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Opuscules humoristiques (Wailly)/Bévues, défectuosités, calamités et infortunes de Quilca

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BÉVUES
DÉFECTUOSITÉS, CALAMITÉS ET INFORTUNES
DE
QUILCA[1]


L’ouvrage doit former vingt et un volumes in-quarto.

Commencé le 20 avril 1724. Devant continuer chaque semaine s’il est encouragé.


Pas plus d’une serrure et demie dans toute la maison.

La clef du jardin perdue.

Les bouteilles vides impossibles à nettoyer.

Très-peu de verres et tous fêlés.

La maison neuve tombant en ruine avant d’être finie.

Un gond de la porte de la rue brisé, et les gens forcés de sortir et de rentrer par la porte de derrière.

La porte de la chambre à coucher du Doyen pleine de grandes fentes.

Le garde-manger laissant entrer tant de vent qu’il souffle presque les chandelles.

Le lit du Doyen menaçant chaque nuit de s’effondrer sous lui.

La petite table disjointe et brisée.

Les couloirs ouverts au-dessus de sa tête, par lesquels les chats passent continuellement dans le garde-manger, et accomplissent des vols pour lesquels un d’eux a été jugé, condamné et exécuté par le glaive.

La grande table dans une condition fort chancelante.

Dans toute la maison une seule chaise sur laquelle on puisse s’asseoir, et encore est-elle bien malade.

La cuisine perpétuellement encombrée de sauvages.

Impossible de se procurer le moindre morceau de mouton dans le pays.

Absence de lits, et émeute à ce sujet parmi les domestiques, jusqu’à ce qu’on en ait fait venir de Kells.

Un manque remarquable de tous les ustensiles les plus communs et les plus nécessaires.

Pas un morceau de tourbe par ce temps froid ; et mistress Johnson et le Doyen en personne, avec tous leurs domestiques, obligés d’aider à emporter de la tourbière les fonds mouillés des vieilles briques.

La grille de la chambre à coucher des dames brisée au point de devoir être enlevée, ce qui les a forcées d’être sans feu, la cheminée fumant d’une façon intolérable ; et la houppelande du Doyen employée à intercepter le vent de la cheminée, sans quoi elles seraient mortes de froid.

Un messager envoyé à un mille pour emprunter un vieil entonnoir cassé.

Des bouteilles bouchées avec de petits morceaux de bols et d’étoupe, au lieu de liége.

Pas un ustensile pour le feu, excepté une vieille paire de pincettes, qui voyage dans toute la maison, et est employée aussi à tirer la viande du pot, faute d’une grande fourchette.

Chaque domestique fieffé voleur de tout ce qui se boit et se mange, et chaque allant et venant non moins fieffé voleur de tout ce qui est à sa portée.

La broche, tout épointée à chercher du bois dans les fondrières, déchire la viande.

Bellum atque fœminam, ou guerre de cuisine entre la bonne et une affreuse clique des deux sexes : elle, pour maintenir l’ordre et la propreté ; eux, pour détruire l’un et l’autre ; et généralement ils sont les vainqueurs.

28 avril. Ce matin, la grande porte de devant tout ouverte, allant et venant de tout son poids sur le gond d’en bas, qui se serait brisé si le Doyen n’était venu par hasard à son secours.

Un trou dans le plancher de la chambre des dames, menaçant à toute heure de rompre quelque jambe.

Deux infernales pointes de fer se dressant sur le bois de lit du Doyen, ce qui le met en danger de se casser le tibia lorsqu’il se lève et qu’il se couche.

Les domestiques des dames et du Doyen prenant vite les manières et les habitudes de volerie indigènes ; les dames elles-mêmes très-corrompues ; le Doyen toujours à jeter feu et flammes, et en danger ou de perdre tout ce qu’il a de chair, ou de tomber dans la barbarie par amour de la paix.

Mistress Dingley, pleine de soins pour elle-même, et de négligence et de bévues pour ses amis ; Mistress Johnson malade et sans assistance ; le Doyen sourd et faisant du mauvais sang ; la femme de chambre gauche et pataude ; Robert fainéant et oublieux ; William, un impertinent, ignorant et suffisant faquin ; Robin et la bonne, les deux grands et uniques soutiens de la maison.

Bellum lacteum, ou la guerre lactée entre le Doyen et la clique de Quilca ; celle-ci revendiquant son privilége de ne pas traire avant onze heures du matin ; tandis que mistress Johnson a besoin de lait à huit heures pour sa santé. Dans cette bataille le Doyen a remporté la victoire ; mais la clique de Quilca recommence à se révolter, car il est aujourd’hui près de dix heures, et mistress Johnson n’a pas son lait.

Proverbe sur la paresse et les logements des domestiques :

Plus le taudis empeste,
Et plus au lit on reste.

Deux grands trous dans le mur de la chambre à coucher des dames, juste au chevet du lit, et l’un d’eux précisément derrière l’oreiller de mistress Johnson, et à lui seul capable d’éteindre une chandelle par le temps le plus calme.

  1. Petite maison de campagne que Sheridan avait prêtée au Doyen. Swift a écrit aussi des vers comiques sur Quilca.