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Nouveaux mystères et aventures/Notre-Dame de la mort/Chapitre 6

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Traduction par Albert Savine.
Nouveaux mystères et aventuresP.-V. Stock, éditeur (p. 75-92).

VI

Les Thugs ! J’avais entendu parler des féroces fanatiques de ce nom qu’on trouve dans les régions centrales de l’Inde, et auxquels une religion détournée de son but présente l’assassinat comme l’offrande la plus précieuse et la plus pure qu’un mortel puisse faire au Créateur.

Je me rappelle une description que j’avais lue dans les œuvres du colonel Meadows Taylor, où il était question du secret des Thugs, de leur organisation, de leur foi implacable et de l’influence terrible que leur manie homicide exerce sur toutes les autres facultés mentales et morales.

Je me rappelai même que le mot de roomal, — un mot que j’avais vu revenir plus d’une fois — désignait le foulard sacré au moyen duquel ils avaient coutume d’accomplir leur diabolique besogne.

Miss Warrender était déjà femme quand elle les avait quittés, et à en croire ce qu’elle disait, elle qui était la fille de leur principal chef, il n’était pas étonnant qu’une culture toute superficielle n’eût pas déraciné toutes les impressions premières ni empêché le fanatisme de se faire jour à l’occasion.

C’était probablement pendant une de ces crises qu’elle avait mis fin aux jours de la pauvre Ethel après avoir soigneusement préparé un alibi pour cacher son crime, et Copperthorne ayant découvert par hasard cet assassinat, cela lui avait donné l’ascendant qu’il exerçait sur son étrange complice.

De tous les genres de morts, celui de la pendaison est regardé dans ces tribus comme le plus impie, le plus dégradant, et sachant qu’elle s’était exposée à cette mort d’après la loi du pays, elle y voyait évidemment une nécessité inéluctable de soumettre sa volonté, de dominer sa nature impérieuse lorsqu’elle se trouvait en présence du secrétaire.

Quant à Copperthorne, après avoir réfléchi sur ce qu’il avait fait et sur ce qu’il comptait faire, je me sentais l’âme pleine d’horreur et de dégoût à son égard.

C’était donc ainsi qu’il reconnaissait les bontés que lui avait prodiguées le pauvre vieux.

Il lui avait déjà arraché par ses flatteries une signature qui était l’abandon de ses propriétés, et maintenant, comme il craignait que quelques remords de conscience ne modifiassent la volonté du vieillard, il avait résolu de le mettre hors d’état d’y ajouter un codicille.

Tout cela était assez canaille, mais ce qui semblait y mettre le comble, c’était que trop lâche pour exécuter son projet de sa propre main, il avait à mis à profit les horribles idées religieuses de cette malheureuse créature, pour faire disparaître l’oncle Jérémie d’une façon telle que nul soupçon ne pût atteindre le véritable auteur du crime.

Je décidai en moi-même que, quoi qu’il dût arriver, le secrétaire n’échapperait point au châtiment qui lui était dû.

Mais que faire ?

Si j’avais connu l’adresse de mon ami, je lui aurais envoyé un télégramme le lendemain matin, et il aurait pu être de retour à Dunkelthwaite avant la nuit.

Malheureusement, John était le pire des correspondants, et bien qu’il fût parti depuis quelques jours déjà, nous n’avions point reçu de ses nouvelles.

Il y avait trois servantes dans la maison, mais pas un homme, à l’exception du vieil Élie, et je ne connaissais dans le pays personne sur qui je puisse compter.

Toutefois, cela importait peu, car je me savais de force à lutter avec grand avantage contre le secrétaire, et j’avais assez confiance en moi-même pour être sûr que ma seule résistance suffirait pour empêcher absolument l’exécution du complot.

La question était de savoir quelles étaient les meilleures mesures que je devais prendre en de telles circonstances.

Ma première idée fut d’attendre tranquillement jusqu’au matin, et alors d’envoyer sans esclandre au poste de police le plus proche pour en ramener deux constables.

Alors je pourrais livrer Copperthorne et sa complice à la justice et raconter l’entretien que j’avais entendu.

En y réfléchissant davantage, je reconnus que ce plan était tout à fait impraticable.

Avais-je l’ombre d’une preuve contre eux en dehors de mon histoire ?

Et cette histoire ne paraîtrait-elle pas d’une absurde invraisemblance à des gens qui ne me connaissaient pas.

Et je m’imaginais bien aussi de quel ton rassurant, de quel air impassible Copperthorne repousserait l’accusation, combien il s’étendrait sur la malveillance que j’éprouvais contre lui et sa complice à cause de leur affection réciproque ; combien il lui serait aisé de faire croire à une tierce personne que je montais de toutes pièces une histoire pour nuire à un rival ; combien il me serait difficile de persuader à qui que ce fut que ce personnage à tournure d’ecclésiastique et cette jeune personne vêtue à la dernière mode étaient deux animaux de proie associés pour chasser.

Je sentais que je commettrais une grosse erreur en me montrant avant d’être sûr que je tenais le gibier.

L’autre alternative était de ne rien dire et de laisser les événements suivre leurs cours, en me tenant toujours prêt à intervenir lorsque les preuves contre les conspirateurs paraîtraient concluantes.

C’était bien la marche qui se recommandait d’elle-même à mon caractère jeune et aventureux.

C’était aussi celle qui semblait la plus propre à amener aux résultats décisifs.

Lorsqu’enfin à la pointe du jour je m’allongeai sur mon lit, j’avais complètement fixé dans mon esprit la résolution de garder pour moi ce que je savais et de m’en rapporter à moi seul pour faire échouer le complot sanguinaire que j’avais surpris.

Le lendemain, l’oncle Jérémie se montra plein d’entrain après le déjeuner, et voulut à toute force lire tout haut une scène des Cenci de Shelley, œuvre pour laquelle il avait une admiration profonde.

Copperthorne était auprès de lui, silencieux, impénétrable, excepté quand il émettait quelque indication, ou lâchait un cri d’admiration.

Miss Warrender semblait plongée dans ses pensées et je crus voir une fois ou deux des larmes dans ses yeux noirs.

J’éprouvais une étrange sensation à épier ces trois personnages et à réfléchir sur les rapports qui existaient réellement entre eux.

Mon cœur s’échauffait à la vue du petit vieux à la figure rougeaude, mon hôte, avec sa coiffure bizarre et ses façons d’autrefois.

Se me jurais intérieurement qu’on ne lui ferait aucun mal tant que je serais en état de l’empêcher.

Le jour s’écoula long, ennuyeux.

Il me fut impossible de m’absorber dans mon travail, aussi me mis-je à errer sans trêve par les corridors de la vieille bâtisse et par le jardin.

Copperthorne était en haut avec l’oncle Jérémie, et je le vis peu.

Deux fois, pendant que je me promenais dehors à grands pas, je vis la gouvernante venant de mon côté avec les enfants, et chaque fois je m’écartai promptement pour l’éviter.

Je sentais que je ne pourrais lui parler sans laisser voir l’horreur indicible qu’elle m’inspirait et sans lui montrer que j’étais au courant de ce qui s’était passé la nuit d’avant.

Elle remarqua que je l’évitais, car, au déjeuner, mes yeux s’étant un instant portés sur elle, je vis dans les siens un éclair de surprise et de colère, auquel néanmoins je ne ripostai pas.

Le courrier du jour apporta une lettre de John où il m’informait qu’il était descendu à l’hôtel Langham.

Je savais qu’il était désormais impossible de recourir à lui pour partager avec lui la responsabilité de tout ce qui pourrait arriver.

Cependant, je crus de mon devoir de lui envoyer une dépêche pour lui apprendre que sa présence serait désirable.

Cela nécessitait une longue course pour aller jusqu’à la gare, mais cette course aurait l’avantage de m’aider à tuer le temps, et je me sentis soulagé d’un poids en entendant le grincement des aiguilles, qui m’apprenait que mon message volait à mon but.

À mon retour d’Ingleton, quand je fus arrivé à l’entrée de l’avenue, je trouvai notre vieux domestique Élie debout en cet endroit, et il avait l’air très en colère.

– On dit qu’un rat en amène d’autres, me dit-il en soulevant son chapeau. Il paraît qu’il en est de même avec les noirauds.

Il avait toujours détesté la gouvernante à cause de ce qu’il appelait ses grands airs.

– Eh bien, qu’est-ce qu’il y a ? demandai-je.

– C’est un de ces étrangers qui reste toujours par là à se cacher et à rôder, répondit le bonhomme. Je l’ai vu ici parmi les broussailles et je l’ai fait partir en lui disant ma façon de penser. Est-ce qu’il regarde du côté des poules ? Ça se peut. Ou bien a-t-il envie de mettre le feu à la maison et de nous assassiner tous dans nos lits ? Je vais descendre au village, M. Lawrence, et je m’informerai à son sujet.

Et il s’en alla en donnant libre cours à sa sénile colère.

Le petit incident fit sur moi une vive impression, et j’y songeai beaucoup en suivant la longue avenue.

Il était clair que l’Hindou voyageur tournait toujours autour de la maison.

C’était un élément que j’avais oublié de faire entrer en ligne de compte.

Si sa compatriote l’enrôlait comme complice dans ses plans ténébreux, il pourrait bien arriver qu’à eux trois ils fussent trop forts pour moi.

Toutefois, il me semblait improbable qu’elle agît ainsi, puisqu’elle avait pris tant de peine pour que Copperthorne ne sût rien de la présence de l’Hindou.

J’eus un instant l’idée de prendre Élie pour confident, mais en y réfléchissant j’arrivai à conclure qu’un homme de son âge serait plutôt un embarras qu’un auxiliaire.

Vers sept heures, comme je montais dans ma chambre, je rencontrai Copperthorne qui me demanda si je pouvais lui dire où était miss Warrender.

Je répondis que je ne l’avais pas vue.

– C’est bien singulier, dit-il, que personne ne l’ait vue depuis le dîner. Les enfants ne savent pas où elle est. J’ai à lui dire quelque chose en particulier.

Il s’éloigna, sans la moindre expression d’agitation et de trouble sur sa physionomie.

Pour moi, l’absence de miss Warrender n’était pas faite pour me surprendre.

Sans aucun doute, elle était quelque part dans les massifs, se montant la tête pour la terrible besogne qu’elle avait entrepris d’exécuter.

Je fermai la porte sur moi, et m’assis, un livre à la main, mais l’esprit trop agité pour en comprendre le contenu.

Mon plan de campagne était déjà construit.

J’avais résolu de me tenir en vue de leur lieu de rendez-vous, de les suivre, et d’intervenir au moment où mon intervention serait le plus efficace.

Je m’étais pourvu d’un gourdin solide, noueux, cher à mon cœur d’étudiant, et grâce auquel j’étais sûr de rester maître de la situation.

Je m’étais, en effet, assuré que Copperthorne n’avait pas d’armes à feu.

Je ne me rappelle aucune époque de ma vie où les heures m’aient paru si longues, que celles que je passai, ce jour-là, dans ma chambre.

J’entendais au loin le son adouci de l’horloge de Dunkelthwaite qui marqua huit heures, puis neuf, puis, après un silence interminable, dix heures.

Ensuite, comme j’allais et venais dans ma chambrette, il me sembla que le temps eût suspendu complètement son cours, tant j’attendais l’heure avec crainte et aussi avec impatience, ainsi qu’on le fait quand on doit affronter quelque grave épreuve.

Néanmoins tout a une fin, et j’entendis, à travers l’air calme de la nuit, le premier coup argentin qui annonçait la onzième heure.

Alors je me levai, me chaussai de pantoufles en feutre, pris ma trique et me glissai sans bruit hors de ma chambre pour descendre par le vieil escalier grinçant.

J’entendis le ronflement bruyant de l’oncle Jérémie à l’étage supérieur.

Je parvins à trouver mon chemin jusqu’à la porte à travers l’obscurité. Je l’ouvris et me trouvai dehors sous un beau ciel plein d’étoiles.

Il me fallait être très attentif dans mes mouvements, car la lune brillait d’un tel éclat qu’on y voyait presque comme en plein jour.

Je marchai dans l’ombre de la maison jusqu’à ce que je fusse arrivé à la haie du jardin.

Je rampai à l’abri qu’elle me donnait et je parvins sans encombre dans le massif où je m’étais trouvé la nuit précédente.

Je traversai cet endroit, en marchant avec la plus grande précaution, avec lenteur, si bien que pas une branche ne se cassa sous mes pieds.

Je m’avançai ainsi jusqu’à ce que je fusse caché parmi les broussailles, au bord de la plantation.

De là je voyais en plein ce grand chêne qui se dressait au bout supérieur de l’avenue.

Il y avait quelqu’un debout dans l’ombre que projetait le chêne.

Tout d’abord je ne pus deviner qui c’était, mais bientôt le personnage remua, et s’avança sous la lumière argentée que la lune versait par l’intervalle de deux branches sur le sentier, et il regarda impatiemment à droite et à gauche.

Alors je vis que c’était Copperthorne, qui attendait et qui était seul.

À ce qu’il paraît, la gouvernante n’était pas encore venue au rendez-vous.

Comme je tenais à entendre autant qu’y voir, je me frayai passage sous les ombres noires des arbres dans la direction du chêne.

Lorsque je m’arrêtai, je me trouvai à moins de quinze pas de l’endroit où la taille haute et dégingandée du secrétaire se dressait farouche et fantastique sous la lumière changeante.

Il allait et venait d’un air inquiet, tantôt disparaissant dans les ténèbres, tantôt reparaissant dans les endroits qu’éclairait la lumière argentée filtrant à travers l’épaisseur du feuillage.

Il était évidemment, d’après ses allures, intrigué et désappointé de ne point voir venir sa complice.

Il finit par s’arrêter sous une grosse branche qui cachait son corps, mais d’où il pouvait voir dans toute son étendue la route couverte de gravier qui partait de la maison, et par laquelle il comptait certainement voir venir miss Warrender.

J’étais toujours tapi dans ma cachette et je me félicitais intérieurement d’être parvenu jusqu’à un endroit où je pouvais tout entendre sans courir le risque d’être découvert, quand mes yeux rencontrèrent soudain un objet qui me saisit au cœur et faillit m’arracher une exclamation qui eût décelé ma présence.

J’ai dit que Copperthorne se trouvait juste au-dessous d’une des grosses branches du chêne.

Au-dessous de cette branche régnait l’obscurité la plus complète, mais la partie supérieure de la branche même était tout argentée par la lumière de la lune.

À force de regarder, je finis par voir quelque chose qui descendait en rampant le long de cette branche lumineuse ; c’était je ne sais quoi de papillotant, d’informe qui semblait faire partie de la branche elle-même, et qui, néanmoins, avançait sans trêve en se contournant.

Mes yeux s’étant accoutumés, au bout de quelque temps, à la lumière, ce je ne sais quoi, cet objet indéfini prit forme et substance.

C’était un être humain, un homme.

C’était l’Hindou que j’avais vu au village.

Les bras et les jambes enlacés autour de la grosse branche, il avançait en descendant, sans faire plus de bruit et presque aussi vite que l’eût fait un serpent de son pays.

Avant que j’eusse le temps de faire des conjectures sur ce que signifiait sa présence, il était arrivé juste au-dessus de l’endroit où le secrétaire se tenait debout, et son corps bronzé se dessinait en un contour dur et net sur le disque de la lune, qui apparaissait derrière lui.

Je le vis détacher quelque chose qui lui ceignait les reins, hésiter un instant, comme s’il mesurait la distance, puis descendre d’un bond, en faisant bruire les feuilles sur son passage.

Ensuite eut lieu un choc sourd, on eût dit deux corps tombant ensemble, puis ce fut, dans l’air de la nuit, un bruit analogue à celui qu’on fait en se gargarisant, et qui fut suivi d’une série de croassements, dont le souvenir me hantera jusqu’à mon dernier jour.

Pendant tout le temps que cette tragédie mit à s’accomplir sous mes yeux, sa soudaineté, son caractère d’horreur m’avaient ôté toute faculté d’agir en un sens quelconque.

Ceux-là seuls qui se sont trouvés dans une situation analogue pourront se faire une idée de l’impuissance paralysante qui s’empara de l’esprit et du corps d’un homme en pareille aventure. Elle l’empêche de faire aucune des mille choses qui pourraient plus tard vous venir à la pensée, et qui vous paraîtraient tout indiquées par la circonstance.

Pourtant, quand ces accents d’agonie parvinrent à mon oreille, je secouai ma léthargie et je m’élançai de ma cachette en jetant un grand cri.

À ce bruit, le jeune Thug se détacha de sa victime par un bond, en grondant comme une bête féroce qu’on chasse de son cadavre, et descendit l’avenue en détalant d’une telle vitesse que je sentis l’impossibilité de le rejoindre.

Je courus vers le secrétaire et lui soulevai la tête.

Sa figure était pourpre et horriblement contorsionnée.

J’ouvris son col de chemise. Je fis de mon mieux pour le rappeler à la vie. Tout fut inutile.

Le roomal avait fait sa besogne ; l’homme était mort.

Je n’ai plus que quelques détails à ajouter à mon étrange récit.

Peut-être ai-je été un peu prolixe dans ma narration, mais je sens que je n’ai point à m’en excuser, car je me suis borné à dire la suite des incidents dans leur ordre, d’une manière simple, dépourvue de toute prétention, et le récit eût été incomplet si j’en avais omis un seul.

On sut par la suite que miss Warrender était partie par le train de sept heures vingt minutes pour Londres, et qu’elle avait gagné la capitale assez à temps pour y être en sûreté, avant qu’on pût commencer des recherches pour la retrouver.

Quant au messager de mort qu’elle avait laissé derrière elle pour prendre sa place au lieu du rendez-vous, on n’entendit plus parler de lui. On ne le revit plus.

On lança son signalement dans tout le pays, mais ce fut peine perdue.

Sans doute le fugitif passait le jour dans une retraite sûre, et employait la nuit à voyager, en se nourrissant de débris, comme un Oriental peut le faire, jusqu’à ce qu’il fût hors de danger.

John Thurston revint le lendemain, et il fut stupéfait quand je lui fis part de l’aventure.

Il fut d’accord avec moi pour reconnaître qu’il valait mieux ne rien dire de ce que je savais sur les projets de Copperthorne et des raisons qui l’auraient obligé à s’attarder si longtemps au dehors pendant cette nuit d’été.

Aussi la police du comté elle-même n’a jamais su complètement l’histoire de cette extraordinaire tragédie et elle ne la saura certainement jamais, à moins que le hasard ne fasse tomber ce récit sous les yeux d’un de ses membres.

Le pauvre oncle Jérémie se lamenta sur la perte de son secrétaire, et pondit des quantités de vers sous forme d’épitaphes et des poèmes commémoratifs.

Il a été depuis réuni à ses pères, et je suis heureux de pouvoir dire que la majeure partie de sa fortune a passé à son héritier légitime, à son neveu.

Il n’y a qu’un point sur lequel je désirerais faire une remarque.

Comment le Thug voyageur était-il arrivé à Dunkelthwaite ?

Cette question-là n’a jamais été éclaircie, mais je n’ai pas dans l’esprit le moindre doute à ce sujet, et je suis certain que quand on pose les circonstances, on admettra, comme moi, que son apparition ne fut point un effet du hasard.

Cette secte formait dans l’Inde un corps nombreux et pressant, et quand elle songea à se choisir un nouveau chef, elle se rappela tout naturellement la fille si belle de son ancien maître.

Il ne devait pas être malaisé de retrouver sa trace à Calcutta, en Allemagne et, finalement, à Dunkelthwaite.

Il était sans doute venu l’informer qu’elle n’était pas oubliée dans l’Inde, et qu’elle serait accueillie avec le plus grand empressement si elle jugeait bon de venir retrouver les débris épars de sa tribu.

On pourra juger cette supposition un peu forcée mais c’est la manière de voir qui a toujours été la mienne en cette affaire.

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