Odes et Ballades/À un passant

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Odes et BalladesOllendorf24 (p. 333-334).


BALLADE DIXIÈME.


À UN PASSANT.


Au soleil couchant
Toi qui vas cherchant
Fortune
Prends garde de choir ;
La terre, le soir
Est brune.

L’océan trompeur
Couvre de vapeur
La dune.
Vois, à l’horizon,
Aucune maison !
Aucune !

Maint voleur te suit ;
La chose est, la nuit,
Commune.
Les dames des bois
Nous gardent parfois
Rancune

Elles vont errer ;
Crains d’en rencontrer
Quelqu’une.
Les lutins de l’air
Vont danser au clair
De lune.

La Chanson du fou.


Voyageur, qui, la nuit, sur le pavé sonore
De ton chien inquiet passes accompagné,
Après le jour brûlant, pourquoi marcher encore :
Où mènes-tu si tard ton cheval résigné ?
 
La nuit ! — Ne crains-tu pas d’entrevoir la stature
Du brigand dont un sabre a chargé la ceinture,
Ou qu’un de ces vieux loups, près des routes rôdants,
Qui du fer des coursiers méprisent l’étincelle,
D’un bond brusque et soudain s’attachant à ta selle,
Ne mêle à ton sang noir l’écume de ses dents ?

Ne crains-tu pas surtout qu’un follet à cette heure
N’allonge sous tes pas le chemin qui te leurre.
Et ne te fasse, hélas ! ainsi qu’aux anciens jours,
Rêvant quelque logis dont la vitre scintille

Et le faisan, doré par l’âtre qui pétille,
Marcher vers des clartés qui reculent toujours ?

Crains d’aborder la plaine où le sabbat s’assemble,
Où les démons hurlants viennent danser ensemble ;
Ces murs maudits par Dieu, par Satan profanés,
Ce magique château dont l’enfer sait l’histoire,
Et qui, désert le jour, quand tombe la nuit noire,
Enflamme ses vitraux dans l’ombre illuminés !

Voyageur isolé, qui t’éloignes si vite,
De ton chien inquiet la nuit accompagné,
Après le jour brûlant, quand le repos t’invite,
Où mènes-tu si tard ton cheval résigné ?


22 octobre 1825.