Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/231

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Un soir, j’ai trouvé dans votre buvard une lettre commencée, une lettre à un vieux parent, inquiète, agitée ; vous lui demandiez, à lui qui avait connu vos antécédents, s’il n’y avait pas trace de phtisique dans votre famille…


LIGNIÈRES.

Phtisique !


PHILIPPE.

Elle ne sait plus que délirer, vous voyez bien.


THYRA.

Allons, Philippe ne proteste pas ! Tu fais tous tes loyaux efforts pour te surmonter… Mais je suis celle qui contamine ! Nous y voilà donc, Philippe… Je l’ai enfin votre détestable pitié… Demain, quand les heures terribles viendront, j’aurai peut-être votre dégoût, je verrai votre envie saine de respirer ailleurs, de fuir…


LIGNIÈRES.

Assez, par grâce, mon amie… ne vous animez pas ainsi à plaisir ! Épargnez-vous tous deux.


THYRA.

Oh ! maintenant, qu’est-ce que je risque ? Je te le crie, Philippe : une affection passerait dans ma vie, je ne vais pas jusqu’à croire que tu en serais heureux, mais tu fermerais les yeux inconsciemment, dans l’espoir que quelque chose de plus fort que ta volonté me prît à toi. Je le sais, tu formes des projets qui dépassent le terme de mon existence.


PHILIPPE.

Ah ! l’abomination de ce que j’entends !… Quelle injuste clameur sort de vous tout à coup ! Vous vous trompez ! Je suis prêt à continuer, Thyra ! Je vous aime toujours. N’ai-je pas suivi