Nymphée (Rosny aîné)/Préface

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Nymphée
Société française d’imprimerie et de librairie (p. 5-8).

PRÉFACE


Ce fut toujours ma conviction que, malgré nos armées d’explorateurs, il demeure bien des choses secrètes, bien des territoires et des êtres étonnants sur notre globe. — Cette conviction s’est accrue en moi par l’extraordinaire aventure qui m’advint dans l’Asie orientale, et que j’entreprends de raconter ici. Oui, il est encore bien des régions de mystère : terres marécageuses, terres souterraines aux fleuves merveilleux, terres de montagne, terres de forêt. Les voyageurs les ont frôlées sans doute, — mais ils n’ont parcouru qu’une ligne, un lacet de leurs vastes surfaces : des eaux putrides et des limons les ont arrêtés, ou la faim, la soif, la maladie ; des végétations inextricables les ont contraints de contourner les lisières. Quant aux pays de cavernes, vous savez qu’en notre France même il en est de prodigieuses — inexplorées… Je ne parle, d’ailleurs, que des terres d’Europe, d’Asie et d’Amérique, — car l’Afrique garde ses centres de mystère, l’Australie n’a fait que de fragmentaires révélations, les extrêmes latitudes arctiques et antarctiques demeurent inviolées !… Ce que je vais conter ici est la vérité stricte — et, puisque je n’invente rien, je crois pouvoir affirmer sans immodestie que c’est une des plus saisissantes, des plus attachantes aventures que jamais l’homme relata. Si elle ne paraissait point telle, c’est que je n’aurais pas su convenablement la dire : même en ce cas, elle ne laissera pas dépassionner les esprits.

Pour l’intelligence du récit, et afin de n’avoir pas à l’encombrer de fastidieux préliminaires — il faut savoir que j’accompagnais l’Expédition géographique de 1891 aux régions de l’Amour, sur les confins de la Russie d’Asie et de la Chine. À cette expédition, expressément patronnée par le gouvernement français, j’étais, malgré ma jeunesse, adjoint comme naturaliste et comme médecin. Notre chef était le célèbre Jean-Louis Devreuse, capitaine du croiseur Héro, dont on sait les glorieuses explorations aux régions antarctiques.

Le récit commence au huitième mois de notre voyage.

Robert Farville.