Odes (Horace, Séguier)/IV/7 - À Torquatus

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Odes et Épodes et Chants séculaires
Traduction par M. le Comte de Séguier.
A. Quantin (p. 155-156).


VII

À TORQUATUS


La neige a disparu, les prés sont verdoyants,
            Aux bois les feuilles renaissent ;
D’aspect la terre change, et les fleuves abaissent
            Leurs flots naguère bruyants.

Les Grâces, sans un voile, osent sur la pelouse
            Avec les Nymphes bondir.

Du néant de nos jours vole nous avertir
            L’année, et l’heure jalouse.

Le froid tombe aux zéphyrs ; le printemps disparaît
            Devant l’été, que l’automne
Met en fuite à son tour ; puis l’hiver monotone
            Succède aux fruits tout d’un trait.

Des lunes cependant se refait la lumière :
            Nous, quand nous allons là-bas
Rejoindre Ancus, Tullas et le père Enéas.
            Nous restons ombre et poussière.

Et qui sait si les dieux d’un nouveau lendemain
            Allongeront notre course ?
Ce qu’on jette aux plaisirs est de moins pour la bourse
            D’un héritier inhumain.

Torquate, une fois mort, lorsque dans l’autre monde
            Ton arrêt sera dicté.
Au jour ne te rendront ni ton austérité,
            Ni ton rang, ni ta faconde.

Car Diane jamais s’exima des enfers
            Le pudibond Hippolyte ;
De son Pirithoüs Thésée, au noir Cocyte,
            Ne pourrait rompre les fers.