Nouveaux contes berbères (Basset)/64

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Ernest Leroux, éditeur (Collection de contes et de chansons populaires, XXIIIp. 3-5).

CONTES
POPULAIRES BERBÈRES

64

La grenouille et la tortue (127).
(Ouargla).

Au temps passé, la tortue épousa la grenouille et l’amena chez elle pendant la nuit. Au matin, la grenouille se fâcha. La tortue sortit dans la rue à l’entrée de la cabane. Le coq survint et lui dit : « Tu as pris une femme agréable. » La tortue répondit : « Dans la nuit, la mariée est arrivée ; au matin elle s’est fâchée. — Attends que j’y aille, reprit le coq : je te la ramènerai. » Il alla trouver la grenouille ; en arrivant, il secoua la maison. « Qui secoue ma maison ? demanda-t-elle. — C’est moi, ton père, le coq. — Va manger les excréments dans le fumier. » Le coq s’en revint honteux et dit à la tortue : « Mon amie, elle m’a couvert d’affronts. »

L’âne arriva et dit à la tortue : « Tu as pris une femme agréable. » Elle lui répondit : « Dans la nuit, la mariée est arrivée ; au matin elle s’est fâchée. » Je vais te l’amener, répliqua l’âne. Il s’en alla et, en arrivant, il secoua la maison. La grenouille demanda : « Qui est-ce qui secoue ainsi ma maison ? Puisse-t-il devenir aveugle et se casser le cou ! — C’est moi, ton père, l’âne. — Va manger les ordures des ruines. » — L’âne s’en retourna honteux et dit à la grenouille : « Elle m’a couvert d’affronts. »

Le chameau survint et dit à la tortue : « Tu as épousé une femme agréable. — Dans la nuit, répondit-elle, la fiancée est arrivée, mais au matin elle s’est fâchée. — Attends-moi, je te la ramènerai, » ajouta le chameau. Il alla vers la maison et la secoua.

« Qui ébranle ma maison, demanda-t-elle ? — C’est moi ton père, le chameau : viens, ton mari le veut. — Il m’a maltraitée en me disant : « Tu as de grands yeux, une large bouche, des jambes écartées. » — Viens, reprit le chameau, et s’il te parle ainsi, dis-lui à ton tour : Si mes yeux sont grands, c’est (de voir) l’aurore qui se lève ; si ma bouche est large, c’est à cause du cure-dents ; si mes jambes sont écartées, c’est pour avoir mis au monde des jumeaux. — « Bien », reprit-elle.

Il la fit monter sur son dos et l’amena à son mari. Quand elle arriva, elle lui dit ; « Si mes yeux sont grands, c’est de voir l’aurore qui se lève ; si ma bouche est large, c’est à cause du cure-dents ; si mes jambes sont écartées, c’est pour avoir mis au monde des jumeaux. » — Le chameau lui dit : « Tu est une sotte de répéter ces paroles que je t’ai indiquées, sans attendre que je sois parti ; dis-les lui quand il te maltraitera. »

Le chameau fit tomber la grenouille de son dos, il la frappa du pied et dit à la tortue : « Va, change de femme » ; puis il partit à ses affaires. La tortue prit une autre femme et s’occupa de ses affaires (128).