Odes (Horace, Séguier)/III/4 - À Calliope

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Odes et Épodes et Chants séculaires
Traduction par M. le Comte de Séguier.
A. Quantin (p. 94-98).


IV

À CALLIOPE


Descends de l’Olympe, ô Calliope, ô reine,
Et dis sur la flûte un chant de longue haleine ;

Ou plutôt, la lyre entre les doigts,
   Marie un air au timbre de ta voix.

N’entendez-vous pas ? d’une illusion tendre
Suis-je le jouet ? Il me semble l’entendre,
      Et vaguer dans de pieux enclos,
   Au doux murmure et des vents et des flots.

Un jour, tout enfant, las de mainte folie,
Aux flancs du Vultur, plus loin que l’Apulie,
      Mon berceau, je dormais sur le sol,
   Quand des ramiers me couvrirent au vol,

D’un feuillage vert. Ce fut chose divine
Pour les bûcherons de le forêt bantine,
      Les chasseurs du pic achérontin
   Et les bergers du hameau forentin.

Auprès des serpents, des ours, funeste engeance,
Gaîment reposer, n’ayant d’autre défense
      Qu’un amas de myrte et de laurier !
   Les dieux gardaient le jeune aventurier.

Muses, grâce à vous, je gagne, heureux et leste,
L’ardu Sabinum ou la fraîche Préneste ;
      Sous vos yeux, j’erre aux monts de Tibur,
   Ou de Baïa je contemple l’azur.

Ami de vos chœurs et de vos aganippes,
J’ai pu me soustraire au revers de Philippes,

      Éviter un arbre menaçant,
   Fuir Palinure en naufrages puissant.

Guidez-moi toujours, et ma voile aguerrie
Ira du Bosphore affronter la furie,
      Et mon pied, sans se butter à rien,
   Traversera le sable assyrien.

Intact, je verrai le Breton si féroce
Envers l’étranger, puis le Concane atroce
      Qui s’enivre au sang des étalons,
   Le fleuve scythe et les archers gélons.

Quand le grand César ramène en nos murailles
Ses guerriers lassés de lointaines batailles,
      Qu’à son tour il aspire au repos,
   Vous, les neuf Sœurs, vous charmez ce héros.

Vous lui prodiguez des conseils de clémence,
Doux à votre cœur. – On sait la chute immense
      Des Titans, monstrueux révoltés,
   Aux foudroiements, mille fois répétés,

De celui qui, seul, régit, maître équitable,
La terre immobile et l’océan instable,
      Nos cités, l’enfer silencieux,
   La tourbe humaine et les hôtes des cieux.

Jupiter fut pris d’une terreur profonde
Devant cette horde, aveugle autant qu’immonde,

      Qui voulait que l’Olympe boisé
   Sous Pélion demeurât écrasé.

Mais que pouvaient donc Mimas, l’âpre Thyphée,
Ou Porphyrion, autre ardent coryphée ?
      Que pouvaient les chênes abattus
   Par Encelade, et les chocs de Réthus,

Contre le rempart de la sonore égide
De Pallas ? Près d’elle, assistance intrépide,
      Sont Vulcain, la matrone Junon
   Et ce porteur d’un arc de grand renom,

Qui dans le cristal des eaux de Castalie
Trempe ses cheveux, qui va de la Lycie
      Duméteuse au maternel vallon :
   Pataréus, Délius Apollon.

La force sans frein par son poids roule à terre ;
Les dieux l’accroîtront, pourvu qu’on la modère.
      Mais aussi ces mêmes justes dieux
   En châtieront tout usage odieux.

J’en prends à témoin Gyas, le centimane,
Et le tentateur de la chaste Diane,
      Orion, la fable des forêts
   Que cette vierge accabla de ses traits.

Tellus, avec peine étouffant sa lignée,
Pleure ces géants qu’une foudre indignée

      Plonge au Styx : le feu par eux vomi
   N’altère pas l’Etna bien affermi.

L’antique vautour, bourreau constant du crime,
Sur l’affreux Titye à coups de bec s’escrime ;
      Et toujours par Pluton outragé
   Pirithoüs de chaînes est chargé.



V

RÉGULUS


La foudre en grondant atteste que Jovis
Règne aux cieux : voyez un autre divin sire
      Dans Auguste ajoutant à l’empire
   Perses fougueux, durs Bretons asservis.

Soldat de Crassus, eh quoi ! d’une étrangère
Tu vécus l’époux infâme ? L’on put voir
      (Oh ! sénat, oh ! mépris du devoir !)
   Vieillir aux champs d’un hostile beau-père,

Sous le sceptre mède, un Samnite, un Sabin,
Oubliant leur nom, leur toge, leurs anciles,