Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/223

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LIGNIÈRES.

J’ai prétendu que j’avais laissé tomber de ma poche un journal français… Tous ont paru y croire, sauf votre ami, je pense…


THYRA.

Il a peut-être compris, mais il ne se dérangera pas pour cela, soyez-en sûr.


LIGNIÈRES.

On dirait que cela vous contrarie… Ce n’est pourtant pas une provocation, un duel, que vous cherchez ! Alors ? Pour que vous me demandiez d’être, non sans danger, à vos côtés, en ce moment, il faut qu’il y ait une raison. Expliquez-moi à quoi vous sert ma présence, en ce moment.


THYRA, (avec tout à coup une sombre énergie.)

Je veux profiter du hasard de votre rencontre, après deux ans d’absence. Elle sera justement l’occasion qui va m’éclairer, me faire connaître où nous en sommes de notre amour. Je saurai bien ce qu’il y a sous son attitude glacée et, derrière l’homme, je démasquerai l’amant. Voilà pourquoi je ne vous lâche pas, aujourd’hui, mon petit Lignières… ne vous en déplaise !


LIGNIÈRES.

Soit, je me prête et même je m’offre avec crânerie à cette épreuve.


THYRA.

Mais ce sera pour plus tard, ce soir, sur le pont du yacht, ou demain… Voyez, il ne vient nullement, il ne s’est pas soucié de votre retour !… N’attendons pas plus longtemps… J’en suis pour mes frais d’énergie… et, chemin faisant, nous…