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Nouvelles poésies (Van Hasselt)/À M Eugène Hubert

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Odes
Nouvelles PoésiesBruylant et Cie (p. 105-107).


À M. Eugène Hubert,
PROFESSEUR DE DROIT.





Quod metuas non est.
Ovid, Ex Ponto, I, 1, 23.





Tout homme a son but sur la terre.
Tout homme a son chemin profond.
Des cieux l’un fouille le mystère ;
L’autre sonde, penseur austère,
Le cœur, cet abîme sans fond.

Le guerrier avec son épée
Marche au-devant de l’avenir,

Pour sculpter dans quelque épopée,
Âme au feu des périls trempée,
Les lettres de son souvenir.

Avec sa proue aventureuse
Le marin, laboureur des flots,
Au bout du sillon vert qu’il creuse
Montre sur la mer ténébreuse
Quelque monde à ses matelots.

Plongeur qui cherche au fond de l’onde
Les perles aux reflets charmants ;
Mineur qui, de sa main féconde,
Arrache à la terre profonde
Le feu durci des diamants ;

Pasteur qui garde la prairie
Et veille aux portes du bercail ;
Ouvrier qu’entend la patrie
Chanter l’hymne de l’industrie,
Cette prière du travail ;

Artiste, architecte ou manœuvre,
Chacun a sa tâche ici-bas.

Aussi faisons, ami, notre œuvre.
Marchons, et, si quelque couleuvre
Nous mord aux pieds, ne bronchons pas.

Que le ciel se couvre ou se dore, —
Depuis l’aurore jusqu’au soir,
Depuis le soir jusqu’à l’aurore,
Marchons toujours, marchons encore
Dans le droit sentier du devoir.

Marchons par les sables des grèves,
Par les rochers mal abrités,
Par les embûches et les glaives,
Moi poëte, glaneur de rêves,
Toi moissonneur de vérités.



Octobre 1857.