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Observations sur quelques grands peintres/Précis de la vie des peintres

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PRÉCIS DE LA VIE DES PEINTRES
Dont on vient de parler[1].



CORRÈGE.


Antoine Corrège est né dans la ville de Corrège, dont le nom lui est resté ; il passe pour n’avoir jamais eu de maître ; ce qui n’est guère vraisemblable. La plupart de ses ouvrages ont été faits pour Parme et Modène ; ils ont beaucoup contribué à former les Carraches. Le plus enchanteur peut-être de tous les peintres anciens et modernes, vécut misérable et mourut misérablement.

On sait que pour le prix d’un de ses tableaux, ayant reçu 200 liv. tout en monnoie de cuivre, et ayant porté lui-même ce lourd fardeau l’espace de douze milles, pendant une grande chaleur, il gagna une pleurésie, dont il mourut en 1513, âgé de quarante ans.


RAPHAËL SAUZIO.


Raphaël naquit à Urbin, le jour du Vendredi Saint, en 1483. Il étoit fils d’un peintre médiocre, et fut élève de Pietre Perrugin. Ses principaux ouvrages ont été peints à fresque dans les salles du Vatican et au palais de la Farnesine[2]. Son tableau de la Transfiguration a toujours passé pour son chef-d’œuvre ; il fut exposé, à sa mort, à côté de son corps, où Rome entière vint admirer l’ouvrage, et pleurer l’auteur.

Dès qu’il eût vu les productions de Léonard de Vinci et de Michel-Ange, il changea la manière qu’il avoit prise chez Pietre Perrugin : ce fut le Bramante, son parent, qui lui procura ses ouvrages du Vatican. « Le cardinal de Sainte Bibiane lui offrit sa nièce en mariage, et Raphaël s’y étoit engagé : mais dans l’attente du chapeau de cardinal que Léon X lui avoit fait espérer, il en différoit toujours l’exécution… Outre les peines que Raphaël se donnoit en travaillant d’après les Sculptures, il entretenoit des gens qui lui dessinoient dans l’Italie et dans la Grèce tout ce qu’ils pouvoient découvrir des ouvrages antiques, dont il profitoit selon l’occasion[3]. »

Peu de ses tableaux sont entièrement de sa main ; il y employoit ses élèves, qui étoient en grand nombre. Non-seulement ses élèves, mais beaucoup de jeunes étudians et d’amateurs alloient le voir, et souvent l’accompagnoient dans les rues : Michel-Ange l’ayant rencontré ainsi escorté, lui dit en passant : qu’il marchoit suivi comme un prévôt ; Raphaël lui répondit : que lui, il alloit seul comme le bourreau. Il aimoit passionnément les femmes, elles furent cause de sa mort ; après un excès, les médecins traitèrent son mal d’une pleurésie et le saignèrent. Il mourut le Vendredi Saint de l’année 1520, en la trente-septième de son âge.

Le cardinal Bembo fit son épitaphe qu’on lit dans l’église de la Rotonde où il fut inhumé ; en voici les vers les plus connus :

Ille hic est Raphaël, timuit quo sospite vinci
Rerum magna parens et moriente mori.

« Il partagea son bien entre ses élèves, dont Jules Romain étoit celui qu’il aimoit le plus. »

Il eut beaucoup d’élèves ; les plus célèbres sont, Jules Romain, Jean-Francesque Penni, surnommé il Fattore, Pélegrin de Modène, Perrin del Vague, Polidore de Caravage, Mathurin, Bartholomæo da Bagna Cavallo, Timothée da Urbino, Vincent da San Geminiano, Jean d’Udine. Il eut aussi plusieurs élèves Flamands fort habiles, comme Bernard Van Orlay de Bruxelles, et Michel Coxis de Malines.


LÉONARD DE VINCI.


Léonard de Vinci, d’une noble famille de Toscane, étoit disciple, avec Pietre Perrugin, d’André Vérochio ; il a peint à Florence, à Rome et à Milan ; l’expression lui paroissoit la partie la plus essentielle de son art. Son ouvrage le plus fameux est la Cène peinte dans le réfectoire des Dominicains de Milan ; il n’acheva pas la tête du Christ, parce qu’il cherchoit un modèle propre au caractère qu’il imaginoit, lorsque les guerres l’obligèrent à quitter Milan. « Il en avoit fait autant de Judas ; mais le prieur du couvent, dans l’impatience de voir finir cet ouvrage, pressa si fort Léonard, qu’il peignit la tête de ce religieux à la place de celle de Judas… » « Le duc de Milan lui donna la direction d’une académie de peinture, que ce prince avoit établie dans la capitale de son État. »

Ce fut là qu’il écrivit son Traité de la Peinture, imprimé à Paris en 1651, et dont le Poussin a fait les figures. Il a écrit beaucoup d’autres choses qui ont été perdues.

Il a peint la grande salle du conseil à Florence. « Après la mort de Jules II, Léon X ayant été crée pape, Léonard alla à Rome pour rendre ses respects à sa sainteté, qui étoit alors le père et le protecteur des savans. Il accompagna le duc Julien de Médicis ; et pour le divertir pendant le chemin, il faisoit avec une certaine pâte de cire diverses sortes de petits animaux, qu’il faisoit voler en l’air, et ensuite descendre à terre…

» Étant arrivé à Rome, on dit que le pape lui ayant ordonné de travailler, il se mit aussitôt à distiller des huiles pour faire du vernis ; ce que Léon X ayant su, il conçut une mauvaise opinion de son savoir, et dit qu’il ne croyoit pas que Léonard fût capable de rien faire de bien, puisqu’il songeoit à finir son ouvrage avant de l’avoir commencé[4]. »

Michel-Ange se rendit aussi à Rome ; et l’inimitié qui régnoit entre ces deux savans hommes s’accrut à un tel point, que Léonard, ayant plus de 70 ans, quitta l’Italie et vint en France, où le roi François Ier lui donna toute sorte de marques d’estime et d’amitié. On sait que visité par ce monarque, il expira dans ses bras en 1502, âgé de soixante-quinze ans.


JULES ROMAIN.


Il fut l’élève bien-aimé de Raphaël, qui l’institua son héritier avec Jean-Francesque Penni, surnommé il Fattore. Peintre et architecte, il bâtit à Rome le palais appelé aujourd’hui la Villa Madama, et l’enrichit de peintures. La salle de Constantin, commencée au Vatican par Raphaël, fut terminée par lui. Il fit les dessins de vingt estampes fort dissolues que Marc-Antoine grava, et pour lesquelles l’Arétin fit autant de sonnets : il auroit été sévèrement puni s’il eut resté à Rome, et si sa bonne fortune ne l’avoit conduit dans les États de Frédéric de Gonzagues, marquis de Mantoue ; là il bâtit le palais du T, et rendit la ville plus saine, plus forte et plus belle : il y mourut âgé de cinquante-quatre ans, en 1546. Jules Romain laissa un fils et une fille. Le plus célèbre de ses élèves est le Primatice qui vint en France, y fut pourvu de la charge d’intendant des bâtimens, et enrichit Fontainebleau de ses belles peintures. Le Primatice fut envoyé à Rome par le roi François Ier, pour y acheter des antiques ; il en rapporta cent vingt-quatre statues avec quantité de bustes ; il fit mouler la colonne Trajane et les principales statues antiques. « Il fit porter à Fontainebleau tant de statues, » soit de marbre, soit de bronze, que ce lieu paroissoit une autre Rome. »


MICHEL-ANGE.


Michel-Ange, né en 1474, d’une famille noble, dans le pays d’Arezzo, fut nourri dans le village nommé Settignano, où la plupart des habitans étoient sculpteurs et tailleurs de pierre : ce qui lui faisoit dire, qu’il avoit sucé l’art de la sculpture avec le lait de sa nourrice, femme d’un sculpteur. À quatorze ans il fut placé chez le Ghirlandaï, peintre très-estimé dans ce temps. Ses progrès excitoient la jalousie de ses camarades ; un d’entr’eux lui donna un grand coup de poing sur le nez, dont il a porté la marque toute sa vie. À seize ans il fixa l’attention de Laurent de Médicis, chez qui il travailla jusqu’à la mort de cet amateur célèbre. À vingt-neuf ans il fut mandé à Rome, pour s’occuper du tombeau de Jules II, qui n’a jamais été achevé, pour lequel l’étonnante statue de Moïse a été faite. Il a produit beaucoup d’ouvrages en peinture, en sculpture et même en architecture.

Ses plus importans, ses plus fameux travaux sont dans la chapelle Sixtine à Rome ; son plus grand ouvrage de sculpture est à Florence ; c’est la chapelle des ducs de Florence, où sont élevés leurs tombeaux.

Après avoir été chéri, recherché des papes Jules II, Léon X, Clément VII, Paul III, Jules III, Paul IV, estimé du roi François Ier, de Charles-Quint, de Laurent et de Cosme de Médicis, des Vénitiens, et même de Soliman, empereur des Turcs, et de tout ce qu’il y avoit de princes et de grands seigneurs dans l’Europe, Michel-Ange mourut à Rome en 1564.

Il aimoit beaucoup la solitude, et disoit que la peinture étoit jalouse, et demandoit un homme tout seul et tout entier. On lui demanda, pourquoi il ne se marioit pas ? il répondit, que la peinture étoit sa femme, que ses ouvrages étaient ses enfans. Voici son testament : « Je laisse mon âme à Dieu, mon corps à la terre, et mes biens à mes plus proches parens. »

Il dit un jour à son vieux domestique : « Urbin, si je venois à mourir, que ferois-tu ? — J’en servirois un autre, répondit Urbin. — Ô mon pauvre Urbin, répondit Michel-Ange, je veux t’empêcher d’être malheureux ! Et en même temps il lui donna deux mille écus en une fois. »


TITIEN VÉCELLI.


Né à Cador, sur les confins du Frioul, en 1477, d’une famille ancienne appelée des Vécelli. À dix ans, il fut envoyé à Venise chez un de ses oncles, qui, voyant son inclination pour la peinture, le mit chez Jean Bellin, où il demeura long-temps. En 1507, ayant reconnu le grand effet des ouvrages du Giorgion, il suivit sa manière[5]. « Giorgion s’étant aperçu du progrès que le Titien avoit fait, pour avoir considéré sa manière, rompit tout commerce avec lui : ils vécurent depuis en jalousie jusqu’à la mort du Giorgion. » Il mit au jour, à vingt-huit ans, une estampe en bois, qui représentait le Triomphe de la Foi, et qui donna une grande opinion de ce qu’il devoit être un jour.

Il a peint à fresque dans Vicence un portique, où il a représenté l’histoire de Salomon ; à Venise, il a peint le palais de Grimani ; à Padoue, quelques sujets de la vie de Saint Antoine ; à Ferrare, trois Bacchanales pour le duc Alphonse. Celle de ces bacchanales où il y a une femme nue, qui dort sur le devant du tableau, avoit été commencée par Jean Bellin.

En 1546, il fut appelé à Rome pour faire le portrait du pape ; il en fit aussi d’autres, qui furent admirés de Vasari et de Michel-Ange ; néanmoins ils ne purent s’empêcher de plaindre les peintres Vénitiens de s’attacher si peu au dessin. « Titien a fait quantité d’ouvrages publics et particuliers, tant à fresque qu’à l’huile, sans compter une infinité de portraits. » Charles-Quint le fit chevalier et comte Palatin, et lui assigna en même temps une grosse pension. Ses plus beaux ouvrages étoient à Venise, en France et en Espagne. On ne connoît point de peintre qui ait vécu aussi long-temps que le Titien, et qui ait passé sa vie avec autant de repos et de bonheur. Il mourut en 1576, âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans.

Il a eu beaucoup d’élèves ; les principaux sont, François Vécelli son frère, Horace Vécelli son fils, le Tintoret, et d’autres Vénitiens. Il eut aussi trois Flamands, Jean Calcar, Diterio Barent et Lambert Zustrus. Le plus estimé de ses élèves a été le Tintoret.


PAUL VÉRONÈSE.


Paul Caliari Véronèse naquit à Vérone en 1537. Son père étoit sculpteur ; son maître a été un de ses oncles, nommé Badile, dont la manière n’étoit pas mauvaise ; la nature et les ouvrages du Titien furent particulièrement ses maîtres. Il a presque toujours travaillé à Venise, où l’on ne voit guère d’église qui ne conserve quelque tableau de sa main. Ses principaux et ses plus grands travaux étoient au palais Saint Marc, à Saint Georges et à Saint Sébastien. Ses ouvrages publics ont presque tous été faits en du Tintoret. « Paul Véronèse étoit homme de bien, pieux, civil, officieux, religieux dans ses promesses, soigneux dans l’éducation de ses enfans, magnifique dans ses manières d’agir, aussi-bien que dans ses habits : et quoiqu’il eût amassé beaucoup de bien, il n’avoit pas d’autre ambition que celle de devenir habile peintre… Il avoit une grande idée de sa profession, et disoit que la peinture étoit un don du ciel ; que pour en bien juger, il falloit en avoir de grandes connoissances ; qu’un peintre, sans le secours de la nature présente, ne feroit jamais rien de parfait ; qu’on ne devoit point mettre dans les églises des peintures qui ne fussent d’un habile homme, parce que l’admiration excitoit la dévotion ; et qu’enfin la partie qui couronnoit toutes celles de la peinture, consistoit dans la probité et dans l’intégrité des mœurs[6]. » Il mourut en 1588, âgé de cinquante-huit ans.


ANNIBAL CARRACHE.


Né à Bologne en 1560, étoit fils d’un tailleur ; il fut élève de Louis Carrache son cousin. Il étudia d’abord les ouvrages du Corrège à Parme, fut ensuite à Venise et se lia avec le Tintoret, Paul Véronèse et les Bassans. Revenu à Bologne, il se réunit avec Louis et Augustin, et ensemble ils formèrent l’École célèbre connue sous le nom d’Académie des Carraches, principe de toutes les académies de peinture établies depuis. On y trouvoit d’excellens dessins à copier, des statues, des bas-reliefs antiques, de bons livres ; il y avoit des modèles d’homme et de femme ; on y démontroit la perspective, l’anatomie. « On y faisoit souvent des conférences ; et non-seulement les peintres, mais les savans y proposoient des difficultés… Tout le monde y étoit bien reçu ; et les jeunes gens y étant excités par l’émulation, passoient les jours et les nuits à étudier. »

Annibal fut appelé à Rome par le cardinal Odoard Farnèse, pour peindre la galerie de son palais. Là il changea de manière, et s’occupa tout entier de la correction et du grand caractère du dessin.

Un jour, Augustin parloit avec quelques amis de la beauté des statues antiques, et particulièrement du groupe du Laocoon ; voyant qu’Annibal ne disoit rien, il s’en plaignit, l’accusant de ne pas faire assez de cas d’un ouvrage si admirable ; « mais[7] pendant qu’il continuoit à élever le Laocoon par de beaux discours qui le faisoient écouter de tous les assistans, Annibal s’approcha de la muraille, contre laquelle il dessina le Laocoon et ses enfans, aussi exactement que s’il les eut eus devant lui pour les imiter. »

Annibal travailla huit ans à la galerie Farnèse ; il n’en reçut que cinq cents écus d’or, ce qui lui donna un si violent chagrin, qu’il languit toujours depuis. Il mourut à Rome en 1609, âgé de quarante-neuf ans.

Les Carraches ont eu beaucoup d’élèves ; les plus fameux sont, le Guide, le Dominiquin, Lanfranc, l’Albane, le Guerchin, Sixte Baladocchi, Antoine Carrache, le Mastelleta, le Panico, Baptiste, Bonconti, le Cavédon, le Taccone, etc.

Louis Carrache, né en 1557, mort en 1618.

Augustin, né en 1557, mort en 1605.

Annibal, né en 1560, mort en 1609.


MICHEL-ANGE DE CARAVAGE.


Amérigi, dit communément Michel-Ange de Caravage, étoit fils d’un maçon. Il naquit dans un bourg du Milanais, appelé Caravage. Il disoit que les tableaux qui n’étoient pas faits d’après nature, n’étoient que de la guenille, et que les figures qui les composoient n’étoient que de la carte peinte. Le mépris avec lequel il parloit des ouvrages d’autrui, lui fit des affaires avec Josepin. Un jour, il alla trouver ce peintre et lui fit un appel ; celui-ci répondit qu’il étoit cavalier, et ne tiroit l’épée qu’avec ses pareils. Le Caravage piqué s’en alla à Malte, et y reçut l’ordre de chevalerie en qualité de frère servant. Ainsi revêtu de l’ordre de Malte, il revint à Rome dans le dessin d’obliger Josepin à se battre avec lui ; une grosse fièvre l’en empêcha et le fit mourir en 1609. Beaucoup de peintres ont suivi sa manière ; ses imitateurs les plus connus sont, Manfredi, le Valentin et Ribera, dit l’Espagnolet.


RUBENS.


Pierre-Paul Rubens, d’extraction noble, fils d’un conseiller du sénat d’Anvers, naquit à Cologne en 1577. Il fut d’abord destiné à succéder à son père. Entraîné par sa violente passion pour la peinture, il alla dessiner chez Adam Van-Oort, qu’il quitta bientôt pour s’attacher à Otho-Vénius, bon peintre, et cultivant les belles-lettres. À l’âge de vingt-trois ans il fit le voyage d’Italie, et s’arrêta d’abord à Venise, où il étudia les grands principes de la couleur dans les tableaux du Titien ; de là il fut à Mantoue, y étudia les ouvrages de Jules Romain, et passa ensuite à Rome ; au milieu de ses études, il y fit plusieurs tableaux d’église : de Rome il alla à Gênes, et y demeura plus qu’en aucun autre lieu d’Italie. Il fit beaucoup de portraits et plusieurs tableaux d’histoire. Après un séjour de sept ans en Italie, il retourna à Anvers, il s’y maria, et ne tarda guère à acquérir une grande réputation et beaucoup de biens.

Peu de peintres ont laissé autant d’ouvrages que lui ; les plus considérables et les plus beaux étoient à Anvers et à Paris. Sa Galerie de Marie de Médicis, peinte au Luxembourg, est sa plus importante production ; elle est composée de vingt-quatre tableaux ; tous, excepté deux, ont été faits à Paris ; les esquisses y ont été peintes aussi. Envoyé par Philippe IV, roi d’Espagne, en qualité d’ambassadeur auprès de Charles Ier, roi d’Angleterre, il réussit à conclure un traité de paix entre les deux monarques, et il en reçut des présens considérables.

Rubens eut beaucoup d’élèves ; les plus fameux sont, David Teniers, Van Dyck, Jordaens, Juste, Soutmans, Diépembeck, Van-Tulden, Van Mol, Van-Houk, Erasme Guillinus, etc.

« Rubens étant de retour en Flandre, y exerça la charge de secrétaire d’état, dont le roi d’Espagne l’avoit pourvu ; mais il ne quitta point pour cela la peinture : la vaste étendue de son esprit suffisoit à l’une et à l’autre ; enfin, comblé d’honneurs et de biens, il mourut à Anvers d’une goutte remontée, âgé de soixante-trois ans, en 1640… Ses manières polies et ses mœurs réglées lui attirèrent l’estime et l’amitié des personnes de considération. Il savoit six langues, et il se servoit de la latine pour écrire aux savans et pour faire ses observations sur la peinture[8]. »

Il fut marié deux fois, et a laissé deux fils de sa seconde femme.


DOMINIQUE ZAMPIERI,
DIT
LE DOMINIQUIN.


Né à Bologne en 1581, d’une famille honnête, a été élève des Carraches. « Il avoit l’esprit tardif, mais excellent ; il dessinoit avec tant de peine, que ses camarades le regardoient comme un homme qui perd son temps… Ils l’appelloient le Bœuf ; mais Annibal, qui connoissoit son caractère, leur dit, que ce bœuf, à force de labourer, rendroit son champ si fertile, qu’un jour il nourriroit la peinture. » Qu’on n’imagine cependant pas que jeune il n’ait pas annoncé beaucoup de dispositions, comme le disent ceux qui n’en ont pas, et qui pensent qu’ils auront, à force de travail, ce que la nature leur à refusé. Il étoit fort jeune lorsqu’il remporta un prix dans l’École des Carraches. « Louis Carrache, après avoir considéré tous les dessins, donna la gloire et l’avantage au Dominiquin qui, ayant reçu le prix et les louanges qu’il méritoit, se rendit[9] considérable sous le nom de Dominichino (petit Dominique), qu’on lui donnoit alors à cause de sa grande jeunesse, et que l’honneur d’un si heureux succès lui fit garder tout le reste de sa vie. »

Le Dominiquin a peint à Frascati, à Grotta Ferrata, etc… Il a travaillé à la galerie Farnèse, d’après les dessins d’Annibal Carrache ; et la Mort d’Adonis a été peinte par lui. Sa Communion de Saint Jérôme, l’un des plus beaux tableaux du monde, et très-peu estimé d’abord, ne lui a été payé que cinquante écus.

« Lorsqu’il vouloit commencer quelque tableau, il ne se mettoit pas d’abord ni à dessiner ni à peindre ; il demeuroit long-temps à méditer sur ce qu’il devoit faire… Aussi quand une fois il avoit donné les premiers coups de pinceaux, il demeuroit tellement attaché au travail, que de lui-même il ne l’auroit jamais quitté, ni pour prendre ses repas, ni pour toute autre affaire, si on ne l’en avoit tiré comme par force[10]. »

Il avoit de grandes connaissances en architecture ; il fut nommé par Grégoire XV, architecte du Palais Apostolique, et jouit de cette commission pendant le pontificat de ce pape.

Son dernier travail fut la Chapelle du Trésor à Naples ; travail qu’il n’acheva pas et qui fut cause de sa mort, par tous les chagrins que lui donnèrent les peintres Napolitains : un des moins emportés, l’Espagnolet, disoit que le Dominiquin ne méritoit pas le nom de peintre, ne sachant pas même manier le pinceau.

« Il reçut tant de déplaisir, qu’au lieu de vivre il ne faisoit plus que languir ; et ne se croyant pas même en sûreté dans sa maison et parmi sa famille, il changeoit tous les jours de nourriture, et n’osoit quasi manger, craignant qu’on ne l’empoisonnât : ce qui lui abattit si fort l’esprit et le corps, que s’affaiblissant peu à peu, il mourut le 15 avril 1641, âgé de soixante ans. »

On fit abattre, dés qu’il fut mort, les ouvrages qu’il avoit faits à Naples pendant 3 ans ; et Lanfranc en peignit d’autres à leur place. On fit rendre à ses héritiers la plus grande partie de l’argent qu’il avoit reçu. Il laissa une seule fille. L’argent qu’il avoit amassé de tous les travaux de sa vie, se montoit à vingt mille écus.

Entre les élèves du Dominiquin, les plus connus sont, Antonino Barba Longa de Messine, et André Camacée.


VAN DYCK.


Antoine Van Dyck est né à Anvers, en 1599. On sait qu’il fut le plus célèbre élève de Rubens. Il étoit fils d’un peintre sur verre ; il fut d’abord placé chez Henri Van Balen, ensuite chez Rubens. Il ne tarda pas à lui être d’un grand secours dans les nombreux ouvrages dont il étoit surchargé. Van Dyck quitta Anvers pour aller en Italie ; devenu passionnément amoureux d’une jeune paysanne, il s’arrêta à Bruxelles ; elle l’engagea à peindre deux tableaux pour sa paroisse ; il la quitta pourtant, voyagea par toute l’Italie, et s’arrêta à Venise, où il étudia, particulièrement Titien et Paul Véronèse ; de là il fut à Gênes, et y peignit beaucoup de portraits ; il alla ensuite a Rome, y fit différens ouvrages, retourna à Gênes et passa en Sicile. De retour à Anvers, il eut plusieurs tableaux d’église à faire, et y éprouva beaucoup de désagrémens. Après avoir été à La Haye, et peint le prince d’Orange et sa famille, il vint en France, et fut en Angleterre, où il eut peu de succès. Il revint à Anvers, et il y peignit plusieurs tableaux d’église. Ayant fait un second voyage en Angleterre, il y fut honoré, chéri par le roi Charles Ier, et y peignit un grand nombre de portraits. « Van Dyck devint fort riche ; sa dépense prodigieuse, ses équipages brillans, sa table ouverte à tout le monde, et son nombreux domestique, n’auroient même point dérangé sa fortune, s’il avoit fait comme son maître, méprisé le prestige des alchimistes… Il vit en peu de temps s’évaporer, par le creuset, l’or qu’il avoit créé par son pinceau[11]. »

Il épousa la fille de milord Ruthven, comte de Gorée, une des plus belles femmes de la Grande-Bretagne, d’une maison illustre, ruinée. Il mourut en 1641, âgé de quarante-deux ans.

« On peut juger des sommes prodigieuses qu’il avoit gagnées, par ce qui lui resta après des dépenses excessives, et sa folie du grand œuvre : on lui trouva cent mille risdales ou pièces de huit. »


SIMON VOUET.


Né à Paris en 1582 ; étoit fils et élève de Laurent Vouet, peintre médiocre. À vingt ans il suivit M. de Sancy, ambassadeur à Constantinople, et y peignit le portrait du Grand Seigneur, qui étoit très-ressemblant, quoiqu’il n’eût été fait que de mémoire. Ensuite il alla en Italie, y demeura quatorze ans, et y fut élu prince de l’Académie de Saint Luc à Rome. Le roi Louis XIII le fit venir à Paris en 1627, pour travailler dans les maisons royales, et particulièrement au Luxembourg. Il fut employé dans les plus grands et les plus importans ouvrages. « La France lui a obligation d’avoir détruit une manière fade et barbare qui y régnoit, et d’avoir commencé d’y introduire le bon goût, conjointement avec Blanchart. »

Vouet eut une prodigieuse quantité d’élèves : non-seulement tous ceux qui se sont distingués dans la peinture, mais ceux même qui ont eu de la réputation dans les arts dépendans du dessin, ont été instruits à son École : parmi ces derniers, Dorigny et le Notre ont été les plus renommés. Sa manière eut, dans son temps, une si forte influence, elle a été propagée par tant d’artistes habiles, que le goût français s’en est toujours senti depuis, et que peut-être il en reste encore quelque chose sans que l’on s’en doute. Vouet mourut en 1641, âgé de cinquante-neuf ans.


Le GUIDE.


Guido Reni, fils de Daniel Reni, excellent musicien, naquit à Bologne en 1574. Il étudia d’abord chez Denis Calvart, Flamand, qu’il quitta bientôt pour entrer dans l’École des Carraches ; il avoit de la prédilection pour la manière de Louis, où il trouvoit beaucoup de grâce et de grandeur. Il fut ensuite à Rome, et travailla à la Galerie Farnèse. Il avoit d’abord une manière forte et vigoureuse, dans le goût de celle du Caravage ; il la quitta pour en prendre une claire et très-gracieuse, avec laquelle il eut de grands succès : cela rendit furieux Michel-Ange de Caravage, qui ne parloit qu’avec mépris des ouvrages du Guide.

« Le Guide se voyoit ainsi fort à son aise, et vivoit honorablement, quand la passion du jeu s’empara de son esprit ; il y fut malheureux, et les pertes qu’il fit le réduisirent enfin dans la nécessité… Il envoyoit vendre sous main, à vil prix, des tableaux dont il avoit refusé beaucoup d’argent ; et il n’avoit pas plutôt reçu ce petit secours, qu’il alloit chercher ses joueurs pour avoir sa revanche… En travaillant, il ne songeoit plus comme auparavant à sa gloire, mais seulement à expédier ses tableaux pour avoir de quoi subsister… Il travailloit également bien à l’huile et à fresque… Au reste, le Guide avoit de si bonnes mœurs, que sans la passion du jeu, il eût été un homme accompli. Il mourut à Bologne, en 1642, âgé de soixante-sept ans. »


LE VALENTIN.


Naquit à Coulommiers, en Brie, en 1600. Il suivit la manière de Michel-Ange de Caravage ; mais il ne put suivre ses leçons, puisque le Caravage mourut en 1609. Quelques personnes le font étudier d’abord à l’École de Vouet ; cela n’est point probable, puisque Vouet ne revint en France qu’en 1627, et que le Valentin mourut à Rome en 1632, ayant déjà beaucoup de réputation, et après avoir produit une suite d’ouvrages très-distingués ; d’autres, au contraire, prétendent que Vouet avoit suivi à Rome la manière du Valentin ; quoique cela soit plus possible, cela paroît encore bien hasardé. Il est bien plus naturel de penser que Vouet et le Valentin suivirent la manière de Michel-Ange de Caravage, fort à la mode de leur temps. Le Valentin fut contemporain et ami du Poussin. Un soir qu’il avoit fait la débauche, se sentant extrêmement échauffé, il se mit dans le bassin d’une fontaine : il s’y gela tellement le sang, qu’il mourut incontinent après, en 1632.


LANFRANC.


Lanfranc est né à Parme, de parens pauvres, en 1581. Il fut d’abord élève d’Augustin Carrache, et ensuite d’Annibal. Dans sa jeunesse, il étudia beaucoup d’après les peintures du Corrège, qui sont à Parme. Lanfranc fut employé par Annibal dans la galerie du palais Farnèse ; il grava à l’eau-forte les loges du Vatican avec Sixto Badalocchi ; ils dédièrent cet ouvrage à Annibal Carrache leur maître. Il a peint à Rome, dans l’Église de Saint Pierre, l’histoire de ce Saint ; le pape en fut si content, qu’il le fit chevalier. Son plus grand et son plus fameux ouvrage est la coupole de Saint André de Laval. Le jour qu’on découvrit ses peintures de Saint Charles des Catinares, il mourut âgé de soixante-six ans, en 1647.


PAUL POTTER.


Ses ancêtres avoient rempli les charges les plus honorables de la ville d’Enkuissen, où il naquit en 1626, de Pierre Potter, peintre médiocre. Il n’eut d’autre maître que son père, qu’il surpassa bientôt ; dès l’âge de 14 à 15 ans il prouva, par ses ouvrages, qu’il étoit un maître habile. Ayant quitté son père, il fut demeurer à La Haye ; il y prit un logement à côté de celui de l’architecte Nicolas Balkenende ; se lia d’amitié avec lui, devint amoureux de sa fille, et la demanda en mariage. L’architecte le refusa d’abord, et ne voulut point donner sa fille à un homme qui ne peignoit que des bêtes ; plus instruit du mérite du peintre, il la lui accorda bientôt après.

« Potter fut surchargé d’ouvrages ; réglé dans sa conduite, aimable, amusant et parlant bien, on trouvoit en lui l’homme de société et le grand artiste. Il fut plus d’une fois visité par Maurice, prince d’Orange, qui aimoit à le voir peindre et à l’entendre parler. »

Attaqué, fatigué par l’envie, il quitta La Haye, et fut demeurer à Amsterdam. Il y fit de grands et de petits tableaux pour M. Tulp, bourgmestre d’Amsterdam, qui, à une certaine époque, possédoit la plupart de ses ouvrages. « Potter étoit infatigable ; il travailloit tout le jour sans relâche, et le soir à la chandelle ; il gravoit à l’eau-forte d’après les études dont il s’étoit servi pour peindre… Les seuls momens de dissipation que Potter se permettoit, étoient la promenade ; encore la rendoit-il utile par ses études ; il portoit toujours un petit livre, et dès qu’il apercevoit quelque chose qui le frappoit, il enfaisoit un croquis… Plusieurs de ses livres font l’ornement des collections des amateurs[12]. »

Cette application altéra sa santé ; il mourut d’une maladie de langueur en 1664, n’ayant pas encore 29 ans accomplis.

Sa réputation, grande de son vivant, s’est beaucoup accrue depuis ; il est aujourd’hui unanimement regardé comme le Raphaël de son genre. Les gravures à l’eau-forte, de sa main, sont très-estimées.


LE SUEUR.


Eustache le Sueur, né à Paris en 1617, fut élève de Vouet ; il n’alla point en Italie : les estampes de Raphaël lui furent d’un grand secours. Ses plus célèbres productions sont, les peintures de l’hôtel Lambert, l’histoire de la Vie de Saint Bruno, peinte dans le cloître des Chartreux, et conservée maintenant au Luxembourg ; un grand tableau destiné à être exécuté en tapisserie pour l’église de Saint Gervais, représentant le Martyre de Saint Gervais et de Saint Protais ; le tableau peint pour l’église Notre-Dame, qui représente Saint Paul prêchant à Éphèse : il est regardé comme son plus bel ouvrage.

L’histoire de Saint Bruno, composée de vingt-deux tableaux, fut peinte pour un prix très-médiocre, en moins de trois ans. Le Sueur ne les considéroit que comme des esquisses et comme les premières pensées de ce qu’il aurait souhaité de faire plus à loisir. Il commença un second tableau du Martyre de Saint Gervais et Saint Protais, qui a été fini par Thomas Gousse son élève et son beau-frère. Épuisé par son grand amour pour son art et pour la gloire, par sa constante application au travail, il mourut en 1655, âgé de trente-huit ans.

Quelques personnes attribuent charitablement aux élèves de le Brun les efforts faits pour gâter, effacer les tableaux de le Sueur, et qui n’ont que trop réussi dans certaines parties. Cette assertion ne paroît pas vraisemblable à Felibien ; avec raison, il ne peut imaginer que des artistes puissent jamais être capables d’une telle barbarie : cela n’est arrivé que long-temps après la mort de le Sueur ; il paroît bien plus naturel d’attribuer ces outrages vandalesques à la stupidité de quelques enfans méchans, ou à celle d’hommes grossiers, qui ne se plaisent qu’à nuire, peut-être même aux ennemis des religieux ou de la religion.


FRANÇOIS ALBANE.


L’Albane, né à Bologne en 1578, étoit fils d’un marchand de soie. Il fut d’abord élève de Denis Calvart, qu’il quitta bientôt pour entrer dans l’École des Carraches. Ses grands tableaux sont rares, ses petits sont en grand nombre et très-recherchés. « Il épousa en secondes noces une femme qui lui apporta en dot une grande beauté, et beaucoup de complaisance… Elle eut de beaux enfans dans la suite, et l’Albane prit autant de plaisir à les peindre, que sa femme en avoit à les tenir, ou dans ses mains, ou suspendus, avec des bandelettes, selon l’attitude dont il avoit besoin… Il se servoit utilement et ingénieusement des lumières qu’il avoit reçues des belles-lettres, pour enrichir ses inventions des fictions de la poésie. »

Il mena une vie paisible qu’il finit en 1660, âgé de quatre-vingt-deux ans. François Mola et Jean-Baptiste Mola ont été ses élèves ; ce dernier a peint très-bien le paysage.


LE POUSSIN.


Est né à Andeli, petite ville de Normandie, en 1694 ; sa famille, originaire de Soissons, étoit noble, mais pauvre. Il vint à Paris à dix-huit ans pour étudier la peinture. Il entra d’abord chez Ferdinand, peintre de portraits, ensuite chez Lalleman, où il ne resta qu’un mois. Il avoit trente ans lorsqu’il fut à Rome. Il y trouva le cavalier Marin, dont il espéroit beaucoup de secours ; mais cet ami étant venu à mourir bientôt après, le Poussin resta sans protecteur, sans secours et sans connoissances ; contraint de donner ses ouvrages pour un prix qui ne payoit guère que ses couleurs, il eut bien de la peine à subsister. Lié avec l’Algarde et François Flamant, il étudia particulièrement les statues antiques, qu’il modeloit avec soin. Il copia peu les tableaux des grands maîtres ; il croyoit que c’étoit les étudier assez que de les bien examiner et d’y bien réfléchir.

On dit qu’il copia dans ses commencemens quelques tableaux du Titien, dont il aimoit beaucoup la couleur et la touche du paysage : on remarque, en effet, que ses premiers tableaux sont d’un meilleur goût de couleur que les autres. Bientôt après on s’aperçut aisément que le coloris n’étoit pas la partie de la peinture qui l’intéressoit davantage : les peintres qu’il estimoit de préférence à tous les autres étoient Raphaël et le Dominiquin.

Louis XIII le fit venir à Paris, lui assigna une pension, et lui donna aux Tuileries un logement tout meublé. Il fit alors le tableau de la Cène pour la chapelle du château de Saint Germain, et celui qui étoit à Paris, au Noviciat des Jésuites. Il commença les travaux d’Hercule dans la galerie du Louvre, où est actuellement le Musée Napoléon. Fatigué par la vie tumultueuse de Paris qui lui déplaisoit, dégoûté par la brigue, par les médisances et les tracasseries de l’École du Vouet, il demanda à aller à Rome, sous prétexte d’y mettre ordre à ses affaires domestiques, et il y resta toujours. Il a peint beaucoup de tableaux de chevalet : il ne faisoit jamais de prix pour le payement de ses ouvrages ; il écrivoit derrière la somme qu’il en vouloit. Les tableaux de Rome qu’il regardoit comme les plus beaux, étoient la Transfiguration de Raphaël, la Descente de Croix de Daniel de Volterre, et le Saint Jérôme du Dominiquin.

Sur la fin de sa vie, le Poussin n’a guère fait que des paysages : il avoit épousé la sœur du Gaspre, et n’a laissé ni élèves, ni enfans. Il mourut paralytique en 1665, âgé de soixante-onze ans. Ses biens ne passoient pas soixante mille livres. Felibien, qui l’avoit connu à Rome, a écrit sa vie avec la plus grand soin ; il y décrit presque tous ses tableaux.

Entr’autres vers qu’on fit à sa mort, deux de Bellori sont restés.

Parce piis lacrimis : vivit Pussinus in urna,
Vivere qui dederat, nescius ipse mori :
Hic tamen ipse silet ; si vis audire loquentem,
Mirum est, in tabulis vivit et eloquitur.


LE GUERCHIN.


Barbieri da Cento, surnommé le Guerchin, parce qu’il étoit louche, est né à Bologne en 1597. Il étudia d’abord sous des maîtres peu connus ; et ensuite dans l’École des Carraches. Il suivit la manière de Michel-Ange de Caravage. Un de ses ouvrages les plus célèbres à Rome, est l’Aurore peinte dans un salon de la ville Ludovise. Il a joui, pendant sa vie, de beaucoup d’estime et de considération : il amassa beaucoup de biens, qu’il employa à assister ses parens, à secourir ses amis, à donner une bonne éducation à ses neveux, à doter ses nièces, les unes pour se marier, les autres pour être religieuses. Il avoit une grande piété, et fit bâtir des autels et des chapelles. Il mourut en 1667, âgé de soixante-dix ans.


WOUVERMANS.


Philippe Wouvermans naquit à Haarlem en 1620. Il fut d’abord élève de son père, peintre médiocre d’histoire ; ensuite il étudia chez Jean Winants, et forma sa manière d’après nature : ses premiers ouvrages eurent peu de succès. « Il reste assez constant que peu connu, mal payé, chargé d’une nombreuse famille, Wouvermans étoit obligé de travailler sans relâche ; mais que d’un caractère tranquille et qui aimoit à bien faire, il n’a jamais négligé aucun de ses tableaux[13]. »

On conte beaucoup de choses incertaines et qui se contredisent pour prouver les désagrémens que lui donna sa mauvaise fortune. On peut assurer seulement, que n’ayant jamais quitté la ville où il étoit né, il fut toujours obligé de peindre pour subsister. Il a fait beaucoup d’ouvrages, tous terminés avec le plus grand soin. Il mourut à Haarlem en 1668, âgé de 48 ans. On ne connoît de lui qu’un fils, qui se fit chartreux. Il a eu plusieurs élèves, parmi lesquels sont ses deux frères, Pierre et Jean, qui peignirent dans sa manière. Quelques tableaux de Pierre pourroient aisément se confondre avec ceux de Philippe.


PIETRE DE CORTONE.


Pietre Béretin, connu sous le nom de Pietre de Cortone, est né à Cortone dans la Toscane, la même année que mourut Annibal Carrache. Il fut à Rome jeune, et n’en sortit guère. Il étudia son art sous un peintre Florentin ; ceux de ses élèves qui ont le plus exactement suivi sa manière sont, Romanelli et Ciroféri. Ses principaux ouvrages sont, à Florence, les peintures du palais Pitti ; et à Rome, un plafond à la Chiesa Nuova, une galerie au palais Pamphile, et surtout le salon du palais Barberin, le plus fameux ouvrage de ce genre, qui, peint à fresque, n’a pas moins de fraîcheur et d’harmonie que s’il étoit fait à l’huile. Personne n’a peint la fresque aussi bien que lui.

Le Cortone étoit d’un naturel doux, d’un entretien agréable, de bonnes mœurs, charitable, officieux, ne disant mal de personne.

« Le pape Alexandre VII l’honora de l’ordre de chevalier de l’Éperon d’Or, qu’il reçut de la main du cardinal Sacchetti son ancien protecteur. Pour marque de sa reconnoissance, il fit présent au pape de deux tableaux, l’un d’un Ange Gardien, l’autre d’un Saint Michel ; et le pape lui donna une chaîne d’or avec la croix de chevalier. Il mourut de la goutte à soixante ans, en 1669. »


BOURDON.


Sébastien Bourdon, né à Montpellier en 1616, reçut de son père, qui peignoit sur verre, les premiers élémens de son art. Conduit à Paris à l’âge de sept ans, il fut placé chez un peintre médiocre : dans la suite il s’engagea ; son capitaine, jugeant sur ses dessins qu’il deviendroit un peintre fameux, lui donna son congé. Il fit le voyage d’Italie à dix-huit ans ; de retour en France, il produisit une quantité prodigieuse d’ouvrages ; à vingt-sept ans, il peignit pour l’église de Notre-Dame, son beau Crucifiement de Saint Pierre. Dans le temps des Guerres Civiles, Bourdon alla en Suède en 1662. Après y avoir fait de grands projets, il n’y exécuta que le portrait de la reine Christine, celui du prince Charles-Gustave, et ceux de quelques autres personnes. Il revint bientôt en France, où il fut chargé de beaucoup de travaux. Extrêmement laborieux, il passoit souvent un mois sans sortir d’un grenier qui lui servoit d’atelier.

Bourdon fut l’un des douze anciens qui commencèrent, en 1648, l’établissement de l’Académie Royale de Peinture, dont il fut le premier recteur. Il en étoit fort estimé, lorsqu’il mourut en 1671 : il travailloit alors pour le roi, dans l’appartement bas des Tuileries.


SALVATOR ROSA,
DIT SALVATORIEL.


Est né à Naples. Il a très-bien peint les paysages et les ports de mer, et mieux encore les batailles. « C’étoit un homme imaginatif, qui faisoit facilement des vers, et d’une conversation aisée[14]. »

On voit à Paris plusieurs de ses ouvrages ; le plus important, est cette belle Bataille, conservée autrefois au palais du Luxembourg, et placée maintenant au Musée Napoléon. Il mourut en 1673.


PHILIPPE DE CHAMPAGNE.


Champagne naquit à Bruxelles en 1602 ; d’abord il fut élève de Bouillon ; il entra ensuite chez Michel Bourdeaux, ensuite chez Fouguières, habile paysagiste. Arrivé à Paris à 19 ans, il étudia chez Lalleman, peintre Lorrain, et fit alors connoissance avec le Poussin ; ils logèrent ensemble au collége de Laon. Il retourna à Bruxelles, fatigué par les tracasseries de du Chesne, qui avoit la direction des peintures du Luxembourg. Cet artiste étant mort bientôt après, Champagne revint à Paris en 1628. La reine le chargea de la direction des peintures qu’elle faisoit faire, et lui donna un logement au Luxembourg, avec 1200 liv. de pension. Il fit beaucoup d’ouvrages, épousa la fille de du Chesne, et fut élu professeur de l’Académie Royale de Peinture : on l’avoit reçu un des premiers après son établissement. Champagne avoit une simplicité de mœurs et de caractère qui lui attirèrent l’amitié de tout le monde. D’une grande piété, il ne fit jamais de tableaux dont les figures fussent nues.

Il ne voulut pas faire le portrait d’une demoiselle qui entroit au couvent, parce qu’il falloit le peindre un dimanche. Ses tableaux sont en grand nombre ; il peignit beaucoup de portraits, et plusieurs fois celui du cardinal de Richelieu.

Champagne mourut à Paris, recteur de l’Académie, en 1674, âgé de soixante-douze ans, regretté de tout le monde.


REMBRANDT VAN RYN.


Il naquit en 1606, entre les villages de Leyerdorp et de Koukerck, près de la ville de Leyde. Son père étoit meunier, et occupoit un moulin sur les bords du Rhin. Rembrandt fut d’abord envoyé à Leyden pour y étudier le latin. Ayant eu peu de succès dans cette étude, il fut placé chez Jacques Vanz-Waan-Enburg, peintre. Après y avoir demeuré trois ans, il entra chez Pierre Lastman, à Amsterdam : il n’y demeura que six mois, et quelques autres mois chez Jacques Pinas. Il ne voulut alors d’autre atelier que le moulin de son père, et d’autre maître que la nature. Après avoir fait un tableau qui fit sensation parmi les artistes, on lui conseilla de le porter à La Haye chez un amateur qu’on lui indiqua : il y alla, et son ouvrage fut payé 100 florins ; cette somme faillit lui faire tourner la tête. « En 1630, il fut s’établir à Amsterdam ; surchargé d’ouvrages et d’élèves, il y loua un magasin, dans lequel il pratiqua des cabinets pour chaque élève ; il en étoit plus tranquille et ses élèves moins distraits ; il les faisoit presque tous commencer par le modèle vivant. »

Il épousa une jolie paysanne de Rarep : elle a souvent été peinte par lui. Dans ce temps il peignoit ses tableaux avec autant de soin et de propreté que Mieris. Il aima prodigieusement l’argent, aussi en gagna-t-il beaucoup ; il souffroit, sans se fâcher, qu’on fît des plaisanteries sur sa passion favorite. Ses élèves ont plus d’une fois peint des pièces de monnoie sur des cartes pour le tromper ; il les ramassoit, et ne punissoit point les mauvais plaisans. On sent que faisant peu de dépense dans sa maison, plus occupé lui seul que tous les autres artistes, ensemble, gagnant par ses élèves, par ses tableaux, par ses gravures, il a dû amasser beaucoup de bien. Rembrandt ne vivoit guère qu’avec le bas peuple. « S’il recherchoit les honnêtes gens, c’étoit pour les mettre à contribution ; encore se trouvoit-il toujours mal à son aise avec eux ; dès qu’il avoit tiré leur argent, il les quittoit : il disoit, pour s’en justifier, (quand je veux me délasser, je me garde bien de chercher les grandeurs qui me gênent, mais bien la liberté.) » Le bourgmestre Six a essayé, plus d’une fois, de le mener dans le monde, sans jamais l’obtenir. Il n’aimoit que sa liberté, la peinture et l’argent ; il mourut à Amsterdan, âgé de soixante-huit ans, en 1674.

« Son atelier étoit disposé de façon que, d’ailleurs assez sombre, il ne recevoit la grande lumière que par un trou, comme dans une chambre noire[15]. »


CLAUDE GELÉE,
DIT LE LORRAIN.


Dans sa jeunesse, ses parens l’envoyèrent à l’école ; comme il n’y pouvoit rien apprendre, ils le mirent en apprentissage chez un pâtissier ; il y acheva son temps, mais sans avoir beaucoup profité. « Ne sachant que faire, il se mêla parmi des gens de sa profession qui alloient à Rome, pour tâcher, comme eux, de gagner sa vie. Et comme il ne savoit pas la langue, et qu’il étoit fort grossier, ne pouvant trouver de pratique, il se mit, par hasard, au service d’Augustin Tasse, pour lui broyer ses couleurs, nettoyer sa palette et ses pinceaux, panser son cheval, faire sa petite cuisine, et les autres choses nécessaires au service du ménage, car Augustin n’avoit que lui dans sa maison. Ce maître, dans l’espérance de tirer de son valet quelque service dans les plus gros de ses ouvrages, lui apprit petit à petit quelques règles de perspective. Le Lorrain eut d’abord de la peine à comprendre ces principes de l’art[16]. »

Dès qu’il eut bien senti son aptitude pour la peinture, il s’y livra avec la plus fervente ardeur ; à force d’étude et de constance, il est devenu le premier des peintres de son genre. Sa mémoire étoit très-heureuse, et il rendoit, avec beaucoup d’exactitude, ce qu’il venoit de voir avec attention à la campagne. Toujours occupé de son art, il ne visitoit presque personne ; tous ses divertissemens étoient l’étude. Il avoit de la peine à peindre ; il étoit souvent huit jours à faire et refaire la même chose si elle ne répondoit pas à ses intentions. Il est mort à Rome en 1678, extrêmement âgé.


JORDAENS.


Jordaens naquit à Anvers en 1594. Il eut pour maître Adam Van-Oort, dont il épousa la fille. Les plus précieux tableaux des grands maîtres d’Italie furent en Flandre l’objet de ses recherches ; il les copioit pour se former sur leur manière. Sa fortune fut assez considérable ; ses ouvrages ne furent pas payés le même prix que ceux de Rubens ; mais il gagna presqu’autant, parce qu’il en fit davantage. Il a peint les actions mémorables du prince Frédéric-Henri de Nassau ; le plus beau tableau de cette suite, est celui où il a représenté ce prince dans un char de triomphe tiré par quatre chevaux blancs, entouré de groupes symboliques : ces tableaux décorent le salon d’Orange à la Maison au Bois, près de La Haye. On feroit un volume si l’on vouloit décrire tous les ouvrages de Jordaens : il a fait un nombre prodigieux de tableaux d’église. Il mourut à Anvers, âgé de quatre-vingt-quatre ans, en 1678.


CARLE DU JARDIN.


Est né à Amsterdam en 1640, et fut élève de Nicolas Berghem. Il alla jeune en Italie, et s’y livra alternativement à l’étude et aux plaisirs. Ses tableaux étoient très-estimés à Rome ; et les Italiens les mettaient au-dessus de tous ceux des artistes de sa nation. En retournant dans sa patrie, il s’arrêta à Lyon, où quelques amis cherchèrent à le fixer ; il y fit beaucoup d’ouvrages, et cependant beaucoup de dettes ; pour les payer, il épousa son hôtesse, déjà âgée, mais riche ; étant retourné avec elle à Amsterdam, on l’accabla d’ouvrages ; mais ennuyé de sa femme, il retourna à Rome avec M. Renst, son ami, sous prétexte de l’accompagner et de revenir avec lui. Quand il y fut une fois, il trouva de nouveaux prétextes pour y demeurer ; il y reprit ses douces habitudes, fit de beaux tableaux, gagna beaucoup d’argent, et mena joyeuse vie.

Annoncé par sa réputation, du Jardin fut à Venise ; il y reçut un accueil très-flatteur ; mais à peine arrivé, il y tomba malade et mourut bientôt après, en 1678. Ses tableaux se vendent fort cher.


GÉRARD DOUW.


Naquit à Leyden en 1613, et fut élève de Rembrandt. Les sujets de ses tableaux sont pris dans les occupations de la vie privée ; il a fait plusieurs tableaux avec plusieurs figures, et bien plus encore avec une seule. Il mettoit trois jours pour peindre un manche à balai.

« Il entroit doucement dans son atelier, se plaçoit sur sa chaise, où après être resté immobile jusqu’à ce que le plus petit duvet ne fût plus en l’air, il ouvroit sa boîte ; en tiroit, avec le moindre mouvement qu’il pouvoit, sa palette et ses pinceaux, et se mettoit à l’ouvrage. »

Quoique Gérard Douw ait passé bien du temps à terminer ses ouvrages, il en a produit beaucoup ; parce qu’ils ne sont pas d’une grande étendue, qu’il étoit très-laborieux, et qu’il est mort fort âgé. Il mourut à Leyden en 1680.


RUISDAEL.


Jacques Ruisdael naquit à Haarlem ; son père étoit ébéniste ; il étudia d’abord la médecine et la chirurgie. « On ne dit pas que Berghem fut son maître ; mais on assure qu’ils devinrent étroitement liés… Ruisdael dessina d’après nature des vues qu’il a placées dans ses tableaux. Il peignoit d’après nature des arbres, des plantes et des ciels. »

Il a fait des paysages et des marines. Wouvermans, Van den Velde et d’autres ont peint la plupart des figures de ses tableaux. Il ne sortit jamais de son pays, et mourut jeune à Haarlem, en 1681.

« Ruisdael a mérité, outre le nom de bon peintre, celui de fils estimable ; il a eut le plus grand soin de son père dans sa vieillesse ; ce fut peut-être le motif qui l’empêcha de se marier[17]. »


NICOLAS BERGHEM.


Berghem est né à Haarlem en 1624. Il fut d’abord élève de son père Van Haérlem, peintre médiocre. Dans la suite il eut pour maîtres Van Goyen, Moyart, Grepper et Jean-Baptiste Weéninx. Il épousa la fille de Jean Willin, paysagiste habile ; elle étoit d’une avarice extrême : « quand elle ne pouvoit être dans le même endroit que lui, elle se mettoit dans la chambre au-dessous de son atelier, et lorsqu’elle ne l’entendoit ni remuer ni chanter, dans la crainte qu’il ne perdît un moment, ou qu’il ne s’endormît, elle frappoit contre le plancher pour le réveiller : cette lésine fut poussée au point qu’elle s’empara de ce qu’il gagnoit et qu’elle ne lui laissa pas un sol à sa disposition. Pour pouvoir disposer de quelque argent, il étoit obligé de la tromper sur le prix de ses tableaux, et de lui voler ainsi quelques pistoles. Les tableaux de Berghem étoient quelquefois vendus même avant d’être commencés ; il travailloit assidûment dès quatre heures du matin en été, jusqu’au soir, et avec autant de facilité que de variété. Juste Van Huysum, un de ses élèves, rapporte qu’il sembloit se jouer en opérant, et qu’il l’a vu composer et peindre ses tableaux en chantant…

» Il a travaillé quelque temps pour un seigneur qui lui payoit 10 florins par jour ; mais il y perdoit, tant en un jour il dépêchoit d’ouvrage ! Il gagna plus en retournant chez lui travailler pour le public. Il mourut à Haarlem en 1683, âgé de 59 ans[18]. »


VAN OSTADE.


Adrien Van Ostade est né à Lubeck en 1610. Condisciple et ami de Brauwer, il fut élève de François Hals. Il travailla long-temps à Haarlem, et quitta cette ville pour retourner à Lubeck ; mais passant par Amsterdam, il y fut retenu par un amateur qui lui fit sentir que ses ouvrages y seroient mieux payés, et y seroient plus aisément placés. Ses tableaux et ses dessins sont en grand nombre. Il a gravé à l’eau-forte avec le même feu et la même originalité qu’il a peint ; il est mort à Amsterdam en 1685, âgé de soixante-quinze ans. Isaac Van Ostade, son frère, fut son élève : quoique les tableaux d’Isaac soient inférieurs à ceux d’Adrien, ils font cependant juger que s’il eût vécu davantage, il auroit peut-être surpassé son aîné.


LE BRUN.


Charles le Brun, né à Paris, étoit fils d’un sculpteur médiocre, qui, employé à quelques ouvrages dans le jardin de l’hôtel Seguier, menoit avec lui son fils encore enfant, qui dessinoit auprès de lui. La physionomie, l’application, et la manière de dessiner du jeune artiste intéressèrent le chancelier, qui prit soin de veiller à son avancement. À l’âge de quinze ans, il peignit deux tableaux qui firent beaucoup de sensation : l’un étoit le portrait de son aïeul, et l’autre représentoit Hercule assommant les chevaux de Diomède. Il fut à Rome en 1639 ; et y demeura trois ans avec une pension du chancelier. Le premier tableau qu’il peignit à son retour, fut le Serpent d’airain. Il eut d’abord une pension de 12,000 liv. du surintendant Fouquet ; ensuite le roi l’honora de l’ordre de St. Michel, et le nomma son premier peintre. Il a été le fondateur de l’École de France à Rome.

Ses plafonds faits à Sceaux, à Versailles, et principalement les Batailles d’Alexandre, sont ses plus célèbres ouvrages. Il avoit soixante ans lorsqu’il exécuta les Batailles d’Alexandre. Il mourut en 1690, dans son logement des Gobelins.

Le Brun partit pour Rome en 1639, y demeura trois ans. Le Poussin arriva à Paris en 1640, et retourna en Italie en 1642. Ainsi, pendant tout le temps que le Poussin étoit à Paris, le Brun, jeune élève, étudioit à Rome ; et l’on n’a pas craint de dire que le Brun fut la cause des désagrémens que le Poussin eut en France : cette calomnie se répète encore tous les jours.


VAN DER MEULEN.


Né à Bruxelles en 1634, étudia chez Pierre Snayers, peintre de batailles ; les progrès de l’élève furent rapides, et bientôt il égala son maître. Quelques tableaux de Van der Meulen portés en France, le firent connoître de le Brun, qui conseilla à Colbert de l’attirer à Paris. Les offres que ce ministre lui fit, le déterminèrent à quitter Bruxelles. À son arrivée, il fut logé aux Gobelins, et on lui assigna une pension de 2000 liv., indépendamment du prix de ses ouvrages. Il suivit Louis XIV dans toutes ses campagnes, et fut défrayé partout. « Il dessinoit assidûment et avec la plus grande exactitude, les campemens, les attaques, les batailles, les marches d’armée et les vues différentes des lieux où les troupes du roi s’étoient signalées ; les villes investies, leurs siéges et leurs prises. » Il étoit étroitement lié avec le Brun ; dans la suite devenu veuf, il épousa la nièce de ce dernier. « Il eut cependant quelques sujets de chagrin qui balancèrent les honneurs et les richesses dont il jouissoit. Les écrivains hollandais, Houbraken et Weyermans, attribuent ses peines à l’inconduite de sa dernière femme. » Van der Meulen mourut à Paris en 1690, âgé de cinquante-six ans, et laissa trois enfants, deux filles et un garçon qui embrassa l’état ecclésiastique : son frère Pierre a eu de la réputation dans la sculpture.

On voyoit au château de Marly vingt-neuf tableaux de Van der Meulen. Il a peint les conquêtes de Louis XIV dans les trois refectoires des Invalides.


TENIERS.


David Teniers, surnommé le Jeune, est né à Anvers en 1610. Il fut d’abord élève de son père David Teniers, ensuite d’Adrien Brauwer. L’archiduc Léopold fut le premier qui contribua à sa fortune, en achetant ses ouvrages. « C’est à lui surtout qu’on peut appliquer ce mot de Virgile : — in tenui labor : at tenuis non gloria. — Sa gloire le suivit jusque dans sa retraite : sa maison devint une cour, où les gentilshommes du pays, les étrangers et une foule d’artistes alloient lui rendre un hommage d’autant plus flatteur, qu’il ne le devoit qu’à lui-même. Don Juan d’Autriche fut son élève et son ami[19]. »

Quoiqu’il ait beaucoup fréquenté les paysans pour les mieux connoître et les mieux peindre, il a beaucoup vécu parmi les grands dont il étoit chéri. Il mourut à Bruxelles en 1690, âgé de quatre-vingts ans.

Teniers a fait une quantité prodigieuse d’ouvrages : il disoit lui-même que pour les rassembler tous, il faudroit une galerie de deux lieues de longueur. Il a peint beaucoup de tableaux dans la manière de différens maîtres, qu’il imitoit si bien qu’on s’y méprend quelquefois ; ces pastiches sont conservés dans les meilleurs cabinets de l’Europe.

Ses élèves les plus connus sont Hellemont, de Hout, Ertebout, et Abshoven d’Anvers ; ce dernier est le plus estimé ; il mourut jeune.


LAIRESSE.


Gérard de Lairesse naquit à Liége en 1640. Il étoit fils de Renier de Lairesse, peintre au service du prince de Liége. Il fut élève de son père et de Bartholet. Un recueil d’estampes d’après les ouvrages du Poussin et de Pietre Teste déterminèrent son goût, et il paroît les avoir toujours voulu prendre pour modèles. Peu occupé à Liége, il alla à Utrecht. Un marchand de tableaux ayant vu des ouvrages de Lairesse, fut le chercher et l’emmena à Amsterdam. « Dès le lendemain de son arrivée, Lairesse monta à l’atelier chez Uylenburg ; on lui présente une toile, des crayons et une palette ; il resta quelque temps devant le chevalet ; sans parler, ni remuer de sa place… et au lieu de se mettre à dessiner et à peindre, il tira de dessous son manteau un violon avec lequel il joua quelques airs ; et ensuite saisissant le crayon, il ébaucha le sujet d’un Enfant Jésus dans la crèche ; il reprit son violon et en joua de nouveau ; il cessa, reprit la palette, et en deux heures il peignit la tête de l’Enfant, de Marie, de Saint Joseph et du bœuf ; et d’un si beau fini, qu’il laissa les spectateurs dans l’admiration de la beauté et de la facilité de son travail. Il se retira de chez Uylenburg et devint enfin son maître. On a peine à décrire tout ce qu’il fut capable d’exécuter dans un temps assez court. Il peignit plusieurs grands plafonds, il remplit les appartements et les cabinets de ses tableaux ; il fit une quantité prodigieuse de dessins au crayon et au lavis ; il grava un œuvre complet…

» Il donna dans tous les excès, il dépensoit presqu’en entier chaque jour ce qu’il gagnoit, quoique ce fut très-considérable ; il en fut bien puni par l’affliction qu’il éprouva ; il devint aveugle en 1690. »

Il est mort à Amsterdam en 1711, âgé de soixante-onze ans.

« Il accorda un jour par semaine aux artistes et aux amateurs pour l’entendre… Des leçons que Lairesse avoit dictées furent composés et donnés au public après sa mort, par la Société des Peintres, deux volumes enrichis de planches[20]. »

Il laissa trois fils : l’aîné, André, prit le parti du commerce, Abraham et Jean furent ses élèves, ainsi que son neveu. Il eut aussi trois frères peintres. Lairesse, seulement comme graveur, mérite beaucoup de réputation.

Un volume in-folio compose son œuvre ; il a gravé plusieurs de ses compositions et beaucoup de dessins d’après les compositions des autres. Sa manière de graver est facile, pleine d’esprit et de feu.


CHARLES DE LA FOSSE.


Il naquit à Paris en 1640. Son père étoit joaillier, son oncle étoit la Fosse, le poëte tragique. Entraîné par son goût pour la peinture, il entra dans l’École de le Brun. Bientôt il y obtint la pension du roi pour le voyage d’Italie. À Venise, il fit des études particulières d’après le Titien et Paul Véronèse. À son retour, on lui donna à Lyon beaucoup de tableaux à faire ; il n’en peignit que deux, parce qu’il fut chargé de plusieurs grands travaux à Paris et à Versailles. L’Académie de Peinture le reçut dans son sein en 1673. Son morceau de réception est l’Enlèvement de Proserpine par Pluton. Il fut nommé adjoint à professeur, et peu après professeur ; dans la suite, il devint recteur, directeur et chancelier. Il peignit dans un âge fort avancé les deux tableaux qui étoient dans le chœur de Notre-Dame.

La Fosse avoit de l’esprit, parloit bien ; et sa candeur, digne des premiers siècles, le fit aimer et estimer des honnêtes gens : « il disoit quelquefois qu’il étoit dangereux de trop approfondir son art, et de donner trop de temps à la théorie. » La Fosse est le Français qui a le mieux peint la fresque. Il mourut en 1716, à l’âge de soixante-seize ans.

Parmi ses élèves, on distingue François Marot, de la famille du fameux poète Clément Marot ; il devint professeur de l’Académie de Peinture.


JOUVENET.


Jean Jouvenet, né à Rouen en 1644, étoit d’une famille toujours consacrée à la peinture, et originaire d’Italie. Il fut d’abord élève de son père Laurent Jouvenet. Son aïeul, Noël Jouvenet, avoit donné les premières leçons au Poussin. Son père l’envoya à Paris à dix-sept ans ; il s’y forma sans aucun maître. À vingt-neuf ans, il fit pour Notre-Dame le tableau du Mai, dont le sujet est la Guérison du Paralytique. Il fut reçu avec de grands applaudissemens à l’Académie de Peinture en 1675. Son morceau de réception est Esther devant Assuérus. Dans la suite il devint professeur, et quelque temps après directeur et recteur perpétuel.

Lorsque le czar Pierre premier alla aux Gobelins en 1717, on lui offrit, de la part du roi, la tenture de tapisserie qui lui plairoit le plus ; ce prince choisit celle qui étoit exécutée d’après les tableaux de Saint Martin par Jouvenet.

En 1713, Jouvenet devint paralytique, et croyoit être pour jamais hors d’état de travailler : « il s’amusoit à voir peindre Restout son neveu ; voulant un jour lui faire corriger quelqu’endroit d’un tableau, et ne pouvant s’expliquer, il prit le pinceau de la main paralytique pour retoucher une tête, qu’il gâta ; il essaya de la main gauche de réparer l’accident causé par la droite ; et à son grand étonnement, cette main, qui n’avoit nulle habitude d’obéir à sa tété, exécuta fidèlement sa pensée. »

Il a peint, depuis, beaucoup d’ouvrages de la main gauche. Les plus renommés sont le plafond de la seconde chambre des enquêtes du parlement de Rouen, et le tableau de la Visitation de la Vierge, connu sous le nom du Magnificat, et placé dans le chœur de Notre-Dame de Paris : ce fut son dernier ouvrage ; il mourut avant que le tableau fût en place, en 1717, âgé de soixante-treize ans.

Jouvenet étoit grand et bien fait ; il avoit les traits mâles ; son esprit étoit vif et enjoué ; sa probité et la franchise de son caractère l’ont fait aimer de tout le monde.

D’Arganville, dont ces détails sont extraits, donne la description de tous les ouvrages de Jouvenet.


WATEAU.


Antoine Wateau, né à Valenciennes en 1684, étoit fils d’un couvreur ; son père le plaça d’abord chez un mauvais peintre de la ville, qu’il quitta bientôt pour entrer chez un meilleur, employé aux décorations de théâtre. En 1702, il vint avec lui à Paris, où les directeurs de l’Opéra l’avoient mandé.

Wateau travailla dans la boutique d’un maître peintre pour pouvoir subsister : il fit alors connoissance avec Claude Gillot, qui contribua beaucoup à son avancement dans le genre qu’il sentoit le mieux. Il entra ensuite chez Claude Audran, fameux peintre d’ornemens, qui demeuroit au Luxembourg ; ce qui lui donna l’occasion d’étudier la Galerie de Rubens. Il remporta le prix de peinture. La Fosse voyant deux de ses tableaux exposés dans une des salles du Louvre, en fut surpris et voulut connoître le nom de l’auteur ; Wateau se présentant à lui : « mon ami, lui dit la Fosse, vous ignorez vos talens ; vous en savez plus que nous, et vous pouvez honorer notre Académie. » Il fut reçu académicien sous le titre de peintre de fêtes galantes. Sa réputation devint grande alors : « ses succès s’accrurent jusqu’en 1718, et auroient été plus loin, si son inconstance naturelle ne leur eut donné des bornes[21]. » En 1720, Wateau alla en Angleterre, y fut presque toujours malade, et revint bientôt à Paris ; espérant rétablir sa santé, il alla demeurer au village de Nogent, où il mourut âgé de trente-sept ans.

Ses principaux élèves furent Jean-Baptiste Pater et Nicolas Lancret, qui voulant l’imiter, restèrent fort au-dessous de lui.


VAN HUYSUM.


Jean van Huysum est né à Amsterdam en 1682, de Juste van Huysum, peintre de fleurs, qui avoit fait de sa maison une manufacture de peinture, où l’on trouvoit tout ce qui pouvoit contribuer à la décoration des appartemens et des jardins ; son fils, Jean van Huysum, l’aîné de ses enfans, étoit à la fête de l’entreprise, qu’il ne tarda pas à abandonner pour se livrer tout entier à l’étude de la nature ; il y eut de si grands et de si rapides succès, qu’en peu de temps ses tableaux furent recherchés, non-seulement des amateurs Hollandais, mais encore de tous les souverains de l’Europe : tous les princes d’Allemagne lui en achetèrent et lui en commandèrent pour des prix très-considérables. Le comte de Morville, ambassadeur de France, lui en acheta quatre de ses premiers, deux pour le duc d’Orléans, et deux pour lui-même. Van Huysum eut des peines domestiques, il fut tourmenté par la jalousie. Dans une réunion d’artistes, étant un jour chez un amateur, il entendit de mauvaises plaisanteries que l’on faisoit sur son compte au sujet de sa femme ; ce qui lui causa un extrême déplaisir, et qui, joint au chagrin que lui causa la mauvaise conduite de son fils, le rendit sombre et rêveur, (et selon l’historien Vangool) vraiment hypocondre[22].

Le plus beau tableau de Van Huysum est dans le cabinet de M. Desmet, à Amsterdam. Plusieurs fois, un seul de ses dessins à l’acquarelle a été vendu 10,000 liv.

Les plus riches fleuristes d’Haarlem étoient enorgueillis, lorsque Van Huysum alloit dans leurs jardins choisir des fleurs ; l’un d’eux, M. Voorhelm, s’est fait par là une grande réputation. Jamais personne n’entroit dans son atelier, pas même ses enfans, ni ses meilleurs amis. Ses tableaux ont été très-bien copiés par l’aîné de ses frères ; et ces copies ont quelquefois été vendues pour des originaux. Il mourut à Amsterdam en 1749.

M. Vandael, célèbre lui-même par ses tableaux de fleurs, possède un des plus beaux et des plus importans tableaux de Van Huysum.


VERNET.


Claude-Joseph Vernet est né à Avignon, en 1714. Antoine Vernet, son père, qui étoit peintre, lui donna les premières leçons de son art. « À peine entré dans la carrière, il avoit attiré les yeux sur lui ; et ses talens étoient connus et estimés dans sa province avant l’âge où chez d’autres on commence à en prévoir. »

Il se rendit à Rome à dix-huit ans, où la nature seule fut son maître. Solimène, Jean Paul Panini, Locatelli, furent liés avec lui. Il se fit bientôt une grande réputation et ses tableaux furent très-estimés ; dans ceux de ce temps on remarque principalement ceux du palais Rondonini. Lorsqu’en 1752, le gouvernement forma le projet de faire peindre les ports de France, ce fut sur Vernet qu’il jeta les yeux : appelé pour cette importante entreprise, il revint en France à l’âge de trente-huit ans. À peine arrivé, il fut reçu de l’Académie Royale de Peinture ; il y remplit dans la suite la place de conseiller. « Pendant un long espace de temps, les ouvrages de M. Vernet, exposés au Salon, ont présenté une suite non interrompue des beautés les plus parfaites et les plus variées[23]. Également célèbre chez l’étranger et dans sa patrie, il n’est pas de lieu en Europe où ses ouvrages n’aient pénétré ; l’Espagne et la Russie se sont disputé l’avantage d’en posséder ; et l’Angleterre, surtout… ne pouvant enlever à la France l’honneur d’avoir donné le jour à M. Vernet, s’est efforcée de le naturaliser, pour ainsi dire, chez elle, en rassemblant un grand nombre de ses tableaux. »

Jamais l’envie ne tenta d’obscurcir la gloire de M. Vernet ; jamais son âme ne connut la jalousie, et personne n’eut jamais plus d’indulgence que lui pour tous ses confères. « Son goût et les circonstances l’ayant de bonne heure introduit dans le commerce des hommes, il s’y est fait rechercher par un fonds naturel de gaieté, et par cette intéressante simplicité qui est la vertu caractéristique des hommes de son rang… Son zèle infatigable à servir ses amis, sa généreuse prévoyance pour sa famille, et sa tendresse toujours active pour ses enfans, lui ont justement mérité la vénération de ceux qui le connoissoient… Une dernière couronne attendoit M. Vernet au terme de sa carrière… il sembloit que sa gloire ne pouvoit plus recevoir d’accroissement, il l’a sentie presqu’entièrement renouvelée, en voyant les succès que son fils a obtenus sous ses yeux[24]. »

Il est mort en 1789, âgé de soixante-quinze ans : ses élèves les plus connus sont, la Croix et Volère.


GREUZE.


Il naquit dans le village de Tournus, département de Saône et Loire. Grandon, peintre de Lyon, revenant de Paris et retournant dans sa ville natale, fut frappé des dispositions étonnantes de Greuze, encore enfant. Il avoit alors huit ans, et loin de faire ce que son père vouloit, il dessinoit avec de la craie ou du charbon, tout ce qu’il voyoit. Grandon, témoin d’une scène très-vive à ce sujet, entre le père et le fils, obtint la permission de s’attacher le jeune Greuze comme élève ; il le conduisit à Lyon, où il ne cessa jamais de lui prodiguer les plus tendres soins. Grandon étoit père de madame Grétry, et a laissé plusieurs portraits estimés.

Arrivé à Paris, Greuze n’a été précisément élève d’aucun maître ; il alloit chez différens peintres porter ses ouvrages et recevoir des avis. Il n’a point gagné de médaille, et il étoit même fort mal appelé pour l’étude du modèle, lorsqu’il fut agréé de l’Académie de Peinture, sur son Tableau de l’Aveugle trompé. Ses ouvrages exposés au Salon y eurent un succès prodigieux ; leur mérite et la nouveauté de leur genre les mirent d’abord fort à la mode.

Greuze alla en Italie avec l’abbé Gougenot. À son retour, il chercha à mettre plus de vigueur dans sa couleur, et un plus grand caractère dans son dessin. Cette tentative ne fit qu’altérer sa naïve originalité, et ne lui réussit pas : il fut même, à cette époque, quelque temps sans ouvrage. Cette suspension de sa gloire dura peu, et son talent reprit bientôt son heureux ascendant. Une suite non interrompue des plus brillans succès lui firent une haute réputation en France et dans toute l’Europe. Il auroit pu amasser une grande fortune, s’il eût été moins obligeant et aussi avide d’argent que de gloire : il jouissoit cependant d’une fortune honnête que la révolution et des malheurs domestiques lui ont enlevée.

Greuze aimoit beaucoup la société des femmes, avec lesquelles il étoit fort aimable : dans son ménage il étoit sensible et bon. L’humeur difficile de sa femme, dont il fut toujours amoureux, empoisonna sa vie. Il mourut à Paris, en 1805, âgé de 79 ans, laissant deux filles héritières de ses talens et de ses vertus.

[25]« La simplicité de ses obsèques a été animée par une scène aussi touchante qu’inattendue : au moment où le corps alloit être enlevé de l’église, pour être placé sur le char funéraire, une jeune personne, dont on pouvoit remarquer l’émotion et les larmes à travers le voile dont son visage étoit couvert, s’approchant du cercueil, y a placé un bouquet d’immortelles, et s’est retirée au fond de l’église, pour y continuer les prières qu’elle avoit interrompues. Les tiges de ces fleurs étoient réunies sur un papier ployé, sur lequel étoient écrits ces mots :

» Ces fleurs, offertes par la plus reconnoissante de ses élèves, sont l’emblème de sa gloire. »


FIN.



  1. (L’on suit ici l’ordre des temps.)
  2. Autrefois nommé le palais Ghigi.
  3. De Piles.
  4. Felibien.
  5. De Piles.
  6. De Piles.
  7. Felibien.
  8. De Piles.
  9. Felibien.
  10. Felibien.
  11. Descamps.
  12. M. Descamps.
  13. M. Descamps.
  14. Felibien.
  15. M. Descamps.
  16. De Piles.
  17. Descamps.
  18. Descamps.
  19. Descamps.
  20. Descamps.
  21. D’Argenville.
  22. En parlant de Van Huysum, je l’ai peint heureux ; il le fut sans doute beaucoup comme peintre ; mais la Providence veut apparemment qu’il n’y ait pas de bonheur parfait dans ce bas monde et que tout y soit compensé.
  23. Non-seulement les tableaux de Vernet qui sont au Musée Napoléon, mais ceux que possède M. Aubert Journu, sénateur, peuvent être comptés parmi les plus beaux qu’il ait faits.
  24. Extrait d’un Précis historique de la vie de M. Vernet par M. Feuillet, bibliothécaire adjoint de l’Institut.
  25. Extrait du Moniteur.