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Observations sur les proportions des élémens de quelques combinaisons

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OBSERVATIONS

Sur les proportions des élémens de quelques combinaisons.

Par M. C. L. Berthollet.

J’ai tâché, dans la dernière partie de mes Recherches sur les lois de l’affinité (Mém. de l’Instit. 1806), de déterminer la capacité comparative de saturation de différens acides, relativement aux bases alcalines ; et pour parvenir à ce but, j’ai cherché à établir, par mes propres expériences, quelles étoient les proportions des élémens de plusieurs combinaisons neutres : mais j’ai rencontré dans mes expériences des causes d’erreur que je ne soupçonnois pas, et que ce Mémoire a pour objet de rectifier.

Une des déterminations les plus importantes est celle des proportions de l’acide sulfurique et de la barite dans le sulfate de barite, parce qu’on en profite souvent dans les analyses pour d’autres déterminations. Au premier coup d’œil, elle paroît des plus faciles à fixer ; cependant il se trouve dans les proportions données par différens chimistes, recommandables par leur exactitude, des différences qui s’étendent, pour l’acide sulfurique, depuis 0.24 jusqu’à 0.34.

La méthode que j’avois suivie consistoit à distiller dans une cornue, jusqu’à dessication, une quantité déterminée de dissolution de barite très-pure, et à pousser le résidu, recueilli avec beaucoup de soin, à une chaleur de forge dans un creuset de platine. Je reconnoissois par là la quantité de barite qui étoit en dissolution ; en sorte que je n’avois plus qu’à déterminer la quantité de la même eau de barite qui neutralisoit un acide quelconque, pour en comparer la capacité de saturation ; car celle-ci étoit proportionnelle à la quantité d’eau de barite nécessaire pour amener à l’état neutre un même poids des différens acides.

M. Thenard avoit employé, pour déterminer les proportions des élémens du sulfate de barite, une méthode qui paroissoit ne laisser aucun doute sûr les résultats que j’avois obtenus, en adoptant une légère compensation pour la perte que je devois éprouver dam mon procédé. Il s’étoit servi de cristaux de barite qu’il avoit poussés au feu dans un creuset de platine, jusqu’à ce que la barite fût liquéfiée ; il avoit saturé cette barite d’acide sulfurique, et soumis à une forte chaleur, également dans le creuset de platine, le sulfate de barite qui en résultoit. Les proportions d’acide sulfurique et de barite qui entrent dans la composition du sulfate de barite se trouvèrent, d’après cette expérience, de

74.82 de barite.
25.18 d’acide sulfurique.
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100.00

J’avois cru, en prenant un terme moyen entre le résultat de mes expériences et celui de Thenard, qu’on pouvait regarder comme une grande approximation la proportion de

0.74 barite.
0.26 acide sulfurique.
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100.00

et j’avois établi sur cette donnée la proportion d’acide sulfurique, soit dans l’acide sulfurique ordinaire, soit dans plusieurs sels.

Cependant M. Rose publia le détail de trois expériences faites avec le plus grand soin, dont le résultat différoit considérablement des nôtres.

D’après la première, 100 parties de sulfate de barite sont composées de

69.09 barite.
30.91 acide sulfurique.
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100.00

ce qui s’accorde presque rigoureusement, comme il l’observe, avec une première détermination de Bucholz, et avec celle de Richter. D’après la seconde, elles sont composées de

67.56 barite.
32.44 acide sulfurique.
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100.00

ce qui se rapporte avec une seconde détermination de Bucholz. Et d’après la troisième, elles sont composées de

67.77 barite.
32.23 acide sulfurique.
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100.00

D’un autre côté M. Berthier, qui se distingue par le soin qu’il met dans ses analyses, venoit de trouver des proportions très-voisines de celles de Rose ; il portoit la proportion de la barite à 67, et celle de l’acide sulfurique à 33.

Nous nous réunîmes, M. Thenard et moi, pour répéter nos expériences ; et plusieurs essais nous donnèrent des résultats très-voisins de ceux que nous avions obtenus auparavant.

Nous ne savions à quoi attribuer ces différences, lorsque M. Descostils nous apporta à Arcueil de la même barite qu’avoit employée M. Berthier. Elle nous donna, pour le sulfate, à très-peu-près les mêmes proportions qu’il en avoit obtenues lui-même.

Il étoit donc prouvé que la différence des résultats dépendoit de la barite même. Celle que nous avions employée, Thenard et moi, et que nous regardions comme barite absolue, provenoit d’une barite qui avoit été cristallisée, et ensuite fortement poussée au feu. Celle de Berthier avoit été retirée du nitrate de barite, selon le procédé que l’on doit à Vauquelin. L’une et l’autre paroissoient également pures dans les essaIs que nous en fîmes ; cependant elles présentoient des différences remarquables dans leurs propriétés.

Celle qui provenoit de la barite cristallisée entroit plus facilement en liquéfaction dans un creuset de platine, et prenoit, par le refroidissement, l’apparence d’un verre demi-transparent : dans cet état, elle se dissolvoit très-lentement dans l’acide muriatique, et elle donnoit à peine quelques indices d’acide carbonique.

L’autre barite exigeoit non-seulement un degré de chaleur beaucoup plus considérable pour entrer en liquéfaction ; mais après avoir été tenue longtems à un grand feu, loin d’avoir perdu quelque poids, elle en avoit acquis, et après cela elle se dissolvoit dans les acides promptement et avec une vive effervescence ; en sorte qu’elle s’étoit combinée, dans le creuset de platine, avec l’acide carbonique qui avoit pénétré sous le couvercle du creuset.

La première barite offre tous les caractères d’une combinaion : elle est engagée avec une substance qui diminue son action sur les autres, qui la rend plus fusible, et qui lui donne par la fusion l’apparence d’un verre. Cette substance ne peut être que l’eau ; et en effet, en ajoutant un peu d’eau à la seconde barite, et en la poussant au feu, on lui donne les propriétés de la première.

J’ai confirmé l’existence de l’eau dans la première barite, en la poussant au feu avec la limaille de fer dans une cornue de porcelaine ; il s’est dégagé une très-grande quantité de gaz hydrogène ; mais je reviendrai sur cet objet.

Ainsi, l’on voit à quoi tient la différence des résultats de Thenard et des miens, avec ceux de plusieurs autres chimistes ; cependant on pourroit croire que l’eau qui est combinée avec la barite, et qui lui donne les propriétés particulières dont j’ai parlé, peut en être chassée par l’action continuée d’une forte chaleur ; car Rose s’est aussi servi de la barite cristallisée, mais il l’a tenue exposée à une chaleur rouge pendant plusieurs heures dans une cornue environnée de charbons ardens, avec des précautions délicates qu’il décrit. Il évitoit, dans son procédé, la communication de l’acide carbonique ; ce qu’on ne peut faire dans un creuset de platine placé au milieu du charbon : mais il est probable que, dans cette longue action d’une forte chaleur, une partie de la cornue agissoit sur la barite, se combinoit avec elle, et occasionnoit par là la dissipation de l’eau ; en sorte que cette eau, qui faisoit partie de notre évaluation, n’entroit pas dans celle de Rose. Néanmoins on voit que dans la première des trois expériences qu’il décrit, ainsi que dans celle de Richter et dans la première détermination de Bucholz, la barite devoit avoir retenu un peu d’eau.

Les expériences que nous avons faites, Thenard et moi, en nous servant de barite retirée du nitrate, et dont je crois devoir adopter les résultats, ont donné à une très-petite différence près, pour la composition du sulfate de barite, les proportions des deux dernières expériences décrites par Rose, qui s’accordent aussi presqu’entièrement avec la dernière détermination de Bucholz ; en sort que le résultat qui me paroît le plus approcher de la réalité, donne les proportions de

67.70 barite.
32.30 acide sulfurique.
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100.00

ce qui ne diffère, comme on voit, que d’une fraction des proportions déterminées par Berthier, qui attribue au sulfate de barite : 67 de barite, et 33 d’acide sulfurique.

En appliquant ces proportions aux expériences que j’avois décrites sur la proportion d’eau contenue dans l’acide sulfurique d’une pesanteur spécifique déterminée, et sur la proportion de l’oxigène qui se combine avec le soufre pour former cet acide :

1°. 100 partie d’acide sulfurique d’une pesanteur spécifique de 141,70 contiennent 38,58 d’acide réel ; et selon Kirwan, elles en contiennent 42,67.

2°. 17 gram. 846 de soufre, changés en acide sulfurique par le moyen de l’acide nitrique, m’ayant donné 127 gr. 515 de sulfate de barite, il en résulte que 100 parties de soufre forment 230,79 d’acide sulfurique ; et par conséquent 100 parties de soufre se combinent avec 130,79 d’oxigène. Une expérience pareille, qui avoit été faite par Klaproth, donneroit, en se servant de la même évaluation, pour 100 parties de soufre 130,68 d’oxigène. Cet accord est d’autant plus propre à donner de la confiance, qu’une pareille expérience de Thenard donne à-peu-près les mêmes résultats.

Après m’être assuré que la barite retenoit de l’eau avec tant d’opiniâtreté, j’ai soupçonné que la potasse pouvoit aussi en retenir, et même qu’elle devoit exercer une action beaucoup plus forte sur ce liquide ; mais avant que de faire des expériences pour m’en assurer, j’ai recherché quelle étoit la raison qui faisoit différer les résultats que j’ai donnés sur les proportions de potasse et d’acide, muriatique, dans le muriate de potasse, de ceux de Thenard. J’avois fixé ces proportions à

26.60 acide muriatique.
100.00 potasse pure.
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126.60

et Thenard avoit trouvé 30 d’acide muriatique sur 100 de potasse. Je n’entrerai pas dans le détail des expériences que nous avons faites ensemble pour éclaircir la cause de cette différence ; je remarquerai seulement qu’elle étoit due en grande partie à l’action que la potasse excerce sur le creuset de platine, dont elle peut dissoudre une partie notable, si on l’y retient longtems en fusion. Un creuset d’argent est beaucoup plus propre à cette expérience, quoiqu’il soit lui-même un peu attaqué. J’ai donc répété l’expérience, en évitant les causes d’erreur que j’avois reconnues, et en tenant la potasse en liquéfaction dans un creuset d’argent, jusqu’à ce qu’elle laissât appercevoir des vapeurs qui s’exhaloient lorsqu’on découvroit le creuset. Alors j’ai eu, dans difIërens essais, des résultats qui approchoient beaucoup de la détermination de Thenard.

Pour reconnoître si la potasse ne retient pas de l’eau qu’elle peut abandonner lorsqu’elle est combinée, j’ai fait une expérience dont je crois devoir donner les détails, en observant d’abord que la potasse attaque assez fortement le creuset de platine, et exerce peu d’action sur le creuset d’argent ; tandis que le muriate de potasse attaque un peu plus le creuset d’argent que celui de platine.

On a séché parfaitement un creuset d’argent ; il a pesé 187 gr. 491. On y a fait fondre de la potassé, et on l’a tenue en liquéfaction jusqu’à ce qu’elle exhalât des vapeurs blanches quand on découvroit le creuset. Lorsque celui-ci a été assez refroidi, on l’a pesé ; son poids étoit de 203 gr. 221 : il y avoit donc 15 gr. 730 de potasse. On l’a dissoute par l’acide muriatique, et on a fait évaporer la dissolution dans une bassine d’argent. On a recueilli le sel avec grand soin, en lavant la bassine d’argent avec de petites quantités d’eau qu’on évaporoit dans le creuset de platine, où l’on a mis après le sel desséché ; on a poussé le tout dans ce creuset, placé lui-même dans un autre creuset d’argile, à la chaleur d’un fourneau de réverbère, jusqu’à ce que le muriate étant en fusion on apperçût quelques vapeurs en découvrant le creuset. Celui-ci pesoit, avant d’y avoir mis le sel, 117 gr. 635 ; avec le muriate de potasse refroidi, 137 gr. 970 : il y avoit donc 20 gr. 335 de muriate de potasse.

Ces 20 gr. 335 de muriate de potasse ont donné 38 gr. 586 de muriate d’argent fortement desséché dans une capsule de porcelaine. Or, 100 de muriate d’argent contiennent 17,50 d’acide muriatique, selon l’évaluation de Bucholz, qui diffère à peine de celle de Rose, et qui est à-peu-près le terme moyen entre les évaluations de M. Chenevix, Zaboada et Proust : les 38 gr. 586 contenoient donc 6 gr. 752 d’acide muriatique ; lesquels, déduits de 20 gr. 335, ne laissent que 13 gr. 558 pour le poids de la potasse : or, on en avoit employé 15 gr. 730. On ne peut attribuer la différence 2 gr. 147 qu’à l’eau retenue par la potasse ; il faut donc admettre que 100 parties de potasse tenues pendant quelque tems en fusion, retiennent 13,64[1] d’eau, qui peuvent être chassées par la chaleur de la combinaison qu’on en a formée.

J’ai confirmé l’existence de l’eau dans la potasse, en mettant de la potasse solide dans une cornue de porcelaine, en la poussant à un bon feu, jusqu’à ce qu’il sortit de la cornue quelques vapeurs blanches, alors on y a jeté de la limaille de fer, et on y a luté un tube placé dans un appareil pneumato-chimique : en augmentant tout de suite le feu, et en prenant beaucoup de précautions pour qu’il ne s’y introduisit pas de vapeurs aqueuses, il s’est dégagé assez promptement une grande quantité de gaz hydrogène.

Il paroît que la potasse n’abandonne d’abord que la partie de l’eau qu’elle retient le moins fortement, et que, lorsqu’elle en est dépouillée jusqu’à un certain point, elle finit par s’évaporer elle-même avec le reste de l’eau, d’où viennent les vapeurs blanches qu’on voit s’en exhaler à cette époque : on peut la comparer à cet égard à l’acide sulfurique et à plusieurs autres substances qui abandonnent d’abord une partie de l’eau qui y étoit combinée, mais qui ensuite s’exhalent avec elle, lorsque l’affinité qui forme la combinaison ne leur permet plus de se séparer.

En combinant l’expérience que je viens de décrire avec quelques autres, je regarde comme la plus grande approximation les déterminations suivantes : 100 parties de potasse qui a été tenue en liquéfaction jusqu’à ce qu’elle commence à s’exhaler elle-même, exigent 29,5 d’acide muriatique réel ; mais elles contiennent 13,64 d’eau, qui peut être chassée de leur combinaison. C’est donc, au lieu de 100 parties de potasse, 86,36 ; et au lieu de 29,5 d’acide, 43,14 : ce qui donne, pour la saturation de 100 de potasse réelle, 49,95, soit 50 d’acide muriatique ; et pour 100 de muriate de potasse

66.66 potasse.
33.34 acide.
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100.00

Cette eau, dont je n’avois pas soupçonné l’existence, m’avoit donc conduit à des résultats erronnés que je vais rectifier.

1°. J’avois supposé que l’acide muriatique d’une pesanteur spécifique de 10,614, que j’avois formé en imprégnant l’eau distillée de gaz muriatique, qui avoit été dans un long trajet exposé à un froid de 13° du thermomètre centigrade au-dessous de la congélation, et dans lequel s’étoient condensés, sur 100 gr. d’eau, 12,467 de gaz acide, devoit au-delà de la moitié du poids de ce gaz à l’eau qui y restoit combinée malgré la température très-basse à laquelle il avoit été exposé, parce que 100 parties de potasse avoient exigé pour leur saturation 61,5 de cet acide, et que par la calcination je n’avois retiré que 126,60 de muriate de potasse.

Il faut d’abord faire une correction à ce dernier nombre, et le porter à 129,5 ; il faut ensuite soustraire l’eau que contient la potasse ; et alors le nombre est porté pour 100 parties de potasse réelle à 170,63 : d’où il résulte que l’eau acide, qui avoit reçu 12,467 de gaz muriatique, n’avoit d’acide réel que 8,82.

J’ai fait une autre expérience pour éprouver ce résultat. On a pris 70 gr. 573 d’acide muriatique, dont la pesanteur spécifique étoit de 10,614, comme ci-dessus ; on les a précipités par le nitrate d’argent, et on a obtenu 34 gr. 44 de muriate d’argent bien desséché au bain de sable dans une capsule de porcelaine : ce qui donne, n’admettant 17,50 d’acide dans 100 de muriate d’argent, pour 100 parties de cet acide 8,55 d’acide réel. Ces deux nombres sont assez rapprochés pour qu’ils se confirment l’un par l’autre, et même pour prouver que la quantité d’eau que j’ai attribuée à la potasse doit approcher de la réalité ; cependant le nombre indiqué par la seconde expérience doit être regardé comme le plus exact ; et il en résulte que le gaz muriatique, que l’on doit regarder comme privé de toute eau hygrométrique, en retient en combinaison, sur 12,467, 3,917 ; ou presque le tiers de son poids.

2°. J’ai remarqué que l’acide muriatique qui à 10,614 de pesanteur spécifique contiendroit, suivant Kirwan, 8,04 d’acide réel sur 100 parties ; et on vient de voir que, d’après ma dernière expérience, il en contiendroit 8,55. 100 parties de potasse, indépendamment de l’eau, exigent, pour parvenir à l’état neutre, 50 d’acide muriatique, et, selon Kirwan, 56,3. On voit qu’en évitant la cause d’erreur qui est due à l’eau que contient la potasse, je me rapproche beaucoup de ses résultats.

3°. L’eau retenue dans la potasse n’a pas dû influer seulement sur les évaluations dont je viens de parler, mais elle a dû porter une erreur dans toutes celles où elle a été considérée comme potasse pure. Elle est la cause principale des différences de proportions que l’on a admises dans les élémens du nitrate de potasse. J’avois trouvé que 100 parties de potasse exigeoient pour leur saturation 70,31 d’acide nitrique, abstraction faite de toute eau de cristallisation ; ce qui fait, sur 100 de nitrate de potasse desséché,

58.71 de potasse.
41.29 acide nitrique.
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100.00

Thenard avoit trouvé en suivant la même méthode, pour 100 de nitre qu’il avoit fait entrer en fusion,

59.5 potasse.
40.5 acide nitrique.
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100.00

M. Riffault[2] rapporte que M. Laugier, de concert avec M. Vauquelin, avoit fait quatre expériences pour parvenir à déterminer la composition du nitrate de potasse, et que le résultat moyen donna

62 potasse.
38 acide nitrique.
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100

D’un autre côté, selon Kirwan, 100 de potasse exigent pour leur neutralisation 84,96 d’acide nitrique ; ce qui donne pour 100 de nitrate de potasse

54.06 potasse.
45.94 acide nitrique.
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100.00

Selon Richter, 100 de nitrate de potasse sont composées de

53.3 potasse.
46.7 acide nitrique.
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100.00

En adoptant l’exprience de Thenard, qui diffère très-peu de la mienne, mais dans laquelle le nitrate a dû être mieux dépouillé d’eau, et en faisant la correction qu’exige l’eau retenue par la potasse que nous avions employée, 100 parties de potasse exigent 94,6 d’acide nitrique ; et 100 parties de nitrate de potasse privé d’eau, sont composées de

51.38 potasse.
48.62 acide nitrique.
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100.00

4°. J’avois observé que 100 parties de potasse avoient pris, pour parvenir à l’état neutre, 158,815 acide sulfurique de 141,70 de pesanteur spécifique : en faisant la correction que j’ai adoptée, 100 parties de cet acide contiennent 38,58 d’acide réel ; 100 parties de potasse pure exigent, pour la neutralisation, 70,94 d’acide sulfurique réel ; et 100 parties de sulfate de potasse privé d’eau, sont composée de

58.50 potasse.
41.50 acide sulfurique.
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100.00

5°. 100 parties de potasse, telle que je l’employois, avoient exigé pour la neutralisation 85,51 d’acide phosphorique dans l’état de verre, et après cela dissous dans l’eau, et j’en avois retiré 150,19 de phosphate de potasse poussé à un grand feu ; d’où j’avois conclu que le verre phosphorique retient plus des ⅜ de son poids. En faisant les corrections qu’indiquet mes nouvelles observations, on trouve que 100 parties de potasse dont on soustrait l’eau exigent, pour se neutraliser, 99,01 de verre phosphorique, et donnent 73,91 d’acide phosphorique dont la combinaison est poussée au feu. Il en résulte que le verre phosphorique contient à-peu-près le quart de son poids d’eau au lieu des trois huitièmes.

Des expériences nouvelles de M. Berthier[3] confirment l’existence de l’eau dans le verre phosphorique, et attribuent même à ce verre une quantité d’eau plus considérable. Cette différence peut provenir de ce que j’aurai fait mon expérience avec un acide phosphorique tenu plus longtems à un grand feu, ou de quelque autre circonstance qui m’aura échappé.

Après avoir reconnu que l’eau retenue dans les élémens d’une combinaison, et ensuite abandonnée lorsque cette combinaison elle-même est soumise à l’action du feu, étoit une cause d’erreur dans l’évaluation de leurs proportions, j’ai recherché si les sels qui me servoient à déterminer l’acide et l’alcali que je regardois comme réels, indiquoient effectivement leurs quantités délivrées de toute eau étrangère.

Je devois bien m’attendre à retrouver de l’eau dans les sels qui montrent une forte action sur ce liquide ; tels que les sels déliquescens : en effet, j’ai poussé à un grand feu de forge du muriate de chaux dans un creuset de platine ; je l’ai exposé ensuite au feu du fourneau de réverbère avec de la limaille de fer ; il s’est dégagé une grande quantité de gaz hydrogène, lequel a donné, par la détonation avec le gaz oxigène, une proportion assez grande d’acide carbonique. Pour s’assurer que le carbone contenu dans ce gaz provenoit uniquement du fer, quoiqu’on en eût choisi un très-doux, on a exposé du muriate de chaux dans une cornue de porcelaine à un très-grand feu ; on a laissé tomber le feu ; on y a fait glisser du zinc qu’on avoit distillé, et, pour éviter tout soupçon d’humidité, on a rehaussé la chaleur pendant qu’on lutoit un tube à gaz au bec de la cornue : il s’est dégagé une grande quantité de gaz hydrogène qui, par l’analyse avec l’oxigène dans l’eudiomètre au mercure, n’a donné aucun indice d’acide carbonique. Mais dans deux opérations pareilles, la cornue s’est brisée sans que le bec fût obstrué par le métal qui s’étoit sublimé ; ce qui a engagé à ne plus employer que le fer pour les autres expériences ; celles qui avoient été faites avec le zinc suffisant pour prouver que le carbone qui entroit dans la composition du gaz hydrogène provenoit du fer.

On a soumis à cette épreuve du sulfate de chaux qui avoit perdu par l’action du feu 21,9 pour 100, et on a obtenu une quantité assez considérable de gaz inflammable.

Le sulfate de barite paroissoit devoir être l’un des sels les plus propres à abandonner toute l’eau par l’action d’une forte chaleur : on a pris du sulfate de barite ; on l’a poussé au plus grand feu de forge pendant une heure ; en sorte que le creuset de Hesse, dans lequel il étoit contenu, étoit tout déformé : on l’a tout de suite introduit dans une cornue de porcelaine avec de la limaille de fer ; on a posé cette cornue au feu de réverbère ; il s’est dégagé une quantité remarquable de gaz inflammable. Ce sulfate, ainsi que celui de chaux, étoient en partie convertis en sulfure.

On voit donc que les sels retiennent obstinément de l’eau, quand on les pousse au plus grand feu, et il ne doit pas être surprenant qu’ils puissent fournir de l’hydrogène dans des opérations où, en les traitant avec des métaux, on retire un gaz inflammable ; mais on reconnoît facilement que les sels qui ont beaucoup de solubilité dans l’eau, en retiennent une plus grande quantité.

Ainsi, en toute rigueur, on ne peut regarder l’acide indiqué par le poids des élémens d’une combinaison qu’on a poussée au plus grand feu, comme un acide réel et dépourvu de toute eau étrangère : cependant il faut que l’art s’arrête à un terme que l’on puisse facilement reconnoître ; et il est convenable de prendre pour un acide réel celui qui es indiqué par cette épreuve ; mais on doit avoir la précaution de se servir, autant qu’il est possible, des combinaisons salines qui, par leur insolubilité, annoncent le moins d’action sur l’eau.

L’action du fer elle-même ne pourroit pas indiquer toute la quantité d’eau latente dans les expériences dont on vient de parler ; car elle doit s’arrêter à un terme où elle ne suffit plus pour surmonter les effets de l’affinité qui lui est opposée. Il est réservé à la belle suite d’expériences dont MM Thenard et Gay-Lussac viennent d’enrichir notre science, de faire connoître les quantités de potasse et de soude qui, indépendamment de toute eau, entrent dans les combinaisons salin.

Le but de mes expériences a moins été de chercher des déterminations nouvelles de proportions dans les sels, que de faire connoître les erreurs qui peuvent provenir de l’eau retenue dans les élémens avant leur combinaison : il me reste à faire voir que les nombres que j’ai adoptés pour déterminer la quantité de cette eau, ne peuvent qu’approcher beaucoup de la réalité.

Et d’abord la barite amenée à l’état de liquéfaction, et tenue dans cet état pendant environ 10 minutes, donne constamment des résultats qui font voir qu’elle retient à-peu-près 9 pour 100 d’eau, dont elle est privée lorsqu’on l’a préparée par le moyen du nitrate de barite.

Ce qui prouve que la quantité d’eau qui est retenue par la potasse qui a été tenue en liquéfaction jusqu’à ce qu’elle s’évapore elle-même, et qu’elle abandonne lorsqu’on expose ses combinaisons à l’action du feu, approche beaucoup de 13,64 sur 100, à laquelle je l’ai fixée, c’est qu’en adoptant ce nombre on obtient pour les déterminations que j’ai adoptées dans ce Mémoire, des nombres très-voisins de ceux qui ont été conclus des analyses les plus exactes, comme le prouvent les tableaux que l’on trouve dans l’excellent Systême de Chimie de Thomson.

Ainsi Bucholz donne pour les proportions du muriate de potasse, en faisant abstraction de l’eau de cristallisation ; et en rétablissant les nombres indiqués par le muriate d’argent,

66.37 potasse.
33.63 acide muriatique.

100.00

et ceux que j’ai conclus, sont :

66.66 potasse.
33.34 acide muriatique.

100.00

On ne trouve pas un accord aussi complet sur la détermination des élémens du sulfate de potasse, parce qu’on s’est servi ordinairement du sulfate de barite pour l’obtenir, et qu’on a adopté des proportions un peu différentes pour les élémens de ce sulfate. Thomson donne, d’après sa propre analyse, pour les parties constituantes du sulfate de potasse, en supprimant l’eau,

56.69 potasse.
43.01 acide sulfurique.

100.00

et mes expériences faites avec la potasse donnent

58.50 potasse.
41.50 acide sulfurique.

100.00

Il y a encore moins d’accord entr les déterminations des élémens du nitrate de potasse, qui en effet sont plus difficiles à fixer ; cependant on voit que les nombres que j’ai donnés, d’après les résultats de mes expériences, tiennent à-peu-près le milieu entre les différences.

Les changemens que les observations contenues dans ce Mémoire apportent dans les proportions de plusieurs combinaisons salines dont je m’étois servi pour établir les capacités de saturation des différentes bases alcalines et des acides, obligeroient d’en faire de correspondans dans la détermination de ces capacités ; mais si le principe, que les bases alcalines et les acides conservent des rapports constans de capacité de saturation, me paroît incontestable, je reconnois qu’il y a encore plusieurs proportions à établir ou à vérifier, pour pouvoir représenter ces rapports dans une table à laquelle on puisse donner entière confiance.




  1. On a fait depuis une expérience dont il résulteroit que 100 de potasse fondue contiennent 13,89 d’eau. Différence si petite qu’on a cru inutile de faire quelque changement dans les calculs.
  2. Traduct. du Systm. de Chim. de Thomson, tom. IV. M. Riffault, qui suit depuis longtems avec beaucoup de soin les opérations que l’on fait sur le salpêtre, affirme que l’évaporation qu’on a attribuée à ce sel n’est pas réelle. Non-seulement, dit-il, les expériences qui ont été faites il y a longtems, pour s’en assurer, ne l’ont point confirmée, mais il est encore évidemment prouvé, par les résultats des travaux des raffineries de nitrate de potasse, que cette évaporation du sel enlevé avec l’eau en vapeur, n’a pas lieu.
  3. Journal des Mines.