Notre avenir à tous - Rapport Brundtland/Citations

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Tableaux Rapport Brundtland




Commission mondiale sur l’environnement et le développement

Citations
Citations des participants
aux séances publiques de la CMED



Introduction[modifier]

Tout au long du présent rapport, des citations de quelques-unes des nombreuses personnes qui ont pris la parole lors des séances publiques de la CMED figurent dans des encadrés pour montrer l’éventail des opinions exprimées à la Commission au cours de ses trois années d’activité. Ces opinions ne sont pas nécessairement celles de la Commission.


Chapitre 1[modifier]

Moi je pense que cette Commission devrait se pencher sur le problème de la participation effective des populations qui sont l’objet du développement. Au nombre des besoins élémentaires de ces gens figurent le droit à l’identité culturelle, le droit de ne pas vivre en état d’aliénation par rapport à leur propre culture. Je tiens à insister sur l’impossibilité d’examiner les questions d’environnement et de développement sans aborder celle du développement des systèmes politiques. On ne peut se contenter de faire disparaître la pauvreté, du moins pas uniquement en procédant à une nouvelle répartition des richesses ou des revenus, il faut aussi redistribuer le pouvoir.

Aristides Katoppo, éditeur, Audience publique de la CMED, Djakarta, le 26 mars 1985


Lorsqu’on détruit la végétation que ce soit pour obtenir des terres, des aliments, du fourrage, du combustible ou du bois, le sol n’est plus protégé. Les pluies provoquent le ruissellement et c’est alors l’érosion. Lorsque toute la bonne terre est partie, l’eau reste et la terre ne peut plus produire suffisamment; les habitants sont alors obligés de s’installer ailleurs, et c’est le même processus qui recommence.

Toutes les catastrophes du tiers monde sont en fait des problèmes de développement qui n’ont pas trouvé de solutions. La prévention des catastrophes est donc avant tout une dimension du développement, et celui-ci doit se faire dans les limites du possible.

Odd Grann, secrétaire général, Croix Rouge norvégienne, Audience publique de la CMED, Oslo, 24-25 juin 1985


Les réalisations remarquables de la fameuse révolution industrielle sont actuellement sérieusement remises en cause, notamment parce que, à l’époque, la dimension environnementale n’existait simplement pas. On pensait alors que le ciel était si pur et si vaste que rien ne pourrait jamais en altérer le bleu, que nos fleuves étaient si gorgés d’eau que rien ne viendrait jamais en modifier la limpidité; que les arbres et forêts étaient si nombreux qu’ils en devenaient immortels. Après tout, un arbre repousse toujours, n’est-ce pas?

Aujourd’hui nous devrions avoir le bon sens de comprendre qu’il n’en est rien. L’allure vertigineuse à laquelle la terre se dénude de sa protection végétale semble indiquer qu’à force de déboiser pour construire, la terre n’aura bientôt plus d’arbres du tout.

Victoria Chitepo, Ministre des Ressources naturelles et du Tourisme, Gouvernement du Zimbabwe, Cérémonie d’ouverture de la CMED, Harare, 18 septembre 1986


Combien de temps encore pourrons-nous faire, impunément, comme si l’environnement n’avait rien à voir avec l’économie, la santé, le développement, les loisirs? Est-ce bien réaliste de s’envisager comme les gestionnaires d’une entité lointaine qui s’appellerait environnement, qui nous serait étrangère, étrangère aussi à l’économie, une valeur trop onéreuse à protéger en temps de difficultés économiques? Si nous nous organisons en fonction de cette prémisse, ce sera aux dépens de notre économie, de notre santé, de notre croissance industrielle.

Nous avons tout juste pris conscience qu’il nous fallait modifier un comportement profondément ancré qui consiste à laisser un héritage trop lourd aux générations à venir, comportement né d’une conviction erronée qu’il existe un choix à faire entre économie et environnement. À longue échéance, ce choix se révèle être une illusion dont les conséquences pour l’humanité sont terrifiantes.

Charles Caccia, député, Chambre des Communes, Audience publique de la CMED, Ottawa, 26-27 mai 1986


Pour avancer dans la solution des problèmes mondiaux, il nous faut inventer de nouvelles méthodes de pensées, de nouvelles valeurs morales, de nouveaux critères de jugement et, sans aucun doute, de nouveaux modes de comportement.

L’humanité se trouve à l’aube d’une nouvelle étape de son développement. Il faut non seulement mettre en valeur notre base matérielle, scientifique et technique, mais surtout faire naître dans la psyché humaine de nouvelles valeurs, de nouvelles aspirations humanistes, car la sagesse et la compassion resteront les « vérités éternelles » qui sont le fondement même de l’humanité. Il nous faut aussi de nouveaux concepts sociaux, moraux, scientifiques et écologiques qui devront être déterminés par les nouvelles conditions de vie de l’humanité actuelle et à venir.

I.T. Frolov, Rédacteur en chef, revue Communist, Audience publique de la CMED, Moscou, 8 décembre 1986


Vous parlez très peu de la vie, et bien trop de la survie. Il est très important de rappeler que lorsque les possibilités de vivre n’existent plus, alors seulement commence la survie. Il y a des peuples ici au Brésil, surtout en Amazonie, qui vivent, qui veulent continuer de vivre, et qui ne veulent pas tomber au simple niveau de la survie.

Un membre du public, Audience publique de la CMED, Sao Paulo, 28-29 octobre 1985


Chapitre 2[modifier]

Pendant trop longtemps, un manque de communication a empêché les organismes travaillant sur les questions d’environnement ou de démographie et ceux engagés dans l’aide au développement de se rapprocher et de prendre conscience de la similitude de leurs intérêts et de leur pouvoir. Fort heureusement, nous sommes en train de remédier à cet état de choses. Nous sommes en effet maintenant parfaitement conscients que ce qui nous rapproche l’emporte sur nos divisions.

Nous savons que la pauvreté, la dégradation de l’environnement et la croissance démographique sont inextricablement liés et combien ces problèmes – tous essentiels – ne peuvent être traités isolément les uns des autres. C’est tous ensemble que nous allons réussir – ou alors échouer.

Parvenir à une définition du « développement durable » qui serait acceptée par tous reste un défi que se doivent de relever tous ceux qui sont engagés dans le processus de développement.

« Making Common Cause », Regroupement d’Organisations non gouvernementales travaillant sur les questions de développement, d’environnement et de démographie aux États-Unis, Audience publique de la CMED, Ottawa, 26-27 mai 1986


Le désert gagne, la forêt disparaît, la malnutrition progresse, les citadins vivent dans des conditions de plus en plus difficiles. Et ce n’est pas parce que nous manquons de ressources, mais à cause des politiques de nos gouvernants, de l’élite. On refuse de respecter nos droits, de tenir compte de nos intérêts. À ce rythme-là, seule la pauvreté a un avenir en Afrique. Alors, nous espérons que votre Commission, cette Commission mondiale, n’oubliera pas d’évoquer ces droits, qu’elle en dira toute l’importance. Parce que seul un peuple libre, jouissant de droits, seuls les citoyens réfléchis et responsables pourront participer au développement et à la défense de l’environnement.

Un membre du public, Audience publique de la CMED, Nairobi, 23 septembre 1986


Les gens ont désormais – et souvent pour la première fois dans l’histoire – une idée de leur pauvreté relative et le désir d’en sortir et d’améliorer la qualité de leur vie. À mesure que la vie matérielle progresse, que l’on se nourrit mieux, que l’on vit mieux, ce qui était autrefois perçu comme un luxe devient un besoin. Résultat : la demande de produits alimentaires, de matières premières, d’énergie s’accroît à un rythme supérieur à celui de la croissance démographique. À mesure que cette demande progresse, une pression de plus en plus forte pèse sur des terres limitées, qui ne peuvent pas produire ce que l’on demande d’elles.

I.P. Garbouchev, Académie bulgare des sciences, Audience publique de la CMED, Moscou, 11 décembre 1986


Dans les pays en développement, surtout dans le Tiers monde, nous savons bien que notre gros problème, c’est l’emploi : nous n’avons aucune possibilité d’emploi, et tous ces gens sans travail quittent les campagnes pour la ville. Ceux qui restent s’entêtent à poursuivre certaines pratiques – par exemple, ils brûlent du charbon de bois – et c’est la déforestation. Alors, les organismes d’environnement devraient peut-être intervenir et chercher à prévenir ce genre de destruction.

Kennedy Njiro, Étudiant, École polytechnique, Kenya, Audience publique de la CMED, Nairobi, 23 septembre 1986


Moi je travaille avec les arbres à caoutchouc de l’Amazonie et je suis là pour parler de la forêt tropicale.

Nous, nous vivons de cette forêt qu’ils cherchent à détruire. Nous voulons profiter de cette occasion, où tous ces gens sont réunis à la recherche d’un même objectif, pour défendre notre habitat, la forêt, la forêt tropicale

Dans ma région, nous tirons une quinzaine de produits de la forêt, en plus de nos autres activités. Il faut préserver toutes ces activités. Car, vous savez, ce n’est pas uniquement le bétail, les terres arables, les autoroutes qui vont permettre le développement de l’Amazonie.

Quand ils envisagent d’abattre des arbres, c’est pour construire des routes, et ces routes sèment la destruction derrière une façade qu’ils nomment progrès. Ces progrès, qu’ils se fassent ailleurs, là où les terres sont déjà déboisées, où on peut donner du travail aux gens, où il faut développer les villes. Quant à ceux qui veulent continuer de vivre dans la forêt, qui veulent la forêt telle quelle, laissons-les y.

Nous n’avons rédigé aucun texte. Nous n’avons commandé aucun texte à quelqu’un assis dans son bureau. Il n’y a pas d’idéologie. Simplement : voici notre vérité, voici notre vie.

Jaime Da Silva Araujo, Conseil de la récolte de caoutchouc, Audience publique de la CMED, Sao Paulo, 28-29 octobre 1985

Les populations indigènes constituent la base de ce qu’on pourrait peut-être appeler un système de sécurité de l’environnement. Nous sommes des garde-fous, en quelque sorte. Mais pour beaucoup d’entre nous, les siècles derniers ont signifié la perte de nos terres et de nos cours d’eau. Nous sommes toujours les premiers à connaître les atteintes à l’environnement et toujours les derniers à être consultés.

Nous sommes en effet les premiers à le savoir lorsque les forêts sont menacées – et elles le sont, victimes de l’économie cynique de ce pays. Et nous sommes les derniers à être interrogés sur l’avenir de nos forêts. Les premiers à déceler la pollution des eaux, comme pourront l’attester les Ojibway de ma terre natale au nord de l’Ontario. Et bien sûr, les derniers à être consultés sur comment, quand et où intervenir pour assurer un certain équilibre à cette septième génération.

Au mieux, ce à quoi nous pouvons prétendre, c’est une compensation a posteriori. Trop peu, trop tard. C’est si rarement que l’on nous demande nos conseils, notre consentement pour procéder à des actions de développement, ce qui éviterait pourtant d’avoir à nous dédommager.

Louis Bruyère, Président, Conseil national des Autochtones du Canada, Audience publique de la CMED, Ottawa, 26-27 mai 1986


Les questions qui ont été soulevées ici touchent à de nombreux domaines. Les réponses, peut-être les connaissez-vous, peut-être non. Du moins, après avoir entendu tous ces récits, tous ces points de vue, pouvez-vous vous faire une idée de la question.

Vous n’avez ni réponse ni solution, mais vous pourriez peut-être indiquer la voie à suivre en faisant comprendre aux gouvernements, ou à l’ONU, ou aux organisations internationales que le meilleur moyen de résoudre un problème est d’associer ceux qui sont directement concernés. Ceux qui sont censés bénéficier du développement – tout comme ses victimes – doivent être entendus.

C’est peut-être là l’essentiel, ce que nous voulons tous ici, que l’on écoute, que l’on consulte les intérêts pour tout problème, tout projet de développement. Si cet aspect des choses est assuré, alors la première étape est résolue.

Ismid Hadad, Rédacteur en chef, Prisma, Audience publique de la CMED, Djakarta, 26 mars 1985


Il n’a pas été trop difficile de rapprocher les défenseurs de l’environnement du Nord et les défenseurs du développement du Sud. Les distinctions entre ces deux groupes sont ténues et le thème du développement durable commence à être l’objet d’un consensus.

Le point de départ est tout trouvé. Les préoccupations pour les questions liées à l’environnement existent de part et d’autre. Le souci humanitaire aussi. Les différences sont affaires de méthodes, ou alors du degré auquel chaque camp s’efforce de faire valoir ses intérêts économiques dans le cadre de l’aide au développement.

Pour des raisons politiques tout à fait pragmatiques, le moment est venu pour effectuer un rapprochement. Tout d’abord, les habitants du Nord ne tiennent pas à voir dilapider les impôts qu’ils paient. Ensuite, ils ne veulent pas d’un accroissement de la pauvreté et ils se soucient de l’environnement, que ce soit seulement du Nord – là où ils vivent – ou celui du Sud. Quant aux habitants du Sud, la majorité ne veut pas de solutions bâtardes à court terme.

En fait, il y a une communauté politique d’intérêt entre le Nord et le Sud autour de la notion de développement durable qui peut vous servir de point de départ.

Richard Sandbrook, Institut international pour l’environnement, et le développement, Audience publique de la CMED, Oslo, 24-25 juin 1985


Chapitre 3[modifier]

Nous savons que le monde traverse une crise financière internationale qui aggrave la misère et la pauvreté dans le Tiers Monde et nous sacrifions encore davantage notre environnement tout en sachant que cette situation pourrait être inversée si nous utilisions correctement de nouvelles technologies et connaissances. Mais pour cela, nous devons trouver une nouvelle éthique englobant, au premier chef, les rapports entre l’homme et la nature.

Sergio Dialetachi, Parlant de sa place, Audience publique de la CMED, Sao Paulo, 28-29 octobre 1985


La gravité de la crise africaine ne saurait être surestimée et elle devrait, dans son intégralité, intéresser à vrai dire le monde entier. Les vies de 400 millions de personnes vivant en Afrique sont aujourd’hui en péril. Et de nombreux enfants encore à naître seront confrontés à un avenir très sombre si l’on ne trouve pas – et rapidement – des solutions efficaces.

Il n’est certes pas nécessaire d’avoir beaucoup d’imagination pour se rendre compte du fait que ce n’est pas la seule Afrique qui est en danger. À long terme, c’est l’économie mondiale tout entière qui pourrait être menacée, non seulement en raison du bien-être humain, mais aussi à cause de la position cruciale que l’Afrique occupe dans l’économie mondiale en tant que source d’un grand nombre de matières premières d’importance vitale.

Maxime Ferrari, Directeur du Bureau régional, du PNUE pour l’Afrique, Audience publique de la CMED, Harare, 18 septembre 1986


L’impact de la crise actuelle sur l’Amérique latine a été comparé, par sa profondeur et son ampleur, à la grande dépression de 1929-32. La crise a clairement fait apparaître que si la nécessité de protéger l’environnement contre les problèmes traditionnels de la détérioration et de la dégradation continue d’être un objectif valable, les décideurs responsables de la gestion de l’environnement devraient éviter d’adopter des attitudes négatives face à la nécessité d’une réactivation et d’une croissance économiques.

L’expansion, la préservation, l’entretien et la protection de l’environnement peuvent apporter une contribution essentielle à l’amélioration du niveau de vie, à l’emploi et à la productivité.

Osvaldo Sunkel, Coordinateur, ECLA/UNEP Development and Environment Unit, Audience publique de la CMED, Sao Paulo, 28-29 octobre 1985


L’importance universelle des problèmes écologiques n’est guère contestable. Leur bonne solution exigera de plus en plus des activités coordonnées non seulement dans le contexte de l’économie de chaque pays, mais aussi sur le plan de la coopération internationale. Les problèmes écologiques n’ont aucun précédent dans l’histoire de l’humanité.

Todor I. Bojinov, Comité pour la protection de l’environnement, Bulgarie, Audience publique de la CMED, Moscou, 8 décembre 1986


Les besoins du monde industrialisé en matières premières, en productivité accrue et en biens matériels se sont traduits par des impacts sérieux sur l’environnement et des coûts économiques élevés non seulement dans nos propres pays, mais également dans le monde en développement. Les structures internationales actuelles des politiques en matière financière, économique, commerciale et d’investissements ajoutent encore à la complexité des problèmes. Nous devons tous être prêts à examiner nos rapports dans les domaines du commerce international, de l’investissement, de l’aide au développement, de l’industrie et de l’agriculture, en tenant compte des conséquences qu’ils peuvent avoir sur le sous-développement et la dégradation de l’environnement dans le Tiers Monde. Nous devons même être prêts à aller plus loin et mettre en application les moyens nécessaires pour amenuiser ces symptômes.

Rakel Surlien, Ancien ministre norvégien de l’Environnement, Cérémonie d’ouverture de la CMED, Oslo, 24 juin 1985


Je crois qu’il importe également que la Commission prenne note du problème de la négociation de contrats relatifs au développement de ressources. Depuis 10 ans, nous essayons d’y faire inclure des dispositions relatives à l’environnement. Nous n’avons réussi à obtenir des investisseurs qu’une description très générale de ce qui devrait être fait en matière de protection de l’environnement. Si vous entrez dans les détails, vous avez des problèmes avec des avocats, etc. Et cela entrave alors les investissements.

Pour nous, il s’agit de choisir si l’on va relâcher un peu la pression ou si l’on va la maintenir, et, dans ce cas, bien entendu, il n’y aura pas d’investissements dans le pays. Je crois qu’il serait fort utile de lancer un appel aux multinationales, principalement pour leur demander de comprendre que ce qui a été fait pour le bois pourrait l’être également dans d’autres accords, comme ceux relatifs au café, à l’étain et d’autres encore. Je crois que cela serait fort utile.

Un membre d’un organisme gouvernemental parlant de sa place dans la salle, Audience publique de la CMED, Djakarta, 26 mars 1985


Le transfert de technologies doit être considéré comme étant un processus social. En réalité, l’idéal serait que ce soient les intéressés eux-mêmes, et non pas nous, qui procèdent aux choix. Pour résumer, je crois qu’il est très important, s’agissant de technologie, de bien comprendre que nous avons en l’occurrence affaire à un processus de mutation. Les technologies ne peuvent être transférées directement qu’en association avec un processus social. Ainsi donc, dans ce cas, la technologie ne représente pas une variable indépendante : elle dépend étroitement de la mutation sociale.

M. Nashihin Hasan, Parlant de sa place dans la salle, Audience publique de la CMED, Djakarta, 26 mars 1985


Chapitre 4[modifier]

Depuis 1970, il est à la mode d’établir une distinction entre la population et l’environnement, deux domaines critiques; mais bien souvent, nous oublions que la population fait en réalité partie intégrante de l’environnement et, par conséquent, lorsque nous nous préoccupons de la population, nous considérons non seulement les environnements physiques, biologiques et chimiques, mais aussi l’environnement socio-culturel dans lesquels ces programmes de développement doivent s’inscrire. Et le terme de « population » est beaucoup plus significatif si l’on replace une population dans son contexte.

Dr. J.O. Oucho, Population Studies and Research Institute, Audience publique de la CMED, Nairobi, 23 septembre 1986


L’environnement est l’affaire de tous, le développement est l’affaire de tous, la vie et les moyens de subsistance sont l’affaire de tous. Je pense que l’on trouvera la solution en encourageant l’alphabétisation des masses pour que les décisions puissent être prises de manière démocratique par des gens qui savent lire et écrire, car si les décisions sont prises par quelques uns, sans tenir compte de l’opinion des masses, les ONG spécialement, il est vraisemblable qu’elles ne seront pas fructueuses. Elles seront imposées d’en haut, les gens ne réagiront pas de manière positive et le projet sombrera avant d’être lancé.

Joseph Ouma, doyen, École des sciences de l’environnement, Université Moi, Audience publique de la CMED, Nairobi, 23 septembre 1986

Les phénomènes démographiques constituent le cœur même de la problématique du développement africain. Ce sont ces données qui conduisent la plupart des analystes à prévoir une crise persistante et de plus en plus grave en Afrique. Il ne fait aucun doute qu’il est impératif et urgent que les gouvernements africains adoptent et mettent énergiquement en œuvre une politique démographique à long terme.

Une question qui s’y rapporte et qui doit faire l’objet de recherches plus approfondies est le recours au système fiscal pour limiter la croissance démographique et décourager l’exode des campagnes vers les villes.

Pour ralentir la croissance démographique, les familles sans enfants devraient-elles bénéficier d’encouragement ou de trêve sur le plan fiscal? Devrait-on infliger une amende pour chaque enfant dépassant un nombre donné, considérant que la fiscalité n’a pas résolu le problème des migrations de population?

Adebayo Adedeji, Directeur exécutif, Commission économique pour l’Afrique, Audience publique de la CMED, Harare, 18 septembre 1986


Nous, en Asie, à mon sens, nous cherchons un équilibre entre la vie spirituelle et la vie matérielle. J’ai observé que vous aviez essayé de séparer la religion de l’aspect technologique de la vie. N’est-ce pas là exactement l’erreur des pays occidentaux qui mettent au point une technologie sans éthique, sans religion. Si tel est le cas et si nous avons la possibilité de prendre une nouvelle orientation, ne devrions-nous pas conseiller au groupe chargé de la technologie de rechercher un type différent de technologie fondé non seulement sur la rationalité, mais aussi sur l’aspect spirituel? Est-ce là un rêve ou est-ce quelque chose d’inéluctable?

Intervenant ayant pris la parole à, l’audience publique de la CMED, Djakarta, 26 mars 1985


L’éducation et la communication ont une importance décisive lorsque l’on veut faire comprendre à chacun ses responsabilités à l’égard de la salubrité future de la terre. Pour que les étudiants se rendent compte que leur action peut changer quelque chose, le mieux est de faire organiser leurs projets par l’école ou la communauté dans laquelle ils peuvent travailler. Lorsque les gens sont convaincus qu’ils peuvent apporter une aide, ils ont tendance à changer d’attitude et de comportement. Des attitudes nouvelles à l’égard de l’environnement se refléteront dans les décisions prises à la maison et dans les salles de conseil d’administration des sociétés dans le monde entier.

Bernice Goldsmith, Étudiante, North Toronto Collegiate, Audience publique de la CMED, Ottawa, 26-27 mai 1986

Je suis ici en ma qualité de fils d’une petite nation, la nation des Indiens Krenak. Nous vivons dans la vallée du Rio Doce, qui constitue la frontière d’Espirito Santo et de l’État de Minas Gerais. Nous sommes un mini-pays, une micro-nation.

Lorsque le gouvernement nous a pris nos terres dans la Vallée du Rio Doce, il a voulu nous en donner d’autres, quelque part ailleurs. Mais l’État, le gouvernement ne comprendront jamais que nous n’avons aucun autre endroit où aller.

Le seul endroit où nous, le peuple Krenak, nous pouvons vivre et reconstituer notre existence, parler à nos dieux, parler à notre nature, tisser nos vies, est celui où Dieu nous a créés. Il est inutile que le gouvernement nous installe dans un endroit très beau, dans un endroit très bon, où le gibier et le poisson sont abondants. Nous, le peuple Krenak, nous continuons à mourir et nous mourrons en affirmant avec insistance qu’il n’existe qu’un seul endroit où nous puissions vivre.

Mon cœur ne se réjouit pas en constatant l’incapacité de l’humanité. Nous n’éprouvons aucun plaisir du tout à venir ici et à faire ces déclarations. Nous ne pouvons plus considérer la planète sur laquelle nous vivons comme si c’était un échiquier autour duquel les gens ne font que déplacer des objets. Nous ne pouvons pas considérer la planète comme quelque chose d’isolé du cosmos.

Nous n’avons pas la stupidité de croire qu’il nous est possible de vivre ailleurs que là où se situe l’origine de notre vie. Respectez l’endroit où nous vivons, ne dégradez pas nos conditions de vie, respectez cette vie.

Nous ne disposons d’aucune arme pour faire pression, tout ce dont nous disposons, c’est du droit de clamer notre dignité et la nécessité de vivre sur notre terre.

Ailton Krenak, Coordinateur de l’Union des Nations indiennes, Audience publique de la CMED, Sao Paulo, 28-29 octobre 1985


Chapitre 5[modifier]

Je pense que dans une assemblée comme celle-ci, il se trouve presque toujours quelqu’un qui se lève pour dire qu’on a omis de traiter la question qui l’intéresse. Ma question à moi, ONG, me paraît assez importante : c’est la question des femmes. Et la plupart de ceux qui sont ici présents sont certainement très sensibles au rôle que joue la femme vis-à-vis de l’environnement.

Il en est ainsi notamment en Afrique où, comme on l’a si souvent et si clairement souligné, les femmes sont responsables dans une proportion allant de 60 à 90 pour cent de la production, du traitement et de la commercialisation des denrées alimentaires. Personne ne peut vraiment aborder la crise alimentaire qui règne en Afrique, pas plus d’ailleurs que beaucoup d’autres crises qui semblent affecter ce continent, sans prendre en considération la question des femmes, et sans veiller sérieusement à ce que les femmes soient appelées à participer à la prise des décisions du niveau le plus bas à l’échelon le plus élevé.

Mrs. King, The Greenbelt Movement, Audience publique de la CMED, Nairobi, 23 septembre 1986


On tient les petits agriculteurs pour responsables des destructions de l’environnement, comme s’ils pouvaient choisir entre plusieurs ressources pour assurer leur existence. Le fait est qu’ils n’ont pas le choix. Quand il s’agit de survivre, on a tendance à se soucier plus des besoins immédiats que de l’avenir de l’environnement. C’est la pauvreté – et non les pauvres – qui est responsable de la destruction des ressources naturelles.

Geoffrey Bruce, Agence canadienne de développement international, Audience publique de la CMED, Ottawa, 26-27 mai 1986


On observe bien des contradictions en matière de développement agricole. L’initiation aveugle de modèles élaborés dans des contextes différents devra céder le pas aux réalités et aux conditions qui existent en Afrique. De vastes zones de terres vierges ont été mises en culture mais les prix des produits que l’on cultive pour l’exportation sont en baisse constante, ce qui n’est pas dans l’intérêt des pays en développement.

Il y a tant de problèmes à résoudre que l’on oublie que chaque problème fournit l’occasion de faire quelque chose de positif. Voici pour nous l’occasion de penser à la conservation et à l’environnement dans un vaste contexte éducatif. Ce faisant, nous capterons l’attention de la prochaine génération et lui apporterons la démonstration des merveilles et des bienfaits du monde qui l’entoure.

Adolfo Mascarenhas, Bureau de Harare, UICN, Audience publique de la CMED, Harare, 18 septembre 1986


Le problème agricole n’est pas impossible à identifier. Moi, qui suis agriculteur, je suis une victime potentielle du système sous lequel nous vivons. Pourquoi un quart environ des agriculteurs canadiens sont-ils confrontés à la perspective immédiate d’une banqueroute agricole? Cette situation est en relation directe avec la conception générale d’une politique de l’alimentation à bas prix, laquelle constitue la pierre d’angle de la politique fédérale en matière agricole depuis le début de la colonisation rurale.

Nous voyons dans cette politique actuelle de l’alimentation à bas prix une forme de violence économique qui contribue à une surexploitation du sol et au développement d’une relation impersonnelle entre les agriculteurs et le sol parce qu’il faut survivre économiquement. C’est en fait une politique d’industrialisation qui ne peut conduire qu’au désastre tant sur le plan économique – pour nous agriculteurs – que sur celui de l’environnement – pour nous tous, en tant que Canadien et citoyens du monde.

Wayne Easter, président, Union nationale des agriculteurs, Audience publique de la CMED, Ottawa, 26-27 mai 1986


L’agriculture intensive peut avoir pour effet d’épuiser rapidement la couche superficielle du sol, provoquant une dégradation qui ne peut être évitée que si des mesures spéciales sont prises pour protéger le sol en assurant sa remise en état constante et en reconstituant sa fertilité. La tâche de l’agriculture ne se limite donc pas simplement à l’obtention du produit biologique, mais elle s’étend à l’entretien permanent et au renforcement de la fertilité du sol. À défaut de quoi nous consommerons très rapidement ce qui, de droit, appartient à nos enfants, petits enfants et arrière-petits enfants, sans parler des descendants plus lointains.

C’est cette appréhension – le sentiment que notre génération vit dans une certaine mesure aux dépens des générations à venir, prélevant de façon inconsidérée sur les réserves de fertilité accumulées dans le sol au cours d’un développement de la biosphère qui a duré des millénaires, au lieu de se contenter de vivre sur le surcroît de ressources qui se crée chaque année – qui inquiète de plus en plus les spécialistes qui se penchent sur l’état de la couverture pédologique de notre planète.

B.G. Rozanov, Université d’État de Moscou, Audience publique de la CMED, Moscou, 11 décembre 1986


Ainsi donc, il y a à la racine de ce problème environnemental un problème agraire qu’il faut résoudre si l’on veut s’engager dans une quelconque politique écologique sérieuse – et il faut procéder à une réorientation de la politique agricole. J’estime que toute politique de conservation doit être accompagnée d’une politique agricole cohérente capable de répondre non seulement aux besoins de la conservation en tant que telle, mais à ceux de la population du Brésil.

Julio M.G. Gaiger, Président, Association nationale d’aide aux Indiens, Audience publique de la CMED, Sao Paulo, 28-29 octobre 1985


À mesure que la production agricole se développait, des agriculteurs de plus en plus nombreux pouvaient s’acheter des tracteurs. Mais voici qu’après une année d’utilisation, ces tracteurs deviennent plus onéreux qu’il n’était prévu parce qu’il faut dépenser de très grosses sommes d’argent pour se procurer des pièces de rechange. Nous pourrions peut-être recommander qu’avant d’encourager l’emploi des tracteurs dans l’agriculture, l’Indonésie établisse une fabrique de pièces détachées.

C’est pour cette raison que de nombreux prêts consentis par le gouvernement aux agriculteurs pour qu’ils modernisent leurs méthodes, notamment en achetant des tracteurs, n’ont pas été remboursés. Si les tracteurs avaient continué à fonctionner, les agriculteurs auraient sans doute pu rembourser leurs emprunts. Mais ce sont maintenant les tracteurs eux-mêmes qui deviennent un problème; car, immobilisés, ils commencent à rouiller et se transforment peu à peu en objets polluants.

Andi Mappasala, président, Yayasan Tellung Poccoe, Audience publique de la CMED, Djakarta, 26 mars 1985


Chapitre 6[modifier]

Notre forêt atlantique, cette étendue de forêt tropicale qui s’étend en une bande étroite du Nord au Sud a été massivement détruite.

Cette forêt se caractérise par son grand nombre d’espèces endémiques, qui n’existent donc que dans cette région, qu’au Brésil. C’est donc à nous, Brésiliens, qu’il revient de conserver ces espèces en vie.

Ibsen de Gusmao Camara, Président de la Fondation nationale de la conservation de la nature, Audience publique de la CMED, Sao Paulo, 28-29 octobre 1985


Il y a vingt ans, lorsque nous avons décidé d’intensifier notre exploitation de la forêt, nous pensions tout simplement qu’elle était là et que nous pouvions nous servir. À l’époque, nous pensions que la sélection que nous faisions ne pouvait pas compromettre la régénération de la forêt. Après tout, nous n’abattions pas tous les arbres. Et nous oubliions que nous ne savions pas comment la forêt tropicale se reconstitue.

Une espèce autochtone comme le meranti – je ne connais pas ce nom en anglais, meranti, rami, est notre bois le plus précieux, c’est un arbre qui ne fait pas d’ombre pendant une période de la pousse. Or, sans ombre il ne peut survivre. Et nous n’y avons pas pensé, nous avons accepté les techniques venues d’Occident, nous avons abattu les arbres pour exploiter notre forêt.

Emmy H. Dharsono, Réseau ONG de défense de la forêt, Audience publique de la CMED, Djarkata, 26 mars 1985


Nous tous en Afrique prenons petit à petit conscience du fait que la crise sur ce continent est essentiellement un problème d’environnement qui a précipité des symptômes tels la sécheresse, la famine, la désertification, la surpopulation, les réfugiés pour cause écologique, l’instabilité politique, la misère, etc.

Nous prenons conscience du fait que si l’Afrique agonise, c’est parce que l’environnement a été pillé, exploité, nié.

Nous nous rendons compte également qu’aucun bon samaritain ne va traverser les mers pour venir sauver l’Afrique. Seuls les Africains peuvent et doivent être sensibles à l’état de notre environnement.

The Greenbelt Movement, Audience publique de la CMED, Nairobi, 23 septembre 1986


Il est désormais impossible de revenir au niveau antérieur de la population d’oomurasaki – notre papillon empereur violet. Pour que ce papillon puisse vivre, il faut arracher les mauvaises herbes, planter des arbres, soigner, entretenir la forêt. N’est-ce pas un grand plaisir de savoir qu’on est lié aux générations à venir par les forêts qu’on leur transmet, les forêts où virevoltent les oomurasaki et où les gens peuvent en profiter?

Ce serait si bien de pouvoir susciter chez nos enfants l’amour de la nature. Nous espérons faire des forêts que nous plantons un cadeau aux enfants du XXIe siècle.

Mika Sakakibara , Étudiante, Université d’agronomie et de technologie de Tokyo, Audience publique de la CMED, Tokyo, 27 février 1987


À mesure que la déforestation progresse, elle grignote la qualité de la vie de millions d’individus dans les pays en développement; leur survie est menacée par la disparition de la couverture végétale dont ils dépendent pour leurs combustibles et d’autres produits encore. Si l’on continue de déboiser les forêts tropicales au rythme actuel, 225 millions d’hectares vont disparaître d’ici à l’an 2000; s’il n’est pas mis fin à la destruction des forêts pluviales tropicales, quelque 10 à 20% du capital vivant végétal et animal de la planète aura disparu d’ici à l’an 2000.

Inverser cette tendance est une question de volonté politique; les gouvernements des pays en développement doivent modifier leurs politiques et appuyer les initiatives à la base. Il faut avant tout s’assurer le concours des millions de petits cultivateurs et gens sans terre qui utilisent tous les jours les arbres de la forêt pour vivre.

J. Gustave Speth, président, Institut mondial des ressources, Audience publique de la CMED, Sao Paulo, 28-29 octobre 1985


Le monde, hélas, n’est pas tel que nous aimerions le voir. Les problèmes sont nombreux – et de taille. Ce n’est qu’en collaboration et avec un peu d’astuce que nous pourrons les résoudre.

Je représente ici un organisme qui a pour nom « Nature et Jeunesse ». Je sais avoir l’appui de tous les membres lorsque je fais part de notre inquiétude pour l’avenir si d’importants changements n’interviennent pas dans notre façon de traiter notre bien essentiel, à savoir la nature.

Nous qui travaillons auprès des jeunes, nous qui sommes la jeunesse norvégienne d’aujourd’hui, nous ne savons que trop comment la destruction de la nature provoque peur et apathie chez les jeunes. Peur quant à leur avenir.

Il est très important que des gens ordinaires puissent participer aux décisions se rapportant à la nature.

Frédéric Hauge, « Nature et Jeunesse », Audience publique de la CMED, Oslo, 24-25 juin 1985


Chapitre 7[modifier]

L’énergie, dans son acceptation la plus simple, est l’unité fondamentale du monde physique. Nous ne pouvons donc concevoir le développement sans modifications de la nature et de l’ampleur de la consommation d’énergie. Étant donné toute l’importance de sa gestion, chaque modification aura des incidences sur l’environnement. Les conséquences en sont profondes, car cela signifie notamment qu’il n’existe tout simplement aucun choix évident. Toutes les solutions sont complexes. Toutes obligent à des compromis. Cela dit, certains choix, certains compromis sont meilleurs que d’autres dans la mesure où ils favorisent le développement et limitent les effets délétères sur l’environnement.

David Brooks, Les Amis de la Terre, Audience publique de la CMED, Ottawa, 26-27 mai 1986


On imagine difficilement un problème ayant des conséquences aussi massives sur les sociétés humaines et l’environnement que l’effet de serre. Les signaux sont incertains mais il est possible que nous soyons déjà en présence d’effets de serre en Afrique.

Les incidences d’un réchauffement de la planète seraient catastrophiques. À notre avis, il est déjà tard pour se mettre à examiner cette question. En effet, la sensibilisation du public, l’appui aux politiques nationales, la coordination d’efforts multilatéraux pour ralentir les taux d’émission, tout cela prend beaucoup de temps.

L’effet de serre présente une occasion d’agir; il constitue un défi à relever. C’est aussi une raison supplémentaire d’adopter des stratégies de développement durable.

Irving Mintzer, Institut mondial des ressources , Audience publique de la CMED, Olso, 24-25 juin 1985


La forêt est un écosystème dont l’existence est déterminée par un certain nombre de conditions écologiques. Si les conditions sont modifiées, l’écosystème le sera aussi. Il est très difficile pour les écologistes de prévoir les changements qui vont intervenir, étant donné l’immense complexité des systèmes.

Les causes directes de la mort d’un arbre peuvent se trouver à milles lieues de la pression primaire qui fut un jour à l’origine de l’équilibre du système. Cela peut aussi bien être l’ozone que le SO2 ou l’empoisonnement par l’aluminium.

Permettez-moi une analogie : en cas de famine, on meurt rarement directement de la faim; c’est de dysenterie ou d’une maladie infectieuse que l’on meurt. Dans ce genre de situation, il n’est pas terriblement utile d’envoyer des médicaments à la place de produits alimentaires. Ce qui signifie qu’il faut s’attaquer aux causes premières qui s’acharnent contre un écosystème donné.

Alf Johnels, Musée d’histoire naturelle, Suède, Audience publique de la CMED, Olso, 24-25 juin 1985


Les risques pour la santé que pose le développement des utilisations pacifiques de la technologie nucléaire, y compris l’électricité d’origine nucléaire, sont minimes en regard des bienfaits des rayonnements nucléaires utilisés en médecine, notamment à des fins de diagnostics.

L’application sûre de cette technologie offre de nombreuses possibilités en ce qui concerne la purification de l’environnement; elle permettra en outre, en supprimant la perte de denrées, d’accroître l’approvisionnement alimentaire.

À une exception notable près, la coopération internationale qui a marqué le développement de l’énergie nucléaire a été exemplaire; elle peut servir de modèle pour la façon d’aborder les problèmes écologiques et éthiques que pose le développement de toute nouvelle technologie.

Ian Wilson, Vice-président, Association nucléaire canadienne, Audience publique de la CMED, Ottawa, 26-27 mai 1986


Aujourd’hui, l’évaluation des conséquences pratiques peut s’appuyer sur une expérience concrète. Les conséquences de Tchernobyl ont obligé les spécialistes soviétiques à se reposer la question : le développement à échelle industrielle de l’énergie nucléaire n’est-il pas un peu prématuré? Ne risque-t-il pas d’être fatal pour notre civilisation, pour notre biosphère? Les sources d’énergie sont si nombreuses que nous pouvons envisager la question dans le plus grand calme. Les États, les gouvernements disposent de choix réels; les individus et les professionnels aussi.

Nous devons faire porter tous nos efforts sur l’amélioration de la technologie; nous devons élaborer des normes strictes en matière de qualité de sûreté. Il nous faut favoriser la création de centres antiaccidents et de moyens de réparer les dommages causés à l’environnement. L’amélioration de la sûreté dans l’industrie et l’étude de l’interface homme-machine sont peut-être plus importantes que de faire porter les efforts sur un seul volet de la structure énergétique du monde. C’est l’humanité toute entière qui en bénéficierait.

V.A. Legasov, Membre de l’Académie des sciences de l’URSS, Audience publique de la CMED, Moscou, 8 décembre 1986


Dans les pays en développement, le bois de chauffage et le charbon de bois sont, et resteront, les principales sources d’énergie pour la grande majorité des habitants des campagnes. Dans une large mesure, l’abattage des arbres des régions semi-arides ou humides d’Afrique est dû aux besoins de la population urbaine et rurale en énergie. Les effets les plus visibles sont la désertification, l’érosion des sols et la dégradation généralisée de l’environnement.

Les raisons en sont nombreuses, mais une des principales réside sans doute dans l’attention prioritaire accordée aux arbres, au détriment de l’homme. Il faut élargir l’horizon de la sylviculture : plus loin que les arbres, s’intéresser aux hommes obligés de les abattre.

Rutger Engelhard, Institut Beijer, Centre pour l’énergie et le développement en Afrique, Audience publique de la CMED, Nairobi 23 septembre 1986


Dans le choix des ressources énergétiques, il ne faut pas compter aveuglément sur les ressources renouvelables, il ne faut pas leur donner une importance démesurée, il ne faut pas les encourager aux seules fins de défense de l’environnement. Il faut développer, utiliser toutes les sources d’énergie, y compris celles qui sont renouvelables, dans le cadre d’un effort soutenu qui ne sera pas soumis aux fluctuations économiques à court terme. Tout cela pour que nous, en Indonésie, soyons en mesure d’assurer une transition harmonieuse vers une structure plus diversifiée, plus équilibrée de notre approvisionnement énergétique et un système d’offre moins nuisible pour l’environnement – l’objectif suprême de notre politique.

Un membre du public, Audience publique de la CMED, Djakarta, 26 mars 1985


Nous, dans les pays développés, devons modifier nos comportements à l’égard des biens de consommation et susciter des percées technologiques qui nous permettront de poursuivre le développement économique tout en consommant moins d’énergie.

Nous devons nous interroger sur comment résoudre les problèmes du sous-développement, sans augmenter dramatiquement la consommation énergétique de ces pays.

L’idée que les pays en développement consomment peu d’énergie est fausse. Les pays pauvres ont un problème différent : le mauvais rendement énergétique. Les pays moyens, tels le Brésil, ont des sources plus efficaces, plus modernes. Le grand espoir pour ces pays, est que l’avenir reposera non sur la technique du passé, mais sur les techniques les plus avancées. Cela leur permettra de faire un grand bond en avant et de rattraper les pays développés.

Jose Goldemberg, Président, Companhia Energetica de Sao Paulo, Audience publique de la CMED, Sao Paulo, 30 octobre 1985


Chapitre 8[modifier]

Je suis une des victimes de la pollution de l’air. Mon asthme s’est aggravé lors de l’expansion très rapide de l’économie japonaise. J’ai été hospitalisé à l’âge de 18 ans et je suis resté à l’hôpital jusqu’à 23 ans en raison de la gravité de mon asthme. Au cours de ces cinq années, je n’ai connu aucune joie de vivre. J’ai trouvé un emploi et ai commencé à travailler, mais je ne puis le faire pendant aussi longtemps que les gens normaux. J’ai à peine pu travailler au cours des 10 dernières années. Et lorsque la loi a été promulguée, la loi sur la lutte contre la pollution, on m’a attribué une indemnisation. Cette indemnisation prévue par la loi représente mon seul revenu. Et si, en plus de l’asthme, je devais contracter une autre maladie, je ne sais vraiment pas ce que je pourrais faire.

Yoshi Suzuki, Association des victimes de la pollution et de leurs familles, Audience publique de la CMED, Tokyo, 27 février 1987


Il est à présent parfaitement clair que l’ampleur et le rythme de développement actuels des forces productives requièrent une approche différente aux questions liées à la protection de l’environnement et à l’utilisation rationnelle des ressources naturelles. Cela représente une tâche immense sur les plans économiques et sociaux. En effet, il s’agit de la santé des populations et de la gestion attentive de la richesse nationale de chaque pays. De plus, c’est aussi un problème du futur, de la solution duquel dépendront les conditions de vie des générations à venir.

A. P. Semionov, Conseil central des syndicats, Audience publique de la CMED, Moscou, 8 décembre 1986


Notre mouvement écologique n’est pas dirigé contre l’industrie, mais nous devons penser à la fonction sociale des entreprises et au fait que pollution et progrès ne sont pas une seule et même chose. Pollution n’est pas synonyme de progrès et le moment est donc venu de formuler de nouveaux concepts de développement. Pollution ne devrait pas être synonyme de progrès, car nous savons que la pollution est maîtrisable et que lorsqu’on ne la maîtrise pas, on la transfère à la communauté tout entière.

Fabio Feldman, Avocat des victimes de Cubatao, Audience publique de la CMED, Sao Paulo, 28-29 octobre 1985


Je crois qu’il doit y avoir une poussée constante, un effort constant en vue d’édicter une sorte de code international pour les technologies à hauts risques pour l’environnement. À l’heure actuelle, en Indonésie, peu nombreuses sont les industries qui pourraient être considérées comme bien informées dans ce domaine. Nous avons aussi besoin de quelque chose de ce genre pour donner à des pays comme le nôtre l’assurance de pouvoir se développer avec un minimum de sécurité dans le cadre des relations économiques internationales.

Intervenant parlant de sa place dans la salle, Audience publique de la CMED, Djakarta, 26 mars 1986


Nous avons une tendance croissante à nous attaquer aux sources et non aux effets. Mais nous nous trouvons également en présence de questions écologiques sur nos marchés, chez nos propres salariés et dans notre milieu ambiant. Cela procure incontestablement des expériences qui soulignent la nécessité d’une réflexion plus générale et complète au sujet des systèmes dont l’environnement devient partie intégrante. En tant qu’industrie, nous nous heurtons également aux problèmes des rapports entre les relations internationales et l’environnement, souvent – malheureusement – sous forme d’obstacles occultes aux échanges ou de difficultés en ce qui concerne la coopération entre les autorités.

Rolf Marstrander, Directeur pour les questions d’environnement, Norsk Hydro, Audience publique de la CMED, Oslo, 24-25 juin 1985


L’évolution la plus spectaculaire dans les progrès des industries chimiques et polluantes a été enregistrée dans des pays en développement. C’est là un danger manifeste. Les récents accidents ne sont qu’un échantillon de ce qui pourrait arriver. Toutefois, nous reconnaissons qu’une responsabilité considérable incombe dans les divers pays aux syndicats, qui devraient insister auprès des autorités et des directions d’entreprises pour que soient exclues aussi bien les possibilités de tels accidents et les investissements des sociétés qui ne se conforment pas à des normes acceptables.

Les progrès de la technologie ont amélioré l’environnement dans les régions industrielles du monde. Les nouveaux systèmes de production et d’information rendent donc plus difficile, pour les pays en développement, d’invoquer une main-d’œuvre bon marché pour attirer des industries chez eux. L’avenir de ces pays ne paraît pas très brillant, à moins que la collectivité internationale ne se montre prête à partager des techniques de fabrication et des ressources. C’est là, certes, chose politiquement difficile.

Juul Bjerke, Confédération internationale des syndicats libres, Audience publique de la CMED, Oslo, 24-25 juin 1985


Dans l’industrie, nous pensons que toute entreprise potentiellement polluante du fait d’émissions liquides, gazeuses ou de particules devrait être tenue de faire suivre à son personnel des stages de courte durée, mais instructifs, d’éducation en matière d’environnement.

Il arrive trop souvent que des entreprises polluent, non par accident ou en connaissance de cause, mais parce que leur main-d’œuvre ignore complètement les effets destructeurs que la pollution exerce sur l’environnement.

Donald Aubrey, Society to Overcome Pollution, Audience publique de la CMED, Ottawa, 26-27 mai 1986


Chapitre 9[modifier]

Étant donné la répartition des revenus, et étant donné les disponibilités prévisibles des ressources – aux niveaux national, local et mondial – étant donné la technologie actuelle et la faiblesse actuelle des administrations locales, ainsi que le manque d’intérêt que les gouvernements nationaux manifestent pour les problèmes d’habitat, je ne vois pas de solution à la crise urbaine dans le Tiers Monde.

Les villes du Tiers Monde sont et seront toujours davantage des centres de compétition pour une parcelle à envahir lorsque l’on peut y construire un abri, pour une chambre à louer, pour un lit d’hôpital, pour une place dans une école ou dans un autobus, essentiellement pour le peu d’emplois stables bien payés, même pour un petit coin sur une place ou dans une ruelle où l’on puisse déballer sa marchandise pour la vendre, ce dont tant de ménages dépendent pour vivre.

Les gens s’organisent pour construire, en partie eux-mêmes, la plupart des nouvelles unités de logement des villes du Tiers Monde, et ils le font sans l’assistance d’architectes, d’urbanistes et d’ingénieurs, ni des administrations locales ou nationales. De surcroît, dans bien des cas, les administrations nationales ou locales harcèlent fréquemment ces groupes. Les habitants deviennent eux-mêmes de plus en plus les vrais bâtisseurs et concepteurs du Tiers Monde et assez souvent les gestionnaires de leurs propres quartiers.

Jorge Hardoy, Institut international pour l’environnement et le développement, Audience publique de la CMED, Sao Paulo, 28-29 octobre 1985


Les grandes villes sont par définition des environnements centralisés, artificiels, qui dépendent principalement de l’extérieur pour l’alimentation, l’eau, l’énergie et autres biens. À l’inverse, des villes plus petites peuvent être situées au cœur d’un développement qui a ses racines dans la communauté et fournir des services à la campagne environnante.

Étant donné l’importance des villes, il faut déployer des efforts spéciaux et prendre les précautions voulues pour veiller à ce que les ressources dont elles ont besoin soient produites rationnellement et que les citadins participent aux décisions qui les touchent. Les zones résidentielles seront vraisemblablement plus habitables si elles sont administrées sous forme de quartiers indépendants, avec une participation locale directe. Dans la mesure où l’on peut subvenir, sur le plan local, aux besoins énergétiques et autres, la ville et ses environs se trouveront dans une situation meilleure.

« Sustainable Development and How to Achieve It », Global Tomorrow Coalition, Audience publique de la CMED, Ottawa, 26-27 mai 1986


Nous constatons que l’intensification de l’exode vers les villes est inévitable : on observe dans les zones rurales de nombreux facteurs qui repoussent la population. La pluralisation rurale résulte de l’absence de réformes agraires, de l’augmentation du nombre de propriétaires absents et par les déplacements causés par la révolution verte.

Outre ces facteurs qui « éloignent » les populations des zones rurales, il existe aussi, des facteurs urbains d’attraction : la fascination de la grande ville et une meilleure rémunération des emplois en ville par rapport aux possibilités de revenu à la campagne. Pour cette raison, le secteur non structuré de Djakarta s’est développé : sur les 7 millions d’habitants que compte Djakarta, c’est peut-être 3 ou 4 millions – au moins les deux tiers – qui résultent de cet exode vers les villes.

George Adicondro, Directeur, Irian Jaya Rural Community Developement Foundation, Audience publique de la CMED, Djakarta, 26 mars 1985


Beaucoup de jeunes des pays du Tiers Monde, et même des adultes, sont sans travail. Ce qu’il nous faut, ce sont des technologies simples grâce auxquelles une personne puisse faire un type de travail qui pourrait fournir des possibilités d’emploi à plusieurs centaines de personnes. Que faisons-nous du potentiel supplémentaire, de l’énergie? Là encore, je dis que le développement, ce sont les gens, ce n’est pas la haute technologie, ce n’est pas la modernisation, ce n’est pas l’occidentalisation. Mais le développement doit être approprié sur le plan culturel.

Jan Selego, World Vision International, Audience publique de la CMED, Nairobi, 26 septembre 1986


Les bidonvilles ont trouvé leurs propres techniques, leurs propres ressources, sans l’aide de personne, et ils ont résolu leurs problèmes de logement. Le véritable problème n’est pas là. C’est la misère, le manque de planification, le manque d’assistance technique, le manque de moyens financiers pour se procurer les matériaux de construction, le manque d’équipement urbain.

Pour modifier cette politique du logement en faveur d’habitats humains, il faut stimuler la construction individuelle au lieu de financer ces grands ensembles d’habitation. Il aurait été bien préférable et beaucoup moins coûteux d’aider ces gens à construire eux-mêmes leurs habitations.

En général, il semble clair que si l’on ne satisfait pas les besoins fondamentaux d’êtres humains, le souci de l’environnement passe au second plan. L’homme doit survivre, répondre et s’occuper d’abord de ses besoins fondamentaux pour survivre – nourriture, logement, hygiène – puis se soucier de l’environnement.

Walter Pinito Costa, Président, Environmental and Sanitation Association, Audience publique de la CMED, Sao Paulo, 28-29 octobre 1985


Je suis un expert en matière de taudis. Nous sommes en train de créer une petite, une minuscule association, qui cherche à organiser les habitants de ces taudis, car nous en voyons tellement de ces taudis, dans les villes, dans les villages, dans les forêts.

J’ai travaillé pendant quatre ans pour inciter mes compagnons de misère des taudis à devenir des transmigrants et finalement, ils ont migré dans dix endroits de toute l’Indonésie. Ils ont continué à entretenir de très bonnes relations avec moi. Ils m’envoient des lettres et ils disent que la vie n’est pas meilleure dans les zones de transmigration. Vivre à l’ombre des taudis urbains ou vivre dans les ténèbres d’un centre de transmigration, c’est exactement la même chose.

Syamsuddin Nainggolan, Fondateur, Yayasan Panca Bakti, Audience publique de la CMED, Djakarta, 26 mars 1985


Chapitre 10[modifier]

Les problèmes du monde dans le domaine de l’environnement sont plus importants que la somme de ceux de chaque pays. Il est certain que l’on ne peut plus y faire face uniquement au niveau des nations. La Commission mondiale sur l’environnement et le développement doit s’attaquer à ce problème en recommandant des moyens précis afin que s’établisse entre les pays une coopération qui leur permette de surmonter la souveraineté et d’adopter des instruments internationaux en vue de s’attaquer aux menaces qui pèsent sur le monde. La tendance croissante à l’isolement montre que le rythme actuel de l’histoire ne correspond pas aux aspirations humaines, même à ses chances de survie.

La tâche difficile qui nous attend consiste à transformer les intérêts propres de nos nations respectives de manière à embrasser un intérêt propre plus large : la survie de l’espèce humaine dans un monde menacé.

Tom McMillan, Ministre de l’Environnement, Gouvernement du Canada, Audience publique de la CMED, Ottawa, 26-27 mai 1986


L’opinion du public, c’est celle qui s’exprime ici dans cette salle. Vous voyez des chefs importants venus de tout le Brésil, venus de tout le pays, depuis les travailleurs de plantations de caoutchouc qui, hier encore, étaient sous les palmiers et qui, ici, s’expriment devant la Commission des Nations Unies et des chefs indépendants. La population brésilienne attendait avec impatience d’avoir un interlocuteur devant qui s’exprimer. Un interlocuteur qui l’écoute, qui ne cherche pas à la mystifier et qui ne la trahira pas. Aussi, c’est une immense espérance qu’a fait naître en elle le sérieux de votre Commission.

Randau Marques, Journaliste, Audience publique de la CMED, Sao Paulo, 28-29 octobre 1985


Pourquoi devons-nous jouer avec des vies d’enfants innocents en vue de produire du plutonium destiné à des bombes. Le seul fait d’envisager d’immerger des déchets radioactifs dans des eaux qui nous appartiennent à tous et qui font partie de notre patrimoine mondial est un outrage. Prendre des décisions aussi importantes au nom de générations futures sans se demander s’il est moral d’utiliser des eaux internationales comme si celles-ci étaient exclusivement une poubelle représente un acte arrogant.

Peter Wilkinson, Greenpeace, Audience publique de la CMED, Olso, 24-25 juin 1985

Nous avons besoin d’un système d’un type nouveau de surveillance de la Terre et de l’espace. À mon avis, celui-ci doit aller beaucoup plus loin qu’un simple système de contrôle de l’environnement terrestre. Il s’agit d’un système combiné de surveillance de la Terre et de l’espace, d’une nouvelle institution qui disposerait des moyens nécessaires pour assurer cette surveillance, en rendre compte et formuler des recommandations systématiques sur l’interaction entre la Terre et l’espace, qui présente une importance si fondamentale pour une vue écologique d’ensemble de la biosphère.

Maxwell Cohen, Université d’Ottawa, Audience publique de la CMED, Ottawa, 26-27 mai 1986

L’utilisation d’engins spatiaux pour résoudre les problèmes des forêts constitue un bon exemple d’utilisation pacifique de l’espace. Compte tenu des intérêts des générations actuelles et futures, il n’existe aucun autre domaine d’application de la technologie spatiale plus favorable que la protection de l’environnement pour étudier les ressources naturelles de la Terre et veiller à ce qu’elles soient utilisées et se produisent de manière rationnelle. Nous estimons qu’au cours des prochaines années, la coopération internationale dans ce domaine se développera encore.

L.E. Mikhailov, Commission de l’État sur les forêts de l’URSS, Audience publique de la CMED, Moscou, 11 décembre 1986


La menace qui pèse le plus cruellement sur l’environnement vient du mouvement même en faveur de l’environnement, étant donné que nous voyons les législations régissant les droits des animaux détruire systématiquement notre mode de vie et violer le droit que nous, peuples aborigènes, nous avons sur nos traditions et nos valeurs. Cependant, notre peuple, y compris celui des régions arctiques, a besoin de développement. Le défi consiste à trouver des stratégies du développement qui répondent aux besoins de la population et de l’environnement.

Rhoda Inuksu, Présidente, Inuit Tapirisat du Canada, Audience publique de la CMED, Ottawa, 26-27 mai 1986


Certains endroits uniques, tels que le lac Baïkal et la Sibérie, les Grands Lacs d’Afrique et d’Amérique du Nord, font partie de notre patrimoine mondial. Ils représentent des valeurs absolues de notre planète et leur intérêt transcende nos frontières nationales. Nous devrions apprendre comment prévoir leur avenir et prévenir les répercussions de projets de construction d’envergure.

Étant donné la diversité d’intérêts des populations, on ne peut pas présupposer que les populations accepteront les recommandations des savants à ce sujet. Or, leur accord présente une importance particulière dans des situations où des problèmes mondiaux sont en jeu et où la race humaine dans son ensemble peut être menacée par des périls engendrés précisément par l’absence d’accord.

Ce qu’il faut à l’heure actuelle, c’est façonner une nouvelle éthique et élaborer de nouveaux accords en vue d’établir une compréhension entre les peuples, les pays et les régions. Dans un premier temps, nous devrions produire de nouvelles connaissances, concentrer nos efforts de recherche sur le maintien de la vie sur Terre et mettre au point un système de diffusion des connaissances et de nouveaux critères moraux, de manière à atteindre les milliards de personnes qui vivent sur notre planète.

N. N. Moiseev, Membre de l’Académie des sciences de l’URSS, Audience publique de la CMED, Moscou, 8 décembre 1986


Chapitre 11[modifier]

Aujourd’hui, il est impossible d’assurer la sécurité d’un État aux dépens de celle d’un autre. La sécurité ne saurait être qu’universelle, mais elle ne peut être uniquement politique ou militaire; elle doit également être environnementale, économique et sociale. Elle doit répondre aux aspirations de l’humanité tout entière.

A.S. Timochenko, Membre de l’Académie des sciences de l’URSS, Audience publique de la CMED, Moscou, le 11 décembre 1986


Comment peut-on harmoniser la nature et la communauté des peuples avec leurs économies nationales? Poser la question de cette manière laisse entendre que les deux sont bien distincts. Mais tel n’est pas le cas. L’humanité, l’espèce humaine, existe et c’est la nature qui subvient à ses besoins. Et cela, non pas au figuré, mais au sens littéral.

Nous sommes des animaux d’air profond vivant à l’intérieur d’un système écologique. Bien entendu, pour des raisons d’ordre national ou régional, nous traçons des frontières sur l’écosphère. Mais celle-ci est tout d’une pièce.

Par conséquent, lorsque nous disons de façon optimiste que développement économique et préservation de l’environnement peuvent marcher de pair, il convient immédiatement d’ajouter la réserve suivante : à condition que la première priorité soit attribuée à la préservation de l’écosphère. Le développement économique doit venir en second lieu, en se conformant à des normes écologiques très strictes. Ces principes fondamentaux sont loin d’être universellement reconnus.

Stanley Rowe, Saskatchewan Environmental Society, Audience publique de CMED, Ottawa, 26-27 mai 1986


Toutes les organisations de jeunesse estiment que les questions d’environnement occupent une place privilégiée dans la liste des priorités des problèmes mondiaux. Toutefois, leur solution dépend de la préservation de la paix sur notre planète. La recherche de solutions aux problèmes écologiques est impossible si la course aux armements n’est pas maîtrisée, car elle absorbe d’énormes quantités de ressources intellectuelles et matérielles de l’humanité. La solution des problèmes écologiques dépend également du mode de vie de la jeunesse et de son échelle des valeurs.

I. I. Roussine, Université d’État de Moscou, Audience publique de la CMED, Moscou, 8 décembre 1986


J’ai entendu ici des personnes qui parlaient de crises financières, de famine, de pollution et d’injustice sociale à divers niveaux. En tant qu’écologiste, je ne puis penser à aucun de ces phénomènes sans le rattacher à la question des armements et au problème nucléaire.

La pauvreté engendre des tensions, des conflits ainsi qu’une violence urbaine et rurale. Les peuples autochtones attendent toujours des solutions à leurs problèmes. Tout cela est une question d’argent et pourtant, nous continuons d’en dépenser pour nos programmes nucléaires. On dit que ceux-ci ont des objectifs pacifiques. Cela n’est pas exact, puisqu’un argent précieux est dépensé à ces fins.

Le crime majeur est la mort de l’espoir, la mort de tous nos droits, en particulier de celui des jeunes de croire à un avenir, de l’espoir d’une vie normale, d’une vie certes difficiles, mais qui apparaît comme un défi de la vivre au mieux de nos possibilités. Nous avons droit à cette chance.

Cacilda Lanuza, Mouvement écologique brésilien, Audience publique de la CMED, Sao Paulo, 28-29 octobre 1985


L’environnement doit également être une approche au développement. L’environnement est une question de justice sociale, voire même une question de paix et de sécurité. Les obstacles à la réalisation d’un développement durable sont certes considérables, comme on pouvait s’y attendre dans le cas d’une transformation historique majeure, mais ils sont loin d’être insurmontables.

Nous approchons du deuxième millénaire, dans un monde où l’interdépendance générale est la réalité centrale, mais où une pauvreté absolue et la dégradation de l’environnement obscurcissent notre vision d’un avenir commun et où un climat géopolitique dominé par le terrorisme nucléaire et une militarisation croissante sape l’idéalisme de la jeunesse et la volonté de rêve qui nous habite tous.

Ralph Torrie, Parlant au nom des organisations canadiennes pour l’environnement, le développement et la paix, Audience publique de la CMED, Ottawa, 26-27 mai 1986


Chapitre 12[modifier]

Dans le cas des problèmes environnementaux, il est évident que ceux-ci ne peuvent pas être résolus par un seul groupe travaillant isolément. Vous ne pouvez pas dire que parce que des gens meurent d’intoxication, ce sera le ministère de la Santé qui résoudra le problème. Ou que puisque le problème vient des usines, il incombe au ministère de l’Industrie de s’en occuper. Cela est impossible.

Je pense que les problèmes nécessitent une approche plus globale. L’Organisation des Nations Unies, en tant qu’une organisation professionnelle, a encouragé une telle fragmentation. Elle a démarré de façon automatique, sans aucune mauvaise intention. Mais simultanément, les pays membres ont demandé, et les organismes nationaux ont également demandé, que des points de contact soient désignés dans les pays bénéficiaires. C’est ainsi que l’OMS est en correspondance avec le ministère de la Santé, que l’UNESCO correspond avec le ministère de l’Éducation, et la FAO avec le ministère de l’Agriculture. Ainsi, la fragmentation ne fait qu’empirer.

Orateur prenant la parole dans la salle, pour une agence gouvernementale, Audience publique de la CMED, Djakarta, 26 mars 1985


Tous les gouvernements devraient élaborer une « politique étrangère de l’environnement », laquelle constituerait un des meilleurs moyens d’améliorer la coordination internationale des politiques nationales de l’environnement.

Cependant, à long terme, et c’est là un point sur lequel je pense que la Commission mondiale aurait un important message à livrer, il sera politiquement juste et sage, à mon avis, d’obtenir le soutien des ONG pour préparer les changements qui devront intervenir de toute façon à plus ou moins longue échéance. Aussi est-ce là un point qu’il serait politiquement sage, selon moi, de considérer d’une façon beaucoup plus large qu’on ne l’a fait jusqu’à présent.

Mats Segnestam, Société suédoise pour la conservation de la nature, Audience publique de la CMED, Oslo, 24-25 juin 1985


En regardant en arrière, on ne peut se défendre du sentiment que même si les objectifs institutionnels et politiques de la décennie avaient été réalisés, la plupart des pays en développement ne seraient guère plus prospères qu’ils ne le sont actuellement. La raison de cette situation est assez choquante et incite à l’humilité. Bien que les gouvernements, les spécialistes de l’environnement et les organismes d’assistance aient gardé les yeux fixés sur l’environnement au cours des années 1970 et des premières années 1980, les événements récents ont démontré avec force que les regards étaient tournés dans la mauvaise direction. Pendant que l’opinion mondiale se préoccupait des répercussions des investissements sur l’environnement, de la lutte contre la pollution et de la conservation des ressources, tous autant que nous avons omis de remarquer la terrible diminution de ce que l’on s’était plu à appeler les « ressources renouvelables ».

David Runnals, Institut international pour l’environnement et le développement, Audience publique de la CMED, Ottawa, 26-27 mai 1986


L’environnement s’est rapidement détérioré dans certaines régions et nous ne savons pas exactement où se situent les seuils de tolérance de la nature. Nous devons arriver à très brève échéance à un consensus sur la nécessité de prendre des mesures urgentes. Il existe dans notre pays un fort mouvement d’opinion publique en faveur d’un tel consensus. Plusieurs sondages d’opinion nous ont montré que les questions écologiques sont considérées comme hautement prioritaires. La population se préoccupe de savoir si le legs de notre génération se transmettra à la génération suivante. Une nouvelle conscience écologique a germé parmi de vastes secteurs de la collectivité, et tout particulièrement parmi les jeunes.

Docteur Imre V. Nagy, Comité national de protection de l’environnement, Hongrie, Audience publique de la CMED, Moscou, 8 décembre 1986


Pour que la communauté des ONG puisse traduire dans la pratique son engagement à soutenir un développement durable, il faudra qu’un engagement tout aussi sérieux soit pris par les communautés gouvernementales et intergouvernementales dans une véritable association avec les ONG. La mesure dans laquelle les ONG réussiront dans leur tâche avec un bon rapport coût-efficacité dépendra largement de leur spontanéité et de leur liberté d’action.

Tant parmi les ONG que parmi les gouvernements, nous devons trouver les moyens d’engendrer une nouvelle période de coopération internationale. L’urgence de nos tâches ne nous permet plus de gaspiller nos énergies dans des conflits stériles et destructeurs. Pendant que nous menons nos combats idéologiques à la surface de cette planète, nous perdons notre relation productrice avec la planète elle-même.

David Bull, Centre de liaison pour l’environnement, Audience publique de la CMED, Nairobi, 23 septembre 1986


Que faut-il faire? Il est bien évident qu’en tant qu’individus ou groupes d’individus nous partageons la jouissance des ressources. Il nous faut définir des codes de conduite applicables à tous. Il en est ainsi que l’on se place à l’échelle d’une famille, d’une petite ville, d’une province ou d’un pays, ou même de la communauté mondiale. Cependant, la définition d’un code de conduite commun ne suffit pas encore à instituer un véritable corpus de règles et de règlements.

Pour qu’un code devienne efficace, certaines conditions fondamentales doivent être remplies : il doit exister parmi les membres de la collectivité une volonté générale d’accepter les règlements et de les respecter; il faut qu’il existe un cadre politique permettant non seulement de définir et de quantifier les comportements ou normes communes mais aussi d’adapter les règles existantes aux changements qui interviennent dans la collectivité; il faut qu’il existe un moyen de vérifier si les règles et règlements internationaux sont appliqués et, finalement, il nous faut les moyens d’en assurer le respect.

Fergus Watt, Association mondiale des fédéralistes mondiaux, Audience publique de la CMED, Ottawa, 26-27 mai 1986


La loi n’est pas une fin en soi. Sa nécessité dépend du fonctionnement de nombreuses choses. L’expérience des 15 dernières années de développement nous a appris qu’il existe le danger que la bureaucratie, avec toute la force qui lui vient de l’Occident, et notamment en Indonésie à cause des revenus du pétrole et du gaz, puisse venir étrangler la communauté avec une multitude de lois. Il existe par exemple des lois qui exigent que chaque réunion de cinq personnes ou plus soit autorisée par la police. Parfois, j’ai le sentiment que le meilleur gouvernement est peut-être celui qui gouverne le moins. Dans le cas présent, je pense que parfois les pays d’Asie apprennent l’un de l’autre.

Adi Sasono, Institut pour les études du développement, Audience publique de la CMED, Djakarta, 26 mars 1985


Premièrement, pour que soient résolus les problèmes de la dégradation de l’environnement et de la pauvreté, en particulier dans le Tiers Monde, il est essentiel que le développement économique se poursuive de façon continue. Deuxièmement, nous devons réconcilier la protection de l’environnement et la croissance économique. Il est de plus en plus largement admis que la chose est parfaitement possible et souhaitable. Troisièmement, il est aussi très largement admis que l’application de normes strictes en ce qui concerne l’environnement est bonne pour la croissance économique, comme elle l’est pour l’environnement, et qu’elle encourage l’innovation, stimule l’ingéniosité et l’efficacité, et crée des emplois. Quatrièmement, les objectifs du développement durable, du bon environnement et des niveaux de vie décents pour tous les hommes ne peuvent être atteints que moyennant de très profonds changements d’attitude.

Stanley Clinton-Davis, Commissaire à l’environnement, Communauté économique européenne, Audience publique de la CMED, Oslo, 24-25 juin 1985


Il nous faut assurer une véritable participation de toute la société à la prise de décisions, et plus spécialement à l’affectation des ressources. Pourquoi en est-il ainsi? Parce que chacun de nous sait parfaitement qu’il n’y aura jamais suffisamment de ressources pour tout ce que nous désirons, mais si la population participe aux décisions, celles-ci profiteront à ceux qui en ont le plus besoin et refléteront ce que les citoyens pensent de la façon dont les ressources doivent être dépensées; parce qu’aussi nous aurons alors la certitude que les mesures prises répondent à l’aspiration légitime du peuple.

Aristides Marques, Conseil national du développement urbain, Audience publique de la CMED, Brasilia, 30 octobre 1985


Les problèmes actuels – qu’il s’agisse de l’énergie, de l’économie, du gaz carbonique ou de la démographie – ne se présentent pas avec une carte de visite ou une étiquette indiquant leur pays ou leur région d’origine. Les problèmes sont multidisciplinaires et transnationaux ou mondiaux.

Les problèmes ne sont pas de nature essentiellement scientifique et technologique. En matière de science, nous avons la connaissance, et en matière de technologie les instruments. Les problèmes sont fondamentalement politiques, économiques et culturels.

Per Lindblom, Fédération internationale des Instituts de Hautes Études, Audience publique de la CMED, Oslo, 24-25 juin 1985