Nouvelle Biographie générale/Giscon (général carthaginois du iiie siecle)

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Texte établi par Firmin-Didot, Firmin-Didot (20p. 388).

GISCON, général carthaginois, mort vers 239 avant J.-C. Il commandait la garnison carthaginoise de Lilybée à la fin de la première guerre punique. Après la conclusion de la paix en 241, Hamilcar Barca lui remit le commandement de


son armée et lui laissa le soin de la ramener à Carthage. Giscon eut la prudence de la faire passer en Afrique par détachements séparés, en recommandant de payer et de licencier les soldats au fur et mesure de leur arrivée. Le gouvernement carthaginois , au lieu de suivre ce sage conseil, eut le tort d’attendre la réunion de tous les mercenaires, et alors il leur proposa une réduction sur l’arriéré de solde qui leur était dû. Cette demande provoqua parmi les mercenaires un soulèvement général, et amena une guerre civile si sanglante qu’elle a reçu le nom d’inexpiable. Les révoltés, au nombre de vingt mille, occupaient la ville de Tunis, à quelques lieues de Carthage. Giscon, qui pendant son commandement s’était rendu très-populaire parmi eux, leur fut envoyé avec pleins pouvoirs pour satisfaire à toutes leurs demandes. Mais cette concession venait trop tard. Les mercenaires, entraînés par des meneurs dont les deux principaux étaient Spendius et Mathon, formulèrent les demandes les plus déraisonnables ; et comme Giscon les rejetait avec vivacité, ils se saisirent des sommes considérables qu’il avait apportées, et le jetèrent lui-même en prison ainsi que tous ses compagnons. Cette captivité dura près de deux ans, jusqu’à ce que les succès d’Hamilcar Barca et l’humanité avec laquelle il traitait les prisonniers firent craindre à Spendius et à Mathon que leurs soldats ne les abandonnassent. Pour se les attacher, ils résolurent de les pousser à un crime qui les fit désespérer à jamais du pardon. Ils tinrent donc une assemblée des insurgés, les alarmèrent par des bruits de trahison, les exaspérèrent par des discours incendiaires, et les amenèrent à voter, sur la proposition du Gaulois Autaritus, le massacre de tous les prisonniers carthaginois. Giscon et ses compagnons de captivité, au nombre de sept cents, furent mis à mort avec de cruels raffinements de torture.

Polybe, 1, 66-70, 79-80.