Nouvelles observations sur les gaz inflammables

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NOUVELLES OBSERVATIONS

Sur les gaz inflammables désignés par les noms d’hydrogène carburé et d’hydrogène oxicarburé.

Par M. C. L. Berthollet.

Je me suis occupé à différentes reprises des gaz inflammables composés, mais en employant des procédés imparfaits ; et quoique d’autres chimistes aient répandu beaucoup de lumière sur leur nature, on conserve encore de l’indécision sur leur composition relative et sur les différentes espèces qu’on en doit distinguer.

Toutefois une connoissance exacte de ces gaz est un objet important, principalement pour l’analyse des substances végétales et animales ; mais elle présente de grandes difficultés, et ce n’est que par des observations successives que l’on est parvenu à reconnoître les causes d’erreur dont elle est susceptible.

Je commencerai par marquer les inexactitudes qui se trouvent dans mes recherches précédentes, et que j’ai tâché d’éviter dans celles que je présente.

Dans mon premier Mémoire[1], je soumis à mes expériences le gaz des marais et ceux que l’on retire, par l’action de la chaleur, du charbon, de la soie, du sucre, de l’huile ; je déterminai les proportions de gaz oxigène que chaque espèce consomme dans sa détonation, et les quantités d’acide carbonique qui en proviennent ; je remarquai que le gaz des marais différoit des autres, en ce qu’il recéloit une proportion considérable d’azote, et que les gaz retirés du charbon par plusieurs opérations présentoient, dans leur analyse, des différences beaucoup plus grandes que ceux qui sont retirés des autres substances : mais, dans ces expériences, je négligeai de prendre la pesanteur spécifique des gaz ; en sorte que je ne pouvois en tirer aucune conséquence positive sur leur composition absolue. D’ailleurs, les détonations furent faites sur l’eau ; et, quelques précautions que l’on prenne dans ce procédé, on ne peut, ainsi que l’a remarqué Thomson, éviter entièrement l’absorption d’une partie de l’acide carbonique par l’eau, avant qu’on note la diminution de volume, qui est due à la production d’eau, et qui se manifeste lorsqu’on ouvre le robinet inférieur de l’eudiomètre.

À la seconde époque de mes recherches[2], j’eus le projet d’embrasser la considération de tous les gaz inflammables composés, dont quelques-uns avoient été découverts depuis mon premier travail, et de déterminer leurs parties constituantes et les différences de leur composition ; mais 1°. j’établis mes calculs sans avoir reconnu moi-même la pesanteur spécifique des gaz, et en me servant de celles qui avoient été déterminées par d’autres chimistes : or, les grandes différences que l’on observe dans ces pesanteurs spécifiques, selon les circonstances de la formation des gaz, ne pouvoient me permettre de mettre de la précision dans mes déterminations. 2°. Je fis entrer dans mes calculs la supposition d’une quantité d’eau qui formoit une partie déterminée du poids de l’acide carbonique, et cette supposition ne pouvoit que répandre de l’incertitude sur mes résultats ; car en admettant que l’acide carbonique recèle une portion d’eau qui résiste aux moyens hygrométriques, on ne peut cependant la faire entrer dans l’évaluation des élémens des combinaisons gazeuses, et il faut la laisser indéterminée dans les produits des opérations dans lesquelles l’acide carbonique se forme ou se décompose. 3°. J’avois fait encore toutes mes détonations sur l’eau. 4°. Enfin, j’avois négligé l’examen des résidus des détonations, mais je m’étois contenté de les réduire à la plus petite quantité par des détonations successives. Néanmoins j’avais établi qu’il y a des gaz inflammables qui reçoivent de l’oxigène dans leur composition et qu’il faut distinguer par la dénomination d’hydrogènes oxicarbonés, ou plus correctement d’hydrogènes oxicarburés. J’avais fait voir qu’on produit artificiellement des gaz de cette espèce en faisant détoner le gaz oléfiant, ou celui qui est retiré de l’huile, avec une proportion d’oxigène insuffisante pour leur entière combustion ; et que le gaz retiré du charbon, de même que celui qu’on obtient de la distillation du sucre, étoient de cette espèce. J’avois en conséquence divisé les gaz inflammables composés en deux espèces : en carburés, qui n’étoient composés que de différentes proportions d’hydrogène et de carbone ; et en oxicarburés, qui contenoient outre cela des proportions variables d’oxigène.

Cruikshank avoit publié, peu de tems avant mes dernières recherches, deux Mémoires très-intéressans sur les différentes espèces d’hydrogènes carburés, et sur les gaz oxide de carbone[3] : je ne connus ces recherches que lorsque les miennes furent presque terminées, et je ne pus assez en profiter.

Mais Cruikshank n’admit point d’oxigène dans les différentes espèces d’hydrogènes carburés : cependant il attribua une partie de leur poids à une quantité d’eau, trop grande pour qu’on puisse l’y admettre, ainsi que Henri l’a observé[4].

Depuis lors, Saussure a prouvé[5], par des expériences très-soignées, que le gaz qu’on obtient en faisant passer l’éther et l’alcool par un tube incandescent, au lieu d’être carburé, ainsi que je l’avois conclu des expériences des chimistes hollandais, est un gaz oxicarburé qui diffère par ses proportions, selon qu’on le retire de l’une ou de l’autre substance, et ensuite selon les circonstances de l’opération. Thomson a fait voir, dans un Mémoire qui contient beaucoup d’observations intéressantes[6], que le gaz qu’on retire en distillant la tourbe est un gaz oxicarburé dont il a déterminé les élémens. Enfin M. Murrai après une savante discussion sur les gaz inflammables composés, conclut, dans le Traité qu’a vient de publier[7], que tous ces gaz sont oxicarburés.

J’ai cru devoir revenir sur mes expériences en profitant des observations récentes, pour leur donner plus d’exactitude et de précision, et en les dirigeant principalement vers la solution de ces questions : Les gaz inflammables composés qui sont connus jusqu’à présent, doivent-ils tous être compris dans la classe des gaz hydrogènes oxicarburés, au bien faut-il maintenir la distinction des gaz hydrogènes carburés et des hydrogènes oxicarburés ? En quoi consiste la différence qui constitue les variétés de ces gaz ? Je m’arrêterai peu au gaz oléfiant et au gaz oxide de carbone.

Je dois prévenir que les analyses qu’ont occasionnées ces recherches, et dont je néglige plusieurs, ont été exécutées par M. Berard, qui est très-exercé dans ce genre d’expériences, et qui y a apporté le plus grand soin. Chacun des résultats qui sont exposés dans le tableau placé à la fin de ce Mémoire, est le terme moyen de deux expériences auxquelles on s’est borné, lorsqu’elles présentoient un grand accord ; souvent de trois, quelquefois de quatre, lorsque les différences étoient un peu considérables ; et l’on a rejeté celles qui s’éloignoient assez des autres pour autoriser à croire qu’il s’y étoit introduit quelque cause d’erreur.

Les détonations ont été exécutées sur le mercure dans un eudiomètre dont l’armure étoit en fer, et qui étoit exactement fermé au moment de la détonation.

On a fait détoner chaque gaz inflammable avec une proportion de gaz oxigène supérieure à celle que l’on présumoit nécessaire pour l’entière combustion ; mais on a éprouvé que, lorsque le gaz contenoit une proportion considérable de carbone, on ne parvenoit point à des résultats uniformes, si l’on employoit dans une seule détonation toute la proportion nécessaire de gaz oxigène, et qu’alors une portion plus ou moins grande du gaz inflammable échappoit à la combustion, quoiqu’il y eût une surabondance considérable d’oxigène.

On a donc analysé la plupart de ces gaz en employant la moitié du gaz oxigène dans une première détonation, et l’autre moitié dans une seconde.

Mais pour le gaz inflammable retiré du charbon à la fin de la distillation, on n’a eu besoin que d’une détonation.

Comme le résidu des détonations contenoit plus ou moins d’oxigène, on en a déterminé la quantité, en ajoutant à ce résidu une proportion connue d’oxigène et d’hydrogène, dans laquelle l’hydrogène dominoit, et en procédant à une nouvelle détonation : on s’est servi quelquefois du sulfure hydrogéné de chaux, et quelquefois on a employé les deux moyens.

Je fais précéder, le tableau des résultats, du détail des calculs par lesquels ces résultats ont été établis comparativement. On a ramené tous les gaz à la température 0, et à la pression atmosphérique de 0 m. 76 ; on les a supposés tous dans un état d’humidité extrême, parce qu’ils avoient séjourné sur l’eau avant d’être introduits dans le ballon dont en s’est servi pour prendre leur pesanteur spécifique et avant d’être employés à l’analyse, et on a fait dans les résultats les corrections qu’exigeoit cette considération.

Comme le gaz qu’on obtient du charbon est particulièrement sujet à de grandes variations, c’est celui que j’ai principalement suivi. J’ai donc examiné le gaz retiré du charbon à différentes époques de l’opération et à différens degrés de chaleur. Le gaz a été recueilli successivement et partagé en trois portions, en laissant se perdre une certaine quantité de celui qui se dégageoit entre chacune de ces portions.

La seconde portion de la dernière opération n’a pas été examinée, à cause d’un accident qui l’a fait perdre.

Dans ces deux opérations, on n’a élevé le feu qu’à mesure que le dégagement du gaz se ralentissoit ; on a ensuite fait une opération dans laquelle on a, dès le commencement, élevé la chaleur autant qu’on a pu. Enfin, on a décomposé l’eau par le charbon, en la faisant distiller dans un tube de porcelaine qui contenoit du charbon préalablement poussé à un grand degré de chaleur.

Si l’on compare les pesanteurs spécifiques et les produits de ces différens gaz, tous soumis à la même espèce d’analyse, et tous traités avec le même soin, on ne sera pas surpris des grandes différences qui se trouvent dans les analyses que différens chimistes en ont données, selon l’époque de l’opération où l’on a recueilli les gaz, selon le degré de chaleur, et probablement selon l’état du charbon dont on s’est servi.

J’avois dit (Mém. de l’Inst.) que 100 parties de gaz inflammable retiré sur la fin de l’opération, n’avoient formé que 10 parties d’acide carbonique. J’ai déja prévenu qu’une partie de l’acide carbonique a dû être déguisée dans le procédé dont je me servois ; cependant il est possible qu’on en obtienne une quantité encore plus petite. On a analysé la dernière portion de gaz qui s’est dégagé d’une opération, en augmentant la chaleur autant qu’il a été possible, et ce gaz n’a donné que 0,06 de son volume d’acide carbonique.

Si l’on compare la première et la dernière portion qui proviennent de chacune des deux opérations représentées dans le tableau, on voit que la dernière a une pesanteur spécifique moindre ; et l’analyse fait voir qu’elle contient beaucoup plus d’hydrogène que la première, et beaucoup moins d’oxigène.

Celui que l’on a obtenu en poussant d’abord la distillation du charbon à un grand feu, se rapproche de celui qu’on a retiré sur la fin des deux opérations ; mais c’est celui qui contient le moins d’oxigène.

Celui qui provient de la décomposition de l’eau par le charbon, contient moins d’hydrogène, quoiqu’il soit à-peu-près de la même pesanteur spécifique ; mais il contient une plus grande proportion d’oxigène.

Il se trouve, dans l’analyse de tous ces gaz, une circonstance qui jette quelque incertitude sur les résultats, et qui demande à être discutée : c’est que quelques précautions qui aient été prises dans les opérations, soit en n’employant que de petites cornues de porcelaine dont l’intérieur étoit verni, et en laissant dégager une assez grande quantité de gaz avant de recueillir celui qui devoit servir, soit en ne recevant le gaz que sur l’eau qui avoit subi récemment l’ébullition, on a toujours trouvé dans le résidu de l’analyse une proportion variable, et quelquefois assez forte d’azote. On a exposé dans un tableau particulier la quantité d’azote que chaque gaz a donnée dans son analyse.

Thomson a aussi reconnu de l’azote dans les gaz inflammables de la tourbe, qu’il a examinés, et même en quantité plus considérable que dans mes expériences : il a observé que le gaz nitreux produisoit une diminution ; d’où il a conclu que ces gaz se trouvoient mêlés, malgré ses soins, avec de l’air atmosphérique. Il a déterminé la quantité d’air atmosphérique par la diminution qu’éprouvoit le mélange de gaz inflammable et de gaz nitreux, en se servant d’une formule de Dalton ; et il a fait la distraction de cette quantité dans la détermination des pesanteurs spécifiques et des produits de l’analyse.

J’ai aussi employé ce moyen sur plusieurs des gaz que j’ai analysés ; mais l’indication de la quantité d’azote s’est toujours trouvée inférieure à celle que l’analyse donnoit. J’ai donc cherché un autre moyen : j’ai tâché de séparer l’oxigène par la dissolution de sulfure hydrogéné de chaux ; mais ces gaz inflammables se dissolvent eux-mêmes en proportion considérable dans cette dissolution.

Cependant les gaz inflammables composés qui ont été agités avec une dissolution de sulfure hydrogéné de chaux, n’ont plus produit de diminution dans leur mélange avec le gaz nitreux ; d’où l’on est en droit de conclure que la diminution qui a lieu, lorsqu’ils n’ont pas été soumis à cette opération, est réellement due à un mélange d’air atmosphérique, quelle qu’en soit l’origine.

Il est donc prouvé qu’une partie de l’azote trouvé dans les analyses dont on présente les résultats, provenoit de l’air atmosphérique qui y étoit mêlé ; mais l’expérience suivante rend probable qu’une partie de cet azote provient du charbon lui-même.

On a poussé du charbon au plus grand feu de forge ; et pendant qu’il étoit encore très-chaud ; on l’a jeté promptement dans une petite cornue de porcelaine, avec de l’oxide de mercure, et l’on a placée tout de suite celle-ci dans un fourneau, en faisant plonger son bec dans du mercure pour éviter tout accès d’humidité.

On s’étoit assuré auparavant que l’oxide de mercure qui avoit été préparé, avec beaucoup de soin pour cet objet, ne donnoit dans sa décomposition que du gaz oxigène, sans aucun mélange d’azote.

On a poussé le mélange au feu en recevant le gaz dans un grand flacon rempli d’eau qui venoit d’éprouver une longue ébullition ; mais après avoir laissé se dégager librement une grande quantité du gaz, celui qui a été retenu dans le flacon a été agité pour absorber l’acide carbonique. Le résidu s’est trouvé du gaz oxigène mêlé avec une proportion assez considérable d’azote. On a répété l’expérience en fracturant les produits, et l’on a observé que c’est la dernière portion qui s’est dégagée, qui contenoit le plus d’azote.

En soumettant à l’analyse la dernière portion du gaz inflammable qui s’est dégagé du charbon par la plus forte chaleur, on a trouvé qu’il contenoit encore de l’azote.

Il paroît vraisemblable, d’après ces expériences, qu’une portion de l’azote qu’on retire provient du charbon même, et que le charbon auquel on a fait subir la plus forte action du feu en retient dans sa composition.

Cependant, comme il étoit prouvé d’une manière plus certaine que l’azote des gaz, soumis aux analyses, étoit dû en partie à un mélange d’air atmosphérique, on a supposé dans les déterminations présentées dans le tableau, qu’il provenoit en entier d’une quantité d’air atmosphérique correspondante à la quantité d’azote donnée par l’analyse, et on en a fait la soustraction.

L’incertitude qui naît de là se réduit à peu de chose ; car si l’on établit le calcul sur les données réelles des gaz, tels qu’ils ont été observés, il ne se trouve qu’une très-petite diminution sur la proportion de l’oxigène, qui est l’objet principal de ces observations.

Je dois remarquer que dans l’opération où l’on a traité le charbon avec l’oxide de mercure, on a obtenu au commencement de l’opération quelques gouttes d’eau, quoique le charbon vint d’éprouver la plus forte chaleur, et qu’on ne pût soupçonner de l’eau dans l’oxide de mercure. On sait que Landriani et Van Marum avoient fait la même observation avec de l’oxide de plomb.

Mes expériences font voir que tous les gaz retirés par le moyen du charbon, dans différentes circonstances, sont des gaz hydrogènes oxicarburés ; que ceux retirés de l’huile et du camphre le sont également.

Saussure a prouvé que les gaz inflammables que l’on obtient de l’alcool et de l’éther, appartiennent aussi aux hydrogènes oxicarburés ; Thomson a trouvé pareillement que le gaz retiré de la tourbe étoit oxicarburé.

Le nombre des épreuves des gaz inflammables obtenus de différentes substances et par différens procédés, me paroît assez grand pour ne pas hésiter à conclure que tous les gaz que l’on a désignés jusqu’à présent par le nom de carburés, doivent être considérés comme des hydrogènes oxicarburés, ainsi que l’avoit présumé Murrai.

La grande variété de composition et de pesanteur spécifique que présentent ces gaz, selon les substances dont ils sont tirés, selon le degré de chaleur, et selon d’autres circonstances qu’on ne peut apprécier, ne peut être expliquée par le mélange de quatre espèces constantes, savoir : le gaz hydrogène, le gaz carburé, ]’oléfiant, et l’oxide de carbone, comme l’a prétendu Henri. 1°. C’est une supposition absolument gratuite que celle de l’hydrogène pur dans les gaz retirés du charbon et des autres substances végétales et animales. 2°. L’hydrogène carburé n’a pas encore été observé ; et lorsque Cruikshank en donnoit l’analyse, il étoit obligé de supposer dans ce gaz une quantité d’eau qui est inadmissible. Pour le gaz oléfiant, on ne peut le supposer dans les gaz qui ont été soumis à une forte chaleur puisqu’à cette chaleur il se décompose lui-même ; ainsi que l’ont observé les chimistes hollandais. Il me paroît donc incontestable que les gaz oxicarburés sont sujets à une variété indéfinie de proportions ; cependant le gaz oléfiant paroît se trouver mêlé dans quelques-uns des gaz qui n’ont pas subi une forte chaleur. Ainsi j’ai observé que le gaz retiré de l’huile étoit diminué par le gaz muriatique oxigéné. Cette observation m’engagea à retirer du gaz de l’huile, au plus petit degré de chaleur ; et alors le gaz fut réduit en entier en huile par l’acide muriatique oxigéné, comme le gaz oléfiant retiré par le moyen de l’éther.

Je desirois de faire également l’analyse du gaz oléfiant ; mais ce gaz détonne avec tant de violence, si on veut en employer une quantité suffisante pour une bonne analyse, qu’il a fait éclater deux eudiomètres très-forts. Au reste, il suffit de remarquer qu’il se réduit, en le faisant passer dans un tube incandescent, en un gaz analogue à celui qu’on obtient de l’éther, ainsi que l’ont observé les chimistes hollandais, pour ne pas douter qu’il n’entre aussi de l’oxigène dans sa composition.

Je n’entrerai pas dans une nouvelle discussion sur la nature du gaz oxide de carbone, et je me bornerai à quelques observations.

Thomson a examiné, avec sa sagacité ordinaire, l’opinion que j’ai présentée sur ce gaz. À l’observation que j’ai faite, qu’en le supposant composé seulement de carbone et d’oxigène, on admettoit une combinaison d’une légèreté spécifique plus grande que celle du plus léger de ces élémens, il oppose que l’oxide d’azote est plus pesant que le gaz nitreux, quoiqu’il contienne une plus grande proportion de l’élément le plus léger. Je sais qu’on peut citer beaucoup d’exemples pareils, où la condensation est plus forte dans certaines proportions que dans d’autres proportions où l’action réciproque s’exerce avec moins d’énergie, indépendamment des pesanteurs spécifiques, des élémens ; mais jusqu’ici l’oxide de carbone est le seul exemple que l’on puisse citer, où le composé gazeux soit spécifiquement plus léger que le plus léger des élémens qui le composent.

Il me paroît très-difficile de dissiper, par l’expérience, l’obscurité qui reste sur cet objet, parce que le gaz oxide de carbone formant beaucoup d’acide carbonique, lorsqu’il fait explosion, la petite quantité d’eau qui peut se former, et qui se répand sur une grande surface, échappe à nos moyens d’observation. Cependant, j’ai rendu son existence sensible par l’expérience suivante. On a exposé à une haute chaleur, dans un creuset de platine, du carbonate natif de barite ; on l’a mêlé promptement avec de la limaille de fer bien sèche dans une cornue de porcelaine ; on a poussé le feu, et on a fait détoner le gaz oxide de carbone qu’on a obtenu dans un eudiomètre très-sec et bien transparent. En regardant à travers l’eudiomètre, immédiatement après la détonation, on a vu des vapeurs assez denses qui en troubloient la transparence ; et même de petites gouttes d’eau qui se sont formées sur ses parois, mais qui ont disparu peu après. L’expérience a été répétée trois fois avec le même résultat.

J’ai fait cette expérience avec le gaz oxide de carbone qui doit avoir la plus petite proportion d’hydrogène ; car Cruikshank a retiré de l’eau du gaz oxide de carbone formé par le moyen des oxides métalliques et du charbon fortement poussé au feu en le faisant détoner avec l’oxigène ; et même dans la préparation de ce gaz on voit, au commencement de l’opération, se déposer un peu d’eau.

À présent que l’expérience a fait voir que l’eau est retenue très-puissamment dans la plupart des combinaisons on ne devroit pas repousser la supposition que le carbonate natif de barite en retient une petite quantité.

Je crois donc pouvoir conserver l’opinion que le gaz oxide de carbone doit une partie de ses propriétés à une petite proportion d’hydrogène, que cette proportion y est variable ; en sorte qu’à une extrémité de la progression se trouve l’oxide de carbone, formé par le moyen d’un métal et du carbonate natif de barite ou de chaux, et que l’autre extrémité va se confondre avec le gaz que j’ai formé par une certaine proportion de gaz oléfiant et de gaz oxigène, et enfin avec les gaz hydrogènes oxicarburés.

Toutes les expériences faites sur le charbon prouvent que, dans son état ordinaire, il contient de l’eau, dont une quantité assez considérable passe à la distillation sans être décomposée : une autre partie est sans doute décomposée, et contribue à la formation de l’hydrogène oxicarburé ; mais la très-grande quantité d’hydrogène oxicarburé et la grande proportion d’hydrogène qu’il contient, font voir que toute la quantité de cet hydrogène ne peut venir de l’eau décomposée.

La quantité d’acide carbonique qui accompagne le dégagement de l’hydrogène oxicarburé, va en diminuant à mesure que l’opération avance ; et sur la fin, il n’y en a plus.

On peut regarder comme probable que la formation de l’acide carbonique est due à la décomposition de l’eau, d’autant plus que, si l’on décompose l’eau par le charbon qui a été fortement poussé au feu, il se produit beaucoup d’acide carbonique avec le gaz hydrogène oxicarburé.

Mais le gaz hydrogène oxicarburé qu’on obtient depuis l’époque où il ne se forme plus d’acide carbonique, a encore de l’oxigène dans sa composition ; et il n’est pas probable que l’affinité du charbon n’en retienne plus dans cette substance, lorsque la chaleur ne peut plus en dégager de l’hydrogène oxicarburé.

Je considère donc le charbon ordinaire, en apparence bien sec, comme un composé d’eau, de carbone, d’hydrogène, d’oxigène et d’azote. Par l’action de la chaleur, l’eau diminue et se détruit : la proportion de l’hydrogène, de l’oxigène et de l’azote, diminue aussi ; mais lorsqu’on ne peut plus rien dégager du charbon par la simple chaleur, il contient encore une proportion assez considérable d’hydrogène, qui devient sensible lorsqu’on le traite avec un oxide métallique, et surtout avec le soufre, et il contient, probablement encore de l’oxigène et un peu d’aote.


Détails des calculs exécutés sur le gaz A, pris pour exemple.


Voici les données qui ont servi de base au calcul.

On a pesé l’air atmosphérique et les gaz parfaitement saturés d’humidité.

On a fait la correction de l’humidité d’après les tables de M. Dalton.

D’après des résultats que Gay-Lussac fera connoître, pour ramener le volume d’un gaz d’une certaine température à zéro, il faut multiplier ce volume par 266,66 divisé par 266,66 augmenté du nombre de degrés d’où l’on part.

À 0°. therm. cent. et 0m,76 barom.
Poids d’un litre d’air 1,297 grammes.
d’oxigène 1,432
d’hydrogène 0,095
d’acide carbonique 1,972[8].

L’acide carbonique contient un volume d’oxigène égal au sien, et est composé en poids de

26 charbon.
74 oxigène.

100

L’eau est composée en poids de

87 oxigène.
13 hydrogène.

100
Application au gaz A.
Pesanteur spécifique.
Therm. cent. +17°,5 barom. 0m.7564
Poids du ballon plein d’air 754,737 grammes.
Poids du ballon vide 749,222
Therm. cent. +18°,5 barom. 0m,7560.
Poids du ballon plein de gaz A 752,195 grammes.

Donc poids de l’air atmosph 5,515 grammes.
Donc poids du gaz A 2,973

Corrections pour le volume de l’air. À une température de 17°,5 dans la table de Dalton, correspond une colonne de 0m,01493. — Donc 0m,74147 = force élastique de l’air atmosphérique du ballon parfaitement sec ; en représentant alors son volume par 1, il devient, lorsque le baromètre est à 0,76 = 0,97562, qui, multiplié par le coefficient trouvé par Gay-Lussac pour faire la correction de la chaleur, donne pour le volume de l’air

à 0°. herm. cent. 0m,76 barom. sécheresse extrême.
0,91562.

En faisant des corrections semblables sur le volume du gaz A, il devient

à 0°. herm. cent. 0m,76 barom. sécheresse extrême.
0,91076,

et un volume égal à celui qu’on a trouvé pour l’air, pèse 2,989 grammes.

Donc pesanteur spécifique gaz A = 0,54200
Celle de l’air étant 1.

Mais ce gaz contenoit, d’après l’analyse qu’on en a faite, 14,92 d’air atmosphérique. D’après la formule suivante, donnée par Thomson[9],

dans laquelle dans ce cas

x = la pesanteur spécifique cherchée.
A = 14,92 a = 1
B = 85,08 G = 0,54200
La pesanteur spécifique gaz A parfaitement pur = 0,46168.
Le litre de gaz A à 0°. therm. cent ; 0m76 barom. pèse 0,59791 gram.
et 100 litres pèsent 59,791

Analyse.

On voit, dans le tableau, que 100 litres de gaz A ont formé

56,22 litres d’acide carbonique
qui pèsent 110,809 grammes,
qui contiennent 28,80 grammes de charbon,
et qui ont consommé 56,22 litres d’oxigène.

Mais comme, d’après le tableau, 100 litres de gaz ont consommé 80,86 litres d’oxigène, et que d’après les calculs précédens 56,22 litres ont formé de l’acide carbonique, le reste de l’oxigène 24,64 litres aura formé de l’eau avec l’hydrogène du gaz, et aura brûlé

49,28 litres d’oxigène
qui pèsent 4,68 grammes

Donc, 100 litres de gaz A, ou 59,791 gram., contiennent

28,80 grammes charbon
4,68 hydrogène.

33,48

La perte 26,31 qui se trouve dans cette analyse, doit être attribuée aux élémens de l’eau qui existent dans le gaz hydrogène oxicarburé. En substituant donc à ces 26,51 grammes d’eau ses élémens, on trouve que 59,791 grammes de gaz A sont composés de

28,80 grammes de charbon
8,10 hydrogène
22,89 oxigène

59,79

ce qui donne pour 100 les proportions indiquées sur le tableau.


  1. Mém. de l’Acad. des Sc., 1785, suite des Recherches sur les subst. anim., p. 340.
  2. Mém. de l’Instit. tom. IV.
  3. Nicholson’s journ. vol. 5.
  4. Ibid., vol. 11.
  5. Journ. de phys. tom. 63.
  6. Bibl. brit. tom. 36.
  7. Syst. of chem.
  8. D’après Bio et Arrago. Mém. de l’Inst. 1er. sem. 1806.
  9. Bibl. brit. tom. 36.