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Nouvelle Biographie générale/Adrien ou hadrien

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Firmin-Didot (1p. 301-302-325-326).

ADRIEN ou Hadrien (Publius Ælius), quatorzième empereur des Romains, né à Rome le 24 janvier de l’an 76 de J.-C, mort à Baïa le 10 juillet 138. — Ayant eu pour prédécesseurs Nerva et Trajan, pour successeurs Antonin et Marc-Aurèle, Adrien doit peut-être à ce noble entourage la faveur d’être compris au nombre de ces princes dont les règnes successifs formèrent l’âge d’or de l’empire romain : non pas qu’il n’eût par lui-même des qualités brillantes, des goûts artistiques et littéraires dont l’heureuse influence jette sur son époque un vif éclat ; mais une vanité implacable, l’envie qu’elle enfantait, un caractère changeant, une curiosité souvent puérile qui négligeait l’ensemble et se perdait dans les détails, méritèrent à ce prince, si bien doué d’ailleurs, les reproches que l’histoire impartiale a dû faire à sa mémoire. Un ingénieux érudit a comparé Adrien à Louis XI. Il a vu, avec raison, chez tous deux une bravoure personnelle qui ne les empêcha pas d’employer leurs soins à éviter la guerre ; chez tous deux, la même prédilection pour la classe plébéienne, la même haine des grands, les mômes efforts pour protéger les communes ou les municipes, favoriser le commerce, aider le développement de l’industrie ; et, cependant, nous croyons qu’il existe une grande différence entre la sombre persévérance de Louis XI ne perdant jamais de vue le but qu’il


se proposait avant de l’avoir atteint, et les goûts variés, les passions éphémères d’un prince que Tertullien appelle avec raison curiositatum omnium explorator. Ce désir insatiable d’apprendre et de connaître fut chez Adrien la source du bien et du mal : il lui dut l’amour des voyages, et dans ses voyages les vastes provinces de l’empire, si longtemps déshéritées, s’embellirent par ses soins, ou furent dotées d’institutions utiles à leur bien-être ; il lui dut la facilité avec laquelle il entrait dans tous les détails de l’administration, se montrant à la fois bon tacticien, sage législateur, jurisconsulte habile, protecteur des arts, sinon des artistes, dont il enviait les talents, qu’il avait tous effleurés. D’autre part, c’est à cette même disposition qu’il dut aussi l’incertitude de ses opinions, l’inconstance dans ses vues, l’inconséquence dans ses actes, un amour-propre effréné, qui ne savait ni supporter la critique ni pardonner le succès. S’entourant de philosophes, il n’embrasse aucune secte ; méprisant la médecine, écrivant contre elle, il compose des remèdes, un collyre, un antidote ; superstitieux au point de sacrifier, au désir de connaître l’avenir, la vie de son Antinous, il se vante d’avoir fabriqué lui-même des oracles ; littérateur habile, il affecte de préférer Antimaque à Homère, Ennius à Virgile, Caton à Cicéron, Cœlius à Salluste, tant l’amour du paradoxe avait jeté de profondes racines dans l’esprit de ce prince, dont le règne marque, à tout prendre, l’une des plus curieuses époques de la période impériale chez les Romains !

Allié à la famille Ulpienne, Adrien avait pour père Ælius Adrianus Afer, cousin germain de Trajan, et pour mère Domitia Paulina, originaire de Gades, dans la Bétique. Sa famille paternelle, qui avait autrefois habité la ville d’Hadria dans le Picenum, était venue se fixer, au temps des Scipions, à Italica en Espagne. Toutefois, il naquit à Rome ([1]) le 9 des calendes de février, l’an de Rome 829 (24 janvier, 76 de J.-C), sous le septième consulat de Vespasien et le cinquième de Titus. A l’âge de dix ans, il perdit son père ; et son enfance fut confiée à deux tuteurs, dont l’un était son cousin Ulpius Trajan, qui avait déjà exercé la charge de préteur ; l’autre, un chevalier romain du nom de Cœlius Tatianus, d’après Spartien, ou Attianus, d’après Dion Cassius. Chacun d’eux eut soin que son éducation fût complète et brillante : un esprit avide de notions nouvelles, une mémoire imperturbable le préparaient merveilleusement à en profiter; et il fit entre autres, dans la littérature grecque, des progrès rapides, qui lui valurent parmi ses condisciples le surnom du Petit Grec, Græculus ([2]). Quels qu’aient été plus tard le nombre de ses occupations, la variété de ses penchants, la fréquence de ses voyages, il conserva ses goûts littéraires, et composa un grand nombre de poëmes, qui ne sont pas venus jusqu’à nous. Le grammairien Sosipater Charisius avait trouvé dans les bibliothèques de Rome, avant qu’elles fussent détruites par les Goths, le recueil complet de ses discours, dont il cite même un fragment ([3]) ; et Photius, qui paraît avoir lu plusieurs de ses compositions grecques, en vante le charme et le style gracieux. En effet, ce qui nous reste de lui, c’est-à-dire six épigrammes grecques, une épigramme latine contre le poète Florus, cinq vers latins qu’il fit au moment de mourir, une épitaphe pour son cheval Borysthène, quelques citations éparses dans les auteurs de la décadence, suffisent pour nous faire trouver quelque peu sévère le jugement de Spartien, qui ne lui reconnaît de talent ni dans la poésie grecque ni dans la poésie latine. Ce n’était pas l’avis de Dion Cassius, d’Aurélius Victor, d’Eutrope ; et Pétrarque, bon juge en cette matière, a confirmé leur sentence ([4]).

A quinze ans, Adrien, de retour dans sa patrie, entra au service ; et dès lors se manifesta en lui l’ardeur de la chasse, qu’il conserva toute sa vie ([5]). Trajan, craignant que cette passion ne le détournât de ses devoirs, le rappela à Rome, et lui fit accorder une de ces magistratures que briguaient les jeunes patriciens au début de leur carrière : en conséquence, il fut nommé decemvir Stlitibus judicandis ; puis, en sortant d’exercice, il entra comme tribun dans la seconde légion. Vers la fin du règne de Domitien, le jeune tribun se trouvait dans la Mœsie supérieure, lorsque Nerva, porté à l’empire, adopta Trajan pour son fils et son successeur. Député à Rome pour y porter les félicitations de l’armée ([6]), il revint dans la Germanie supérieure, où bientôt parvint le bruit de la mort du vieil empereur. Adrien part aussitôt pour Cologne, où Trajan ignorait encore son avènement : il voulait être le premier à le lui apprendre. En vain Servien, son beau-frère, entrave sa marche ; à défaut de moyens de transport, il fait à pied une partie de la route, et parvient à son but. Le nouveau chef de l’empire ne pouvait que s’intéresser vivement au parent qui avait été son pupille : il se l’attacha par un lien de plus en lui donnant en mariage sa petite nièce Julia Sabina, fille de sa nièce Matidia et petite-fille de sa sœur Marcienne. Toutefois, si nous devons en croire Marius Maxime, cité par Spartien ([7]), ce n’était pas de son plein gré que


Trajan formait cette alliance : il avait conçu des préventions défavorables contre Adrien, et ne céda en cette circonstance qu’aux instances de sa femme Plotine, dont l’affection pour ce jeune homme fut toujours aveugle, et, plus tard, lui valut l’empire.

Adrien, appelé à la questure sous le quatrième consulat de Trajan (de J.—C. 101), fut employé, en sortant de cette charge, à la rédaction des actes du sénat ; puis, rentré en grâce près de son oncle, il le suivit dans la première guerre contre les Daces, où il raffermit encore son crédit en se montrant à la fois (ce qui plaisait également à l’empereur) bon convive et soldat intrépide. Revenu à Rome, il y fut tribun du peuple ; puis, quand éclata la seconde guerre Dacique, il commanda la première légion, à la tête de laquelle il se distingua par quelques actions brillantes, dont Trajan le récompensa en lui faisant don d’un diamant que lui-même avait reçu de Nerva. Ce présent parut à Adrien le signe certain du dessein qu’avait formé Trajan de le faire héritier de sa puissance. Les présages, du reste, ne lui manquaient pas pour qu’il se crût destiné à l’empire : Ælius Adrien, son grand-oncle, lui avait prédit dès l’enfance son futur avènement ; et, lorsqu’il n’était encore que tribun dans la Mœsie, un astrologue de ce pays lui avait confirmé cette prédiction. Plus tard, inquiet du refroidissement de Trajan à son égard, lui-même avait consulté les sorts Virgiliens, et était tombé sur ces vers du sixième livre de l’Énéïde ([8]) :

Quis procul ille autem ramis insignisbolivæ,
Sacra ferens ? nosco crines incanaque incata
Régis romani…

Enfin, lorsqu’il était tribun du peuple, il avait perdu le manteau que portaient tous ceux qui étaient revêtus de ces fonctions, à l’exception de l’empereur, ce qui lui avait paru le présage de la puissance tribunitienne perpétuelle. Bien décidé à aider de toute la force de sa volonté à l’accomplissement de ces oracles, il donna en qualité de préteur des jeux magnifiques au peuple ; puis, envoyé comme légat-propréteur dans la basse Pannonie, non-seulement il y repoussa les Sarmates, mais il sut rétablir dans son armée la discipline la plus austère, et défendre ensuite le pays contre les excès de pouvoir de quelques administrateurs impériaux. Cette conduite lui valut enfin le consulat. Toutefois, il ne fut que consul suffectus, ou remplaçant d’un consul ordinaire, et l’on ne trouve pas pour cette fois son nom dans les fastes ([9]). Un second consulat pour lequel il fut désigné, huit ans après, par la protection de Plotine, acheva de lui faire regarder comme une certitude sa prochaine adoption par l’empereur. Il l’avait alors suivi comme lieutenant dans la guerre des Parthes, et se trouvait à Antioche lorsque Trajan, frappé d’une espèce de paralysie, lui laissa le commandement de toute son armée, et se mit en route pour revenir à Rome. On sait qu’atteint d’une dyssenterie qui était venue se joindre à ses autres maux, l’empereur mourut à Sélinonte en Cilicie ; mais ce qui a été controversé, c’est la question de savoir si, au moment de sa mort, l’adoption d’Adrien était un fait accompli. A l’aide de médailles alexandrines et de quelques inscriptions, Dodwell ([10]) avait voulu prouver non-seulement qu’Adrien avait été adopté par Trajan, mais que cette adoption était antérieure à la guerre des Parthes. Un examen plus approfondi a fait reconnaître que les monuments sur lesquels s’appuyait l’érudit anglais, ou n’avaient pas le sens qu’il leur prêtait, ou étaient d’une authenticité très-contestable. En effet, le témoignage des historiens favorables à l’adoption prouve qu’Adrien en reçut la nouvelle le 9 août, et apprit la mort de Trajan deux jours plus tard, c’est-à —dire le 11 du même mois ; mais Dion Cassius va jusqu’à croire que Plotine fit jouer en faveur de son neveu une scène semblable à celle que Regnard a placée dans sa comédie du Légataire, et il faut avouer que Dion parle en homme qui paraît bien renseigné : « Adrien, dit-il, ne fut jamais adopté par Trajan. Il était cependant son parent, son compatriote ; il l’avait eu pour tuteur, il avait épousé sa nièce, et, toutefois, il n’en avait pas obtenu de marque décisive d’affection. Il n’avait pas même encore été nommé consul ordinaire lorsque Trajan mourut sans enfants ; et sans Plotine et Attianus, qui se mirent en tête de lui donner Adrien pour successeur, jamais ce dernier n’eût obtenu l’empire. Mon père Apronianus ayant eu l’occasion, lorsqu’il gouvernait la Cilicie, d’obtenir les renseignements les plus exacts au sujet de cet événement, m’en a raconté tous les détails. On cacha pendant plusieurs jours la mort de Trajan, afin d’avoir le temps de simuler une adoption, et ce fut Plotine qui signa les lettres adressées au sénat à cette occasion ([11]). » Spartien de son côté, bien qu’il admette l’adoption, avoue que beaucoup d’écrivains supposaient que Trajan n’avait pas l’intention de se nommer un successeur, ou du moins qu’il voulait réserver au sénat le droit de choisir parmi ceux qu’il lui aurait désignés : « Il y a même des gens, ajoute-t-il, qui prétendent que l’adoption d’Adrien fut le fait de Plotine et de ses amis : ils auraient supposé, à la place de Trajan déjà expiré ; un imposteur qui dictait ses dernières volontés d’une voix mourante ([12]). » Quoi qu’il en soit, le premier mot d’Adrien en recevant la pourpre semblait annoncer qu’il en était digne. Il rencontra un de ses ennemis, et lui dit : « Vous voilà sauvé ; Evasisti. » Heureux le peuple romain, si Adrien eût toujours pensé ainsi ! Il


commençait son règne comme le prince qui mérita en France le nom de Père du peuple.

Ce fut le 11 août de l’an de Rome 870 (de Jésus-Christ 117) que l’empire changea de maître. Avec Trajan s’éteignit l’esprit de conquêtes, et pour la première fois le dieu Terme recula. Soit que dans sa susceptibilité vaniteuse Adrien craignît de ne pouvoir égaler les exploits de Trajan, soit qu il eût besoin de la paix pour se livrer à ses goûts artistiques, soit que les troubles de quelques provinces l’inquiétassent pour la sûreté générale de l’État, il se hâta d’abandonner toutes les conquêtes de son prédécesseur au delà du Tigre et de l’Euphrate. On peut considérer la dernière des causes que nous venons d’énumérer comme la plus plausible, s’il était vrai, ainsi que le dit Spartien ([13]), que les Maures fissent alors des irruptions continuelles contre l’Afrique romaine, que les Sarmates fussent en guerre ouverte avec l’empire, que la Bretagne eût secoué le joug, que l’Egypte fût troublée par des séditions, que la Lycie et la Palestine fussent en pleine révolte. Ainsi donc, l’avènement d’Adrien s’inaugurait par l’abandon de trois provinces : il rappelait les armées romaines de l’Assyrie, de la Mésopotamie, de l’Arménie ; et, ajoute Eutrope, il eût renoncé de même à la Dacie, si on ne l’en eût détourné en lui observant que c’était livrer aux barbares les colons romains venus en grand nombre pour peupler ces campagnes, dévastées par les guerres de Décébale ([14]). Tant de sacrifices pouvaient avoir un fâcheux effet sur l’esprit national. Adrien espéra en prévenir les conséquences par de grandes libéralités : il doubla la gratification que chaque empereur faisait aux soldats en montant sur le trône, et, de retour à Rome, où il apportait les cendres de Trajan, non-seulement il fit remise à l’Italie du coronaire, c’est-à-dire de l’or qu’on versait dans le trésor de l’empereur comme droit de joyeux avènement, aurum coronarium, mais il remit encore à toute la population de l’empire l’arriéré des sommes dues au fisc, et équivalant environ à 160 millions de francs. Dion Cassius, Eusèbe, Cassiodore, le Chronicon paschale, ont relaté d’une manière plus ou moins étendue cet acte de souveraine munificence, et une inscription trouvée à Rome au seizième siècle en a consacré la teneur ([15]). Quant à Spartien, voici en quels termes il rend compte de ce fait : « Ne négligeant rien, dit-il, de ce qui pouvait lui gagner l’affection des peuples, Adrien remit aux particuliers toutes leurs dettes envers le fisc ; les dettes des provinces leur furent également remises, et, pour donner toute sécurité aux débiteurs, il fit brûler dans le forum de Trajan leurs obligations ([16]). » Des monnaies d’or et d’argent frappées à cette époque font allusion à cette particularité : elles présentent de face la tête d’Adrien ; au revers, un licteur met, à l’aide d’une torche, le feu à des monceaux de papier. L’exergue porte : reliqua. vetera. bs. novies. mill. abolita. s. c. C’est dans la seconde année de sa puissance tribunitienne, c’est-à-dire de son avènement à l’empire ([17]), qu’Adrien avait ainsi renoncé à des remboursements que le peuple, épuisé par les guerres continuelles de Trajan, aurait eu sans doute beaucoup de peine à effectuer. Il avait mis un an à se rendre à Rome en passant par l’Illyrie, et déjà il avait à se faire pardonner non-seulement la perte des provinces qu’il venait d’abandonner, mais la mort de quatre personnages consulaires, exécutés sous un prétexte de complot qui ne fut jamais prouvé. La manière barbare dont furent traités ces hommes, l’honneur du sénat, démentit d’une manière cruelle les premières démarches d’Adrien en faveur d’un ordre auquel il semblait vouloir rendre son lustre et son indépendance. Dès son avènement, il avait écrit d’Antioche aux sénateurs, s’excusant sur l’empressement des soldats de n’avoir pas attendu leur délibération pour prendre en main le pouvoir, et les suppliant de confirmer son élection. Il avait refusé le triomphe que le sénat voulait lui décerner, et avait déclaré qu’il ne se croyait pas encore digne du titre de père de la patrie qu’on lui avait pareillement offert. Il ne parlait qu’avec mépris des princes qui n’avaient pas su respecter la majesté du sénat ; et tout à coup le voilà qui viole en la personne de quatre membres de cet ordre, non-seulement le respect dont il faisait parade, mais les lois de la justice. C’est qu’il atteignait ainsi Cornélius Palma, L. Publilius Celsus, Domitius Nigrinus et Lusius Quiétus, c’est-à-dire quatre hommes que Trajan avait estimés entre tous, qu’il avait placés sans doute sur cette liste de ses successeurs qu’il voulait offrir au choix du sénat, et qui se trouvaient ainsi désignés à la vengeance de leur heureux rival. Quoi qu’il en soit, Adrien répudia l’horreur de ces exécutions : il écrivit à Rome (car il était alors en Illyrie) qu’elles avaient eu lieu sans ses ordres ; et nous venons de voir qu’il ne crut pas acheter trop cher l’oubli de sa cruauté en le payant de neuf cents millions de sesterces. Puis les congiaires, les distributions de blé, les pensions alimentaires assignées par Trajan aux enfants des deux sexes dont les parents n’avaient pas de fortune, furent augmentés dans le même but : des sénateurs qui avaient perdu une partie de leur fortune virent l’empereur compléter le cens qu’exigeait leur dignité, et le peuple eut des jeux où mille bêtes féroces furent tuées dans le cirque.

En même temps tout bruit de guerre s’éteignait : Adrien achetait la paix du roi des Roxolans ; Marcius Turbo, envoyé en Mauritanie, en


apaisait les troubles, et le calme renaissait en Egypte. Ce fut alors que l’empereur commença cette série de voyages pendant lesquels il visita toutes les provinces de son vaste empire, fondant des villes, élevant des temples, dictant des lois. Ce fut alors qu’attiré tour à tour par les merveilles des arts, par les curiosités naturelles, il alla contempler au sommet de l’Etna la profondeur de son cratère ; qu’il voulut en Syrie voir lever le soleil du haut du mont Cassins, et que, remontant jusqu’aux cataractes du Nil en Egypte, il prêta l’oreille aux sons que devait rendre la statue de Memnon, quand elle était frappée par les premières lueurs du jour. Nous avons les médailles de vingt-cinq contrées qu’il parcourut ; car chacune d’elles s’empressa de consacrer ainsi le souvenir de sa visite : mais malheureusement elles ne nous donnent aucun document sur l’ordre chronologique de ses expéditions. En l’an de Rome 872 (de Jésus-Christ 119), Adrien prit son troisième consulat ; et comme il n’en voulut jamais exercer un autre, comme d’autre part il n’indiqua pas sur ses monnaies la date de la puissance tribunitienne, nous n’avons aucun moyen de décider l’ordre de leur émission pendant l’intervalle des dix-neuf années qui s’écoulèrent entre le troisième consulat d’Adrien et sa mort, attendu que les légendes de ces médailles lui donnent d’une manière identique le titre de consul pour la troisième fois ([18]). Les monuments épigraphiques que nous avons rassemblés, et les notions éparses dans les historiens, nous permettront toutefois de suppléer en partie au silence de la numismatique. Ce fut par les Gaules qu’il commença ses voyages (de Jésus-Christ 120), et il ne les quitta pas, dit Spartien, sans y laisser des marques de sa libéralité ; de là il passa en Germanie, et en présence de ces légions toujours à portée de l’ennemi, toujours sur le pied de guerre, il sut, oubliant les arts de la paix, se montrer habile tacticien, soldat infatigable. Vivant comme un simple légionnaire, nourri de lard, de fromage et de piquette, il apprenait à ses hommes à supporter la fatigue, marchant tête nue sous les frimas, et faisant vingt milles, chargé du poids de ses armes. Point d’or sur ses vêtements, point de pierreries aux agrafes de son manteau : une poignée d’ivoire à sa lourde épée, voilà tout son luxe. Puis il visitait dans leurs quartiers

les soldats malades, il n’accordait le sarment de centurion qu’à ceux qui s’en étaient rendus dignes par leur bonne conduite, ne permettait pas qu’on fût tribun avant l’âge ([19]), ne voulait pas qu’il y eût dans le camp (ce qui était trop commun alors) un seul soldat trop jeune pour le
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service, ou trop vieux pour ne pas jouir d’un repos mérité. La tactique des barbares était elle-même mise à profit : il fallait tirer de l’arc comme les Parthes, se servir de la fronde comme les Rhodiens, manier ses chevaux comme les Numides. Aussi, nous apprend Dion, les barbares, voyant un jour la cavalerie batave traverser sans hésitation l’Ister à la nage, furent tellement effrayés de cette hardiesse, qu’ils se soumirent ([20]). Et cette pratique à laquelle Adrien exerçait ses troupes, dont il leur donnait lui-même l’exemple, il en possédait parfaitement la théorie. Il écrivit plusieurs traités sur l’art militaire, bien qu’il ne nous reste plus de lui à ce sujet qu’un ordre de bataille contre les Alains, qu’Arrien avait inséré dans un de ses ouvrages ([21]). Végèce reconnaît également avoir emprunté aux constitutions d’Adrien sur la discipline militaire une partie de ses documents.

De la Germanie Adrien passa dans la Grande-Bretagne, et là il résolut de mettre obstacle aux incursions continuelles des Pietes, qui, descendant à l’improviste des montagnes de la Calédonie, venaient ravager le pays soumis aux Romains. En conséquence il employa la deuxième légion, ainsi que le prouve une inscription trouvée sur les lieux ([22]), à construire une immense muraille au sud de la chaîne des monts Cheviots qui séparent aujourd’hui l’Angleterre de l’Ecosse, entre le golfe du Solway dans la mer d’Irlande, et l’embouchure de la Tyne dans l’océan Germanique. Ce mur gigantesque avait, dit Spartien, quatre-vingts milles de longueur. Toutefois ce calcul n’est qu’une approximation ; et le colonel Alexandre Gordon, qui a mesuré avec le plus grand soin l’étendue de cette construction d’après les nombreux vestiges qui en existent encore, l’a fixée à soixante-huit milles anglais, formant soixante-quatorze milles romains (Itinerarium septentrionale, c. ix). Adrien ne fit-il que fortifier ainsi la Bretagne contre l’invasion, ou porta-t-il la guerre dans le pays, c’est une question qui semblait difficile à résoudre, dans la pénurie où nous sommes de documents historiques relatifs à ce sujet. Le silence de Dion et de Spartien sur les expéditions militaires d’Adrien dans cette contrée a longtemps paru concluant, malgré le témoignage d’une inscription contemporaine dans laquelle il est question d’un tribun envoyé in expeditionem Britannicam ([23]). Mais nous croyons qu’on peut tirer de la découverte récente des Épîtres de Fronton une conclusion contraire à celle qui avait été généralement adop-


tée. En effet, dans une lettre de cet orateur à Lucius Vérus, on lit : Avo vestro Hadriano imperium obtinente, quantum militum a Judæis, quantum a Britannis cæsum ([24]) ; et, comme confirmation de ce témoignage, une inscription trouvée cette année (1851) à Ferentino vient mentionner encore l’expédition dirigée sous Adrien contre la Bretagne ([25]). Resterait à fixer l’époque de cette guerre : or Spartien ayant dit, ainsi que nous l’avons vu, qu’à la mort de Trajan la Bretagne était soulevée, tout nous porte à croire que la guerre à laquelle font allusion le passage de Fronton et les monuments épigraphiques que nous avons cités se rapporte aux premières années du règne d’Adrien, et précède peut-être son arrivée dans cette province, qu’il aurait achevé de soumettre.

S’il faut en croire Spartien, ce fut pendant le séjour d’Adrien en Bretagne qu’éclata plus ouvertement que jamais le mécontentement qu’il éprouvait depuis longtemps de la conduite de l’impératrice Sabine ; mécontentement qui d’ailleurs était bien mutuel, puisque d’une part Adrien répétait souvent que, s’il n’eût été qu’un simple particulier, il eût répudié une femme morose et acariâtre, tandis que Sabine portait la haine de son époux, à ce que dit Aurélius Victor, jusqu’au point de se vanter d’employer tous les moyens nécessaires pour ne pas concevoir, dans la crainte d’enfanter un monstre qui fût le fléau du genre humain ([26]). Cette fois le mécontentement d’Adrien avait moins pour cause l’humeur bizarre de Sabine que les assiduités de Septicius Clarus, préfet du prétoire, de l’historien Suétone, alors secrétaire de l’empereur, et de quelques autres courtisans, dont l’indiscrète familiarité pouvait compromettre l’honneur du prince. Ils furent disgraciés, et durent quitter la cour. Spartien ([27]) ajoute à cette occasion qu’une police secrète parfaitement organisée instruisait Adrien des détails les plus cachés de la vie des hommes admis dans son intimité. Une femme avait écrit à son mari pour se plaindre de ce qu’il la négligeait, malgré sa tendresse, et la sacrifiait à de joyeux compagnons ou à des parties de plaisir. Le lendemain, ce mari non converti demande à l’empereur un nouveau congé. Adrien lui répète dans les mêmes termes les mêmes reproches qu’il avait déjà reçus la veille, et le laisse persuadé que sa femme a choisi l’empereur pour confident de ses doléances. On reconnaît à cette inquisition minutieuse l’esprit de domination et de vanité, qui ne négligeait aucun moyen d’assurer sa supériorité sur tout ce qui l’entourait. De la Bretagne Adrien revint dans les Gaules, et fit élever à Nîmes une vaste basilique eu l’honneur de Plotine ; il est même probable qu’il fit alors jeter les fondements des Arènes et de l’aqueduc connu sous le nom de pont du Gard, achevés plus tard par Antonin ([28]). De la Gaule Narbonnaise il se rendit à Tarracone, où il passa l’hiver, et y rétablit à ses frais le temple d’Auguste. Dès cette époque il était accompagné dans ses voyages d’une légion d’architectes, d’ingénieurs, de constructeurs, d’ouvriers de toutes sortes ; et nous donnons au mot légion, d’après l’autorité d’Aurélius Victor ([29]), le sens absolu qu’il avait chez les Romains, c’est-à-dire que nous parlons d’un corps régulier divisé par cohortes, et soumis à la discipline militaire. Ce fut pendant son séjour à Tarracone que l’empereur convoqua en assemblée générale les délégués de toutes les villes espagnoles : il s’agissait de régler une fois pour toutes le service du recrutement, auquel cherchait à échapper un grand nombre de familles, sous le prétexte d’origine étrangère, tandis que beaucoup d’autres le repoussaient violemment. Par son adresse, par la persuasion, par une politique adroite, Adrien triompha de ces répugnances ; on se soumit ; mais nous ne savons si un fait cité par Spartien ([30]) ne prouve pas que les ressentiments n’étaient pas éteints. Le prince se promenant un jour dans des jardins aux environs de la ville, un esclave de son hôte se jeta sur lui, l’épée à la main. Adrien eut assez de sang-froid pour le désarmer, et, ne voulant voir dans ce fait qu’un acte de folie, fit remettre le coupable entre les mains de médecins chargés de le guérir. Il est à croire que de l’Espagne l’empereur s’embarqua pour la Mauritanie, où des troubles venaient d’éclater. Sa présence les apaisa, et il profita de son séjour pour embellir Carthage, à laquelle il ajouta un quartier nouveau, qui prit son nom. L’inscription d’une borne milliaire trouvée dans les environs de cette ville prouve qu’il fit aussi construire par la troisième légion une route de Carthage à Théveste ([31]) ; d’où nous pouvons conclure, ainsi que de la grande muraille des Bretons, qu’il avait pour système de ne pas laisser ses troupes oisives dans les garnisons, et de les employer à de grands travaux d’utilité publique ([32]). Que de l’Afrique Adrien soit revenu


à Rome, on peut le conjecturer d’après une médaille qui semble indiquer qu’en l’an 874 de Rome il y célébra par des jeux l’anniversaire de la fondation de la ville ; et une inscription de la même date, qui lui attribue le rétablissement de l’enceinte du Pomœrium, confirme cette conjecture ([33]). Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’y fit point un long séjour, et qu’on le retrouve en Orient vers la fin de cette année. Là, ayant cimenté par une entrevue avec le roi des Parthes la paix qui semblait prête à être rompue, il ne s’occupa plus qu’à embellir plusieurs villes de l’Asie Mineure. Cizyque, entièrement rétablie par ses soins, et dotée d’un des temples les plus magnifiques de ces contrées si riches en monuments, ajouta, dans sa reconnaissance, le nom de ce prince au sien, et célébra en son honneur les jeux Hadrianiens olympiques, comme nous l’apprennent plusieurs inscriptions. Nicée, Nicomédie, ne furent pas traitées moins favorablement. Éphèse eut un temple élevé à la Fortune de Rome, temple où les étrangers ainsi que les citoyens romains allaient célébrer les Parilies. Se rappelant que c’était à Antioche qu’il avait reçu la nouvelle de son élévation à l’empire, il la traita encore plus magnifiquement que les autres cités, bien qu’il n’en aimât pas les habitants : il y fit construire, nous dit Malala ([34]), un bain puhlic, un aqueduc qui portait son nom, un théâtre ; au moyen d’une forte digue, il détourna les eaux qui se répandaient dans des ravins et étaient perdues pour la ville ; cette digue les contenait, malgré leur violence, et les conduisait auprès du théâtre, d’où elles se répandaient dans tous les quartiers. Il fit également construire près des sources de Daphné un temple consacré aux nymphes, où ces sources formaient cinq fontaines jaillissantes. Enfin, il n’y eut pas jusqu’à la ville de Palmyre qui, malgré sa ceinture de déserts, ne fût embellie par ses soins ([35]). Il nous faut donc supposer que les sixième, septième et huitième années du règne d’Adrien furent employées par lui à ses voyages en Cilicie, en Lycie, en Pamphilie, en Phrygie, en Bithynie, en Cappadoce ; nous voyons même par le Périple d’Arrien qu’il alla jusqu’à Trébisonde. En l’an de J.-C. 125, huitième année de son règne, il reprenait la route d’Europe, et passait l’hiver à Athènes : c’était encore la ville littéraire par excellence. Hérode Atticus n’épargnait aucun soin pour y attirer les hommes célèbres, pour y encourager la philosophie et les arts ; on allait y étudier l’éloquence, comme on étudiait les sciences à Alexandrie. Adrien devait se plaire au milieu de cette société d’élite, où ses talents lui auraient, en tout cas, valu un accueil

(Voyez Bernardi et Smith, Inscr.gr, Palmyren., III, p. 2.)
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faTorable, si sa puissance ne lui eût assuré le triomphe sur ces hommes éminents dont il s’entourait cliaque jour : « Je recomiaîtrai toujours , disait à ce propos Favorin à ceux qui lui reprochaient de faire à la cour trop bon marché de sa science, je reconnaîti’ai toujours pour le plus savant honmie du monde celui qui commande à trente légions. » En effet, Adrien consentait volontiers à engager la discussion ; il était aussi prompt à attaquer qu’à se défendre, nous dit Spartien ; mais c’était à la condition d’être vainqueur dans la lutte, autrement son amom’-propre irritable se vengeait par des moyens indignes de lui. H composa contre Héliodore, qui avait été son favori, les libelles les plus calomnieux. Denys de Milet et Caninius Celer, qui ne s’étaient pas prêtés comme d’autres à le laisser briller à leurs dépens, furent disgraciés, et Favorin lui-même, malgré la déférence dont nous venons de citer une preuve, ne put conserver sa faveur. Aussi disait-il, à la fin de sa Aie, que trois choses l’étonnaient dans son existence : d’abord, qu’étant né Gaulois, il parlât le grec ; puis, qu’étant eunuque, il eût été accusé d’adultère ; et enfin, qu’étant haï de l’empereur, il vécût encore. Dans son enthousiasme pour la Grèce, Adrien voulut prendre place parmi ses législateurs (1). Des lois de Dracon et de celles de Soion il forma une constitution nouvelle, par laquelle il laissait le gouvernement au peuple, établissant le sénat juge naturel de toutes les affaires contentieuses, sauf appel, toutefois, devant l’empereur ou le proconsul. Puis, non content de cet acte d’autorité suprême, il accepta les charges d’archonte et d’agonothète à Athènes, comme il accepta plus tard le titre de préteur en Étrurie, d’édùe ou de duumvir dans quelques villes italiennes, et de tribun à Naples, tant sa vanité insatiable avait besoin d’aliment et de hochets. Au milieu des chefs-d’œuvre de l’architectm-e grecque, son goût pour les arts ne pouvait demeurer oisif. Peu de villes ont été plus favorisées qu’Athènes sous ce rapport ; il y éleva tant d’édifices, qu’ils y formèrent comme une cité nouvelle, séparée de l’ancienne par un arc sur lequel on lit encore d’un côté, « Ici est l’Athènes de Thésée, «  et de l’autre : « Ici est l’Athènes d’Adi-ien. » C’est à l’extrémité de cette dernière qu’il fit ériger la nef du temple de Jupiter Olympien, dont les fondements étaient jetés depuis plus de cinq cents ans. « Avant d’entrer dans ce temple, dit Pausa « nias, vous trouvez quatre statues de l’empe « reur Adrien, deux en marbre de Thasos et deux « en marbre égyptien. Devant les colonnes s’é « lèvent d’autres statues que les Athéniens ap « pellent les statues des colonies ; l’enceinte du « temple, qui n’a pas moins de quatre stades de « tour, en est aussi remplie, chaque ville eu ayant « érigé ime à l’emperem— (2) ; mais les Athéniens (i) Chron. d’Euscbe, p. : J32, éil. de Milan, 1818. [i) Plusif urs inscriptions qui ont liù être gravées sur 1rs bases de ces statues sont parvenues jusqu’à nous. On y lit le nom de « les ont toutes sui-paasées, en plaçant derrière le <t temple la statue colossale de ce prince, bien « digne d’être admirée par tous ceux qui visitent ’cet édifice (1). » On voit ainsi qu’en honorant les dieux, l’un des principaux mobiles d’Adrien était de s’honorer lui-même. Il avait en outre élevé un temple à Junon, un autre à Jupiter Panhellénien, et déployé toute sa magnificence dans des portiques formés par cent vingt colonnes de marbre de Phrygie dont les murs étaient construits du même marbre, et dont les salles, décorées de statues ou de tableaux, avaient des plafonds couverts d’or et d’albâtre. C’était là qu’à l’exemple d’Hérode Atticus et de Théogène de Gnide, son maître, il avait fondé en faveur des citoyens d’Athènes une riche bibliothèque. Le gymnase qui portait le nom d’Adrien, et qui était orné de cent colonnes de marbre de Libye, était attenant à ces portiques. Aussi Pausanias ajoute-t-il que, par reconnaissance, une des tribus d’Athènes avait pris son nom, et qu’iuie inscription gravée dans le Panthéon mentionnait tous les actes de sa munificence (2). Tant de chefs-d’œuvre ne furent pas accomplis en un voyage. Ce qui paraît probable, d’après saint Jérôme et la Chronique d’Eusèbe, c’est que ce fut alors (an de J.— C. 125) qu’Adrien voulut être initié aux mystères d’Eleusis, preuve nouvelle de cette insatiable curiosité qui tenait à soulever tous les voiles. C’est à l’époque de l’initiation d’Adrien que Quadratus, évêque d’Athènes, lui présenta une apologie de la religion chrétienne. On a cru généralement que, faisant droit aux vérités énoncées dans la supplique de Quadratus, l’empereur fit suspendre la persécution (3). Eusèbe nous a même conservé le rescrit adressé, dans cette occasion, à Minutius Fondatus, proconsul d’Asie : « Si quelqu’un accuse les chrétiens, y est-il dit, et prouve qu’ils font quelque chose contre les lois, jugez-les selon la faute qu’ils auront commise ; s’ils sont calom niés, punissez le calomniateur (4). « Toutefois le bienfait était plus apparent que réel. Les accusateurs sont tenus de prouver, il est vrai, que les chrétiens pèchent contre la loi ; mais cette loi condamne la pratique de leur religion : il n’y a donc plus qu’à démontrer qu’ils sont fidèles à l’observation de leur culte. La preuve que la persécution ne cessa pas, bien qu’elle ait été beaucoup moins violente qu’à d’autres époques, c’est que le philosophe Aristide était obligé, quelques années plus tard, de remettre à l’emperem* une nouvelle supphque en faveur des chrétiens. l’empereur, auquel la plupart d’entre elles donnent le surnom d’Olympien, et le nom de la ville qui consacrait le monument. Telles sont celles où se tiouvent le nom de Thasos ( Spon, Voyage, t. Il, p. 233), de Sestos (Murât., p. ccxxxv, 5), d’Amphipolis (Spon, p. 284), de Céphallénic ( Rcinesius, p. 335), de Sébastopolis (Murât, , p. MLxxxi, I), d’Abydos (Spon, p. 285), de Milet ( Murât., p. mlix, 2), etc. (1) Lib. l, c. xvirr. (2) I, ib. I, rh. V. (3) Voyez Hodwell, De paticit. martyr., § XXXII, tid cale., éd. s. (Jyprian, , p. 76. (4) Voyez, Eusèbe, Hist. Ecoes., lib. IV, et Chron., p. 383,

M. de Mgr Mai.
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Au printemps de l’année 126, Adrien quitta la Grèce et revint à Rome, en passant par la Sicile ( 1 ) . Nous allons le voir maintenant occuper son, es- prit impatient à l’amélioration du droit romain , ce type de toutes les législations européennes , que Christophe de Thou appelait la raison écrite. Nous n’entrerons pas ici dans des considérations générales sur les conditions de la jurisprudence à l’époque où régnait Adrien , sm- la décadence du polythéisme , les premières émanations de la morale chrétienne, le stoïcisme, et l’influence qu’ont eue ces causes diverses sur les formes du droit. Nous dirons cependant que ce cuite dé- gradé qui avait réuni successivement à l’ancienne théurgie italique, non-seulement les dieux de la Grèce, de l’Egypte, de l’Asie, mais les empe- reurs souillés de tous les vices qu’engendre l’é- goïsme le plus cruel et l’immoralité la plus pro- fonde; ce culte qui faisait d’un Tibère, d’un Caligula , d’un Néron , autant de divinités pour qui s’ouvraient à deux battants les portes du Pan- théon romain, ce culte avait perdu tout crédit; et l’incrédulité complète succédant , comme il ar- rive trop souvent , aux abus de la superstition , Jiivénal avait pu dire (2) : Esse aliquos mancs et subterranea régna... Nec pueri credunt. . . Ce fut alors que le stoïcisme , favorisé par des princes formés à son école, fit entendre des maximes d’une moralité plus pure qu’aucune de celles qui avaient été jusque-là offertes aux Ro- mains. Ce fut alors aussi que la jurisprudence, élevée par les stoïciens au rang de science mo- rale , éclairée par le flambeau d’une philosophie qui s’éclairait elle-même des premières lueurs du christianisme, se fonda sur ces principes de jus- tice impérissal)le qui l’ont fait parvenir d’âge en âge , soit comme loi positive , soit comme raison écrite , chez toutes les nations modernes de l’Europe. Depuis la loi Cornélia, vers les premiers temps de la république , les préteurs avaient l’obliga- tion de donner, en entrant en charge, un pro- gramme de la jurisprudence qu’ils comptaient employer pendant le temps de leur préture : tou- tefois , chacun d’eux faisait à cette jurisprudence les changements qu’il croyait nécessanes : en proposant, au commencement de sa magistra- ture , les édits nouveaux et les annexes aux édits anciens appUcables aux circonstances du mo- ment. De là ime variété, une confusion, sou- vent même une incohérence de dispositions qui rendaient l’application de la loi incertaine et difficile. C’est à ces difficultés qu’Adrien remé- dia par VÉdit perpétuel qui porta son nom : Edictum perpetuum Hadriani. En faisant réu- d) C’est dans ce voyage qu’Afliien , ainsi que nous l’apprend Spartien, gravit l’Etna: jEtnam moiitem conscendit, ut solis ortum videret. Une seule inscription , rapportée par le prince de Torremuzzn, paraît relative au voyage d’Adrien en Sicile. C’est un tube de plomb ayant servi à une conduite d’eau, et qui porte gravés ces mots : IMP. CJES, TRAIAKI. HADRIANI. AVG. SVB. CVRA. RESTITVTI, AVG. LIE . (2) Sat., 11, V. 149. nir par le préteur Salvîus Julianus , le plus lia- bile jurisconsulte de cette époque , les matériaux épars du droit prétorien , en en formant un en- semble méthodicpie, en donnant à cette colleC’- tion d’édits épurés et choisis une force officielle et obligatoire, le prince fixa la jurisprudence, et en fit pour la première fois un corps de science qui lui assurait un long avenir. Que le véritable caractère de cet acte impérial ait été de produire une révolution complète dans le droit romain, comme le croient encore plusieurs jurisconsultes, ou qu’Adrien n’ait fait qu’améhorer et établir d’une manière plus stable une jurisprudence déjà fondée , la promulgation de YÉdit perpétuel n’en est pas moins une des importantes époques de ! l’histoire du dioit. Elle fit tomber en oubli les édits précédents des magistrats, ce qui nous explique que tous les fragments qui composent le Digeste appartiennent à des jurisconsultes pos- térieurs à cette époque. En effets Adrien avait organisé l’étude de la jurisprudence de manière à offrir désormais chez ceux qui s’y lieraient toutes garanties de savoir et d’intelligence. Le droit semblait avoir hérité de toutes les richesses de la littérature expirante : la profession des ju- risconsultes s’était élevée à la dignité de celle de l’homme d’État. Si leurs décisions étaient una- nimes sur quelque point de droit, Adrien avait voulu , ainsi que nous l’apprend Gains , que la solution donnée par eux eût force de loi ; les juges désormais ne pouvaient plus s’en écarter; c’était ce (ju’on appelait Responsa prudentuin. Mais ce n’est pas seulement par l’Édit perpétue! que l’empereur prouva sa sollicitude pour ac- corder à ses États la meilleure législation pos- sible : tous les jours à son tribunal , abordable pour tous, il répondait, soit de vive voix, soit par lettres , aux questions de jurisprudence qui lui étaient adressées (1). Ulpien et Gaïus nous ont conservé un grand nombre de sénatus-con- sultes rendus sur divers points du droit civil, avec l’indication : auctore Hadrlano. L’un d’eux donne le droit de cité aux enfants nés d’un Latin et d’une Romaine (2) ; un autre pei’met aux villes d’accepter des legs (3) ; un troisième décide que les affranchis latins devenus citoyens sans le con- sentement de leur patron pourront être assimilés aux affranchis citoyens romains (4) ; un quatrième veut que si des esclaves ont été affranchis par le maître dans l’intention de frauder ses créan- ciers , leur affranchissement soit frappé de nul- lité , lors même que ce maître serait un étran- ger (5). Les sénateurs ne purent plus prendre à ferme les revenus de l’État; les enfants des pros- crits eurent le douzième des biens de leur père, et le reste de ces biens ne fut plus porté au tré- (t) Le grammairien Dosithée avait réuni au commencement du troisième siècle les réponses d’Adrien, qui , imprimées pour la première fois en 1672, ont été reproduites dans la VibUO’ theque f^recque de Fabricius. (7.) Ulp., 3, 5. (3) Ulp., 24, 28. (4) Gaïus, p. 146, (5) Gaïus j p, l3.

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sor impérial, mais bien au trésor public : les maîtres cessèrent d’avoir le droit de vie et de mort —sur leurs esclaves, qui, en cas de culpabilité, devaient être jugés par les ti’ibunaux ; et si l’on voulait en vendre quelqu’un à un maîlTe de gladiateurs, il fallait, par une déclaration préalable, justifier cette résolution, qui ne dépendait plus d’un caprice (1). Julius Celsus, Salvius Julien le rédacteur de YÉdit perpétuel, Nérétius Priscus, formaient le conseil ordinaire du prince qui prenait toutes ces résolutions, et auprès d’eux des hommes non moins illustres, Abumus, Valens, Yidius, Sextus Africanus, dont tant de fragments ont passé dans les Pandectes, Volucius Mœcianus, qui eut Marc-Aurèle poiir diseiple, Terentius Clemens, commentateur de la loi Popia, sortant des subtilités de l’école, revenaient au principe général du di’oit, la grande doctrine de l’équité. De cette sollicitude qui s’étendait aux classes les plus infimes de la société, résulta une amélioration notable dans le sort des provinces : leur gouvernement perdit de son caractère arbitraire

;

les municipalités, mieux protégées, virent s’accroître leurs privilèges et l’indépendance de leurs résolutions ; les corporations, ainsi que nous en pouvons juger par le nombre des inscriptions de cette époque l’elatives à ces corps d’états, prirent un plus grand développement, grâce aux encouragements accordés à l’industrie particulière. L’administration financière futmoins inique ; les vexations qu’entraîne la rentrée des impôts ne pesèrent plus uniquement sur le faible à l’exclusion des puissants ; les exactions devinrent plus difficiles. Des agents du trésor, connus sous le nom de procuratores Cœsaris, recueillaient les tributs dans la province, et, placés à côté du gouverneur, dont ils étaient complètement indépendants, échappaient à tout contrôle. Adrien leur adjoignit un avocat du fisc qui défendait les droits du domaine, en sorte cpi’ils ne furent plus à la fois juges et parties dans leur propre cause. En accordant aussi le droit latin (jM.s Latil veteris) à un grand nombre de cités, il les relia plus fortement à ce gouvernement impérial qui, il faut l’avouer, n’a jamais eu envers les provinces le caractère d’égoïsme absolu dont la république avait empreint tous les articles de sa législation provinciale. Quant à l’Italie, qui n’était pas considérée comme une province, mais gouvernée en partie par les lois et les magistrats de Rome, elle fut divisée par l’empereur en quatre départements, à la tête desquels il plaça des personnages consulaires. Une autre révolution dans l’administration, mais celle-là tout entière en faveur du pouvoir, fut accomplie par Adrien vers la même époque. Il modifia profondément l’état de la maison impériale tel qu’il existait depuis Auguste. Lorsque le neveu de Jules César avait fondé cette puissance (i) Spart, , FitaAdr., c, itvii. autocratique qu’il devait transmetti’e à un si grand nombre de successeurs, il était encore trop près d’une république qui avait compté près de cinq cents années d’existence, pour ne pas adopter les formes extérieures qui s’en rapprochaient le plus. En conséquence, tout semblait calqué, sous ce nouveau régime, sur le beau temps des Scipions, des Fabius ; et si l’empereur disposait seul des forces et des richesses de l’État, c’est qu’il était à la fois tribun, proconsul, général et souverain pontife. Or, depuis Auguste, les temps avaient changé : l’aristocratie s’était habituée à l’obéissance, et le peuple, plus heureux sous la domination d’un seul, était loin de regretter la répubhque. Adrien comprit qu’il était d’une bonne politique de créer, pour son service personnel, de brillants emplois qui ouvrissent mre carrière à l’ambition des patriciens, en sorte que là où Auguste avait employé des affranchis et des esclaves, il emploierait les descendants des plus anciennes familles. Telle est l’origine de toutes ces charges de palais qui étaient encore sous Constantin, nous dit Aurélius Victor (1), telles qu’Adrien les avait établies. Au premier rang étaient les offices de la chancellerie, qui formaient quatre divisions qu’on pourrait appeler quatre ministères, puisque le mot de scrmium, par lequel elles étaient désignées, signifie portefeuille. Le scrinium memorias avait dans ses attributions la rédaction dew rescrits, l’expédition des brevets. Le scrinnmi epistolarum donnait à celui qui en était chargé la mission d’examiner les consultations adressées à l’empereur par les municipes ou les magistrats de province, et de rédiger, en forme de lettres, les décrets par lesquels l’empereur y répondait. Du ressort du scrinium Ubellorum se trouvait l’examen des pétitions adressées à l’empereur en matière litigieuse. Enfin, le scrinium dispositiomim était le dépôt des archives impériales (2). Les titulaires de ces charges s’appelaient magistri officiorum, et étaient placés sous l’inspection d’un maître général des offices. Parmi les grandes charges de la cour, on comptait encore un trésorier des largesses impériales {sacrœ largitiones) ; un trésorier du domaine ; un grand chambellan {prxfectus sacri cuMculi), que le privilège de pénétrer à chaque heure du jour dans l’intérieur du palais rendait un des personnages les plus importants de l’em.pire. Il y avait en outre des chambellans ordinaires, des pages, des ofiiciers de la bouche et autres, dont l’ensemble formait cette tourbe dorée qui éloigne du chef de l’État les regards du public, et lui donne, <iux yeux de la multitude, un caractère de grandeur dont ses qualités personnelles sont souvent inhabiles à le revêtir. Cette étiquette dont s’entourait Adrien, il voulait que les autres l’observassent à son exemple ; il voulait qu’ils respectassent leur propre dignité. (i) EpisC, c. XIV. (2) Voyez Goutbières, De offioiis domus /tusiisla, III, p, 3 et

sui v.
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Plein de déférence pour les membres du sénat, ne les recevant que debout, il exigea qu’ils ne parus- sent jamais en public sans être revêtus de la toge. Puis, par une de ces inconséquences si fréquentes dans son histoire , il se dérobait aux hommages , il revenait du sénat en litière pour éviter le cor- tège qui l’aurait accompagné ; il répudiait, le ma- tin, cette obséquieuse salutation du réveil que le plus humble patricien exigeait de ses chents. Quelquefois même il allait se baigner avec le peuple; et Spartien (1) nous racontée ce propos qu’il vit un jour dans un bain public un vieux soldat qui se frottait le dos à la muraille. L’ayant interrogé sur cette singulière manière de se sé- cher, il en apprit que le malheureux vétéran n’a- vait pas de quoi payer un garçon de bain, et il lui fit présent d’un esclave. Le lendemain il retourne au bain à la même heure , et aperçoit une quan- tité de vieux militaires qui , alléchés par la libé- ralité de la veille , et rangés contre le mur, imi- taient leur camarade. Cette fois il ne fit qu’en rire, et leur ordonna de se frotter les uns les autres. Ce fut pendant son séjour à Rome, dans la douzième année de son règne , qu’Adrien reçut du sénat le nom de Père de la patrie (2), qu’il avait refusé en montant sur le trône ; et il accorda en même temps à Sabine le titre A’ Auguste. H fit aussi vers cette même époque un second voyage en Mauritanie , où on ne manqua pas d’attribuer à l’influence de son arrivée des pluies bienfai- santes qui tombèrent enfin après cinq années de sécheresse. Revenu à Rome, Adrien se disposa à retourner en Orient, laissant l’Italie sous la pé- nible impression d’un des actes les plus cruels auxquels l’ait poussé son implacable vanité. Il ve- nait d’ordonner le supplice d’Apollodore de Da- mas, l’architecte célèbre qui avait élevé le forum deTrajan, l’admirable colonne qui s’élève encore au milieu de ses ruines , la vaste basilique qui passait pour l’un des plus beaux monuments de la ville éternelle, et le pont monumental que Trajan avait jeté sur le Danube. Dans les com- mencements de son règne, il avait cependant apprécié cet illustre artiste , et c’est à sa prière qu’Apollodore composa une Poliorcétique, dont l’extrait, parvenu jusqu’à nous, prouve l’étendue et la variété de ses connaissances. Malheureuse- ment, moins bon courtisan qu’habile architecte , il n’avait pas su ménager dans ses prétentions in- finies ce prince, qui voulait exceller à la fois dans toutes les branches des coimaissances humaines ; et, fatigué de ses conseils : « Allez peindre vos « concombres (3), » lui avait-il dit un jour. Ce jour fut le premier de sa longue disgrâce. Cepen- (i) Fita Àtlr,, c. XVI. (2) Voyez Eckhel, D. N. V., t. VI, p. 5i5 et suiv. Quelques meriailles trAlexandrie donnent à Siibine le titi’e d’Auguste avant la douzième année du règne d’Adrien. (3) Ce jugement d’Apollodore prouve l’exagération de Spar- tien loisqu’il déclare Adrien pictu/œ perilisiimus, et celle d’Au- relius Victor, qui veut que ses statues ne lussent gnêi e infé- rieures aux chefs-d’œuvre de l’olyclètc et ti’Euphranor, J’oy. Aui-, Vict., De Cœi., c. xix. nant Adrien, qui l’avait éloigné delà cour, était d’autant plus désireux de son suffrage qu’il avait plus de peine à l’obtenir; et lorsqu’il eut élevé ce temple de Vénus et de Rome, dont les débris cou- vrent aujourd’hui l’espace qui s’étend entre l’Es- quilin et le Palatin, il en envoya le plan à son critique. Or la cella se trouvait beaucoup trop basse pour les statues qui y étaient placées : « Si « vos déesses veulent se lever, lui répondit Apol- « lodore, elles se rompront la tôte(l). » L’artiste paya ce mot de sa vie. Adrien, législateur re- marquable, souffrait la critique des actes de son gouvernement; artiste impuissant, poète méclio- cre, il fut implacable pour quiconque l’attaquait dans ses œuvres artistiques ou littéraires. En l’an de J.- C. 130, nous retrouvons l’empe- reur à Athènes, où il assista à la consécration de plusieurs des édifices commencés dans ses pré- cédents voyages. Et ce ne fut pas seulement la ville de Minerve qui profita de son séjour : toute la Grèce recueillit les fruits de l’admiration que lui inspiraient sa civilisation et sa littérature. La route de Mégare à Corinthefut creusée au milieu des rochers, de manière à ce que deux chars pus- sent y passer l’un à côté de l’autre (2) ; puis Co- rintlie eut des thermes et un aqueduc qui y ame- nait les eaux du Stymphale (3). Il fit placer sur le tombeau d’Épaminondas un cippe avec une inscription qu’il avait composée lui-même (4); à Mantinée, il éleva un nouveau temple en l’hon- neur de Neptune Hippius (5). Un portique qu’il avait fait construire à Hyampolis, en Pliocide, portait son nom; et le grand temple d’Abès, con- sacré à Apollon, ayant été brûlé par les Tliébains dans la guerre Phocéenne, il en consacra un autre à la même divinité (6). A Némée, il avait rétabli l’hippodrome; en sorte que les Grecs, dans leur reconnaissance, lui décernèrent le titre de Pan Hellénien, puis celui d’Olympien (7), et que la ligue Achéenne lui consacra une statue en marbre de Paros dans le temple de Jupiter à Olympie (8). L’année suivante fut employée par l’empereur à visiter de nouveau l’Orient. Il rendit au roi des Parthes sa fille, retenue captive depuis l’expédi- tion de Traj an, et organisa en plusieurs États, dont il distribua les couronnes selon son bon plaisir, les contrées à demi sauvages situées à l’orient | et au nord du Pont-Euxin. Revenant ensuite vers le midi par l’Asie Mineure et la Syrie, il traversa la Judée, pénétra jusque dans l’Arabie Pétrée (9), et se dirigeant vers l’Egypte, il y entra par Péluse, où il fit élever à Pompée, nous ne disons pas, comme Spartien, un tombeau, pulsaue Plutarque (i) Dion, lib. LXIX ,§4. (2) Paus., liv. ), c. KLIV. (3) Ibid., liv. II. c. III. (4) Ibid., liv. Vni, c. XI. (5) Ibid., ibid., c. x. (6} Ibid., Phocidii, c. xxxv . (7) Voyez plusieurs inscriptions qui portent ce titre dans Mu- ratoii, p. 234. ?.3b, (S) Paus., liv. V, c. XII. (9> C’est au règne d’Adrien que commence la série impériale’ des méiaiUes de Pétra , qui porte même quelquefois le suriioin d’AAPIANH. nous apprend que les cendres de ce gi-ând capitaine avaient été rapportées par Comélie dans sa villa d’Albe, mais un magnifique cénotaphe. La brillante école d’Alexandrie devait attirer et retenir un prince qui se piquait de philosophie, •d’astronomie, de mathématiques : il a retracé’ lui-même, dans une lettre parvenue jusqu’à nous, son jugement sur les Alexandrins et le récit de ce qu’il fit pour eux. « J’ai étudié avec soin, écrivait-il à Servien son beau-frère, ce peuple inconstant et léger qui cède à la moindre impulsion. Ceux qui adorent Sérapis n’en sont pas moins chrétiens, et ceux qui se disent chrétiens adorent Sérapis. Pas de rabbin juif, de pontife samaritain ou de xïrêtre chrétien qui ne soit mathématicien , aruspice ou charlatan. Le patriarche lui-même, quand il arrive, est forcé par les uns d’adorer le Christ, et par les autres Sérapis. Population séditieuse, vaniteuse, sans probité ; ville opulente, féconde, industrieuse, où personne n’est oisif. Lesuns soufflent leverre, lesautres fabriquent du papier, d’autres tissent le lin. Les aveugles y exercent un métier, les goutteux y travaillent. Juifs et chrétiens n’y reconnaissent qu’un seul Dieu , auquel ils adressent tous leurs hommages. Plût au ciel toutefois qu’une si belle cité, la première dé l’Egypte, eût de meilleures mœurs ! Je l’ai comblée de bienfaits, je lui ai rendu ses anciens privilèges, je lui en ai accordé de nouveaux : ce pendant, à peine étais-je éloigné qu’ils ont prodigué l’outrage à mon fils Vérus ; et vous savez, jeponse, tout ce qu’ils ontdébité sur AntinoiJs(l). » Le reproche d’immoralité adressé aux Alexandrins à propos de leur opinion sur Antinoiis doit sembler fort étrange, et ce reproche, au contraire, les sauve quelque peu de la honte d’avoir admis aussi facilement dans leur Olympe vu dieu de si étrangefabrique. Ce fut pendant le voyage d’Adrien vers la haute Egypte (2) qu’il perdit son favori, soit qu’Antinoiis se soit noyé par accident dans les eaux du Nil, soit, comme le pense Dion (3) , qu’il ait été immolé dans quelque affreuse opération magique à l’aide de laquelle l’empereur voulait pénétre ! l’avenir. En tous cas, regrets ou (i) Voyez Phipgontis Tralliani fragmenta, dans les Fragments des historiens grées, publiés par M. A. — F. Didot, t. Ul, p. 624. (2) Adrien remonta alors le Nil jusqu’à Thebes, et voulut visiter, en compagnie de Sabine, la statue de Memnon. Plusieurs inscriptions rapportées par M. Letronne prouvent ce fait. Nous « itérons celle que le savant archéologue a traduite ainsi : " Vers « de Julia Balbilla, lorsque l’auguste Adrien entendit Mem « non:J’avais appris que l’Egyptien Memnon, échauffé par les « rayons du soleil, faisait entendre une voix sortie de la pierre « tbébaine. Ayant aperçu Adrien, le roi du monde, avant le « lever du soleil, il lui dit bonjour comme il pouvait le faire; « mais lorsque le Titan, traversant les airs avec ses blancs « coursiers, occupait la seconde mesure des heures, Memnon « rendit de nouveau un son aigu comme celui d’un instrument n de cuivre, et, plein de joie, il rendit pour la troisième fois >< un son, L’empereur Adrien salua Memnon autant de fois, et « Balbilla a écrit ces vers, qui montrent tout ce qu’elle a vu K distinctement et entendu. i> Une autre inscription de la même Balbilla, qui contient quatorze vers, se termine ainsi:» La « pierre ayant rendu un son, moi, Balbilla, j’ai entendu la

  • ( voix divine de Memnon. J’étais accompagnée de cette aimable

« r.inc Sabine. Le soleil tenait le cours de la première heure, « la quinzième année de l’empereur Adrien ; Athyr était à son V vinyt-quatrième jour. > » Champollion a retrouvé le nom d’Ariri(-n sur plusieurs temples â Denderah, à Esneli, à MedinetADRIEN 322 remords, la douleur d’Adrien fut immense, et les témoignages en sont parvenus jusqu’à nous. Nonseulement on voit encore en Egypte les ruines d’Antinopolis, mais nos musées, nos collections comptent un grand nombre de statues, de bustes d’Antinoiis, ou de monnaies frappées en son honneur. Les poètes le chantèrent, les astronomes découvrirent son étoile ; il y eut des temples, des jeux, des mystères consacrés à sa mémoire; des prêtres qui lui prostituèrent leur encens. On ne pouvait infliger au monde païen une plus cruelle satire du polythéisme. De l’Egypte Adrien revint encore à Athènes, où il assista une seconde fois à la célébration du mystère de la grande déesse. Pendant les derniers temps de son séjour en Orient, les Alains furent repoussés de la Cappadoce par Arrien, gouverneur de cette province, le même qui accomplit le périple du Pont-Euxin, dont la relation nous a été conservée. C’est vers la même époque que se terminait la guerre des Juifs, guerre terrible, implacable, dans laquelle cinq cent niillc Juifs périrent par le fer, tandis que les légions romaines firent des pertes si considérables, qu’en écrivant an sénat la nouvelle de la victoire, Adrien n’osa pas commencer sa lettre par la formule ordinaire: « Si vos liberique vestri valetis, bene est; ego quidem et exercitus valemus (1). » Les causes de la guerre remontaient à plusieurs années en arrière. Dès son premier voyage en Palestine, Adrien, à la vue de Jérusalem renversée par Titus, avait résolu de la relever de ses ruines, ou, pour mieux dire, de construire à sa place une ville nouvelle à laquelle il donna son nom. Bientôt des colons, appelés par ses soins, vinrent habiter la nouvelle j£lia Capitolina, où des temples à Jupiter, des statues à Vénus remplaçaient les autels du vrai Dieu. Quoique si rudement châtiés de leurs précédentes révoltes, les Juifs ne supportèrent pas cette profanation de la cité saint* : ils se levèrent en masse, et tel fut l’enseinble de leurs mouvements, l’imprévu de leur attaque, qu’ils battirent plusieurs fois les Romains, et furent sur le point de reconquérir leur indépendance. Il fallut envoyei sur les lieux des armées nouvelles, et rappeler du fond de la Bretagne, où il commandait, l’un des meilleurs généraux de l’époque, Julius Sévérus, dont la présence et les talents changèrent le sort des combats. Évitant une action générale dont l’ardeur des assaillants lui faisait redouter l’issue, il leur fit une guerre d’embuscade, les sépara les uns des autres, les attaqua par détachements, les enferma dans leurs forteresses, et leur coupa toute communication. Cinquante châteaux forts et neuf cent quatre-vingtcinq bourgs furent renversés de fond en comble. La Judée fut chr.ngée en solitude, et sur la porte d’vElia Capitolina on sculpta un pourceau pour en repousser les Juifs, réduits à venir de loin contempler cette Sion, pour laquelle leur amour Al.r I--] Lib. LXIX, c. II. NOL’V. BIOGR. (I) Dio, I.XIX, Jîrv. tPJIVERS, — T. I. Il était insurmontable. Sévérus eut le gouvernement de la Bithynie, en récompense de ses succès.

En l’an de J.-C . 135 (888 U. C.), Adrien était de retour à Rome , qu’il ne quitta plus que pour le séjour de sa villa de Tibur, où il avait retracé les souvenirs de ses voyages et rassemblé les merveilles de ses États. Cette fantaisie impériale, album dessiné à grands traits par un homme qui possédait le monde , contenait dans sa vaste en- ceinte le Lycée , l’Académie , le Prytanée , le Pé- cile, le temple de Canope, la vallée de Tempe, les champs Élysées, le Tartare. Des temples, des bibUothèques , un théâtre, un hippodrome, une naumachie , un gymnase, des thermes, y renfer- maient im si grand nombre de chefs-d’œuvre, qu’a- près quinze siècles d’abandon et de pillages on exhume chaque jour de leurs ruines, depuis deux cents ans , des statues , des bas-reUefs , des mo- saïques, dont se parent les plus célèbres musées de l’Europe. C’est de cette retraite qu’Adrien pré- sidait aux embellissements de Rome (1), réparait la basilique de Neptune, le forum d’Auguste, le grand Cirque, les thermes d’Agrippa; jetait sur îe Tibre le pont qui porte son nom, et préparait à ses cendres l’immense mausolée qui sert aujour- d’hui de forteresse à la ville. De là il fondait l’A- thénée, encourageait les lettres, favorisait la re- prise des études en exemptant des charges mu- nicipales les professeurs de philosophie , de rhé- torique et de grammaire; en les dispensant de l’entretien des gymnases, des sacerdoces oné- l’eux, des directions responsables, du service militaire (2). Il y reçut aussi les ambassadeurs que Vologèse et les lazyges lui envoyèrent ; mais, toujours prêt à parer sa conduite des dehors d’une déférence envers les sénateurs qu’il est permis de croire peu sincère, il conduisit ces étrangers devant le sénat, et n’accepta la mission de leur répondre que sur la prière qui lui en fut laite par cette assemblée. Quant au roi Pharas- luauC; qui vint également le trouver, il augmenta ses États, lui permit de sacrifier au Capitole, lui fit dresser une statue équestre ; puis, par une de ces bizarreries qui étonnent peu de sa part, il fit paraître dans le chque trois cents condam- (i) Ce n’pst pas Rome seulement, mais l’Italie tout entière, qu’a différentes époques Adrien embellit ou dota de monu- ments d’utihté publique. Spartien nous apprend qu’il donna un écoulement aux eaux du lac Fucin, ou, plus probablement, qu’il rétablit l’émissaire creusé par Claude. Selon l-’auàanias, il fit creuser un port à l’ancienne Sybaris, entre BruKles et Hv- drunte. Une inscription trouvée à Montepulciano lui attribue la restauration de la via Cassia depuis Cbiusi jusqu’à Florence : VIAM. CASSIAJM. VETVSTATE. COLLAPSAM. A . CLVSINO- RVM. FINIBVS. FLOREKTtAM. PERDVXIT . MILHA. l’AS- «VVM. XXCX. I Gruler, clvi, 2). Une autre inscription décou- verte près de Nice nous indique le rétablissement d’une autre voie : VIAM. IVLtAM. AVG. A FLVMINE . TREBiA. QVJE. VETVSTATE. INTERCIDERAÏ. SVA. PECVrUA. RtSTITVlT. (iMaffei, Mus. Veron., ccxxxi, 5). U en est de même pour la ville de Suessa: VIAM. SVESSAN.S. MVNIClPiBVS. SVA. PE - CVNIA. FECtT ’ Grut., CLi, ’6). A Cupra mfirilima, il avait rétabli le temple de la déesse du lieu : MVNtFICENTIA. SVA. TEMPLVM. r>EJE. CVPR/E RESTITVIT. (Orelli, i8d2). Les habitants de Feruli dans la Sabine (Murât,, ccxxxiir, 4;, ceux il’OsIic ( Grut., ccxLix, 7 ), de Teano ( Grut., ibid., 2 ), de Sor- lente ( iMorcelli , De Sttlo inscr., t. I, p. S; ), de l’ouzzoles (Murât,, ccxxxiit, 2), etc., nous ont laissé des inscriptions par lesquelles ils renilent grâces à Adrien de ses bienfaits à l’égard de leurs municipes. izj Die., XXVII, t. I, 1. VI. nés, revêtus des casaques d’or dont ce prince lui avait fait présent. Vers l’époque 3Ù nous voici parvenus (fin de l’année 135), A rien, éprouvant les premiers symptômes de l’hydi’opisie qui devait l’enlever adopta ^Elius Vérus, homme faible, maladif, que sa nullité seule recommandait à ses yeux; car, ainsi que le dit Spartien , il avait pris en haine, tous ceux auxquels leurs qualités avaient valu l’affection du sénat. En faveur de cette adop- tion , il fit de grandes dépenses , célébra des jeux, distribua un congiaire au peuple , un donatif aux soldats; et à peine ces fêtes étaient-elles ache- vées, que la santé du nouveau César, devenue encore plus chancelante , annonçait une fin pro- chaine; aussi Adrien dit-il plus d’une fois : « Nous nous sommes appuyés sur un mur qui vacille, et nous avons perdu quatre cent millions de ses- terces. « Cependant l’empereur lui-même deve- nait pLis souffrant chaque jour; des hémorragies fréquentes avaient amené une hydropisie décla- rée, et la violence du mal exaspéra son égoïsme jusqu’à la cruauté. Ce fut d’abord dans la su- perstition qu’il chercha des remèdes. Deux ins- criptions nous apprennent, l’une que l’Augura- torium fut alors rétabU à ses frais ; l’autre , que trois livres d’or et deux cent six hvres d’argent furent consacrées à la statue de Junon Sospita à Lavinium (1) : des mages étaient consultés , des chrétiens livrés au supplice (2). Mais les dieux restaient sourds; et, ne pouvant racheter sa vie, Adrien eut moins d’égards que jamais pour celle des autres. Sabme, sa femme, périt par le poison; Servien, son beau-frère, âgé de quatre-vingt-dix ans , fut mis à mort , sous prétexte qu’il avait désapprouvé l’adoption d’.Mius Vérus; et son petit-fils Fuscus, malgré ses dix-huit ans, fut enveloppé dans la même condamnation. Dion rap- porte qu’au moment de périr, Servien se fit ap- porter du feu, et, y ayant jeté de l’encens, adjura les dieux en les prenant à témoin de son inno- cence, et leur demandant pour toute vengeance que l’empereur implorât un jour la mort sans pouvoir l’obtenir. Ses vœux furent exaucés. Adrien , qui venait d’adopter Antonin à la place de Vérus , mort après avoir porté dix-huit mois à peine le titre de César, éprouva bientôt de telles souffrances, qu’il voulut renoncer à la vie. Il demandait sans cesse du poison , un poignard ; et comme on les lui refusait, il fit venh un gla- diateur auquel il ordonna de le frapper sous la mamelle, à la place que son médecin Hermogènej lui avait désignée comme la plus favorable à une mort sans souffrance. Trompé cette fois dans son espoir, car le gladiateur s’était dérobé par la fuite à de nouvelles instances, Adrien se rendit (r) Voyez Gruter, 128, 4; et Muratori , 147- 5. (2) Voyez le martyre de sainte Symphorose et de ses sept fil! à Tibur ( ap. Ruiiiart.^cf. Mart.. in-f», p. zS ). C’est probable- ment à celte même époque qu’il faudrait rapporter une ins- cription trouvée dan.s les catacombes, si elle est authentique, et où on lit : TEMPORE HADRIAKI IMPERATORIS MARIVS ADOLESCENS VITAM PRO CBO CVM SAiNGVINE COM’ SVNSIT. (Boldeiti, Osserv, sopra i Cimiteri, p. 233). à Baia, où, renonçant à tout régime, il obtint enfin de la débauche cette mort tant désirée. Quelques moments avant d’expirer, et voulant quitter ce monde en philosophe, il composa les vers ainsi traduits par Fontenelle :

Ma petite âme, ma mignonne,
Tu t’en vas donc, ma fille ? et Dieu sache où tu vas !
Tu pars seulette et tremblottante. Hélas !
Que deviendra ton humeur folichonne ?
Que deviendront tant de jolis ébats (<ref>(1) <poem>Animula vagula, blandula,
Hospes comesque corporis.
Quæ nunc abibis in loca
Pallidula, rigida, nudula,
Nec ut soles, dabis jocos.

(Spart., Vita Adr., c. xxiii).</ref>) ?</poem>

Ce fut le 6 des ides de juillet de l’an de Rome 891 (10 juillet 138 de J.-C.) que mourut Adrien, à l’âge de soixante-deux ans ; et peu s’en fallut que ce prince qui avait introduit un dieu dans l’Olympe n’en fût rejeté lui-même. Antonin eut beaucoup de peine à lui faire décréter par le sénat les honneurs de l’apothéose, qu’avaient obtenus Caligula, Néron, Domitien. C’était trop de rigueur : le règne d’Adrien, malgré les cruautés qui signalèrent son avènement et les derniers temps de sa vie, fut pour l’empire une grande époque. L’art romain y atteignit l’apogée de sa gloire : statues, bas-reliefs, monnaies, mosaïques, portent l’empreinte d’un goût pur, d’un archaïsme sans excès, qui ramenait la sculpture et le dessin aux beaux temps de la Grèce. La littérature fut moins heureuse : le génie avait disparu, et le talent, qui ne le remplace pas, dégénérait chaque jour. Cependant les langues grecque et latine étaient cultivées avec soin. Des grammairiens, ne pouvant mieux faire, composaient des lexiques, dressaient l’inventaire des richesses du passé, et les défendaient de leur mieux contre l’invasion imminente du néologisme. La philosophie, dignement représentée par Favoria, Héliodore, Denys de Milet, Polémon, Secondus, Hérode Atticus, et peut-être même Épictète (2) [36], avait inscrit dans sa morale des maximes qui annonçaient déjà le prochain avènement du christianisme. Les devoirs d’homme à homme, l’amour du prochain, la nécessité de répondre au mal par le bien, y étaient énoncés avec une énergie toute nouvelle. Nous avons vu la réaction de cette morale sur les principes du droit, et dans l’application de ces principes nous trouvons peut-être la véritable cause de la rancune qui fermait à Adrien les portes du Panthéon romain. En proclamant l’égalité du droit civil, en admettant les provinces aux bienfaits d’une législation uniforme, en nivelant les prétentions de l’aristocratie sous les idées stoïciennes, Adrien s’était attiré la haine qui le poursuivait au delà du tombeau. Quoi qu’il en soit, Antonin triompha de la résistance des sénateurs : son père adoptif reçut le titre de Divus, et ses


restes brûlés à Pouzzoles, dans la villa de Cicéron, furent déposés à Rome sous les voûtes immenses qui portent encore le nom de môle d’Adrien. Noël des Vergers.

Dion Cassius. — Spartien. — Dodwell, Praelectiones Acad. ad initium Vitae Adriani a Spartiano scriptae. — Tillemont, vol. II. — Eckhel, D. N. V., t. VI. — Dosithée, Hadriani imp. responsa et rescript, ap. Fabr. Bibl. Graec, t. XII. — Guilhem de Sainte-Croix, Dissertation sur le goût de l’empereur Hadrien pour la philosophie, la jurisprudence, la littérature et les arts (Mém. de l’Acad. des Inscr., t. XLIX). — Greppo, Mémoire sur les voyages d’Adrien et sur les médailles qui s’y rapportent.

  1. (1) C’est l’opinion la plus constante, bien qu’Eutrope, Jornandès et saint Jérôme le fassent naître à Italica.
  2. (2) Spart. — Aur. Vict., Epit., c, xiv.
  3. (1) Instit. grammat., lib. II.
  4. (2) Epist. famil., lib. VII, cp. I5.
  5. (3) Adrien aimait toute espèce de chasses, et celles même qui offraient le plus de danger. Étant empereur, il tua plusieurs fois des lions de sa main, nous dit Spartien ; et en effet Athénée raconte que, pendant un voyage en Egypte, il tua, sur les frontières de la Libye, un lion énorme qui jetait la terreur dans tout le pays. Sur les confins de la Bithynie et de la Mysie il fonda une ville, à laquelle il donna le nom d’Adrianothère (la chasse d’Adrien}, sur le lieu même où il avait renversé une ourse.
  6. (4) Le voyage d’Adrien à Rome dépend du sens qu’on attache au passage de Spartien. Scaliger et Casaubon l’ont entendu différemment ; nous lui donnons le sens adopté par Casaubon.
  7. (5) Vit. Ad., c. ii.
  8. (1) Lib. VI, v. 808 et suiv.
  9. (2) Panvini toutefois a cru pouvoir placer la date de sa nomination en l’an de Rome 802 (de Jésus-Christ 109), c’est-à-dire alors qu’il venait d’atteindre sa trente-quatrième année.
  10. (1) Dissertation sur saint Cyprien, p. 67, éd. d’Oxford, 1681.
  11. (2) Dion., lib, LXIX, c. i.
  12. (3) Vita Adr., c. iv.
  13. (1)(chap. v.
  14. (2) Entr., lib. VIII, c. vi.
  15. (3) Voyez Grnier, 10, 6 ; et Ovelli, Bos.
  16. (4) Chap. vii.
  17. (1) Voyez l’inscription citée plus haut.
  18. (1) Voyez Eckhel, Doct. N. V., t. vi, p. 479.
  19. (2) Les règlements qu’il fit à ce sujet étaient encore en vigueur plus de cent cinquante ans après sa mort. Vopiscus nous a conservé une lettre de l’empereur Valérien à son préfet du prétoire, dans laquelle il dit : « Miraris fortassis, quod ego imberbem tribunum fecerim, contra constitutum divi Adriani, » (Voyez la Vie de Probus par Flavius Vopisque, ch. iv.
  20. (1) Si l’inscription rapportée par Gruter, p. dlxii, 3, était sincère, elle ferait allusion au passage du Danube par les Bataves, en célébrant le courage du soldat de ce corps qui le premier, parmi ses compagnons d’armes, traversa le fleuve en cette occasion.
  21. (2) Un fragment de la tactique d’Urbicius, donné par Saumaise, avait fait penser qu’elle appartenait à Adrien ; mais on a reconnu depuis que cette tactique est bien de Lollius Urbicius, qui commandait en Bretagne sous le règne d’Antonin, bien que les matériaux les plus importants en soient tirés des écrits d’Adrien sur le même sujet.
  22. (3) imp. cæs. tra. hadriano. avo. leg. ii, avg. f.
  23. (4) Voy. Reinesius, classis sexta, CXXIIX.
  24. (1) Voyez le recueil des lettres de Fronton découvertes dans la bibliothèque Ambroisienne par Mgr Mai, et publié à Rome, 1823, p. 200.
  25. (2) suédois
  26. (3) Quæ paiam jactabat se elaborasse ne ex eo ad humani generis perniciem gravidaretur. (Aur. Vict, Epit., c. xiv.)
  27. (4) Voy. Adr., c. x.
  28. (1) D’après une inscription fragmentée trouvée à Riez, dans les basses Alpes, Adrien y avait ouvert une route pavée : imp. cæsare. tra. hadriano. avg. via. silice. str. (Voy. Millin, Voyage dans le midi de la France, t. iii, p. 52.
  29. (2) Epit., c. xiv.
  30. (3) Chap. xi.
  31. (4) Voyez Donati, p. 214, 7, et Orelli, 3564. Cette inscription, placée lorsque la route fut achevée, indique la septième année de la puissance tribunitienne, c’est-à-dire de J.-C. 123.
  32. (5) Deux inscriptions rapportées par Smetius (lxix, 6 et 13) et Gruter (ccclxiii, 3, et ccclxiv, 1) prouvent que les villes de Thena dans la Byzacène, et de Zama dans la Numidie, portaient chacune le surnom de Colonia Ætia Hadriana, probablement à cause des grands travaux que ce prince y avait fait exécuter. Une autre inscription nouvellement découverte en Afrique relate les travaux entrepris a la même époque sur la voie qui de Cirta conduisait à Rusicada : {{{1}}}
  33. (1) Voyez Gruter, 198, i, et Orelli. 811.
  34. (2) Malal., Chron., p. 362.
  35. (3) Une inscription prouve le voyage d’Adrien à Palmyre, en mentionnant un personnage qui remplissait pour la seconde fois les fonctions de greffier lors de l’arrivée d’Adrien dans le pays : IPAMMATEA. TENOMENON. TO. AEVTKPON, EHIAHMIA. GEOr. AAPIANOV.
  36. (2) Spartien seul parle des relations d’Épictète avec Adrien. M. Dacier doute qu’Épictète ait vécu jusqu’au règne de ce prince. Esclave d’Epaphrodite, affranchi de Néron, il devait être du moins fort âgé quand Adrien monta sur le trône.