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Nouvelles poésies (Van Hasselt)/Aux ruines du château de Fauquemont

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Odes
Nouvelles PoésiesBruylant et Cie (p. 17-21).


Aux ruines du château de Fauquemont.





Manch Bild vergessener Zeiten
xxxxxSteigt auf aus seinem Grab.
H. Heine.





Comme il était splendide à voir et beau naguère
Ton appareil !
On ne pouvait citer, ô vieux château de guerre,
Rien de pareil.

Tes remparts crénelés dominaient la campagne
Et les vallons,

Qui tremblaient quand tes preux que la gloire accompagne
Criaient : « Allons ! »

Ou qu’un de tes vaillants, sourd aux craintes serviles,
Tout seul allait
Clouer en plein soleil aux portes de nos villes
Son gantelet.

Ta bannière tordait, rouge comme une flamme,
Ses plis dans l’air,
Et toujours sur tes murs flamboyait quelque lame
Comme un éclair.

Dans tes salles de marbre, où les rires de joie
Toujours bruyaient
Les chevaliers de fer et les femmes de soie
Se souriaient.

Mais table aux vases d’or, combats a l’arme blanche,
Tout est passé.
Ta gloire est l’arbre mort qu’effeuille branche à branche
Le vent glacé.

Tes bastions déserts sont en proie aux insultes

De tout passant,
Eux que battait on vain l’effort des catapultes,
L’effort puissant.

Les ronces sur tes murs, ô vieux château de guerre,
Mal affermis,
Montent mieux à l’assaut que ne faisaient naguère
Les ennemis ;

Et, de tes noirs débris où le lierre balance
Ses festons verts,
Le pâtre seul parfois vient troubler le silence
Avec ses vers.

Hier j’avais aussi mes tours hautes et fières
Qui dans les cieux
S’aiguisaient, hérissant de leurs flèches altières
L’air spacieux ;

Mes remparts à créneaux où veillaient les bombardes
Et les canons
Auprès des lourds mousquets, des lourdes hallebardes,
Leurs compagnons.


Mon drapeau blasonné déroulait dans les nues
Son flot vermeil,
Et faisait resplendir ses couleurs bien connues
Au grand soleil.

Tu dressais dans les cieux, ô château de mes belles
Illusions,
Tes toits où voltigeaient, comme des hirondelles,
Mes visions.

Quels doux rêves peuplaient tes salles rayonnantes,
Où nuit et jour,
Où jour et nuit chantaient les strophes frissonnantes
De mon amour !

Quels fantômes charmants, pareils à ceux qu’on rêve
À dix-huit ans,
Y folâtraient, ainsi qu’au soir font sur la grève
Les joncs flottants !

Et voilà que tes murs jonchent de leurs ruines
Le vert gazon,
Et que l’automne sombre attache ses bruines
À leur blason.


Le grillon chante seul dans tes salles glacées
Où la nuit vient,
Et nul du seuil désert de tes portes brisées
Ne se souvient.

Car je t’avais bâti, palais de mes chimères,
Dans mon esprit,
Avec mes songes d’or, ces choses éphémères
Où tout sourit.

Mais voici venir l’âge et les soucis moroses,
Tout haletants,
Et je vois s’en aller ma jeunesse et les roses
De mon printemps.

Et tu ne laisses rien après toi, beau mirage
De l’avenir,
Qu’un rayon du passé perdu dans un orage,
Qu’un souvenir !



Septembre 1854.