Page:Œuvres philosophiques de Leibniz, Alcan, 1900, tome 2.djvu/99

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imperfection originale dans la créature avant le péché, parce que la créature est limitée essentiellement, d’où vient qu’elle ne saurait savoir, et qu’elle se peut tromper et faire d’autres fautes. Platon a dit dans le Timée que le monde avait son origine de l’entendement joint à la nécessité. D’autres ont joint Dieu et la nature. On y peut donner un bon sens. Dieu sera l’entendement, et la nécessité, c’est-à-dire la nature essentielle des choses, sera l’objet de l’entendemenf, en tant qu il conciste dans les vérités éternelles. Mais cet objet est interne et se trouve dans l’entendement divin. Et c’est là-dedans que se trouve non seulement la forme primitive du bien, mais encore l’origine du mal : c’est la région des vérités éternelles qu’il faut mettre à la place de la matière, quand il s’agit de chercher la source des choses. Cette région est la cause idéale du mal, pour ainsi dire, aussi bien que du bien ; mais, à proprement parler, le formel du mal n’en a point d’efficiente, car il consiste dans la privation, comme nous allons voir, c’est-à-dire dans ce que la cause efficiente ne fait point. C’est pourquoi les scolastiques ont coutume d’appeler la cause du mal déficiente.

21 On peut prendre le mal métaphysiquement, physiquement et moralement. Le mal métaphysique consiste dans la simple imperfection, le mal physique dans la souffrance, et le mal moral dans le péché. Or quoique le mal physique et le mal moral ne soient point nécessaires, il suffit qu’en vertu des vérités éternelles ils soient possibles. Et comme cette région immense des vérités contient toutes les possibilités, il faut qu’il y ait une infinité de mondes possibles, que le mal entre dans plusieurs d’entre eux, et que même le meilleur de tous en renferme ; c’est ce qui a déterminé Dieu à permettre le mal.

22 Mais quelqu’un me dira : Pourquoi nous parlez-vous de permettre ? Dieu ne fait-il pas le mal, et ne le veut-il pas ? C’est ici qu’il sera nécessaire d’expliquer ce que c’est que permission, afin que l’on voie que ce n’est pas sans raison qu’on emploie ce terme. Mais il faut expliquer auparavant la nature de la volonté, qui a ses degrés : et dans le sens général, on peut dire que la volonté consiste dans l’inclination à faire quelque chose à proportion du bien qu’elle renferme. Cette volonté est appelée antécédente, lorsqu’elle est détachée, et regarde chaque bien à part en tant que bien. Dans ce sens, on peut dire que Dieu tend à tout bien en tant que bien, ad perfectionem simpliciter simplicem, pour parler scolastique ; et cela par