Odes (Horace, Séguier)/II/17 - À Mécène

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Odes et Épodes et Chants séculaires
Traduction par M. le Comte de Séguier.
A. Quantin (p. 77-78).


XVII

À MÉCÈNE


Pourquoi me briser par ta plainte suivie ?
Aux dieux, à mon âme il répugne toujours
      Qu’avant moi tu sortes de la vie,
   Mécène, orgueil et soutien de mes jours.

Ah ! si de mon être un coup soudain m’enlève
En toi la moitié, comment lui survivra
      L’autre part, la moins chère, et d’un glaive
   Atteinte aussi ? Le même jour verra

Notre double mort. D’une bouche perfide
Ne part ce serment : un signe de ta main.
      Et j’irai, j’irai, frère intrépide,
   Faire avec toi le suprême chemin.

Jamais la Chimère et ses brûlantes marques,
Jamais les cent bras de Gyas ranimé
      Ne pourraient nous séparer : les Parques,
   Thémis puissante ainsi l’ont affirmé.

Soit que le Balance ou le Scorpion morne,
Témoin redoutable à l’heure du berceau,
      M’ait vu naître, ou bien le Capricorne,
   Des mers d’Ouest tyrannique flambeau,

Un rapport étrange unit dans les espaces
Nos astres pareils. Toi, le disque argentin

De Jovis te sauva des menaces
   Du noir Saturne, et d’un hâtif destin

Retarda l’essor, quand la foule, au théâtre,
Trois fois salua ton rétablissement :
      Sur ma tête un tronc venant s’abattre
   M’enlevait, moi, si Faune dextrement

N’eût paré le coup, Faune gardien tendre
Des Mercuriaux. Songe au temple votif
      À bâtir, aux victimes à rendre :
   Nous frapperons, nous, un agneau chétif.