Odes (Horace, Séguier)/II/8 - À Barine

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Odes et Épodes et Chants séculaires
Traduction par M. le Comte de Séguier.
A. Quantin (p. 64-65).


VIII

À BARINE


Barine, si quelque peine notoire
Eût châtié tes trahisons un jour,
Si l’on voyait t’affliger en retour
        Ongle terne ou dent noire,


Je te croirais. Mais dès que les serments
Ont engagé cette tête frivole,
Plus belle encor, tu t’avances, l’idole
        D’innombrables amants.

Il te convient d’insulter de ta mère
La cendre éteinte, et les soleils discrets
Des nuits, le ciel entier, les dieux soustraits
        À la faux mortifère.

Vénus sourit elle-même à ce jeu,
Et l’humble nymphe, avec l’Amour hostile
Qui sur un grès sanglant toujours affile
        Ses sagettes de feu.

Pour toi grandit toute notre jeunesse,
Tribut nouveau, quand les premiers en droit,
Jurant de fuir, s’éternisent au toit
        D’une indigne maîtresse.

Mères, barbons, pour leurs taureaux chéris
Te craignent tous, et les vierges qu’enchaîne
Un nœud récent tremblent que ton haleine
        N’emporte leurs maris.