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Pacte de Famille

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Troisième Pacte de Famille


 


15 août 1761



Pacte de Famille[modifier]

Préambule[modifier]

Au nom de la très sainte et indivisible trinité Père, fils et Saint-Esprit, ainsi soit-il.

Les liens du sang qui unissent les deux monarques qui règnent en France et en Espagne, et les sentiments particuliers dont ils sont animés l’un pour l’autre, et dont ils ont donné tant de preuves, ont engagé sa Majesté Très Chrétienne et Sa majesté Catholique à arrêter et conclure entre elles un traité d’amitié et d’Union, sous la dénomination de Pacte de Famille, et dont l’objet principal est de rendre permanent et indissolubles, tant pour leurs dites Majestés, que pour leurs descendants et successeurs, les devoirs qui sont une suite naturelle de la parenté et de l’amitié. L’intention de Sa Majesté Très Chrétienne et de Sa Majesté Catholique en contractant les engagements qu’elles prennent par ce traité, est de perpétuer dans leur postérité les sentiments de Louis Quatorze de glorieuse mémoire, leur commun et auguste bisaïeul, et de faire subsister à jamais un monument solennel de l’intérêt réciproque qui doit être la base des désirs de leurs cours et de la postérité de leurs familles royales. Dans cette vue, et pour parvenir à un but si convenable et si salutaire, Leurs Majestés Très Chrétienne et Catholique ont donné leurs pleins pouvoirs, à savoir : La Majesté Très Chrétienne au Duc de Choiseul, Pair de France, Chevalier de Ses ordres, Lieutenant Général des armées de Sa Majesté, Gouverneur de Touraine, Grand Maître et Surintendant général des Courriers, Postes et Relais de France, Ministre et Secrétaire d’État ayant le département des Affaires Étrangères et de la Guerre ; Et sa Majesté Catholique au Marquis de Grimaldi, Gentilhomme de sa Chambre avec exercice, et son ambassadeur extraordinaire auprès du Roi Très Chrétien ; lesquels informés des dispositions de leurs souverains respectifs et après s’être communiqués leurs pleins pouvoirs sont convenus des articles suivants.


==Article Premier==

Le Roi Très Chrétien et le Roi Catholique déclarent qu’en vertu de leurs intimes liaisons de parenté et d’amitié et par l’union qu’ils contractent par le présent traité, ils regarderont à l’avenir comme leur ennemi toute puissance qui le deviendra de l’une ou de l’autre des deux couronnes

Article deux[modifier]

Les deux Rois contractants se garantissent réciproquement de la manière la plus absolue et la plus authentique tous les Etats, Terres, Iles et Places qu’ils possèdent dans quelque partie du monde que ce soit, sans aucune réserve ni exception, et leur possessions, objet de leur garantie, seront constatées suivant l’état actuel où elles seront au premier moment où l’une et l’autre couronne se trouveront en paix avec toutes les autres puissances.

Article trois[modifier]

Sa Majesté très Chrétienne et Sa Majesté Catholique accordent la même garantie absolue et authentique au Roi des Deux-Siciles et à l’Infant Dom Philipe, Duc de Parme, pour tous les États, Places et Pays qu’ils possèdent actuellement, bien entendu que Sa Majesté Sicilienne et ledit Infant Duc de Parme garantiront aussi de leur part tous les États et Domaines de Sa Majesté Très Chrétienne et de Sa Majesté Catholique.

Article quatre[modifier]

Quoique la garantie inviolable et mutuelle à laquelle Leurs Majestés Très Chrétienne et Catholique s’engagent doive être soutenue de toute leur puissance, et que Leurs Majestés l’entendent ainsi d’après le principe qui est le fondement de ce traité, que, qui attaque une couronne attaque l’autre, cependant, les deux parties contractantes ont jugé à propos de fixer les premiers secours que la puissance requise sera tenue de fournir à la puissance requérante.

Article cinq[modifier]

Il est convenu entre les deux rois que la Couronne qui sera requise de fournir le secours aura dans un ou plusieurs de ses ports, trois mois après la réquisition douze vaisseaux de ligne et six frégates armés à la disposition entière de la Couronne requérante.

Article six[modifier]

La puissance requise tiendra dans le même espace de trois mois à la disposition de la Puissance requérante, dix-huit mille hommes d’infanterie et six mille hommes de Cavalerie si la France est la puissance requise ; l’Espagne, dans le cas ou elle serait la puissance requise, dix mille hommes d’infanterie et deux mille hommes de cavalerie. Dans cette différence de nombre, on a égard à celle qui se trouve entre les troupes que la France a actuellement sur pied et celles qui sont entretenues par l’Espagne, mais s’il arrivait dans la suite que le nombre des troupes sur pied fut égal de part et d’autre, l’obligation serait dès lors pareillement égale de se fournir réciproquement le même nombre. La puissance requise s’engage à assembler celui qu’elle devra fournir et à le mettre à portée de sa destination, sans cependant le faire d’abord sortir de ses états, mais de le placer dans la partie desdits états qui sera indiquée par la partie requérante, afin qu’il y soit plus à portée de l’entreprise ou objet pour lequel elle demandera lesdites troupes, et comme cet emplacement devra être précédé de quelques embarquement, navigation ou marche par terre, le tout s’exécutera aux frais de la puissance requise à qui ledit secours appartiendra en propriété.

Article sept[modifier]

Quant à ce qui regarde la différence dudit nombre de troupes à fournir, Sa Majesté Catholique excepte les cas ou elles seraient nécessaires pour défendre les domaines du Roi des Deux-Siciles son fils, ou ceux de l’Infant Duc de Parme son frère, de sorte que reconnaissent l’obligation de préférence, quoique volontaire, que les liens du sang et de la proche parenté lui importeraient alors, le Roi Catholique, dans ces deux cas, promet de fournir un secours de dix-huit mille hommes d’infanterie et six mille de cavalerie, et même toutes ses forces, sans rien exiger de Sa Majesté Très Chrétienne, que le nombre des troupes au dessus stipulé et les efforts que sa tendre amitié pour les Princes de Son Sang pourra lui inspirer de faire en leur faveur

Article huit[modifier]

Sa Majesté Très Chrétienne excepte aussi de son côté les guerres dans lesquelles elle pourrait entrer ou prendre part en conséquence des engagements qu’elle a contractés par les Traités de Westphalie et autres alliances avec les puissances de l’Allemagne et du Nord, et considérant que lesdites guerres ne peuvent intéresser en rien la Couronne d’Espagne, Sa Majesté Très Chrétienne promet de ne point exiger aucun secours du Roi Catholique à moins cependant que quelque puissance maritime ne prit part aux dites guerres ou que les évènements ne fussent si contraires à la France, qu’elle se vit attaqué dans son propre pays par terre, et dans ce dernier cas, Sa Majesté Catholique promet au Roi Très Chrétien de lui fournir sans aucune exception non seulement les susdits dix mille hommes d’infanterie et deux mille hommes de cavalerie, mais aussi de porter en cas de besoin, ce secours jusqu’à dix huit mille hommes d’infanterie et six mille de cavalerie, ainsi qu’il a été stipulé par rapport au nombre à fournir au Roi Catholique par Sa Majesté Très Chrétienne, Sa Majesté Catholique s’engageant, si le cas arrive, de n’avoir aucun égard à la disproportion qui se trouve entre les forces de terre de la France et celles de l’Espagne.

Article neuf[modifier]

Il sera libre à la puissance requérante d’envoyer un ou plusieurs commissaires choisis parmi ses sujets, pour s’assurer par eux même que la Puissance requise a rassemblé dans les trois mois à compter de la réquisition et tient dans un ou plusieurs de ses ports les douze vaisseaux de ligne et les six frégates armés en guerre, ainsi que le nombre stipulé de troupes de terre, le tout prêt à marcher.

Article dix[modifier]

Lesdits vaisseaux, frégates et troupes agiront selon la volonté de la puissance qui en aura besoin et qui les aura demandés, sans que sur les motifs ou sur les objets indiqués pour l’emploi desdites forces de terre et de mer, la puissance requise puisse faire plus d’une seule et unique représentation.

Article onze[modifier]

Ce qui vient d’être convenu aura lieu toutes les fois que la Puissance requérante demanderait le secours pour quelque entreprise offensive ou défensive de terre ou de mer, d’une exécution immédiate, et ne doit pas s’entendre pour les cas où les vaisseaux et frégates de la Puissance requise iraient s’établir dans quelques ports de ses états, puisqu’il suffira alors qu’elle tienne ses forces de terre et de mer prêtes dans les endroits de ses domaines qui seront indiqués par la puissance requérante comme plus utiles à ses vues.

Article douze[modifier]

La demande que l’un des deux souverains fera à l’autre des secours stipulés par le présent traité, suffira pour constater le besoin d’une part, et l’obligation de l’autre de fournir ledit secours, sans qu’il soit nécessaire d’entre dans aucune explication de quelque espèce qu’elle puisse être, ni sous quelque prétexte que ce soit pour étudier la plus prompte et la plus parfaite exécution de cet engagement.

==Article treize==

En conséquence de l’article précédent, la discussion du cas offensif ou défensif ne pourra point avoir lieu par rapport aux douze vaisseaux, aux six frégates et aux troupes de terre à fournir, ces forces devant être regardés dans tous les cas, et trois mois après la réquisition, comme appartenant en propriété à la puissance qui les aura requises.

Article quatorze[modifier]

La puissance qui fournira le secours soit en vaisseaux et frégates, soit ne troupes, les payera partout où son allié les fera agir, comme si ces forces étaient employées directement pour elle-même, et la puissance requérante sera obligée, soit que lesdits vaisseaux, frégates ou troupes restent peu ou longtemps dans ses ports, de les faire pouvoir de tout ce dont elles auront besoin, au même prix que si elles lui appartenaient en propriété, et à les faire jouir des mêmes prérogatives et privilèges dont jouissent ses propres troupes. Il a été convenu que dans aucun cas lesdites troupes ou vaisseaux ne pourront être à la charge de la puissance à qui ils seront envoyés, et qu’ils subsisteront à la disposition pendant toute la durée de la guerre dans laquelle elle se trouvera engagée.

==Article quinze==

Le Roi Très Chrétien et le Roi Catholique s’obligent à tenir complets et bien armés les vaisseaux, frégates et troupes que leurs majestés se fourniront réciproquement, de sorte qu’aussitôt que la puissance requise aura fourni les secours stipulés par les articles cinq et six du présent traité, elle fera armer dans ses ports un nombre suffisant de vaisseaux, pour remplacer sur le champ ceux qui pourraient être perdus par les évènements de la guerre ou de la mer : cette même puissance tiendra également prêter les recrues et les réparations nécessaires pour les troupes de terre qu’elle aura fournies.

Article seize[modifier]

Les secours stipulés dans les articles précédents, selon le temps et la manière qui a été expliquée, doivent être considérés comme une obligation inséparable des liens de parenté et d’amitié, et de l’union intime que les deux monarques contractant désirent de perpétuer entre leurs descendants, et ces secours stipulés seront ce que la puissance requise pourra faire de moins pour la puissance qui en aura besoin, mais comme l’intention des deux rois est que la guerre commençant pour ou contre l’une des deux couronnes doit devenir propre et personnelle à l’autre, il est convenu que dès que les deux se trouveront en guerre déclaré contre le même ou les mêmes ennemis, l’obligation desdits secours stipulés cessera, et à la place succédera pour les deux couronnes l’obligation de faire la guerre conjointement en y employant toutes leurs forces, et pour cet effet, les deux hautes parties contractantes feront alors entre elles des conventions particulières relatives aux circonstances de la guerre dans laquelle elles se trouveront engagées, concerteront et détermineront leurs efforts et leurs avantages respectives et réciproques, comme aussi leurs plans et opérations militaires et politiques, et ces conventions étant faites, les deux rois les exécuteront ensemble d’un commun et parfait accord.

Article dix-sept[modifier]

Leurs Majestés Très Chrétienne et Catholique s’engagent et se promettent pour le cas où elles se trouveraient en guerre, de n’écouter ni faire aucune proposition de paix, de ne la traiter ni conclure avec l’ennemi ou les ennemis qu’elles auront, que d’un accord et consentement mutuel et commun, et de se communiquer réciproquement tout ce qui pourrait venir à leur connaissance qui intéresserait les deux couronnes, et en particulier sur l’objet de la pacification, de sorte qu’en guerre comme en paix, chacune des deux couronnes regardera comme ses propres intérêts ceux de la couronne son alliée.

Article dix-huit[modifier]

En conformité de ce principe et de l’engagement contracté en conséquences, Leurs Majestés Très Chrétienne et Catholique sont convenues que lorsqu’il s’agira de terminer par la paix la guerre qu’elle auront soutenue en commun, elles compenseront les avantages que l’une des deux puissances pourrait avoir eus avec les pertes que l’autre aurait pu faire ; de manière que, sur les conditions de la paix, ainsi que sur les opérations de la guerre, les deux monarchies de France et d’Espagne, dans toute l’étendue de leur domination, seront regardées et agiront comme si elles ne formaient qu’une seule et même puissance.

Article dix-neuf[modifier]

Sa Majesté le Roi des Deux-Siciles ayant les mêmes liaisons de parenté et d’amitié, et les mêmes intérêts qui unissent intimement leurs Majesté Très Chrétienne et Catholique, Sa Majesté Catholique stipule pour le Roi des Deux-Siciles son fils, et l’oblige à lui faire ratifier tant pour lui que pour ses descendants à perpétuité touts les articles du présent traité, bien entendu que pour ce qui regarde la proportion des secours à fournir par Sa Majesté Sicilienne, ils seront déterminés dans son acte d’accession audit traité, suivant l’étendue de sa puissance.

Article vingt[modifier]

Leurs Majestés Très Chrétienne, Catholique et Sicilienne s’engagent non seulement à concourir au maintien et à la splendeur de leurs royaumes dans l’état où ils se trouvent actuellement, mais encore à soutenir sur tous les objets, sans exception, la dignité et les droits de leurs maisons, de sorte que chaque Prince qui aura l’honneur d’être issu du même sang, pourra être assuré en toute occasion, de la protection et de l’assistance des trois couronnes.

Article vingt-et-un[modifier]

Le présent traité devant être regardé ainsi qu’il a été annoncé dans le préambule comme un pacte de famille entre toutes les branches de l’auguste Maison de Bourbon, nulle autre puissance que celles qui seront de cette maison ne pourra être invitée ni admise à y accéder.

Article vingt-deux[modifier]

L’amitié étroite qui unit les monarques contractants et les engagements qu’ils prennent par ce traité, les déterminent aussi à stipuler que leurs états et sujets respectifs participeront aux avantages et à la liaison établie entre les souverains, et Leurs Majestés se promettent de ne pas souffrir qu’en aucun cas, ni sous quelque prétexte que ce soit, leurs dits états et sujets puissent rien faire ou entreprendre de contraire à la parfaite correspondance qui doit subsister inviolablement entre les trois couronnes

Article vingt-trois[modifier]

Pour cimenter d’autant plus cette intelligence et ces avantages réciproques entre les sujets des deux couronnes, il a été convenu que les espagnols ne seront plus réputés aubains en France, et en conséquence, Sa Majesté Très Chrétienne s’engage à abolir en leur faveur le droit d’aubaine, en sorte qu’ils pourront disposer par testament, donation ou autrement, de tous les biens, sans exception, de quelque nature qu’ils soient, qu’ils posséderont dans son royaume et que leurs héritiers sujets de Sa Majesté Catholique, demeurant tant en France qu’ailleurs, pourront recueillir leurs successions, même ab intestat, soit par eux-mêmes, soit par leurs procureurs ou mandataires, quoiqu’il n’aient point obtenu de lettres de naturalité, et les transporter hors des états de Sa Majesté Très Chrétienne, nonobstant toutes lois, édits, statuts, coutumes ou droits contraires, auxquels Sa Majesté Très Chrétienne déroge autant que le besoin serait. Sa Majesté Catholique s’engage de son côté à faire jouir des mêmes privilèges, et de la même manière dans tous les états et pays de sa domination tous les français et sujets de Sa Majesté Très Chrétienne par rapport à la libre disposition des biens qu’ils posséderont dans toute l’étendue de la monarchie espagnole, de sorte que les sujets des deux couronnes seront généralement traités en tout et pour tout, ce qui regarde cet article dans les pays des deux dominations, comme les propres et naturels sujets de la puissance dans les états de laquelle ils résideront. Tout ce qui est dit ci-dessus par rapport à l’abolition du droit d’aubaine et aux avantages dont les français doivent jouir dans les états du Roi d’Espagne en Europe et les espagnols en France, est accordé aux sujets du Roi des Deux-Siciles, qui sont compris aux mêmes conditions dans cet articles, et réciproquement, les sujets de Leurs Majestés Très Chrétienne et Catholique jouiront des mêmes exemptions et avantages dans les états de Sa Majesté Sicilienne.

Article vingt-quatre[modifier]

Les sujets des hautes parties contractantes seront traités relativement au commerce et aux impositions dans chacun des deux royaumes en Europe, comme les propres sujets du pays où ils aborderont ou résideront ; de sorte que le pavillon espagnol jouira en France des mêmes droits et prérogatives que le pavillon français, et pareillement que le pavillon français sera traité en Espagne avec la même faveur que le pavillon espagnol. Les sujets des deux monarchies, en déclarant leurs marchandises, payeront les mêmes droits qui seront payés par les nationaux. L’importation et l’exportation leur sera également libre, comme aux sujets naturels, il n’y aura pas de droit à payer de part et d’autre, que ceux qui seront perçus sur les propres sujets du souverain, ni de matière sujettes à confiscation que celles qui seront prohibées aux nationaux eux-mêmes ; et pour ce qui regarde ces objets, tous traités, conventions ou engagements antérieurs entre les deux monarchies resteront abolies. Bien entendu que nulle autre puissance étrangère ne jouira en Espagne non plus qu’en France d’aucun privilège plus avantageux que celui des deux nations. On observera les mêmes règles en France et en Espagne à l’égard du Pavillon et des sujets du Roi des Deux-Siciles, et Sa Majesté Sicilienne les fera réciproquement observer à l’égard du pavillon et des sujets des couronnes de France et d’Espagne.

==Article vint-cinq==

Si les hautes parties contractantes font dans la suite quelque traité de commerce avec d’autres puissances et leur accordent, ou leur ont déjà accordé dans leurs ports ou états le traitement de la nation la plus favorisée, on préviendra lesdites puissances que le traitement des espagnols en France et dans les Deux-Siciles, des français en Espagne et pareillement dans les Deux-Siciles, et des Napolitains et Siciliens en France et en Espagne sur le même objet, est excepté à cet égard et ne doit point être cité ni servir d’exemple, Leurs Majestés très Chrétienne, Catholique et Sicilienne ne voulant faire participer aucune autre nation aux privilèges dont elles jugent convenables de faire jouir réciproquement leurs sujets respectifs.

Article vingt-six[modifier]

Les hautes parties contractantes se confieront réciproquement toutes les alliances qu’elles pourront former dans la suite et les négociations qu’elles pourront suivre, surtout lorsqu’elles auront quelques rapports avec leurs intérêts communs. En conséquence, Leurs Majestés Très Chrétienne, Catholique et Sicilienne ordonneront à toutes les ministres respectifs qu’elles entretiennent dans les autres cours de l’Europe, de vivre entre eux dans l’intelligence la plus parfaite et avec la plus entière confiance, afin que toutes les démarches faites au nom de quelqu’une des trois couronnes tendent à leur gloire et à leurs avantages communs, et soient un gage constant de l’intimité que Leurs dites Majestés veulent établir et perpétuer entre elles.

Article vingt-sept[modifier]

L’objet délicat de la Préséance dans les actes, fonctions et cérémonies publiques est souvent un obstacle à la bonne harmonie et à l’intime confiance qu’il convient d’entretenir entre les ministres respectifs de France et d’Espagne, parce que ces sortes de discussions, quelque tournure qu’on prenne pour les faire cesser, indisposent les esprits. Elles étaient naturelles quand les deux couronnes appartenaient à des princes de deux différentes maisons, mais actuellement, et pour tout le temps pendant lequel la divine Providence a déterminé de maintenir sur les deux trônes des souverains de la même maison, il n’est pas convenable qu’il subsiste entre eux une occasion continuelle d’altercation et de mécontentement. Leurs Majestés Très Chrétienne et Catholique font convenir en conséquence de faire entièrement cesser cette occasion en fixant pour règle invariable à leurs ministres revêtus du même caractère, tant dans des cours étrangères que dans les cours de famille, comme font présentement celles de Naples et de parmes, les ministres du Monarque chef de la maison auront toujours la préséance dans quelque acte fonction ou cérémonie que ce soit, laquelle préséance sera regardé comme une suite de l’avantage de la naissance, et que dans toutes les autres cours, le ministre soit de France, soit d’Espagne qui sera arrivé le dernier, ou dont la résidence sera plus récente, cédera au ministre de l’autre couronne et de même caractère qui sera arrivé le premier, ou dont la résidence sera la plus ancienne, de façon qu’il y aura désormais à cet égard une alternative constante et fraternelle, à laquelle aucune autre puissance ne pourra ni ne devra être admise, attendu que cet arrangement qui est uniquement une suite du présent Pacte de Famille, cesserait, si des princes de la même maison n’occuperaient plus les trônes des deux monarchies, et qu’alors, chaque couronne rentrerait dans ses droits ou prétentions à la préséance. Il a été convenu aussi que si par quelque acte fortuit, des ministres des deux couronnes arrivent précisément en même temps dans une cour, autre que celles de famille, le ministre du souverain chef de la maison précédera à ce titre le ministre du souverain cadet de la même maison.

Article vingt-huit[modifier]

Le présent traité ou pacte de famille sera ratifié et les ratifications en seront échangées dans le terme d’un mois ou plus si faire ce peut, à compter du jour de la signature dudit traité. En foi de quoi, nous ministres plénipotentiaires de Sa Majesté Très Chrétienne et de Sa Majesté Catholique, soussignés, en vertu des pleins pouvoirs qui sont transcrits littéralement et fidèlement au bas de ce présent traité, nous l’avons signés et y avons apposé les cachets de nos armes.

Fait à Paris le Quinzième août mil sept cent soixante et un Signé le duc de Choiseul et à gauche au bas du texte espagnol signé El Marquis de Grimaldi. Au dessous de chaque signature sont les armes des deux ministres

Suivent les actes des pleins pouvoirs des deux ministres plénipotentiaires



Convention Secrète[modifier]

Toute l’Europe doit connaître à présent le danger auquel l’équilibre maritime est exposé, si on considère les ambitieux projets de la Cour Britannique et le despotisme qu’elle cherche à s’arroger sur toutes les mers. La nation anglaise le démontre clairement dans tous ses procédés, et en particulier depuis dix années qu’elle veut se rendre maitresse absolue de la navigation et ne laisser à toutes les autres qu’un commerce passif et précaire. Dans cette vue, elle commença et soutient la présente guerre contre la France, et avec la même, son ministère s’est obstiné à ne point vouloir restituer les usurpations que les anglais ont faites sur les domaines espagnols en Amérique, et à s’approprier le privilège exclusif de la pêche de la morue et d’autres droits qui ne sont fondés que sur une tolérance temporelle. Le Roi Très Chrétien soutient et soutiendra la guerre, et le Roi Catholique est résolu de la leur faire par une juste opposition à ces orgueilleux desseins

no match[modifier]

si la couronne britannique ne se prête pas à la paix que Sa Majesté Très Chrétienne lui offre à des conditions ; et si elle ne satisfait point aux plaintes fondées de Sa Majesté Catholique dans les termes qui lui sont dus, et afin de rendre uniformes leurs respectives négociations pacifiques ou pour en tout cas que celles-ci rencontrent dans les anglais une opiniâtre résistance à la réconciliation, à joindre leur forces contre eux. Leurs Majestés ont jugé convenable d’établir une convention particulière limitée aux circonstances présentes dans le terme même qu’elles établissent un Pacte perpétuel de Famille, lequel, avec l’aide de Dieu, doit rendre heureuses et glorieuses toutes leurs branches de même que les nations, qu’elles puissent gouverner de longs siècles, conformément à la résolution déterminée des souverains respectifs et en vertu de l’étendue qu’il y a pour traiter et ajuster cette convention temporelle en même temps que le susdit Pacte perpétuel de Famille, dans les pleins pouvoirs accordés, à savoir Sa Majesté Catholique au Marquis de Grimaldi et Sa Majesté Très Catholique au Duc de Choiseul, ils ont convenu et accordé les articles suivants :

Article 1[modifier]

Au cas que l’Angleterre se refuse aux conditions modérées auxquelles la France s’est offerte à la Paix et que celle-ci ne soit pas conclue le 1er mai de l’année prochaine 1762, le Roi Catholique offre au Roi Très Chrétien de déclarer ouvertement la guerre aux anglais le susdit jour 1er mai 1762 et de la leur faire avec toutes ses forces.

Article 2[modifier]

De son côté, le Roi Très Chrétien offre au Roi Catholique de comprendre dans ses négociations de Paris à Londres les intérêts qu’actuellement traite dans la dite cours de Madrid, afin que les anglais restituent les prises qu’ils lui ont faites pendant la présente guerre contre la neutralité de l’Espagne, afin qu’ils avouent le droit des Espagnols de pouvoir aller à la pêche de la morue à Terre Neuve, et afin qu’ils sortent des établissement qu’ils ont usurpé sur la côte espagnole de terre ferme en Amérique, et d’unir les affaires de la France avec celles de l’Espagne de façon que Sa Majesté Très Chrétienne n’admettra aucun accommodement ni ne suspendra la guerre sans que le Roi Catholique se déclare content de l’issue et de la conclusion des siennes.

Article 3[modifier]

Si par une suite des engagements pris par les deux monarques contractés dans les deux articles précédents, ils se trouvent dans une guerre ouverte contre les anglais le 1er mai 1762, ils promettent de la faire de bonne foi, de convenir des opérations avant de les entreprendre, apportant un esprit fidèle et constant pour que pertes ou avantages soient communs, et pour se récompenser réciproquement au temps de la Paix, les uns avec les autres comme s’il ne s’agissait que d’une seule Puissance qui les eut fait.

Article 4[modifier]

Conséquemment à ceci, les deux monarques contractants se promettent mutuellement dans le susdit cas de guerre de ne point ajuster ni paix ni trêve avec l’Angleterre si ce n’est en même temps et d’un commun consentement, et de se communiquer fidèlement et promptement telles propositions que ce soit, directes ou indirectes, tendant à la paix, qu’on fasse à l’une ou à l’autre.

Article 5[modifier]

Si le susdit jour 1er mai 1762, Sa Majesté Très Catholique n’eut pas conclu sa paix avec le Roi d’Angleterre, comme le cas de l’offre que Sa Majesté Très Chrétienne promet à Sa Majesté Catholique de lui remettre de ce même moment l’Île de Minorque avec la Place de Mahon qu’il a conquise sur les anglais, convenant les deux monarques secrètement d’avance, afin que des troupes espagnoles passent l’occuper, et que les troupes françaises qui y seront en garnison se retirent, Sa Majesté Catholique conservera en dépôt la susdite ile et place pendant la guerre, et Sa Majesté Très Chrétien consent que la Monarchie espagnole recouvre, à la paix, cette possession qui en a été démembré si Dieu béni leurs armés combinés de façon qu’elles ne fussent point obligées à la restituer.

Article 6[modifier]

La première chose que les deux Hauts Contractants devront faire, le cas arrivant de se joindre pour la guerre contre les anglais, de tacher que le Roi Très Chrétien se joigne à lui comme il le doit, puisque ses sujets souffrent plus que les autres du joug que la nation anglaise cherche à mettre à toutes celles qui ont une navigation et qui possèdent des domaines outre-mer. Il ne serait point juste que l’Espagne se sacrifient à l’avantage du Portugal et que celui-ci, non seulement ne les aide point, mais qu’il continue à enrichir son ennemi et à lui donner asile dans ses ports. Dans cette ferme supposition, ils leur déclareront, en cas qu’il donne lieu d’en venir à cette extrémité, qu’il est indispensable qu’il ne reste point indifférent dans la guerre, mais on doit espérer qu’il se rendra plutôt à la raison et aux persuasions des deux monarques contractants, et en particulier du Roi Catholique, en égard à la parenté immédiate et à la sincère amitié qui les unit.

Article 7[modifier]

Il y a d’autres puissances maritimes intéressées à abattre l’orgueil des anglais par les raisons qui ont été alléguées, mais dont l’indifférence n’est pas si préjudiciable aux deux contractants, ni si irrégulière que celle du Portugal. C’est pourquoi, si quelque autre veulent prendre part dans la querelle, on l’écoutera et on l’admettra de commun accord, mais on ne l’y obligera point.

Article 8[modifier]

Il peut arriver que la Cour Britannique s’empresse à déclarer la guerre à l’Espagne sur les soupçons ou jalousies que pourrait lui causer l’union de ses affaires à celles de la France, comme il a été stipulé dans l’article second. Les deux Hauts Contractants déclarent que soit par cette raison ou pour telle autre que l’Espagne entre en guerre avec l’Angleterre conjointement avec la France avant l’époque déterminée du 1er mai 1762, se vérifient également et doivent avoir lieu les obligations réciproques contractées dans tous les articles précédent de la même façon que si la guerre à l’Espagne lui était venu pour avoir été déclaré en vertu de l’article premier le susdit jour 1er mai 1762.

Article 9[modifier]

Comme il convient à la dignité et à la sureté de l’Infant Don Philippe, Duc de Parme, Frère du Roi Catholique, Beau-fils et Cousin du Roi Très Chrétien, sauver le point de la réversion du Plaisantin que le Roi de Sardaigne réclame, se fondant sur le Traité d’Aix-la-Chapelle, les deux monarques promettent par amitié pour le susdit Infant Duc, de lui procurer quelque récompense proportionnée au droit et, de plus, Sa Majesté Très Chrétienne, parce qu’elle l’a offert à Sa Majesté Sarde, et Sa Majesté Catholique pour faire honneur à l’offre de Sa Majesté Très Chrétienne.

Article 10[modifier]

La nature des articles de cette convention d’elle-même qu’ils doivent être conservés secrets. Les deux Hauts Contractants se le promettent ainsi l’un à l’autre, et si quelque jour, il convenait de la communiquer en tout ou en partie, cela devra être d’un consentement réciproque.

Article 11[modifier]

Cette convention sera ratifiée par les deux Hauts Contractants et les ratifications échangées dans le terme d’un mois, ou plus tôt si faire se peut.