Notre avenir à tous - Rapport Brundtland/Encadrés

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Annexe 2 Rapport Brundtland Tableaux




Commission mondiale sur l’environnement et le développement

Liste des encadrés




ENCADRÉ 2-1 : Croissance, redistribution, pauvreté[modifier]

(1) Le seuil de pauvreté se définit comme un niveau de revenu au-dessous duquel un individu – ou un ménage – ne peut assumer de manière régulière ses besoins élémentaires. Le pourcentage de la population vivant au-dessous de ce seuil est fonction du revenu par habitant et de la répartition de ce revenu. À quelle vitesse un pays en développement peut-il espérer supprimer l’indigence? La réponse variera d’un pays à l’autre, mais tout cas-type est porteur d’enseignements.

(2) Prenons un pays dont la moitié de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté et dans lequel la répartition des revenus est la suivante : les 20% les plus riches de la population disposent de 50% du revenu total ; les 20% suivants de 20% ; les 20% suivants de 14% ; les 20% suivants de 9% et les derniers 20% de 7%. C’est là en effet une représentation assez juste de la situation dans de nombreux pays en développement.

(3) Dans ce cas d’espèce, si la répartition du revenu reste inchangée, il faudrait que le revenu par habitant double pour que la pauvreté passe de 50% à 10% de la population. Si l’on procède à une répartition des revenus en faveur des plus démunis, cette baisse peut intervenir plus rapidement. Envisageons le cas où 25% du revenu supplémentaire des 20% les plus riches seraient équitablement répartis entre les autres.

(4) Nos hypothèses sur la répartition des richesses comportent trois conditions préalables. Tout d’abord, le plus souvent, une politique de répartition ne peut s’appuyer que sur un éventuel accroissement des richesses. Ensuite, dans les pays en développement à faible revenu, un excédent ne peut se dégager qu’en touchant au groupe le plus riche. Enfin, on ne peut cibler une politique de répartition avec une précision telle que les bienfaits iront uniquement à ceux qui se trouvent au-dessous du seuil de pauvreté. Certains des avantages profiteront à ceux qui se trouvent au-dessus de ce seuil.

(5) Le temps qu’il faut pour faire passer le pourcentage de pauvres de 50% à 10%, de la population varie comme suit : (i) de 18 à 24 ans dans l’hypothèse d’une croissance du revenu per capita de 3% ; (ii) de 26 à 36 ans, si cette croissance est de 2%; et (iii) de 51 à 70 ans, si elle n’est que de 1%. Dans chacune de ces hypothèses, la durée la plus courte correspond à une répartition de 25% du revenu supplémentaire des 20% ; les plus favorisés de la population et la durée la plus longue ne correspond à aucune répartition.

(6) Ainsi, avec une croissance du revenu national par habitant de seulement 1% par an, le XXIe siècle serait déjà bien entamé avant que la pauvreté absolue ne soit supprimée. Si, par contre, il s’agit de faire en sorte que le monde soit déjà bien engagé sur la voie d’un véritable développement d’ici le début du siècle prochain, alors il faut absolument un taux de croissance per capita de 3%, assorti de politiques vigoureuses de redistribution.


ENCADRÉ 3-1 : Production de coton pour l’exportation au Sahel[modifier]

En 1983-84, alors que la sécheresse et la famine s’installaient dans la région sahélienne de l’Afrique, cinq pays du Sahel – Burkina-Faso, Niger, Sénégal, Tchad et Mali – ont produit des quantités record de coton. Ils ont récolté 154 millions de tonnes de coton-fibre, contre 22,7 millions en 1961-62. Dans son ensemble, le Sahel a établi un autre record en 1984 : il a importé une quantité sans précédent de 1,77 millions de tonnes de céréales, contre 200 000 tonnes par an vers le début des années 60. Pendant que la production cotonnière du Sahel ne cessait d’augmenter, les cours mondiaux du coton ne cessaient de baisser en termes réels. Ces chiffres ne signifient pas que les pays du Sahel devraient déraciner tous les cotonniers pour planter à leur place du sorgho ou du millet. Mais le fait que des agriculteurs qui peuvent cultiver du coton sont incapables de cultiver des espèces vivrières en quantités suffisantes pour subvenir à leurs besoins alimentaires incite à penser que l’on attache trop d’importance aux cultures d’exportation et pas assez aux cultures vivrières.

Source : J. Giri, « Rétrospective de l’économie sahélienne », Club du Sahel, Paris, 1984.



ENCADRÉ 3-2 : Sucre et développement durable[modifier]

Trente millions de démunis dans le Tiers monde sont tributaires de la canne à sucre pour leur survie. De nombreux pays en développement jouissent d’avantages comparatifs très réels pour cette culture et pourraient obtenir des devises fort utiles en augmentant la production. Quelques petits états – Fidji, Maurice et plusieurs îles des Antilles – dépendent des exportations de canne à sucre pour leur survie économique.

Les pays industrialisés ont activement encouragé et protégé la production du sucre de betterave, qui concurrence le sucre de canne et a eu des effets nettement défavorables pour les pays en développement. Le coût élevé de la production protégée du sucre de betterave joue en faveur des édulcorants artificiels; le système des contingents a fait obstacle aux importations en provenance du Tiers Monde (exception faite de quelques importations garanties, notamment en vertu du Protocole sur le sucre de la Commission économique européenne) et les excédents sont déversés sur les marchés mondiaux, ce qui a pour effet de peser sur les prix.

Dans son Rapport sur le développement dans le monde 1986, la Banque mondiale a estimé que les politiques sucrières des pays industrialisés ont coûté aux pays en développement environ 7,4 milliards de dollars en perte de revenus en 1983, diminué d’environ 2,1 milliards de dollars leurs revenus réels et accru de quelque 25% l’instabilité des prix.

En sus de l’aggravation de la pauvreté dans les pays en développement découlant de ces pratiques, la promotion de la culture bette-ravière dans les pays industrialisés a eu des effets secondaires fâcheux pour l’environnement. La culture moderne de la betterave à sucre est une activité à forte intensité de capital; elle est grande consommatrice d’herbicides chimiques et ses propriétés du point de vue de la régénération des sols sont assez médiocres par rapport à celles d’autres cultures. Le même produit pourrait être obtenu dans des pays en développement sous forme de canne, et cela meilleur marché, en utilisant davantage de main-d’œuvre et moins d’adjuvants chimiques.




ENCADRÉ 3-3 : Le rôle des sociétés transnationales[modifier]

  • En 1983, la part de la chimie dans le stock total d’investissements directs de quatre grands pays investisseurs dans les industries manufacturières des pays en développement était d’environ un quart – Japon (23%), États-Unis (23%), Royaume-Uni (27%) et la République fédérale d’Allemagne (14%).
  • La part de l’agriculture, des mines et des autres industries extractives était de 38% du stock d’investissement des États-Unis dans les pays en développement en 1983; de 29% du stock d’investissement japonais en 1983, de 21% du stock de l’investissement total de la RFA en 1981-83 et de 9% du stock d’investissement du Royaume-Uni en 1978.
  • Le commerce du thé, du café, du cacao, du coton, des produits forestiers, du tabac, du jute, du cuivre, du minerai de fer et de la bauxite est contrôlé dans une proportion de 80 à 90% par, selon les produits, trois à six des plus grandes sociétés transnationales.

Source : Centre des Nations Unies sur les sociétés transnationales, Activités des sociétés transnationales : étude des aspects liés à l’environnement (Nations Unies, New York, 1985).


ENCADRÉ 4-1 : L’équilibre alimentaire/démographique[modifier]

(1) La capacité potentielle de charge démographique des terres du monde en développement a été évaluée dans une étude conjointe de la FAO et de l’International Institute for Applied Systems Analysis. Les données relatives au sol et aux caractéristiques des terres ont été associées aux données climatiques afin de calculer les rendements potentiels des principales cultures, de sélectionner les cultures les plus appropriées et de déduire le potentiel global de production de calories. Trois niveaux de production agricole ont été calculés : le premier, caractérisé par un faible niveau de technologie, aucun emploi d’engrais ou de produits chimiques, des variétés de culture traditionnelle et aucun procédé de conservation des sols, le deuxième, le niveau intermédiaire où la combinaison de cultures les plus productives n’est introduite que sur la moitié des superficies, avec l’emploi d’engrais, de variétés améliorées et de certains procédés de conservation des sols; enfin, le troisième, un niveau élevé de technologie et une combinaison idéale de cultures et de technologie sur tous les sols. La capacité de charge démographique a été déterminée en divisant la production totale de calories par un niveau minimum de production par habitant. Ce chiffre a été ensuite comparé avec la variante moyenne des projections démographiques des Nations Unies.

(2) Les 117 pays en développement étudiés, considérés ensemble, peuvent avoir une production alimentaire suffisante pour nourrir une fois et demie leur population de projection en l’an 2000, même avec un faible niveau de technologie. Mais le tableau est moins optimiste pour certains pays pris individuellement. Avec un faible niveau de technologie, 64 pays représentant une population d’environ 1,1 milliard n’ont pas de quoi se nourrir. En employant les méthodes agricoles les plus perfectionnées, le nombre de pays où le potentiel de production alimentaire est inférieur aux besoins tombe à 19, soit une population totale de 100 millions. Dans la plupart des cas, il s’agit de pays à haut revenu situés à l’ouest de l’Asie et de quelques petits États insulaires. La plupart de ces pays peuvent gagner suffisamment de devises pour importer les produits alimentaires dont ils ont besoin. Pour les autres, le véritable problème est la modernisation de l’agriculture afin que celle-ci leur permette de vivre.

(3) Certains chercheurs ont évalué le potentiel « théorique » de la production alimentaire mondiale. D’après une étude, la superficie consacrée à la production alimentaire pourrait être de l’ordre de 1,5 milliard d’hectares (à peu près le niveau actuel) et les rendements moyens pourraient atteindre 5 tonnes d’équivalent céréales à l’hectare (contre la moyenne actuelle de 2 tonnes d’équivalent céréales). En tenant compte de la production des terrains de parcours et de ressources marines, le « potentiel » total est évalué à l’équivalent de 8 000 millions de tonnes de céréales.

(4) Combien de personnes peut-on ainsi nourrir? Actuellement, la consommation mondiale moyenne d’énergie végétale pour la nourriture, les semences et l’alimentation animale s’élève à environ 6 000 calories par jour, avec des extrêmes de 3 000 à 15 000 calories par jour, selon les pays et le niveau de consommation de viande. Sur cette base, la production potentielle pourrait nourrir un peu plus de 11 milliards de personnes. Mais si la consommation moyenne augmente de manière sensible jusqu’à 9 000 calories par exemple la capacité de charge démographique de la Terre descend à 7,5 milliards. Ces chiffres pourraient être sensiblement plus élevés si les superficies consacrées à la production alimentaire et si la productivité de 3 milliards d’hectares de pâturages permanents pouvaient être augmentées de manière à faire vivre la population. Néanmoins, il ressort de ces données que, pour répondre aux besoins alimentaires d’une population mondiale qui, en fin de compte, serait de l’ordre de 10 milliards, il faudrait modifier les habitudes alimentaires et, aussi, améliorer considérablement l’efficacité de l’agriculture traditionnelle.

Source : N. Gilland « Considerations on World Population and Food Supply », Population and Development Review, volume no 2, pp. 203-211; G.M. Higgins et coll., Capacité potentielle de charge démographique des terres du monde en développement (Rome : FAO, 1982); D.J. Mahar (ed.), Rapid Population Growth and Human Carrying Capacity, Staff Working Papers, no 690 (Washington, D.C. : Banque mondiale, 1985).




ENCADRÉ 5-1 : Perspectives régionales de développement agricole[modifier]

Afrique

  • la production vivrière par habitant a marqué une diminution d’environ 1 pour cent par an depuis le début des années 1970
  • l’accent est mis sur les cultures commerciales tandis que s’accentue la dépendance vis-à-vis des denrées alimentaires importées, favorisées par les politiques de fixation des prix et par les besoins de devises étrangères
  • les infrastructures pour la recherche, la vulgarisation agricole, la fourniture d’intrants et la commercialisation présentent de graves lacunes
  • la base de ressources agricoles se dégrade par suite de la désertification, de la sécheresse et d’autres processus
  • il reste un vaste potentiel non encore exploité de terres arables, d’irrigation et d’utilisation d’engrais

Asie de l’Ouest et Afrique du Nord

  • la productivité s’améliore grâce à une meilleure irrigation, à l’emploi de variétés à haut rendement et à une plus forte utilisation d’engrais
  • la limitation des terres arables et les vastes étendues désertiques rendent difficile l’accès à l’autosuffisance alimentaire
  • les conditions de sécheresse rendent nécessaire le recours à une irrigation contrôlée

Asie du Sud et de l’Est

  • la production et la productivité augmentent, quelques pays enregistrant des excédents céréaliers
  • dans quelques pays, l’utilisation des engrais augmente rapidement et l’irrigation connaît un développement intensif
  • des gouvernements s’engagent à réaliser l’autosuffisance alimentaire et, à cette fin, créent des centres nationaux de recherche, mettent au point des semences à haut rendement et encouragent des technologies adaptées aux conditions locales
  • il reste peu de terres non exploitées; le déboisement se poursuit à grande échelle et sans contrôle
  • le nombre des paysans pauvres sans terre est en augmentation

Amérique latine

  • les importations de denrées alimentaires vont en diminuant depuis 1980 du fait que la production vivrière a augmenté au même rythme que l’accroissement démographique durant la dernière décennie
  • le gouvernement apporte son soutien en créant des centres de recherche qui mettent au point des semences à haut rendement et d’autres procédés techniques
  • les terres sont inéquitablement distribuées
  • le déboisement se poursuit et la base de ressources agricoles se dégrade, en partie sous l’effet des contraintes exercées par le commerce extérieur et la crise due à l’endettement
  • les ressources pédologiques sont immenses et le potentiel de productivité élevé, mais la majeure partie des terres arables sont situées dans le lointain bassin de l’Amazonie, très faiblement peuplé, où il se peut que 20 pour cent seulement des terres se prêtent à une activité agricole soutenue.

Amérique du Nord et Europe occidentale

  • l’Amérique du Nord reste la première source mondiale de céréales vivrières excédentaires; même si le taux d’accroissement de la production par hectare et de la productivité globale a marqué un ralentissement durant les années 1970
  • on pratique des subventions à la production qui sont écologiquement et économiquement coûteuses
  • les excédents exercent un effet dépresseur sur les marchés mondiaux et ont des répercussions dans les pays en développement
  • la base de ressources se dégrade de plus en plus sous l’effet de l’érosion, de l’acidification et de la contamination de l’eau
  • en Amérique du Nord, un certain champ reste ouvert à une expansion future de l’agriculture dans des zones frontières qui ne peuvent être exploitées intensivement qu’à un coût élevé

Europe de l’Est et Union soviétique

  • les déficits vivriers sont palliés par des importations, l’Union soviétique étant le plus gros importateur mondial de céréales
  • les gouvernements investissent davantage dans l’agriculture et apportent des allégements au système de distribution et d’organisation des exploitations agricoles afin de répondre au désir d’auto-suffisance alimentaire, ce qui se traduit par des augmentations de la production de viande et de légumes-racines
  • les ressources agricoles sont exposées à des facteurs adverses : érosion du sol, acidification, salinisation, alcalisation et contamination de l’eau



ENCADRÉ 5-2 : Méthodes naturelles d’apport d’éléments nutritifs et de lutte contre les parasites[modifier]

  • Les déchets de culture et le fumier sont des sources potentielles d’éléments nutritifs pour le sol.
  • Les résidus organiques diminuent le ruissellement, augmentent l’absorption d’autres nutriments et améliorent la capacité de rétention de l’eau et de résistance du sol à l’érosion.
  • L’emploi de fumier agricole, en particulier pour les cultures intercalaires ou les assolements, peut permettre de réduire considérablement les coûts de production.
  • L’efficacité globale des systèmes peut être améliorée par l’emploi d’installations à gaz biologique dans lesquelles du fumier ou de la biomasse végétale subissent une digestion anaérobie et fournissent de l’énergie pour la cuisson des repas et pour actionner des pompes, des moteurs ou des générateurs électriques.
  • Des systèmes de fixation de l’azote biologique utilisant certains agents naturels : plantes annuelles, arbres et micro-organismes peuvent être d’une grande utilité.
  • Les opérations de lutte intégrée contre les parasites (LIP) diminuent la nécessité de recourir aux agents agrochimiques, améliorent la balance nationale des paiements, libèrent des devises pour d’autres projets de mise en valeur et créent des emplois dans des zones où ils sont particulièrement nécessaires.

La LIP demande que l’on réunisse des renseignements détaillés sur les parasites et leurs prédateurs naturels, que l’on sélectionne des semences capables de résister aux parasites, que l’on adopte des schémas de culture intégrés et que les agriculteurs se rallient à cette stratégie et acceptent de modifier leurs habitudes culturales pour la mettre en pratique.



ENCADRÉ 6-1 : Quelques exemples d’extinction d’espèces[modifier]

  • Jusqu’au milieu du siècle à peu près, Madagascar comptait quelque 12 000 espèces végétales et 190 000 espèces animales, dont au moins 60% étaient endémiques de la bordure de forêt sur la côte est de l’île (c’est-à-dire qu’on ne les trouvait nulle part ailleurs sur terre). Au moins 93% de la forêt primitive originaire a été détruite. À partir de ces chiffres, les scientifiques ont estimé qu’au moins la moitié des espèces primitives avaient déjà disparu ou étaient sur le point de s’éteindre.
  • Le lac Malawi en Centre-Afrique compte près de 500 espèces de poissons Cichlidae, dont 99% n’existent nulle part ailleurs. Ce lac ne fait qu’un huitième de la superficie des Grands Lacs d’Amérique du Nord, où il n’y a que 173 espèces, dont moins de 10% sont endémiques. Le lac Malawi est pourtant menacé par la pollution provenant d’installations industrielles et par l’introduction prévue d’espèces étrangères.
  • L’ouest de l’Équateur est réputé avoir hébergé entre 8 000 et 10 000 espèces végétales, dont 30 à 60% étaient endémiques. Étant donné que l’on compte entre 10 à 30 espèces animales pour chaque espèce végétale dans ces régions, on devrait en trouver 200 000 dans cette partie du pays. Or, depuis 1960, presque toutes les forêts de cette région ont été détruites, pour faire place à des plantations de bananes, à des puits de pétrole et à des habitations. Il est très difficile de compter le nombre d’espèces perdues, mais on peut le chiffrer à 50 000 ou plus – et tout cela en 25 ans.
  • La région de Pantanal, au Brésil, c’est 110 000 kilomètres carrés de marécages, sans doute les plus vastes et les plus riches du monde, et qui hébergent la population de gibiers d’eau la plus nombreuse et la plus diversifiée d’Amérique du Sud. L’Unesco a classé cette région parmi celles « d’importance internationale ». Elle est pourtant de plus en plus atteinte par l’expansion de l’agriculture, la construction de barrages et d’autres formes de développement perturbateur.

Source : W. Rauh, « Problems of Biological Conservation in Madagascar », in D. Braumwell (ed.), Plants and Islands (Londres : Academic Press, 1979); D.C.N. Barel et coll., « Destruction of Fisheries in Africa’s Lakes », Nature, vol. 315, pp. 19-20, 1985; A.H. Gentry, « Patterns of Neotropical Plant Species Diversity », Evolutionary Biology, vol. 15, pp. 1-84, 1982; D.A. Scott et M. Carbonell, « A Directory of Neotropical Wetlands », UICN, Gland (Suisse), 1985.



ENCADRÉ 7-1 : Unités d’énergie[modifier]

Diverses unités servent à mesurer la production et la consommation d’énergie. Dans le présent chapitre, on utilise le kilowatt (KW); le gigawatt (GW), soit un million de kilowatts; et le térawatt (TW), soit un milliard de kilowatts. Un kilowatt – mille watts d’énergie – émis continuellement pendant une année équivaut à 1 KW année. La consommation d’un KW année pendant une année correspond à la combustion de 1 050 kg de charbon par an, soit environ une tonne. 1 TW année correspond donc 1 milliard de tonnes de charbon. Tout au long de ce chapitre, TW années pendant une année s’écrit TW.



ENCADRÉ 7-2 : Deux scénarios énergétiques indicatifs[modifier]

A. Scénario Fort

D’ici l’an 2030, une consommation future de 35 TW exigerait la production de 1,6 fois plus de pétrole, 3,4 fois plus de gaz naturel, près de 5 fois plus de charbon qu’en 1980. Cet accroissement de la consommation de combustibles fossiles représenterait l’équivalent d’un nouvel oléoduc de l’Alaska tous les ans ou tous les deux ans. La capacité nucléaire devrait être multipliée par 30 par rapport à 1980, soit l’installation d’une centrale d’une puissance de 1 000 MW à tous les deux ou quatre jours. Ce scénario à 35 TW reste bien en-deça de l’avenir à 55 TW qu’il faudrait pour que tous les habitants du monde aient un niveau de consommation d’énergie équivalent à celui des habitants actuels des pays industriels.

B. Scénario modéré

Un scénario de 11,2 TW est très optimiste, correspondant à une stratégie stricte d’économies d’énergie. La demande d’énergie de l’an 2020 serait alors de 7,3 TW dans les pays en développement et de 3,9 dans les pays industriels, contre 3,3 TW et 7,0 TW en 1980. Ce qui signifierait une réduction de 3,1 TW dans les pays industriels et une demande supplémentaire de 4,0 TW dans les pays en développement. Même si ces pays étaient en mesure d’acquérir les ressources primaires ainsi libérées, ils manqueraient encore de 0,9 TW. Cet écart risque d’être plus important encore (éventuellement de 2 à 3 fois supérieur), étant donné le niveau d’efficacité énergétique nécessaire à ce scénario, niveau que la plupart des États sont incapables d’atteindre. En 1980, l’approvisionnement primaire se ventilait comme suit : pétrole 4,2 TW; charbon 2,4; gaz 1,7; énergies renouvelables 1,7; énergie nucléaire 0,2. La question importante est la suivante : quelle sera la source d’énergie qui viendra combler le déficit? Ce calcul approximatif montre que la croissance moyenne supposée d’environ 30% de la consommation par habitant dans les pays en développement devra quand même être assortie d’importantes quantités d’énergie primaire, même si le rendement énergétique est excellent.

Source : Le scénario de 35 TW a été effectué par l’Energy Systems Group de l’International Institute for Applied Systems Analysis, Energy in a Finite World – A Global Systems Analysis (Cambridge : Balinger, mars 1981); tous les autres calculs sont ceux de J. Goldenberg et coll., « An End-Use Oriented Global Energy Strategy », Annual Review of Energy, vol. 10, 1985.



ENCADRÉ 7-3 : Pollution atmosphérique : coûts des dommages et de l’épuration[modifier]

Il est très difficile de quantifier les coûts d’épuration, d’autant que les chiffres varient beaucoup en fonction de la stratégie retenue. On a toutefois pu estimer que dans l’est des États-Unis, pour réduire de moitié les émissions d’anhydride sulfureux provenant des sources déjà existantes, il faudrait consacrer 5 milliards de dollars par an, ce qui représenterait un accroissement de 2 à 3% de la facture d’électricité. Si l’on y ajoute les oxydes d’azote, le coût supplémentaire pourrait être de l’ordre de 6 milliards par an. Le coût de la corrosion des matériaux est évalué à lui seul à 7 milliards de dollars par an pour 17 États de l’est des États-Unis.

Le coût annuel d’une réduction de 55-65% des émissions de soufre dans les pays de la Communauté économique européenne entre 1980 et l’an 2000 serait de l’ordre de 4,6 à 6,7 milliards de dollars (dollars de 1982). Les modifications techniques apportées aux chaudières fixes pour réduire les émissions d’azote de 10% par an d’ici l’an 2000 coûteraient entre 100 000 dollars et 400 000 dollars (dollars de 1982). Ces chiffres représenteraient pour le consommateur un accroissement d’environ 6% de sa facture d’électricité. Des études ont chiffré à 3 milliards de dollars par an les dommages aux matériaux et les pertes en ressources halieutiques. Les atteintes aux cultures, aux forêts et à la santé s’élèveraient à 10 milliards de dollars par an. Il existe des techniques qui permettent de beaucoup réduire les oxydes d’azote et les hydrocarbures de gaz d’échappement des voitures. Elles sont utilisées en Amérique du Nord et au Japon, mais pas en Europe.

Des études en laboratoire effectuées au Japon indiquent que la pollution de l’air et les précipitations acides peuvent réduire la production de blé et de riz, peut-être de 30%.

Sources : US Congress, Office of Technology Assessment, Acid Rain and Transported Air Pollutants : Implication for Public Policy (Washington, D.C. : US Government Printing Office, 1985); US Environmental Protection Agency, Acid Deposition Assessment (Washington, D.C., 1985); I.M. Torrens, « Acid Rain and Air Pollution : A Problem of Industrialization », préparé par la CMED, 1985; P. Mandelbaum, Acid Rain – Economic Assessment (New York : Plenum Press, 1985); M. Hashimoto, « National Air Quality Management Policy in Japan », préparé pour la CMED, 1985; OCDE, L’état de l’environnement (Paris, 1985).



ENCADRÉ 9-1 : Villes prépondérantes[modifier]

Nairobi, Kenya : En 1975, Nairobi fournissait 57% de tous les emplois du secteur manufacturier du Kenya et abritait les deux tiers des entreprises industrielles du pays. En 1979, environ 5% de la population vivaient à Nairobi.

Manille, Philippines : La métropole de Manille produit le tiers du produit national brut et gère près de 70% de toutes les importations du pays; 60% des établissements manufacturiers y sont implantés. En 1981, environ 13% de la population nationale y vivaient.

Lima, Pérou : La zone métropolitaine de Lima représente 43% du produit intérieur brut, les quatre cinquièmes du crédit bancaire et de la production de biens de consommation et plus des neuf dixièmes de la production de biens d’équipement du Pérou. En 1981, environ 27% des Péruviens y vivaient.

Lagos, Nigeria : En 1978, la zone métropolitaine de Lagos traitait plus de 40% du commerce extérieur du pays, représentait plus de 57% du total de la valeur ajoutée des produits manufacturiers et contenait plus de 40% des travailleurs hautement spécialisés du Nigeria. Sa population est seulement de l’ordre de 5% de celle du pays.

Mexico, Mexique : En 1970, avec une population correspondant à 24% des Mexicains, la capitale représentait 30% des emplois dans le secteur manufacturier, 28% des emplois dans le commerce, 38% des emplois dans les services, 69% des emplois dans l’administration nationale, 62% des investissements de l’État dans l’enseignement supérieur et 80% des activités de recherche. En 1965, elle représentait 44% des dépôts dans la Banque nationale et 61% des crédits nationaux.

Sao Paulo, Brésil : L’agglomération de Sao Paulo, avec environ un dixième de la population du Brésil en 1980, a contribué pour un quart au produit national brut et pour plus de 40% à la valeur ajoutée par l’industrie brésilienne.

Source : J.E. Hardoy et D. Satterthwaite, « Shelter, Infrastructure and Services in Third World Cities », Habitat international, vol. 10, no 4, 1986.



ENCADRÉ 9-2 : Les problèmes d’environnement des villes du Tiers Monde[modifier]

Sur 3 110 villes indiennes, 209 seulement disposent, en partie, et huit seulement en totalité, d’installations d’évacuation et de traitement des eaux usées. Le long du Gange, 114 villes de 50 000 habitants ou plus rejettent chaque jour dans le fleuve des eaux usées non traitées. Des fabriques de DDT, des tanneries, des fabriques de pâtes et papiers, des complexes industriels spécialisés dans la pétrochimie et les engrais, des fabriques de caoutchouc et une multitude d’autres établissements se débarrassent de leurs déchets dans le fleuve. L’estuaire de l’Hoogly (près de Calcutta) est corrompu par les déchets industriels non traités que déversent plus de 150 usines importantes autour de Calcutta. Soixante pour cent de la population de Calcutta souffrent de pneumonie, de bronchite et autres maladies respiratoires dues à la pollution atmosphérique.

Les industries chinoises, dont la plupart fonctionnent au charbon avec des fourneaux et des chaudières dépassées, sont concentrées dans une vingtaine de villes et provoquent un niveau élevé de pollution atmosphérique. La mortalité due au cancer du poumon dans les villes chinoises est de quatre à sept fois plus élevée que dans l’ensemble du pays et la différence doit être pour une bonne part attribuée à la forte pollution atmosphérique.

En Malaisie, la vallée très urbanisée de Klang (dans laquelle est située la capitale, Kuala Lumpur) présente des niveaux de pollution atmosphérique deux à trois fois plus élevés que les grandes villes des États-Unis et le système fluvial de Klang est fortement contaminé par les effluents agricoles et industriels et par les eaux usées domestiques.

Source : Centre for Science and Environment, State of India’s Environment : a Citizen’s Report (New Delhi, 1983); Vaclav Smil, The Bad Earth : Environmental Degradation in China (Londres : Zed Press, 1986); Sahabat Alam Malysia, The State of Malaysian Environment 1983-83 – Towards Greater Environmental Awareness (Penang, Malaisie, 1983).


ENCADRÉ 9-3 : Trois manières d’employer 20 millions de dollars pour améliorer la situation du logement dans une ville de 1 million d’habitants[modifier]

Option 1 : Construire 2 000 logements sociaux pour des familles pauvres (composées en moyenne de six personnes) et coûtant chacun 10 000 dollars. La situation est améliorée pour 12 000 personnes, mais les possibilités de récupérer les coûts auprès des familles pauvres sont restreintes. Si la population de la ville progresse de 5 pour cent par an, ce sont 630 000 nouveaux habitants qu’elle comptera en plus dans dix ans. Par conséquent, seule une mince fraction de la population totale aura bénéficié de cette mesure.

Option 2 : Créer un système consistant à fournir un « terrain et des services », dans ce cas, les familles pauvres sont responsable de la construction de leur maison sur un terrain qui leur est accordé et qui est alimenté en eau courante, relié au système d’égout, à l’électricité, aux voies d’accès et au système de drainage. À raison de 2 000 dollars la parcelle, on loge ainsi environ 60 000 personnes, soit environ 10 pour cent de l’accroissement de la population de la ville en dix ans.

Option 3 : Allouer 100 000 dollars à une organisation de quartier représentant 1 000 ménages pauvres (6 000 personnes) dans une zone d’habitation où sont installées des personnes à faible revenu. Cette organisation décide d’améliorer le système de drainage et les routes, de construire un dispensaire de soins médicaux, de constituer une coopérative en vue de produire des matériaux de construction et des éléments peu coûteux et de restructurer la zone de manière à améliorer les voies d’accès et d’aménager 50 parcelles nouvelles. Avec 10 millions de dollars, on peut soutenir une centaine de ces initiatives communautaires, atteindre 600 000 personnes et fournir 5 000 parcelles pour de nouveaux logements. Un grand nombre de nouveaux emplois sont ainsi stimulés. Les 10 autres millions de dollars sont consacrés à l’installation de l’eau courante; à raison de 100 dollars par ménage, ce sont 600 000 personnes qui bénéficient de l’opération.


ENCADRÉ 9-4 : Incompréhension des besoins des femmes dans les projets de construction de logements[modifier]

Les projets de construction de logements utilisent souvent un plan type qui ne permet pas aux femmes de travailler dans leur maison et, en même temps, de surveiller leurs enfants et ceux des voisins. La conception de la maison et la dimension des parcelles tiennent rarement compte du fait que bon nombre de femmes désireront utiliser leurs maisons comme atelier (pour fabriquer des vêtements, par exemple) ou comme magasin, ce qui est en fait souvent interdit dans les projets de construction de logements à bon marché. Lorsqu’il s’agit d’attribuer ces logements, il est parfois de règle que ce soient les « maris » qui en fassent la demande; sont ainsi exclus les ménages dont le chef est une femme, c’est-à-dire entre 30 et 50 pour cent de tous les ménages. En outre, les besoins particuliers des femmes selon les cultures sont ignorés – dans les sociétés islamiques, les femmes ont besoin d’un espace privé en plein air, à l’intérieur de la maison, ce dont on tient rarement compte dans le plan des maisons; en outre, on ne veille pas, en dessinant une agglomération, à ce que celle-ci soit pourvue de chemins relativement abrités pour se rendre aux magasins et aux dispensaires.

Source : C.O.N. Mauser, « Housing Policy : Towards a Gender Awareness Approach », Working paper, no 71, Development Planning Unit, (Londres, 1985).


ENCADRÉ 10-1 : Les dispositions uniques du Traité sur l’Antarctique[modifier]

En vertu du Traité sur l’Antarctique, les sept États formulant des revendications territoriales sur ce continent ont convenu avec les autres parties au Traité (celles qui ne formulent pas de revendications territoriales) de laisser de côté la question contestée du statut territorial de l’Antarctique en vue de s’occuper d’activités dans la région sur lesquelles elles sont d’accord.

Pendant la durée du Traité, aucun acte ou activité « ne constituera une base permettant de faire valoir, de soutenir ou de contester une revendication de souveraineté » territoriale dans l’Antarctique; ni aucune revendication nouvelle, ni aucune extension d’une revendication précédemment affirmée ne pourra être présentée.

Les décisions sont prises par consensus, ce qui garantit aux États ayant des revendications territoriales et aux autres que ne sera approuvée aucune activité ou pratique de gestion portant préjudice à leur position concernant le statut territorial de l’Antarctique. Le Traité prévoit que des inspections pourront être effectuées à tout moment et dans n’importe quelle région de l’Antarctique par des ressortissants des parties ayant voix consultative, désignés à cet effet.

Source : D’après Lee Kimball, « Testing the Great Experiment », Environment, septembre 1985



ENCADRÉ 11-1 : Dépenser pour la sécurité militaire ou pour celle de l’environnement[modifier]

En 1985, le monde a dépensé nettement plus de 900 milliards de dollars à des fins militaires, soit plus de 2,5 milliards par jour. Le coût réel est représenté par ce que ces mêmes sources auraient pu permettre de financer :

  • Un plan d’action pour les forêts tropicales coûterait 1,3 milliard de dollars par an pendant 5 ans. Cette somme annuelle est l’équivalent d’une demi-journée de dépenses militaires à l’échelle mondiale.
  • La mise en œuvre du Plan d’action des Nations Unies pour lutter contre la désertification coûterait 4,5 milliards de dollars par an pendant les deux dernières décennies de ce siècle, soit l’équivalent de moins de deux jours de dépenses militaires.
  • Un des plus graves dangers pour l’environnement dans le Tiers-Monde est le manque d’eau potable pour les besoins des ménages, qui est responsable de 80 pour cent des maladies. La Décennie internationale de l’eau potable et de l’assainissement, qui n’a reçu qu’une petite fraction du soutien nécessaire, aurait coûté 30 milliards de dollars par an durant les années 80. C’est l’équivalent approximatif de 10 jours de dépenses militaires.
  • La fourniture de moyens de contraception à toutes les femmes acquises à la cause de la planification des familles coûterait un milliard de dollars par an, en plus des 2 milliards dépensés à l’heure actuelle. Ce milliard supplémentaire est l’équivalent de 10 heures de dépenses militaires.

Sources : International Task Force, Tropical Forests : A Call for Action (Washington, D.C., Institut mondial des ressources, 1985); Dr. M.K. Tolba, « Desertification and the Economics of Survival », PNUE Information 86/2, 25 mars 1986; A. Agarwal et coll., Water and Sanitation and Health for All? (Londres, IIED/Earthscan, 1981); Banque mondiale, World Development Report 1984 (New York : Oxford University Press, 1984).