Chansons choisies d’Eugène Imbert/Nous ne sommes pas ivres

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Chansons choisies ; [[Élégies parisiennes|Élégies parisiennes]]
Imprimerie Demoulle (pp. 7-9).


NOUS NE SOMMES PAS IVRES


Air nouveau de Vaudry.


À quatre, un gigot de six livres,
Chacun trois litres, c’est gentil.
Mais nous ne sommes pas ivres.
Nous, ivres ?
Qui le dit a menti. Bis.

Tout en cassant une croûte,
Le dernier broc a sauté ;
Et maintenant nul ne doute
De notre capacité.
Si ma langue est babillarde,
C’est qu’en versant l’argenteuil,
J’en ai reçu, par mégarde,
Deux ou trois gouttes dans l’œil.

À quatre, un gigot de six livres,
Chacun trois litres, c’est gentil.
Mais nous ne sommes pas ivres.
Nous, ivres ?
Qui le dit a menti.

Tenons-nous bien sous l’aisselle :
Le chemin nous semble étroit.
Bah ! c’est le sol qui chancelle,
Et c’est nous qui marchons droit.
Pour nous le char de la vie
Brave talus et ravin :
Nous graissons, quand il dévie,
Sa roue avec du bon vin.


À quatre, un gigot de six livres,
Chacun trois litres, c’est gentil.
Mais nous ne sommes pas ivres.
Nous, ivres ?
Qui le dit a menti.

Que va dire la bourgeoise ?
Elle a d’avance apprêté,
Bien loin de nous chercher noise,
Notre pardon et du thé.
Elle est faite pour attendre :
Après qu’elle a bien veillé,
La femme devient plus tendre,
Quand l’homme est un peu mouillé.

À quatre, un gigot de six livres,
Chacun trois litres, c’est gentil.
Mais nous ne sommes pas ivres.
Nous, ivres ?
Qui le dit a menti.

Ce gueux d’ail, ça vous altère ;
Tout prêt à recommencer,
Me voilà propriétaire
D’une soif à tout casser.
Que la noce soit complète !
Demain chaque compagnon
Reprend du poil de la bête,
Après la soupe à l’oignon.

À quatre, un gigot de six livres,
Chacun trois litres, c’est gentil.

Mais nous ne sommes pas ivres.
Nous, ivres ?
Qui le dit a menti. Bis.