Odes (Horace, Séguier)/IV/5 - À Auguste

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Odes et Épodes et Chants séculaires
Traduction par M. le Comte de Séguier.
A. Quantin (p. 151-152).


V

À AUGUSTE


Fils des dieux bons, toi du saint Capitole
Le sûr gardien, au loin c’est trop rester :
Nos sénateurs reçurent ta parole
      D’un prompt retour, viens l’acquitter.

A ton pays, grand chef, rends sa lumière.
Dès que ta face, à l’instar du printemps,
Reluit sur nous, l’heure passe légère
      Les cieux brillent plus éclatants.

Comme une mère appelant par ses larmes,
Par mille vœux, son tendre jouvenceau,
Que le Notus, depuis trois ans d’alarmes,
      Sépare de son doux berceau,

Tout au delà des ondes de Carpathe ;
La malheureuse a toujours l’œil au port
Telle, ô César, ta Rome non ingrate
      Te redemande avec transport.

Car, grâce à toi, le bœuf erre tranquille,
Cérès partout donne une ample moisson ;

Le nautonier vogue en paix d’île en île ;
      L’Honneur rougirait d’un soupçon.

Du chaste hymen s’éloigne l’adultère ;
Les mœurs, les lois ont le vice banni.
D’enfants à lui s’enorgueillit le père ;
      Sans retard le crime est puni.

Qui donc craindrait Parthes, Gélons ensemble ?
Qui les guerriers monstrueux des Germains,
Tant que César reste debout ? Qui tremble
      Aux chocs espagnols et romains ?

Chacun s’enfonce en ses vertes collines,
Va marier la vigne avec l’ormeau,
Puis, retournant aux liqueurs purpurines,
      T’invoque, à table, en dieu nouveau.

De la patère une sainte allégresse
Répand le vin ; à nos divinités
S’adjoint la tienne : ainsi jadis en Grèce
      Castor, Hercule étaient fêtés.

« Oh ! puisses-tu, doux chef, sur l’Hespérie
Régner longtemps ! » Voilà notre oraison,
Dès l’aube, à jeun, et de même en frairie,
      Quand Phébus plonge à l’horizon.