Ornithologie du Canada, 1ère partie/Épitre dédicatoire

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Atelier typographique de J.T. Brousseau (p. --III).


À


SIR ÉTIENNE PASCHAL TACHÉ.




Encouragé par des voix amies, l’auteur s’était hasardé à esquisser rapidement, dans les colonnes du Canadien, quelques groupes de l’histoire naturelle du Canada. Séduit sans doute par la nouveauté de la chose et plus encore par l’éclat des tableaux d’Audubon, de Buffon et autres, le public a bien voulu accueillir ce travail avec bienveillance, et la Presse l’a mentionné en termes flatteurs. L’on exprima même le désir de voir le tout réuni sous la forme de brochure, et l’auteur, tout en reconnaissant la responsabilité nouvelle qui allait peser sur lui, n’a pas cru devoir se soustraire au vœu de ses lecteurs. Telle est l’origine de cet ouvrage.

Ce n’est pas un traité complet d’ornithologie, mais un simple narré populaire, où quelques fleurs littéraires ont été à dessein semées sous les pas du lecteur, afin de lui rendre cette nouvelle voie, selon l’expression de Montaigne « une route gazonnée et doux fleurante. » L’idée qui guidait la plume de Wilson et d’Audubon, celle d’écrire l’histoire naturelle d’un pays au point de vue national, cette même idée a constamment inspiré l’auteur, jaloux avant tout de la gloire de sa patrie.

Lorsqu’une nation éminemment utilitaire et pratique comme l’est la république voisine[1] vote, par la voie de son Congrès, un million de piastres pour la publication, aux dépens de l’État, d’un ouvrage qui a trait en grande partie à l’histoire naturelle du pays, il est permis de chercher en cette science, une étude où l’utile l’emporte même sur l’agréable : il est également loisible de croire que si un peuple de calculateurs comme le peuple américain, consent à placer ainsi ses espèces pour l’avancement de la science, la connaissance et le développement des ressources de son territoire, c’est qu’après mûre réflexion, ce peuple intelligent en était venu à conclure que ce placement, tout vaste qu’il était, fructifierait au centuple.

Fort de cette double considération, l’auteur n’a pas craint de préconiser hautement une étude qui est en faveur dans toutes les grandes villes du nouveau monde et qui est de bon goût parmi les élus de la fortune et de l’intelligence.

Cet essai national par sa portée et son inspiration, sous quels auspices plus favorables pourrait-il paraître, que sous les vôtres, Sir Étienne Paschal Taché, vous un des aînés du peuple canadien ; vous, qui naguère présidiez aux destinées de cette grande Province ; vous, enfin dont les succès, et les services rendus au pays, et sur le champ d’honneur et à la tribune, ont mérité de la Souveraine de ces contrées, une solennelle et royale consécration.

Vous me permettrez d’ajouter que, pour l’auteur, c’est plus qu’un hommage au mérite ; c’est aussi un devoir qu’il remplit, mais un devoir d’amitié ; car votre nom, Sir Étienne, s’associe chez lui aux souvenirs les plus doux, aux souvenirs vivaces des jeunes années, de ce temps fortuné dont la plage s’éloigne chaque jour pour nous tous ; ces souvenirs, ne sont-ce pas pour nous « les brises du soir, » ce vent parfumé de la patrie ?

Agréez donc la dédicace de ce petit travail et acceptez en bonne part ce faible tribut de

l’auteur.

Spencer Grange, près Québec, 1er avril 1860.


  1. Le professeur Baird, de Washington, nous écrivait récemment que le Congrès avait voté $1,000,000 pour la publication d’un rapport sur les productions naturelles, le climat et l’histoire naturelle de l’Amérique du Sud.