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LE VOTE DES FEMMES

existe est un suffrage de fantaisie, qui n’autorise à voter qu’une petite minorité de la nation. Il exclut en bloc toutes les femmes, les savantes comme les autres Françaises. Il exclut le grand nombre d’hommes qui sont militaires, marins, voyageurs, touristes ou privés par jugement de leurs droits politiques.

En se déplaçant, l’électeur perd sa souveraineté…

Est-ce que le papier-pouvoir ne devrait pas, comme le papier-monnaie, avoir cours partout ?

Le suffrage réduit, faussé, fraudé ne donne pas même une vague idée de ce que sera le suffrage réellement universel.

Les votes émis ont si peu de poids, les électeurs ont si peu d’autorité, qu’à chaque élection, les candidats rejetés par eux – pourvu qu’ils soient gouvernementaux – sont ramassés par les ministres, qui font un pied de nez aux électeurs souverains, en hissant à de bonnes places les blackboulés.

Si les élections les plus républicaines ne donnent que des résultats stériles, si le suffrage fait faillite aux engagements pris en son nom, c’est parce qu’il ne s’appuie que sur une convention, au lieu de tirer sa puissance de la force du nombre.

Avec le suffrage restrictif, dénaturé qui existe, l’électeur n’a que l’illusion de la souveraineté ; tandis qu’avec le suffrage universel, c’est-à-dire englobant la nation entière, les femmes comme les hommes, l’électeur aura la matérialité de la souveraineté.