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Notice sur une maison sise à Chartres, rue du Grand-Cerf, n° 52

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NOTICE
SUR
UNE MAISON SISE À CHARTRES,
RUE DU GRAND-CERF, No 52.




Parmi les constructions anciennes qui subsistent encore en très-petit nombre dans la ville de Chartres, la maison rue du Grand-Cerf, no 52, appartenant à M. de Masclary, doit être citée comme une de celles qui ont contribué à l’ornement de cette ville. Son extérieur remarquable attire journellement l’attention des curieux, surtout de ceux qui ont le goût des beaux arts et de l’archéologie, et son intérieur, moins exposé aux regards, renferme des beautés qui ne méritent pas moins d’être connues.

La description du portail de cette maison a déjà été faite d’une manière fort intéressante par un ami des arts et archéologue aussi modeste qu’instruit, que notre société d’archéologie compte dans son sein. Mais l’examen soigneux auquel j’ai dû me livrer, m’a fait voir que je ne devais pas m’en rapporter exclusivement à cette description, d’un objet très-secondaire dans le savant ouvrage dont M. de Lépinois nous a enrichis. En rapprochant ma description de celle qu’il a faite à la page 486 du premier volume de son Histoire de Chartres, on reconnaîtra facilement les nombreux passages que je cite textuellement, et ceux où, tout en m’étayant de lui, je rectifie, après mûr examen, quelques erreurs qui lui ont échappé.

HISTORIQUE.


Les titres les plus anciens que possède le propriétaire actuel de cette maison, remontent au 24 juillet 1582. Ce sont deux actes, l’un reçu par Miles Richard, tabellion royal à Chartres, l’autre par Thomas Dumoustier, notaire en la même ville, qui constatent l’accensement desdites maisons (car elles en faisaient deux alors), à la veuve et aux frères et sœur de Claude Huvé, désigné dans l’inscription du portail comme son constructeur. L’acte reçu par Thomas Dumoustier porte que : « Esprit Lamé, bailly des terres et seigneurie du Chêne-Doré, au nom de Guy Dallon, comte du Lude, baron du Chêne-Doré, loue, ratifie et approuve, certain contrat passé pardevant Anthoine Lormeau tabellion du seigneur de Villebon et de la Gâtine, le neuvième jour de mars ou de mai mil cinq cent cinquante-neuf, faisant mention que haut et puissant seigneur maître Jean de Toutteville, en l’absence de monseigneur de Bouillon, seigneur de Villebon et de la Gâtine, baron du Chêne-Doré, accense… le droit féodal des dites maisons en droit usuel, de la raison de deux sols six deniers pour chacun desdits logis, qui est la somme de cinq sols de cens perpétuel payable par chacun an…, pour et au profit de honneste femme Perine Richer, veuve de honorable homme maître Claude Huvé » lui vivant docteur en médecine, et autres frères et sœur de ce Claude Huvé qu’il est inutile de nommer ici : ce Jean de Toutteville, suivant M. de Lépinois, serait le même que Jean d’Estouteville, seigneur de Villebon, chevalier des ordres du Roi, capitaine de cinquante hommes d’armes et lieutenant-général au gouvernement de Normandie, dont il parle à la page 297 du premier volume de son Histoire de Chartres[1] en citant un don de 400 livres tournois fait par sa veuve aux Cordeliers, le 13 décembre 1568[2]. Il est donc prouvé irrécusablement par cet acte que cette maison existait avant le 9 mars ou mai 1559, époque à laquelle nous voyons que Claude Huvé était déjà mort. Son style empêche de la faire remonter plus haut que le xvie siècle ; tout indique donc qu’elle a dû être construite de 1501 à 1559. Elle aurait ainsi plus de trois cents ans d’existence.

Nous n’énumèrerons pas toutes les ventes et donations dont elle a été l’objet ; cela aurait peu d’intérêt. Disons seulement que vers l’an 1607 elle fut vendue par cette famille Huvé à Claude de Montescot, secrétaire du Roi, à qui l’on doit la restauration de l’hôtel de ce nom, siège actuel de la mairie de Chartres ; ceci ressort d’un acte du 14 juillet 1607, portant vente par ce Claude de Montescot à Gervaise Brosse, marchand[3]. Le 23 novembre 1617, Marie Lacyre, veuve de ce dernier, la vendit à Jean Robillard, médecin[4], en laquelle vendition est compris, dit l’acte, les pierres provenant des piliers de la galerie de la dite maison. Plusieurs bases de piliers que l’on remarque espacées également et saillantes dans le corps de logis à droite de la cour, semblent indiquer la place où régnait cette galerie (Pl. III, E), remplacée par une construction sans intérêt sous le rapport de l’art ; une console mutilée servant de banc, et à côté un chapiteau de colonne qui se trouve dans la cour, pourraient provenir de ces démolitions ; cependant nous n’osons l’affirmer.

Une remarque à faire dans les ventes successives de cette maison, c’est l’augmentation successive des prix de vente, ce qui paraît constater la tendance que les maisons ont eue de tous les temps à augmenter de valeur ; ainsi, vendue en 1607 2,100 livres par Claude de Montescot, elle fut revendue le 23 novembre 1617, un an après, 3,600 livres ; l’augmentation était considérable : le 20 septembre 1647 elle était vendue 4,000 livres par Jean-François Robillard, sieur de Myrougrain, maître-d’hôtel du Roi[5] ; elle fut acquise le 7 janvier 1683, moyennant 4,100 livres, par Louis de Villette, avocat au bailliage de Chartres[6]. Ce fut de Jean-Jacques Mestivier, descendant de Louis de Villette, que Claude Hue, avocat au bailliage, siège et présidial de Chartres, ayeul paternel de Mme de Masclary, l’acheta sur saisie le 2 février[7] ; elle passa par succession directe à Mme de Masclary, et devînt après sa mort la propriété de son mari.


FAÇADE SUR LA RUE.

PORTAIL PRINCIPAL[8].


Deux colonnes cannelées d’ordre corinthien, portées sur deux piédestaux sculptés d’ornements arabesques (Pl. III, A), devenus presque invisibles par les mutilations et les dégradations, supportent une architrave et sa cymaise dentelée ainsi qu’une frise lisse au-dessus de laquelle règne un rang de modillons, servant de points d’appui à la corniche ; derrière ces deux colonnes s’élèvent deux pilastres cannelés, à bases et chapiteaux corinthiens, de la même hauteur que les colonnes, ainsi qu’on peut le remarquer à droite, où la colonne, liée comme celle de gauche à ce pilastre par une mauvaise maçonnerie, œuvre d’ouvriers sans goût, laisse voir dans le haut les cannelures du pilastre. La fenêtre du premier étage présente aussi de riches dispositions. « Deux consoles élégantes, postées sur la corniche de la porte, soutiennent deux colonnes corinthiennes, sur lesquelles s’étendent une architrave lisse, une frise et un entablement dont la corniche

forme la base d’un fronton triangulaire ; les moulures et les denticules de la corniche se reproduisent, selon l’usage, sur les deux rampants intérieurs du fronton[9]. » Entre les deux consoles et au-dessus de l’appui inférieur de la fenêtre, se trouve un cartouche entouré d’ornements très-usités à cette époque et qui porte l’inscription suivante :
SIC · CŌSTRVXIT · CLAVDI9 · HW9

IATPOΣ · DECORI · VRBIS

AC · POSTERITATI · CONSVLĒS


Les titres de propriété de cette maison que j’ai consultés, m’ont démontré que le nom de ce médecin écrit dans l’inscription HW9 était Huvé, ainsi que M. de Lépinois l’avait présumé. L’acte de vente de cette maison à Gervaise Brosse, du 14 juillet 1607, donne toute certitude à cet égard ; le nom Huvé y est écrit de manière à ne laisser aucun doute.

« Cette construction purement grecque encadre une fenêtre rectangulaire et divisée par deux meneaux prismatiques qui se coupent à angle droit. L’ornementation de la fenêtre du deuxième étage, appartient à l’ordre cariatide usité dans l’architecture de quelques temples grecs et employé avec prédilection parles artistes du XVIe siècle, pour la décoration des portes, fenêtres et cheminées[10]. »

Deux mascarons sur lesquels s’appuie une bande en saillie profondément moulurée, servent de piédestaux à deux statues dont l’une à droite représente une femme et l’autre un homme, toutes deux engaînées, aux bras pendants, au corsage collant et à la chevelure façonnée. Ces statues, d’un bon style, portent sur la tête des corbeilles dont l’osier est simulé d’une manière visible et qui soutiennent une architrave lisse et une frise ornée ; au-dessus sont assis de petits modillons, supports de la corniche. Un fronton circulaire garni à l’intrados de petits modillons se rattache à la corniche dont il adopte toutes les moulures ; un médaillon fruste occupe le milieu du tympan du fronton. La fenêtre placée dans le centre de cette construction est semblable, quant à la disposition des meneaux, à celle du premier étage. Le vitrage est de petite dimension, ainsi que cela se remarque dans toutes les fenêtres de cette époque.

Ce portail a quelques rapports avec celui du fond de la cour du château d’Anet, construit par Philibert Delorme, en 1548, et qui figure aujourd’hui à Paris, à l’école des Beaux-Arts. Il doit remonter à la même époque, d’après les titres de propriété de

Planche III
Planche IV


la maison, sans que l’on puisse dire lequel des deux a précédé l’autre, puisque l’année de la construction de cette maison est restée inconnue ainsi que le nom de son architecte. Cependant les meneaux croisés n’existent pas dans la fenêtre du portail d’Anet, ce qui peut faire croire qu’il est postérieur de date, et que l’on aura abandonné ce système pour celui plus commode de la fenêtre à une seule ouverture, mais, si le portail d’Anet a l’avantage de présenter dans son ensemble admirable les trois ordres d’architecture, ionique, dorique et corinthien, superposés, tandis que le nôtre n’en réunit que deux, en revanche le nôtre peut s’enorgueillir à juste titre de ses deux fenêtres, surtout de celle du second étage et de son couronnement.

À gauche du portail ci-dessus décrit, continue, tout le long de la façade de la maison, l’entablement que l’on a remarqué au-dessus de la porte d’entrée, ainsi que la rangée de modillons servant d’appuis à la corniche, lesquels présentent une singularité : celui du milieu seul est perpendiculaire à la façade ; ceux de droite obliquent de plus en plus à droite, et, par symétrie, comme cela devait être, ceux de gauche obliquent de plus en plus à gauche ; il va sans dire que la même disposition existe dans les modillons supportant la même corniche au portail ; l’effet en est très-gracieux. Cette corniche est surmontée de cinq pilastres, style Renaissance ou du XVIe siècle, dont les quatre des extrémités formant tables renfoncées avec pointes de lozanges en haut et en bas, sont coupés au milieu par des chapiteaux du goût de cette époque, et celui du milieu, entièrement lisse, sépare les deux fenêtres du premier étage qui occupent l’espace entre lui et l’un des pilastres ornés. Chacun de ces pilastres paraît porter un corbeau sculpté et à moulures, destiné à soutenir les étages supérieurs bâtis en saillie, ainsi que cela se voit dans beaucoup de maisons anciennes, surtout à Chartres. La partie supérieure de cette façade est construite en pans de bois terminés en forme de pignon et ornée d’une courbe en charpente d’une forme ogivale très-gracieuse, dont la saillie est supportée par quatre consoles en charpente brute ; il est à croire que ces consoles devaient être sculptées, et qu’elles sont restées sans être terminées.

INTÉRIEUR.


Pénétrant dans l’intérieur on trouve à gauche un pilastre orné d’un chapiteau et décoré d’un écusson fruste : du même côté, dans une petite cour, une baie de porte en pierre ayant un cintre surbaissé datant de l’époque de la construction primitive (Pl. III, B).


vestibule.


À la suite de cette petite cour et avant d’arriver dans la cour principale, l’on passe par un vestibule voûté (Pl. III, C), se composant de deux travées à nervures parfaitement conservées, dont les deux clefs offrent pour ornement, l’une une rosace et l’autre un mascaron d’une bonne exécution, mais défigurés par un épais badigeon. Une colonnette ou colonne tronquée (Pl. III, D), engagée à moitié dans un pilier auprès de l’escalier, soutient une des arcades plein-cintre qui closent cette voûte.


petite fenêtre.


Je ne parlerai d’une petite fenêtre à cintre surbaissé placée à gauche au-dessus de la voûte qui couvre la citerne que pour dire qu’elle est encadrée dans une moulure dentelée aux angles arrondis dans le haut, fermée par un chassis à petits carreaux dont la moitié supérieure est dormante, et la partie inférieure se lève à coulisse ; et cette partie descend au-dessous de l’encadrement dont le bas se trouve coupé d’une manière fort disgracieuse. Cette fenêtre, fort simple du reste, annonce, comme les autres parties de l’édifice, le XVIe siècle.


fenêtre de la grande cuisine.


Au milieu du même corps de bâtiment, existe une autre fenêtre qui mérite une description plus étendue (Pl. III, G).

Sur deux mascarons à droite et à gauche, supportant une bande en saillie, profondément moulurée, qui forme appui, s’élèvent deux piédestaux ornés de sculptures arabesques sur lesquels deux pilastres à tables renfoncées se dessinent en saillie ; au milieu et aux extrémités, des moulures en forme de lozanges encadrent une petite rosace, comme on en voit beaucoup dans les monuments de cette époque. La base et le chapiteau rappelant l’ordre corinthien sont du même temps. Ces deux pilastres supportent un entablement dont la frise est ornée de divers dessins arabesques en partie mutilés, et aux extrémités de laquelle deux petits mascarons, surmontant les deux pilastres, soutiennent la corniche qui forme la base d’un fronton triangulaire. Sur cette corniche règne une grecque qui se reproduit sur les deux rampants intérieurs du fronton, lesquels sont ornés d’oves à leur partie supérieure. Le tympan est lisse. L’embrasure de la fenêtre est rectangulaire à encadrement dentelé, dont le bas est également coupé par le prolongement du châssis vitré qui descend jusqu’à l’appui. Dans cette moulure dentelée, on remarque aux deux-tiers de la hauteur de chaque côté, un vide dans la pierre ; ce vide, rempli avec du plâtre dans lequel on a raccordé la moulure, indique que cette fenêtre était, comme les deux du portail extérieur, coupée par deux meneaux croisés à angle droit qu’on a malheureusement fait disparaître pour y placer les deux châssis vitrés qui y sont aujourd’hui. Le même vide se trouve au milieu du linteau de cette fenêtre, où devait aboutir le meneau vertical, mais ce vide n’est pas aussi visible. Le vitrage, bien qu’à petites vitres suivant le style de l’époque, est d’une plus grande dimension que celui des précédentes fenêtres. Au-dessus du fronton et dans la ligne des pilastres existent deux saillies en pierre brute qui devaient probablement supporter une ornementation en forme d’acrotères ou de balustrade.


porte de la grande cuisine.


À droite et attenant presque au pilastre de droite de la fenêtre ci-dessus, figure une porte (Pl. III, H) datant de la même époque et qui brille par la délicatesse de ses ornements. Sur deux socles lisses s’élèvent en retraite deux pilastres à tables renfoncées, ornés du haut en bas de dessins arabesques malheureusement en partie mutilés. Ils sont surmontés de deux chapiteaux de fantaisie, aux encoignures desquels deux oiseaux sculptés et semblant vouloir déployer leurs ailes, figurent en guise de volutes. Ces deux pilastres supportent un entablement, dont la frise, ornée d’arabesques aussi très-mutilées, est comprise entre deux médaillons frustes couronnés par une corniche dentelée. Dans l’embrasure de la porte et sur le même socle que les deux pilastres, ce n’est qu’une suite d’arabesques de la plus grande délicatesse partant de l’un des socles pour aboutir sur l’autre. Ces arabesques sont aussi sculptées sur tables renfoncées. Cette porte est évasée, ce qui lui donne beaucoup de grâce. La menuiserie n’en est pas moins curieuse par ses panneaux saillants et symétriquement disposés ainsi que par un petit bas-relief sculpté dans le milieu de l’imposte de cette porte, lequel représente une porte couronnée de créneaux et accompagnée de deux colonnes. La même époque doit être assignée à cette menuiserie.


porte du bûcher.


À droite, mais plus bas, existe une porte (Pl. III, I) conduisant à un bûcher, qui pour être plus simple, n’en est pas moins digne d’être décrite ; c’est le même style ; deux pilastres, à tables renfoncées, reposent sur deux socles lisses ; mais ils n’ont pour ornements qu’un lozange en saillie sur le milieu et deux pointes du lozange pareilles aux deux extrémités. Cette porte est aussi évasée. Les piliers à moulures fortement renfoncées sur lesquels porte le chambranle, posent sur la même base que les pilastres. Cette base suit les mêmes contours que ces piliers, mais un peu en saillie. Les chapiteaux des pilastres rappelant l’ordre corinthien, mais presque frustes, soutiennent un entablement dont la corniche manque.


citerne et sa voûte.


Sous une voûte de la même époque et à cintre surbaissé (Pl. III, F) dont les nervures qui se croisent à la clé sont fortement endommagées, existe une citerne dont la margelle est toute en pierre de taille ; on y remarque à la corniche une tête de lion bien sculptée. Mais cette margelle, d’après des sillons profondément tracés dans la partie intérieure du cintre, indique l’emploi d’une perche pour puiser l’eau de la citerne, chose impossible à admettre, vu le peu de hauteur existant entre le haut de la margelle et la voûte ; d’où l’un peut conclure que cette margelle occupait primitivement un autre emplacement.


fruitier.


Au-dessous de la grande cuisine existe un caveau dans lequel on descend par huit marches. Quoique servant habituellement de fruitier, cet endroit est un véritable spécimen d’une cuisine au XVIe siècle ; d’abord la partie supérieure est voûtée par deux travées à nervures très-bien conservées, dont la base s’appuie sur des culs-de-lampe ornés de moulures et d’écussons. Dans l’une des parties latérales se trouve une vaste cheminée aux jambages droits, dont le manteau en saillie se développe dans toute la largeur par un magnifique cintre surbaissé, et le tout en pierre. De chaque côté et à l’extérieur des jambages se trouvent deux petits réduits établis dans l’épaisseur du mur. Cette cuisine prenait jour sur la cour par une fenêtre, coupée dans la partie supérieure par un meneau et dont la partie inférieure et souterraine se terminait par un talus.


cave souterraine.


Je terminerai cette description, en parlant d’une cave qui me paraît offrir quelque intérêt. Après être arrivé au moyen d’un escalier de vingt-deux marches à la première cave servant à l’usage de la maison, on descend par un autre escalier de trente-huit marches dans une seconde cave tournant sur elle-même de droite à gauche ; le massif ménagé par cette partie courbe semble devoir renfermer à son centre la substruction de la citerne située au fond de la cour à gauche, et tout près de la maison contigue, no 51, sous laquelle il est évident que cette cave se trouve en partie ; des travaux de maçonnerie exécutés il y a quelques années ont fait reconnaître qu’elle se prolongeait sous la rue du Grand-Cerf. Cette partie sous la voie publique a été comblée pour remédier à l’infiltration des eaux du ruisseau. La hauteur et la largeur de cette cave sont d’environ deux mètres trois décimètres. Une cave semblable existe dans la maison no 51 et dans celle no 53 de la rue du Grand-Cerf. Toutes ces circonstances paraîtraient indiquer que ces caves ont pu appartenir aux souterrains qui régnaient autrefois sous une grande partie de la ville. Ce qui peut confirmer dans cette opinion, c’est qu’on remarque, à différents endroits, des ouvertures murées qui semblent prouver que d’autres souterrains de mêmes dimensions venaient y aboutir.

Que deviendra un jour cette maison, l’un des restes les plus remarquables dans cette ville, de l’architecture d’une époque si célèbre. Faisons des vœux pour qu’elle ne subisse pas les atteintes du vandalisme d’une civilisation qui ne respecte rien de ce qui ne présente pas la fraîcheur de la nouveauté, alors surtout qu’elle y trouve des obstacles à des distributions et appropriations que le propriétaire peut désirer pour son usage personnel ; puisse-t-elle, suivant le vœu de son constructeur, passer à la postérité et continuer de contribuer à l’ornement de la ville de Chartres. Mais, du moins, si elle devait disparaître, souhaitons que des dessins fidèles en conservent le souvenir.

G.-R. RAVAULT.


12 octobre 1858.

  1. Hist. de Chartres, par M. de Lépinois, t. Ier p. 486 et 297.
  2. Les Cordeliers venaient de faire construire pour eux, sur un terrain compris entre la porte Saint-Michel et la tourelle de Saint-Pierre. Le collège communal occupe aujourd’hui l’ancien couvent des Cordeliers. (Hist. de Chartres, par M. de Lépinois, t. Ier, p. 296 et 298.)
  3. Acte du 14 juillet 1607, devant Me Claude Bouvart, notaire royal à Chartres.
  4. Acte de vente du 23 novembre 1617, devant le même.
  5. Acte de vente du 20 septembre 1647, par Jean-François Robillard à Philippe Leféron, avocat au bailliage de Chartres, devant Me Gilles Cornu, notaire à Chartres. Ce Philippe Leféron semble devoir être celui que M. de Lépinois (Hist. de Chartres, t. II, p. 664) cite comme échevin.
  6. Acte de vente du 7 janvier 1683, par Marie Hallegrain, veuve de Philippe Leféron, à Louis de Villette, avocat au bailliage de Chartres, devant Me Dorinière, notaire à Chartres.
  7. Acte de vente du 2 février 1746, sur saisie-immobilière, à la requête des créanciers de Jean-Jacques Mestivier, devant Me Foreau, notaire à Chartres, relaté dans l’acte de remboursement du prix, devant Me Levé, notaire à Chartres, portant distribution de ce prix aux créanciers, le 8 novembre 1748.
  8. Planche IV.
  9. Hist. de Chartres, par M. de Lépinois, t. Ier, p. 486.
  10. Hist. de Chartres, par M. de Lépinois, t Ier, p. 486