Ornithologie du Canada, 1ère partie/Le Canard Eider

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Atelier typographique de J.T. Brousseau (p. 89-90).

LE CANARD EIDER.[1]
(Eider Duck.)


Il habite l’extrême nord du Canada, le cercle arctique et « les mers glaciales du pôle, où il niche au milieu des rochers baignés par la mer ». Les Eiders tiennent la mer le long du jour et reviennent à terre vers le soir. Le nid est composé du duvet de l’oiseau et du varech. La femelle se charge seule de l’incubation : le mâle veille dans le voisinage du nid. Le duvet de l’Eider est fort précieux. Lorsque l’« on enlève une première fois » ce duvet ou édredon du nid où il recouvre les œufs, « la femelle se déplume une seconde fois pour en recouvrir son nid, dans lequel elle fait une deuxième ponte ; si l’on dépouille le nid une deuxième fois, une troisième ponte a lieu, mais c’est alors le mâle qui fournit le duvet. Il faut respecter cette dernière couvée, sans quoi la place serait désertée pour toujours. » Ce Canard se rencontre au Labrador et à Terre-Neuve où il couve.

En juin, juillet et août, les Canards disparaissent presque de nos grèves : mais en septembre, ils y reviennent par milliers. Le mode de la migration des Canards en France, d’après Chateaubriand, est assez applicable à nos contrées, moins pourtant les « manoirs gothiques, » car nos manoirs en Canada datent comme l’on sait, de quelques années plus tard que le moyen âge.

Le chantre de Cymodocée, vient de mentionner l’hirondelle, cette fille de rois, comme il l’appelle, qui passe l’été aux ruines de Versailles et l’hiver à celle de Thèbes :

« À peine a-t-elle disparu, dit-il, qu’on voit s’avancer sur les vents du nord une colonie qui vient remplacer les voyageurs du midi, afin qu’il ne reste aucun vide dans nos campagnes. Par un temps grisâtre d’automne, lorsque la bise souffle sur les champs, que les bois perdent leurs dernières feuilles une troupe de canards sauvages, tous rangés à la file, traversent en silence un ciel mélancolique. S’ils aperçoivent du haut des airs quelque manoir gothique environné d’étangs et de forêts, c’est là qu’ils se préparent à descendre : ils attendent la nuit et font des évolutions au-dessus des bois. Aussitôt que la vapeur du soir enveloppe la vallée, le cou tendu et l’aile sifflante, ils s’abattent tout à coup sur les eaux, qui retentissent. Un cri général suivi d’un profond silence, s’élève dans les marais. Guidés par une petite lumière, qui peut-être brille à l’étroite fenêtre d’une tour, les voyageurs s’approchent des murs à la faveur des roseaux et des ombres. Là, battant des ailes et poussant des cris par intervalles, au milieu du murmure des vents et des pluies, ils saluent l’habitation de l’homme. »[2]

Dimensions, 25 × 42.


  1. No. 606. — Somateria mollissima. — Baird.
    Fulicula mollissima. — Audubon.
  2. Génie du Christianisme.