antérieur à 1653.

Pendant six ou huit ans, le village n'a dû être qu'un monceau de ruines ; et ce n'est probablement qu'après les traités de Westphalie (1648), que le prieuré devint rural, et que les Bénédictins y appelèrent des habitants, les aidèrent à reconstruire leurs demeures et les firent cultiver leurs terres. Selon la tradition, ils donnèrent dans la suite à chaque famille pauvre, un boisseau de terre (4 ares) dans leur champ de Rondey.

Lors de la conquête de la Franche-Comté par Louis XIV, les habitants des villes et des campagnes émigrèrent en grand nombre. Le pays resta longtemps attaché par le cœur à l'Espagne, se raidissant par une sourde et énergique rancune contre ses nouveaux maitres. On pouvait voir alors, aux embranchements des routes, aux carrefours, les cadavres des paysans réfractaires pendus aux arbres par les dragons de Louis XIV.

Beaucoup se faisaient inhumer la face contre terre, dernier sentiment de dédain et de haine pour les Français, et, en même temps, dernière marque d'affection à leur chère patrie !

Plus d'une fois aussi, les soldats du roi sont tombés sous les balles des paysans embusqués dans les taillis qu'on fit défricher à une certaine distance de chaque côté des routes qui les traversaient, afin de mettre un terme à tous ces désordres.

A plusieurs reprises, sous le nouveau gouvernement, l'administration communale subit des modifications ; les villes principalement perdirent les privilèges dont les avaient dotées les précédents souverains. La charge de maire devint vénale, tandis que les conseillers continuaient d'être élus par les habitants notables. Au bout de quelques années de ce genre d'administration, les communes rentrèrent dans leurs anciennes coutumes, moyennant rançon. Le roi trouvait par ce moyen l'argent nécessaire pour subvenir aux frais écrasants de ses guerres incessantes.

L'édit de 1703 ordonna dans toute la France l'aliénation des seigneuries, justices et châtellenies royales.

Le village de Saint-Marcel, dont la redevance était de quatre-vingts quartes de blé, (32 hectolitres) en ce qui concernait le prieuré, eut pour acquéreur le greffier Claude-Philippe Vautrain, de Saint-Marcel. L'adjudication se fit au Louvre, en présence de l'intendant royal de Franche-Comté.

Néanmoins, il faut convenir que notre pays ne devint prospère qu'après la réunion définitive au domaine royal.

L'agriculture, l'instruction, le commerce et l'industrie, tous les autres intérêts matériels et moraux, trop longtemps laissés en souffrance par le gouvernement espagnol, furent améliorés ou créés sous l'action des hommes auxquels Louis XIV doit d'avoir été le plus grand monarque et en même temps le plus grand despote de l'Europe : Colbert, Vauban et Louvois.

Époque Révolutionnaire[modifier]

Contradictions sur les causes de la Révolution - Considérations Générales - Préparatifs des États Généraux - Élections des représentants - Destruction du prieuré de Saint-Marcel - Les prêtres assermentés et insermentés - Reproduction de documents - Agitation - Incidents divers - La patrie en danger - Les volontaires - La terreur - Quelques faits d'administration municipale


Des mains criminelles ou ignorantes ayant détruit les documents pouvant servir à l'histoire locale de cette époque, il ne nous sera pas permis de la traiter comme elle le mérite. Nous devrons souvent nous borner aux renseignements que la tradition, toujours bizarre ou infidèle, du reste, nous a transmis plus ou moins directement.

Nous lisons dans l'histoire de Jussey par MM Coudriet et Chatelet "que les causes de l'esprit révolutionnaire qui s'infiltra au sein de la population agricole franc-comtoise, sont le séjour prolongé des garnisons, la franc-maçonnerie militaire, l'esprit de révolte né du philosophisme voltairien, l'oubli du respect envers l'autorité, la licence scandaleuse des classes élevées, les honteux excès de la régence, les impôts écrasants, la disette, les guerres ruineuses, etc." Sans entrer dans des considérations choquantes à l'égard des auteurs que nous venons de citer, n'est-il pas permis d'avancer qu'ils ont voulu rapetisser, avachir en quelque sorte les conceptions et les principes de 1789, en omettant à dessein les causes naturelles, patentes, fatales même, qui les ont fait éclore ; et qu'ils ont traité avec une légèreté bénévole, un aveuglement passionné et mesquin, une prétention ridicule et calomnieuse, les grandes choses accomplies par nos pères, et dont eux, fils de serfs affranchis ont été les premiers à profiter.

Les causes directes, capitales qui ont renversé l'ancien régime sont tous les abus qui accablaient nos aïeux : dîmes, corvées, insolence de la noblesse, despotisme du clergé, privilèges aux grands, charges écrasantes aux petits, impunité aux seigneurs, rigueurs extrêmes aux fils de la glèbe ; elles se résument en une seule qui les renferme toutes : l'oppression de dix siècles.

Si quelques-uns de ceux qui ont fait la révolution ont commis des fautes, des crimes, il faut les flétrir ; mais "ne confondons pas dans une même réprobation les vertus et les vices, les actes héroïques et les crimes que, dans son cours orageux, le torrent charria pêle-mêle. La première condition pour être libre, c'est d'être juste."

Ajoutons à cette citation de Louis Blanc, cette autre de Mme de Staël :

"Aucun peuple n'avait été aussi malheureux depuis cent ans que le peuple français. Si les nègres, à Saint-Domingue ont commis plus d'atrocités encore, c'est qu'ils avaient été plus opprimés."

Cependant Louis XVI se voyait obligé de convoquer les états généraux. Déjà les assemblées primaires s'étaient réunies pour nommer leurs représentants aux assemblées baillagères, et préparer les cahiers de doléances.

La communauté de Saint-Marcel, faisant partie de la prévôté de Jussey, choisit pour délégué Simon Jacquinot, et, après avoir dressé son cahier de doléances, nomma Marcel Mairet, chirurgien, comme représentant à l'assemblée baillagère de Vesoul.

En 1790, le département de la Haute-Saône ayant été partagé en six districts, Marcel Mairet fut encore choisi pour faire partie de l'administration du district de Jussey. La même année il représentait sa municipalité aux fêtes de la Fédération à Paris.

L'année [792 vit disparaitre ce qui restait du prieuré de Saint-Marcel. Les terrains, l'église, les ruines du cloitre, divisés par lots, furent vendus à vil prix, et bientôt il ne resta plus de cet important établissement religieux que la maison de ferme, dont une partie, transformée et restaurée, appartient aujourd'hui à M. Guillaume-Royer. On y remarque de belles caves, solidement construites, et s'étendant sur toute la longueur du bâtiment. La pierre formant clef de l'arceau de la porte de grange représente le blason martelé du dernier prieur de Saint-Marcel, Alexandre Colbert, avec le millésime 1773. Dans un des murs de la maison voisine, faisant aussi partie du prieuré, existent deux figures en relief ainsi qu'une croix de Saint-André. Elles proviennent de l'ancienne église paroissiale démolie en 1843. D'après la tradition locale, ces deux figures seraient celles du seigneur et de la dame qui possédaient la terre de Saint-Marcel au neuvième siècle et qui ont fait bâtir la première église paroissiale.

Les personnes que nous avons consultées à ce sujet nous ont déclaré que ces figures faisaient partie de la maçonnerie extérieure du chœur. (Voir la présente notice aux pages ).

C'est en 1791 que se firent à Jussey, chef lieu du district, les nominations de prêtres constitutionnels, par suite de la destitution des titulaires réfractaires.

La commune de Saint-Marcel obtint pour curé le capucin Henry, de Raincourt, qui démissionna peu de temps après son installation, par suite du mauvais accueil qu'on lui fit ; il ne fut pas plus heureux à Blondefontaine et à Raincourt, son pays natal.

C'est à propos de ces tracasseries que le district adressa aux municipalités de son ressort, la circulaire suivante :

Jussey, 15 septembre 1791,

"Nous apprenons qu'on insulte M. votre curé et qu'on le menace même d'excès plus graves, soit dans sa personne, soit dans ses biens. Vous devez réprimer ce désordre et le prévenir avec le plus grand soin. Tous les citoyens ne sont-ils pas sous la sauvegarde de la loi ? Réfléchissez que vous êtes personnellement responsable de pareils abus. lisez cette lettre à l'issue de la messe paroissiale de jeudi prochain (8 septembre), et que vos habitants s'abstiennent désormais de tout attroupement qui nous forcerait à déployer contre eux la force publique."

Signé Boband-Berthod

Saint-Marcel n'avait pas recouvré la paix après le départ du capucin Henry. Menacés d'un autre constitutionnel par les élections qui allaient se faire le 11 mars 1792, les municipaux de cette commune, confiant dans les lois récemment décrétées, adressèrent la protestation suivante aux membres du directoire de Jussey :

"Notre cure n'est point vacante ; elle est occupée par un sujet dont les talents et les vertus ont toujours fait régner parmi nous les bonnes mœurs, l'amour de la patrie, la lumière et la paix.

"Si vous l'écartez, vous mettez le pays en désordre et en insurrection, comme il est arrivé dans les paroisses voisines. Au nom de la constitution, qui nous garantit la liberté des cultes, nous vous supplions de nous laisser notre curé, le sieur Pelletier, et nous espérons que l'assemblée électorale écoutera nos vœux".

Signé : Pirot, maire = Grossetête = JB Etienney = JB Aubert = JB Benoist = Cordienne = Authier et Josse, officiers municipaux.

Pour ce fait, la municipalité fut citée à la barre du directoire et menacée d'un sévère châtiment. Les administrateurs admonestèrent vertement les pétitionnaires qui avaient outrepassé leurs droits en recommandant officiellement "un réfractaire fanatique, qui ne reconnaissait aucun pouvoir à son évêque, ni aux prêtres constitutionnels, un séditieux d'autant plus à craindre qu'il jouissait d'un patrimoine considérable, employé à profusion pour augmenter le nombre des contre-révolutionnaires."

Quant aux électeurs, ils tranchèrent la question en nommant à la cure de Saint- Marcel, le sieur Renaud, ex-récollet de Citers. Mais celui-ci allégua son amour de la tranquillité pour décliner cette nomination.

Alors les patriotes du lieu et ceux de Noroy recoururent à Bondivenne, ex-professeur au collège de Gray et en ce moment curé assermenté de Montigny [16] qui s'était généreusement offert à leur service.

Dûment approuvé par l'évêque Flavigny, il en avertit le district (22 mars 1792), en ajoutant :

"Signifiez de suite mon institution à Pelletier, avec ordre de décamper immédiatement, ainsi que son vicaire [17], afin que dimanche prochain il ne reste plus vestige d'eux ni de ce qui leur appartient. En même temps, pour maintenir le bon ordre à Saint-Marcel, envoyez-y une force respectable, comme une compagnie de gardes nationaux que vous logerez autant que possible chez les aristocrates, car ils se sont déjà vantés que je ne sortirai pas sain et sauf de leur village, presque tout fanatisé."

Le procureur-syndic, Boband lui répondit aussitôt et selon ses idées :

"Le procureur-syndic va notifier au sieur Pelletier et à son vicaire d'avoir à déguerpir incontinent, et moi je m'empresse de vous témoigner combien nous sommes sensibles à votre dévouement et à votre patriotisme. Dimanche prochain, (25 mars) nous ferons arriver à Saint-Marcel un détachement de gendarmerie, de dragons et de garde nationale, pour les huit heures du matin. Après la messe de Saint-Marcel, ils vous accompagneront à Noroy. nous espérons que vous n'éprouverez point d'obstacle dans vos fonctions ; mais au moindre bruit, nous vous enverrons une garnison de volontaires."

Il se produisit néanmoins une certaine agitation ; car le 30 mars un détachement de vingt-cinq volontaires arriva de Vesoul et fut dirigé sur Saint-Marcel. On les logea chez les principaux agitateurs, partisans avoués du curé Pelletier. Leur présence rétablit l'ordre et fut plus efficace que les arrêtés des administrateurs du district, pour avoir raison de l'entêtement des aristocrates de Saint-Marcel et de Noroy.

Cependant Pelletier ne s'en montra pas très ému. Le 31 mars, la municipalité de Montigny eut à le dénoncer au district et au département pour avoir célébré illégalement deux mariages...

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plusieurs pages ont été détruites par un détenteur du manuscrit, voir "présentation de la notice historique de Jules Roy", ci-dessus

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...il est facile de voir que la municipalité avait à sa tête des hommes actifs, énergiques, justes, plus soucieux de l'intérêt général que de leur satisfaction personnelle. Il est regrettable que le registre contenant les délibérations antérieures à l'an III ait été dérobé ou détruit : il eût fourni une foule de précieux et utiles renseignements.

Néanmoins, pour donner une idée de ce qu'était l'administration municipale de cette époque de transition, nous ne jugeons point superflu de reproduire deux arrêtés, précédés de leurs considérants, et ayant trait : le premier, aux délits commis dans la forêt communale [18] ; le second, aux travaux agricoles exécutés pendant la nuit et au glanage. Nous ajoutons à la suite de ces documents, le procès-verbal d'inventaire du mobilier de l'église, établi par les marguilliers, en présence du curé Marchand, à cause de l'incident qui s'est produit pendant l'opération :

"A la séance du même jour (1er thermidor an III) le conseil municipal assemblé le procureur a dit que les delits se commettait journellement de toute espèce dans nos bois par les individus de cette commune qui se permettent dy faire champoyer leur bétail dy couper toute sorte de bois et principalement des liens dans cette saisons pour les récoltes qui se préparent ce qui causent la destruction entière de nos bois ; que malgré les lois positive et stricte de l'administration forestiers au sujet de la conservation des forêts, il sy trouve encore dans cette commune des pilleurs, marodeurs, et voleurs de bois que dis-je de ces monstre qui deviennent odieux à la république antière qu'ils est trop atendu de faire cesser, que les efforts qu'ils a fait depuis l'exercice de ses fonctions deviennent inutile.

"Le conseil municipal considérant qu'ils est de son devoirs d'employer les précautions les plus sur et les plus sages pour faire cesser ses abuts quils ne cessera jammais de jetter les yeux sur des objets de premiers nécessité et qui mérite son attention.

"Considérant anfin que les précautions qu'il a pris et qu'ils prend journellement deviennent inutile, le Procureur de nouveau entendu.

"Le Conseil municipal arrête qu'il est fait très expresse deffence a tout individu de faire champoyer nos bois avec quelles espèce de bétaille que se soit comme aussi dy couper des liens et tout autre bois. Arrête de plus que les individus a cette commune qui seront trouvé par nos garde-champêtre forestier à lier des gerbes de quelles espèce que ce soit avec des liens qui n'auront jamais servi seront poursuivi pardevant les juges compétent amoins quils ne justifie par écrit et dans vingt-quatre heure ou ils les auront été acheté et en outre confiscations des danrés lié avec les susdits liens au profit de la commune si il y a lieu, les gardes champêtre forestiers demeure requis de veillier a l'execution des presentes, et deviennent responcable de sdélits énoncé dans le present arrêté. le present sera publié et affiché a ce que personne n'en ygnore pour qu'ils ait sa plaine et entiere execution.

"Fait et arrêté en Chambre commune a la datte cy contre".

Signé : C.L Pirot, maire ; Grossetête ; J. Baptiste Pirot ; P. Camus ; Mourthaux ; J. Baptiste Benoist, officiers municipaux ; Pirot, procureur ; S. Jacquinot, secrétaire-greffier.


"A la seance public du conseil general de la commune de Saint-Marcel tenue le huit termidor troisième année de la République des français convoqué de la maniere ordinaire, ouï le procureur en ses conclusions :

"Le conseil general considerant quil est de la tranquillité, de l'ordre public, et de son devoir, de porter atinte aux désordres qui pouroit se commaitre pandant le court de la recolte en grains prochaine, en y travaillant, et voiturant les gerbes nuitamment, que des mal intentioné sous prétexte de leur ouvrages pressant dans cette saison, quil sont obligés de voiturer leurs gerbes avant le jour, et le soir ne peuvent rentrer avant la nuit, qui investi des ténèbres de la nuit contentent plus aisément leur passion liberticide.

"Le Procureur de nouveau entendu ; "Le Conseil arrête :

Article 1er "Tout individu de cette commune et autre qui seront trouvé a travaillé dans les récoltes en grains le matin avant le jour, et le soir lorsqu'il sera nuit, seront condamné à une amende de dix livres pour chaque individu, et au cas de récidive l'amende sera double.

Article 2 "Tout voiturier qui seront trouvé à voiturer des gerbes le matin avant le levé du soleil et le soir après son couché seront condamné à une amende de vingt livres pour chaque contravention et au cas de recidive sera double.

Article 3 "Il est très expressement deffendu a tout individus de glaner dans les champs avant l'entier enlevement des fruits, comme aussi de mener le bétail et les troupeaux d'aucune espèce dans les champs moissonné et ouverts, a moins que le canton ne soit entièrement vuide et récolté depuis deux jours ; le tout sous les peine et amende pronocé par les article XXI et XXII de la police rurale.

Article 4 "Les amendes seront scavoir les deux tiers au profit de la commune et lautre tiers au profit des dénonciateurs.

Article 5 "La garde nationale, et les gardes champêtre forestiers demeure requis sous leur responsabilité de veiller a l'execution du present arêté.

Article 6 "Le present sera publié et affiché a ce que personne n'en ygnore pour qu'il est son plain et entier exécution.

"Fait et arrêté en Chambre commune à la datte cy dessus."

Signé : C.L Pirot, maire ; Grossetête ; J. Baptiste Benoist ; Mourthaux ; J. Baptiste Pirot, officiers municipaux ; Pirot , procureur ; S. Jacquinot, secrétaire-greffier.


Extrait des registres des marguilliers de cette paroisse.

"Le dix thermidor an douze, nous Marguillier de l'église de cette commune avons fait l'inventaire de tous les meubles ; le déservant appellé et présent, et a qui il sera remis copie dudit inventaire, qui nous ayant introduit dans la sacristie accompagné de Monsieur le Maire, nous a exibés les pieces suivantes, une chasuble blanche complette et un dezs de pareil etofe, une blanche sans assortiment, une avec son assortiment de toute couleur donné et laissé par M. Mairet prêtre, une autre noir assortie qu'on soupçonne appartenir aux confreres de la Coception de même une chape noir, une autre chape de toutes couleurs, deux autres dont une donné par Monsieur Mairet prêtre, sept lavabaux deux purificatoires, deux amis (sic), deux mauvaises nappes de communions, deux nappes d'autel, quatre surpelis d'enfans et quatre rob idem, un calise avec sa pataine laissé et donné par Monsieur Mairet, un ciboire d'étain et un ostansoire plaqué en argent qui est le produit des quêtes, un fanal, un christe, un panier à pain beni ; un bonnet quarré, une commode, trois flacons contenant les huilles donné par Monsieur Mairet, un bassin de cuivre placé au fons de baptême, deux bannières et une croix de très bas prix, deux confessionnaux, une chere a precher, quelques vieux images en sulture et peinture, une mauvaise table de communion, une chere pour le celebrant qui est dégradé (sic), un fauteuil en bois, un luthrain et deux sieges pour le chœur et les servants ; un retable et un tabernacle, l'un et l'autre mutilés, une pierre de marbre sur l'autel quatre mauvais chandellier de bois, deux d'étains, un devant d'autel donné par Madame Delaitre, une sonnette, une paire de burettes, donné par Josse maire trois canons sur l'autel et enfin quarante quatre bans y compris celui des autorités locales, au cloché une cloche et les débris d'une horloge, sur l'autel un tapis, un missel et deux livres de chans.

"Pendant cette opération est entré Jean-Claude Pirot accompagné de quelques individus qui s'est saisi de l'encensoire et de la bouête à encent les a enlevé de force disant lui appartenir et qu'il les avait pretes, ce que nous croyons au contraire être les fruits des quêtes et aumones.

"Ayant fait à la hâte et dans le trouble et ayant recu la déclaration du déservant, que cétait tout ce qu'il connaissait être et appartenir à l'Eglise nous sommes retirés chez le maire pour dresser l'inventaire craignant dans l'Eglise l'émeute qui se fommentait malgré la bonne tenue et la fermeté dudit maire.

"En décrivans letat des effets inventoriés nous nous sommes appercu que la chasuble dont était couvert à la messe de ce jour le déservant ny était point porté non plus que la nappe sur laquelle il célébrait, qu'il y manquait encore un devant d'autel donné par feu Marguerire Regnier, une aube d'une taille ordinaire, et une autre chasuble, desquels chasubles l'une était un dont de Jeanne Benoist femme Vauterin de Rosiere et l'autre de Claude Duport.

"Pourquoi nous avons rappelé Monsieur le succursaliste pour savoir de lui ce qui était devenu les effets et qui a repondu, que des particuliers s'en disant les donateurs et craignant qu'on les inventories, ils ne soit repris comme ils lont déja été, il les reprenais comme les leurs et le priaient de les leur remettre ; ce qu'il a fait.

"Bien plus il a eu la bonhomie de nous dire qu'il avait appludit à leurs sentimens ; surquoi le Maire lui a répliqué :

"Vous ne croyez donc pas Monsieur a la bonne foi, a la stabilité du Gouvernement, au Concordat, au ferme et inviolable attachement, a la religion du restorateur du culte du vray Dieu dans l'empire français, ne savez vous pas que jusqu'a l'établissement de la Commission de Marguilliers, je le suis de droit, et que vous ne pouvez disposer d'aucun effet de l'Eglise sans m'en prevenir."

"Pour reponce a tout ceux il a dit que ce qui dependait des hommes etait bien incertaint et qu'il pouvait arriver bientot ce qui etait deja arrivé.

"De cette reponce si elle son bien lexpression de ses sentimens ne nous fait pas esperer que M. le succursaliste fera le bien de l'Eglise en exortant les fidels a subvenir a ses besoins et la conduite qu'il a tenu nous fait craindre malgré nos soins de la voir toujours pauvre.

"Sur ces considérations, nous prions M. le Préfet d'ordoner ce qu'il trouvera convenir sur les spoliations tant par Jean-Claude Pirot que par le succursaliste.

"Copie de la présente sera délivré au Maire pour être communiquée à l'autorité supérieur sil le juge convenable.

"Fait a la datte cy dessus et sommes soussignés avec le Maire qui nous a assistés.

Signé : JB Duport ; Mignot ; Josse et Mairet.

Coup d'oeil d'ensemble sur la commune[modifier]

Limites[modifier]

La commune de Saint-Marcel est bornée au nord par le territoire de Rosières ; à l'est par celui de Cemboing ; au sud par ceux de Montigny et de Noroy ; à l'ouest par celui de Vitrey. Elle se trouve située à peu près au centre de son territoire, lequel est divisé en deux zones assez distinctes par la route de Vitrey à Jussey (ancienne route départementale N° 1) qui la parcourt de l'est à l'ouest.

Aspect[modifier]

Les maisons du village ne sont pas construites régulièrement et n'ont pas le même alignement, ce qui choque beaucoup la vue.

Celles qui ont été relevées à la suite des invasions des quinzième et seizième siècles ne présentent qu'un rez-de-chaussée surmonté d'un petit grenier. C'est une preuve que les habitants dépouillés par la guerre et peu sûrs du lendemain, n'étaient pas en mesure d'élever des constructions plus vastes et plus confortables.

Ils bâtissaient juste de quoi se mettre à l'abri eux et leur famille.

Pendant longtemps aussi le village a été privé d'eau potable. On recueillait l'eau de pluie dans des mares croupissantes pour abreuver le bétail ; et seule, avec l'étang de la forêt, la fontaine de Valotte, située à environ 300 mètres du village servait aux besoins domestiques.

Ce n'est qu'en 1868, grâce à la haute intervention du général Decaen, conseiller général du canton, et à la fermeté du conseil municipal, que la commune put faire l'acquisition d'une source et établir des fontaines publiques.

La partie sud du territoire comprend principalement les prés et les terres labourables ; c'est une plaine légèrement accidentée.

La partie nord comprend le vignoble et la forêt ; elle présente d'assez nombreux coteaux coupés d'étroites vallées livrées à la culture.

Aucun cours d'eau méritant d'être signalé n'arrose le territoire qui se trouve compris dans le plateau allongé et assez irrégulier que laissent entre elles les vallées de la Mance et de l'Ougeotte, cette dernière dans la partie supérieure de son cours.

Superficie[modifier]

D'après les renseignements cadastraux, le territoire de la commune comprend en totalité 697 hectares, 78 ares, 10 centiares, répartis de la manière suivante :

TOTAL : 697 ha 78 a 10 ca

Dans cette évaluation, il n'est pas tenu compte des objets non imposables tels que routes, chemins, ruisseaux, places publiques, édifices communaux, etc.

Le sol de la commune est généralement calcaire, d'une compacité plus ou moins grande. On n'y rencontre aucun élément sablonneux, mais une certaine quantité de terres froides ou herbues.

Les coteaux couverts de vignes sont, pour la plupart, de nature argilo-calcaire.

Population[modifier]

La population de Saint-Marcel, d'après le recensement opéré en 1886, est de 309 habitants, répartis comme il suit : hommes, 92 ; femmes, 89 ; garçons, 77 ; filles, 51. Elle forme 103 feux ou ménages.

Cette population était en l'an XI, de 464 habitants ; en l'an XIV, de 476 ; en 1813, de 474 ; en 1829, de 450 ; en 1843, de 443 ; en 1860, de 390 ; en 1870, de 359. [19]

Elle formait 63 ménages en 1614 [20] ; 118 en 1829 ; 122 en 1864.

Le nombre des habitants "inscrits sur le registre civique, et admis à exercer leurs droits civils et politiques" en exécution du décret impérial du 17 janvier 1806, était de 121 ; en 1848, les listes électorales accusent 150 électeurs ; en 1870, on n'en constate plus que 116, et 121 en 1888.

En 1831, le nombre des électeurs censitaires titulaires était de 44, plus 16 supplémentaires ; en 1840, on trouve 44 titulaires et 2 supplémentaires ; en 1848, 46 titulaires. [21]

Le conseil municipal est composé de 10 membres.

Organisation administrative et religieuse[modifier]

La commune de Saint-Marcel fait partie du canton et de la perception de Vitrey. Elle est desservie par le bureau de poste du même lieu.

Pour les droits d'enregistrement, elle dépendit jusqu'en juillet 1809 du bureau de Jussey ; à partir de cette époque, et jusqu'en 1858, un bureau fut établi à Cintrey, puis transféré à Vitrey par mesure de concentration administrative.

Saint-Marcel possède une église paroissiale depuis le début du onzième siècle.

Les religieux de Saint-Bénigne de Dijon ayant été privés pendant longtemps de leur terre de Saint-Marcel à la suite des dévastations que firent subir à notre contrée les Sarrasins, les Normands et les Hongrois, dans les huitième et neuvième siècles, il s'ensuivrait, selon la tradition locale, que les possesseurs intérimaires de ce domaine y auraient fait bâtir une église autour de laquelle se seraient groupées les nouvelles habitations.

Cette église, dédiée à Saint-Marcel, aurait fait donner au village le nom de son patron. [22]

Elle fut démolie en 1843 et réédifiée sur le même emplacement d'après les plans et devis de l'architecte Loiselot de Montigny-lès-Cherlieu.

Pendant la révolution, le presbytère ayant été vendu comme bien national, le conseil municipal fut appelé le 27 germinal, an XI, à délibérer sur l'achat ou la construction d'une maison curiale. La question ne reçut de solution qu'en 1828, époque à laquelle les habitants du lieu bâtirent en corvée le presbytère actuel qui servit d'abord de maison commune. Auparavant, le curé de Saint-Marcel, Jacques Cordienne, habitait sa propre maison que la commune acquit en 1829 de ses héritiers pour la somme de 1350 francs.

On y a établi une salle de classe pour les filles, le logement de l'institutrice, la mairie et une remise pour la pompe à incendie. [23]

Cet état de chose est encore le même aujourd'hui, si l'on en excepte que la mairie fut transférée dans un autre local comme nous le verrons plus loin.

Industrie - Productions - Commerce[modifier]

Depuis plusieurs années, on extrait sur différents points du territoire des phosphates de chaux fossiles. Cette industrie est exercée par deux sociétés établies, l'une à la gare de Vitrey, l'autre à celle de Jussey, et auxquelles les propriétaires ont concédé leurs terrains moyennant une prime évaluée au chiffre de dix francs par are, sans préjudice de l'indemnité de récolte.

Ces phosphates sont enfouis à une profondeur variant de cinquante centimètres à deux mètres et demi. En général ce sont des Italiens qui exécutent les travaux d'extraction, de lavage ; les autres manipulations ont lieu dans des usines spéciales établies aux gares désignées plus haut.

Le sol renferme en outre des marnes du deuxième et du troisième étage liassique, ainsi que des carrières de moellons ouvertes sur un calcaire du premier étage jurassique. Au point de vue du rendement, le sol est très fertile et produit en abondance les céréales, les fourrages et les légumes.

Les habitants n'exercent d'autre industrie que celle de l'agriculture. Il est à regretter que les agriculteurs soient routiniers et qu'ils dédaignent les procédés agricoles qu'on préconise aujourd'hui. Cependant la production du blé à laquelle ils s'acharnaient par suite d'un faux calcul, parait vouloir céder le pas aux plantes fourragères, aux prairies artificielles et à quelques cultures industrielles qui améliorent la terre, augmentent la quantité d'engrais et assurent un quantum de bénéfice bien supérieur et moins couteux que celui obtenu par la culture intensive du blé.

Ajoutons que le morcellement des terres, qui empêche l'usage des instruments perfectionnés, de la jachère morte résultant de l'assolement le plus défectueux, sont les deux plus grands obstacles qui rendent stationnaire le progrès agricole dans la localité.

La commune de Saint-Marcel possède environ 50 hectares de vignes produisant en moyenne 2000 hl d'un vin rouge qui peut rivaliser avec ceux de Chariez et de Gy. Depuis quelques années, les gelées tardives et le mildiou compromettent sérieusement les récoltes qui ont été nulles plusieurs fois de suite. Le phylloxera est à la veille d'envahir le vignoble.

Le commerce se compose exclusivement des produits du sol et du bétail, qui trouvent des débouchés suffisants sur les marchés de Jussey et les foires des environs.

Vers 1750, on a coupé dans les bois de Saint-Marcel un chêne énorme, "le chêne de la Paule" auquel se rattache une légende assez curieuse :

Ce chêne, dit-on, mesurait 15 mètres de tour. A environ 3 mètres de hauteur, le tronc se divisait en 3 branches énormes dont une, la plus petite, se voit encore dans l'ancien pressoir banal. Elle porte 64 centimètres d'équarrissage.

C'est à l'intersection des trois branches mères qu'allait s'asseoir souvent le curé de la paroisse, messire Simon Oudot, pour y lire son bréviaire ; car un escalier avait été pratiqué dans le tronc.

C'est là aussi que s'installaient, le dimanche, divers groupes d'habitants pour faire tranquillement leur partie de cartes.

Pour abattre ce bel arbre on fut obligé d'établir un échafaudage permettant de faire les entailles à une hauteur suffisante. On a estimé à plus de cent voitures le bois produit par ce chêne.

Beaucoup de familles de la localité ont conservé pendant longtemps des ételles de cet arbre gigantesque. Elles étaient façonnées en forme de palettes et servaient aux ménagères pour étendre les gâteaux.

Lorsqu'il fut abattu, la souche restée en terre présentait une surface d'environ 19 mètres carrés ; quatre couples de jeunes gens y dansaient fort à l'aise les contredanses et les sauteuses du temps.

Instruction publique[modifier]

Une délibération du conseil municipal, en date du premier mai 1811, constate qu'il n'existe dans la commune aucune maison pour loger l'instituteur ; qu'il y a des fonds dans la caisse du percepteur, et qu'il y a lieu d'autoriser la commune à bâtir un logement.

Par une autre délibération en date du 8 février 1828, le conseil municipal demande l'autorisation d'acheter une maison pour loger l'institutrice.

Ces deux documents établissent que la commune possède depuis longtemps deux écoles spéciales.

A une époque plus reculée, on lit :

"A la séance du 17 pluviose an XIII le conseil municipal en session de la commune de saint-Marcel, les membres qui y ont assisté

"Considérant que d'une part que la jeunesse tant garçon que fille est très nombreuse, d'une autre part que l'instituteur ne peut donner des leçons à tous ; il sera pourvu pour l'hyvert suivant d'une maîtresse d'école y ayent des revenus pour la payer.

"Considérant de plus, que le bail de l'instituteur prend fin dans le cour de fructidor prochain, arrête, le maire demeure chargé de pourvoir la commune d'un autre instituteur"

Signé : Mairet - Cl. Mignot - P. Camus - J. Pirot - Naltet - J. Aubert - Josse, maire.

Le 22 floréal, dans une autre délibération, le conseil s'exprime ainsi :

"Considérant qu'il y a environt cent eleuves tant garçons que filles, arrête, qu'au terme de la loi (11 floréal an X) le cinquième élevé gratis par l'instituteur ou institutrice pour les filles, que ce cinquième sera dénommé par le maire et par délibération expresse. Que le prix pour les enfants de huit ans sera de quinze centimes par moi, que ceux de huit ans à dix payeront vingt-cinq centimes par moi et au-dessu de dix ans trente cinq centimes, que l'instituteur tiendra toute l'année son école matin et soir ; l'hyvert elle commencera a sept heures du matin jusqua onze et depuis une heure du soir jusqu'a quatre ainsi de suite pour toute l'année, que chaque mois il remettra un etat au maire de tout ses eleuves pour pouvoir designer ceux qui seront enseigné gratis. "Qu'il lui sera payé en outre par la commune pour son logement cent cinquante francs et que par des clauses particulières le maire traitera avec l'instituteur et lui fera marché".

Signé : J. Pirot ; P. Camus ; Mairet : Pelley ; CL. Mignot : Naltet ; JB Benoist ; Josse, maire.

Le 23 pluviose an XI, le Conseil délibère :

" ............ on a choisi pour instituteur Jean-Baptiste Nicolas Fournier, il lui sera payé chaque année cent cinquante francs pour indemnité pour son logement ; il lui sera en outre payé savoir vingt centimes par mois pour chaque enfans qui seront à l'alphabet, trente centimes pour ceux qui liront et quarante centimes pour ceux qui écriront et feront l'arithmétique.

"Le maire est chargé par ces clauses particulières a statuer pour les autres objets dont l'instituteur est chargé."

Signé : J. Pirot ; S. Jacquinot ; Cl Duport ; Delestre ; F. Chapelain ; J. Aubert ; Cl. F. Pirot ; JB Mentrier ; P. Camus ; Josse, maire.

Dans plusieurs inventaires consignés au registre des délibérations, et dans les répertoires des actes administratifs de l'époque, il est parlé pour mémoire seulement des baux ou marchés passés entre l'instituteur et la commune. Aucun de ces deux titres n'a pu être retrouvé. La plupart des papiers communaux ont dû rester entre les mains des héritiers des administrateurs de l'époque, ou se sont perdus par la plus coupable incurie.

Le premier inventaire portant la date du 6 janvier 1808 enregistre :

"............ un extrait du bail de l'instituteur approuvé par M. le Préfet............"

Le plus ancien répertoire mentionne :

"..................... 1807 - Marché - Le maire de la commune de Saint-Marcel à Jean-François Girard dudit lieu - Pour remplire les fonctions d'instituteur pour neuf ans pour le prix et somme de deux cent cinquante francs.

"Enregistré à Jussey le 28 7bre 1807, reçu 9 f 50 cent."

Nous regrettons vivement que les deux documents dont il vient d'être question soient détruits : ils eussent été bien curieux à consulter pour établir d'une manière exacte la situation de l'instituteur au commencement du siècle, et juger de ses rapports avec la municipalité et les habitants.

Nous ne pouvons reproduire qu'un marché portant la date du 4 juillet 1822.

En voici la teneur :

"........Nous susdits maire et membre du conseil, connaissant que ledit Rimet a exercé les fonctions d'instituteur dans notre commune a vu d'un marché qui lui a été fait pour une année seulement en date du premier septembre mil huit cent vingt un qui doit expirer à même date mil huit cent vingt deux, lequel Rimet est muni d'un brevet de 3ème degré et d'une autorisation d'enseignement dans laditte commune approuvée de Monsieur le Préfet en date du 24 septembre 1821.

"Considérant que ledit Rimet jouit d'une bonne vie et mœurs, et a les capacités requises pour exercer les fonctions d'instituteur dans notre dite commune, et également assurés qu'il possède une connaissance des principes et des dogmes de la religion. Nous l'acceptons et renommons instituteur de la commune de Saint-Marcel pour le tems et terme de six années consécutives qui prendront leur commencement au premier octobre prochain mil huit cent vingt deux pour finir à pareille date à la fin desdittes années révolues : avec lesdittes conventions cy dessus détaillées.

" 1_ Le sieur Rimet appliquera spécialement ses élèves à l'étude de la grammaire française, du calcul décimal du système métrique, le plain-chant à ceux d'entre eux qui pourraient y apporter des dispositions, et aussi ceux de la bonne morale et de l'honnêteté. Et de faire le catéchisme aux jours et heures qui lui seront fixés.

" 2_ Nous promettons encore d'assister Monsieur le déservant dans toutes les fonctions religieuses qui seront exercées par lui dans cette ditte commune, avec exactitude.

" 3_ Nous nous chargeons en outre de sonner la cloche toutes les fois qu'il sera nécessaire et qu'il est d'usage de la sonner tant pendant la journée que nuitamment si le cas y échait, et aussi très exactement aux heures fixes. et aussi de remonter l'horloge, de l'entretenir d'huile toutes les fois qu'elle en aura besoin.

" 4_ Pour rétribution de toutes les charges cy dessus : il sera payé audit instituteur la somme de trois cents francs pour indemnité de logement, et lui sera aussi donné grâtisse une part de bois dans l'affouage comme un autre habitant.

" Il lui sera payé par mois par les parents des enfants qu'il enseignera : scavoir pour ceux qui ne savent pas écrire trente centimes, pour ceux qui commenceront à écrire quarante centimes, et pour ceux qui écriront, et calculeront cinquante centimes.

" Ledit instituteur sera tenu d'enseigner pendant l'année entière les enfants qui se présenteront à son école. Et s'oblige ledit instituteur de bien et dument exécuter tout le contenu du présent traité. Et les frais d'enregistrement des présentes tomberont à la charge de laditte commune. Le présent ne vaudra qu'après l'approbation de Monsieur le Préfet."

Signé : l'instituteur Rimet, les conseillers J Pernot ; M Pirot ; Cl. Mignot ; JC Grossetête ; Marcel Mourthaux ; M. Menez ; A. Guillaume ; C.F Martin ; Gousset, maire.

On voit donc par la lecture des documents qui précèdent que l'instituteur était obligé de se procurer à ses frais un local pour y rassembler les élèves qu'on lui confiait. Cet état de choses a duré jusqu'en 1848, époque où la municipalité fit l'acquisition de la maison commune actuelle pour y établir l'école des garçons et loger l'instituteur.

En 1857, le bâtiment fut en partie reconstruit pour y transférer la mairie et y installer une nouvelle salle d'école.

Quant à l'institutrice, nous avons vu qu'elle était pourvue d'un logement depuis 1828 [24] ; mais auparavant elle devait se trouver dans les mêmes conditions que l'instituteur.

En résumé, on ne peut pas se rendre un compte exact de l'époque à laquelle les écoles ont été fondées dans la commune. Mais ce qui est certain, c'est qu'une école existait déjà à Saint-Marcel dés 1737 ; car le nom du "recteur" figure à cette date dans les actes de l'état-civil.

L'école devait être mixte puisque ce n'est qu'en l'an XIII qu'il est question pour la première fois de demander une "maîtresse d'école" et par conséquent d'établir deux écoles spéciales. [25]

Tout récemment encore, le conseil municipal fut appelé à se prononcer sur le maintien aux frais de la commune de l'école des filles, ou sur la suppression et son remplacement par une école mixte subventionnée. Malgré l'exiguité des ressources communales et le retrait probable de la subvention accordée jusqu'alors, cette Assemblée s'est décidée à conserver son école de filles.

Une détermination contraire eût été très mal accueillie de la population, bien que le nombre des élèves soit en général très restreint dans chacune des écoles.

Époque contemporaine[modifier]

Les invasions (1814-1815) - Réquisitions - Indemnités - L'intervention municipale - La guerre franco-allemande (1870) - Nouvelle invasion - Réquisitions - Orage terrible en 1886 - Secours


Placé sur une des principales routes du département, et à deux petites journées de marche de la place de Langres, le village de Saint-Marcel fut cruellement éprouvé pendant les deux invasions qui ont stigmatisé la chute du premier Empire.

Outre le passage des coalisés, leurs déprédations et leurs actes de brutalité sauvage, les habitants eurent à supporter d'écrasantes réquisitions, soit pour les hôpitaux, soit pour la nourriture et l'entretien des troupes, soit pour l'approvisionnement des places.

D u mois de janvier 1814 au mois d'août 1815, le registre des délibérations ne mentionne pour ainsi dire rien autre chose que les contributions demandées à la commune par le Gouvernement ou par les ennemis.

Tantôt ce sont les meilleurs chevaux qu'il faut livrer sous peine "d'exécution militaire" ; tantôt ce sont les bœufs, les voitures, les fourrages et les grains de toute nature qu'il faut conduire dans les lieux désignés par l'autorité militaire ; puis viennent les fournitures de toile, de linge, de literie, de vin, de beurre, d'œufs, de chandelle, etc.

Le vingt-sept janvier 1816, le conseil municipal expose au Préfet "que la commune se trouve dans la plus grande nécessité depuis trois ans : 1_ par l'effet de la grêle et gelée ; 2_ que le passage des troupes en 1814, la commune a été beaucoup frappée ; tous les meilleurs chevaux ont été enlevés des cultivateurs, (sic) par le fait des transports militaires ainsi que des viandes qu'il a fallu fournir par d'autres particuliers, lesquels n'ont pas été satisfaits (remboursés), de même que cette année ici la commune a été obligée de fournir pour le passage des troupes dans l'endroit, et pour les communes de Combeaufontaine, Chauvirey et Preigney.

"Un certain particulier a été obligé d'en faire l'avance et le restant n'étant point définitivement soldé, nous vous prions Monsieur le Préfet de vouloir bien prendre la commune de Saint-Marcel en considération, en vue de sa bienfaisance d'admettre la coupe en anticipation pour satisfaire à toutes les pertes et avances, et les habitants pourraient se trouver libérés."

Ensuite de cette délibération, la commune fut autorisée à vendre par anticipation une coupe de bois.

Le produit en fut réparti entre les particuliers ayant subi des pertes ou fait des fournitures aux armées alliées et françaises, suivant l'état dressé par le maire, le 15 janvier 1817, et dont le montant s'élevait à 4985 francs.

La guerre de 1870 ne se signale par aucun évènement important autre que des réquisitions de toute nature.

Le 18 octobre, quatre ou cinq uhlans viennent reconnaitre le village et se font livrer les armes. Quelques vieux fusils de chasse leur sont apportés à la mairie ; ils s'en emparent pour les briser et les jeter ensuite dans la Saône à Cendrecourt.

Pendant le triste hiver de 1870-1871, les habitants sont mis plusieurs fois à contribution et doivent livrer à l'armée allemande fourrage, paille, avoine, lard, pain, bœufs, etc.

Pour solder ces différentes réquisitions, la commune dut faire un emprunt de 3000 francs qu'elle remboursa par la vente d'une coupe ordinaire de bois.


Nous ne voulons pas terminer cette notice historique sans rappeler un évènement dont le souvenir restera profondément gravé dans le cœur des habitants de la localité :

Le 3 juin 1886, vers une heure et demie du matin, un orage épouvantable éclata sur la commune de Saint-Marcel. Une grêle sans exemple depuis celle qui avait déjà ravagé nos pays en 1807, détruisit les récoltes, brisa les vitres et les tuiles des maisons, cassa les branches des arbres, les dépouilla de leur écorce et de leurs feuilles, et tua un grand nombre de petits oiseaux.

Notes[modifier]

  1. "Gaudinus quidam ex primatibus Burgundiae, unà cum conjuge suà, nomine Lautrude, dedit Sancto Benigno allodium juris sui, cui vocabulum est Albiniacum, situm in pago de Colatunse, quod nunc generaliter Portuensis dicitur." - Chronique de St Bénigne, page 154 - Cartulaire de St Bénigne, année 887 - Annales de Bèze - Cartulaire et Pouillé de Saint-Marcel aux archives du Doubs - Pérard, Histoire de St Etienne de Dijon
  2. Histoire de Jonvelle, page 463
  3. L'évêque de Langres était bénéficiaire du domaine d'Aubiniac
  4. Annales de Bèze - Suchaux, Dictionnaire historique page 46
  5. Suchaux, Dict. hist. de la Haute-Saône - Coudriet et Chatelet, Histoire de Jonvelle, page 464
  6. Suchaux, Dict. Historique II, page 45
  7. La pierre tumulaire recouvrant les restes de Guillaume de Bauffremont servit pendant longtemps de seuil à la porte d'entrée de la maison de Ferréol Mignot de Saint-Marcel. Elle fut vendue, il y a une vingtaine d'années à un descendant de la famille
  8. La pierre tombale d'Antoine de Mypont appartient actuellement à Théodule Mignot de Saint-Marcel. Elle a été coupée en 1843, lors de la reconstruction de l'église paroissiale pour servir de table d'autel, sur le désir de M. le curé Boisson. Les dimensions ayant été prises avec peu de précision, la pierre se trouva trop courte et resta sans emploi. Nous ne comprenons pas comment M. Suchaux constate dans son dictionnaire qu'elle porte des blasons à demi-effacés alors que vingt-deux ans plus tard nous en suivons encore parfaitement les détails. D'un autre côté, MM Coudriet et Chatelet, sont également dans l'erreur quand ils lisent qu'Antoine de Mypont était prieur "d'Esclans" : c'est "de céans" qu'il faut lire.
  9. On peut voir encore, au milieu des ruines de l'abbaye de Cherlieu, une magnifique croix de pierre érigée par Ferdinand de Rye. Elle est admirablement sculptée et mérite d'attirer l'attention des visiteurs
  10. Coudriet et Chatelet. Histoire de Jussey (56-72)
  11. Journal de Jean Grivel, de Lons-le-Saulnier, conseiller au parlement, et contemporain des événements
  12. Feld-général autrichien, au service de l'Espagne, né à Trente, mourut à Vienne (1529 - 1647)
  13. Coudriet et Chatelet, Histoire de Jonvelle, pages 113, 115
  14. Coudriet et Chatelet, Histoire de Jussey, page 121
  15. Girardot. Guerre de dix ans, page 212
  16. Les cléricaux et les prêtres réfractaires appelaient "les intrus" ceux de leurs confrères qui avaient prêté serment à la constitution
  17. Jean-François Courcelle
  18. Plusieurs délibérations établissent que ce sont les habitants de Noroy qui commettent en partie les dégâts. Pour y mettre fin, la municipalité a dû organiser des patrouilles
  19. Archives communales
  20. Recès des Etats de Bourgogne
  21. Archives Communales
  22. Suchaux. Dictionnaire historique, page 47
  23. Une pierre de l'angle sud-est du presbytère actuel porte l'inscription suivante - Cette maison a été bâtie en corvée par les habitans de ce lieu, l'an 1828
  24. Voir la présente notice pages
  25. Voir la présente notice pages