Page:Quevedo - Don Pablo de Segovie.djvu/122

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employâmes la journée en discours extravagants et à rendre les visites aux grands personnages avec qui nous avions dîné la veille.

Mon oncle passa la soirée à jouer aux osselets avec le porcher et le quêteur. Ce dernier jouait les messes, comme si c’eût été autre chose. Il fallait voir aussi comment ils se disputaient l’osselet, l’attrapant en l’air à celui qui le jetait et puis le rejetant après l’avoir agité dans le creux de la main par le mouvement du poignet. Ils tiraient de l’osselet pour la soif le même parti que des cartes, ayant toujours entre eux un pot de vin. La nuit venue on se sépara, et nous nous couchâmes, mon oncle et moi, chacun dans un lit, parce qu’il avait eu soin de se procurer un matelas pour moi.

À la pointe du jour je me levai doucement avant qu’il fût éveillé, je fermai la porte par dehors, je jetai la clef dans la chambre par une chatière et je m’en allai, sans qu’il eût rien entendu, m’enfermer dans une hôtellerie et attendre une commodité pour retourner à Madrid. Je laissai chez lui une lettre cachetée par laquelle je l’informais de mon départ et des raisons qui m’y déterminaient, le prévenant de ne point faire de recherches après moi, parce que j’étais décidé à ne le revoir de ma vie.