Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 8, 1922.djvu/245

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MAURICE.

Ah ! oui, gosse !… Hein, crois-tu ?… À mon âge, attacher de l’importance à des sentimentalités de ce genre ! Suis-je assez godiche ?…


ALINE.

Sans compter que c’était sûr ! Je le savais tellement, qu’une fois qu’elle n’aurait plus besoin de toi…


MAURICE.

Ne crois pas à un calcul de sa part, ne le crois pas ! C’est la force des choses !… Si j’avais senti que je pouvais être quelque chose pour elle, est-ce que je n’aurais pas cherché à l’amener un peu à moi ? Je ne l’ai même pas tenté. Seulement, tous ces événements nous avaient malgré tout rapprochés, quand je l’avais vue souffrir ainsi ! Ç’avait été pour moi une si grande révolution ! Je m’étais mis à l’aimer tellement, de toute cette tendresse refoulée qu’il me semblait qu’en se raccrochant à moi, d’une façon si désespérée et parfois si tendre, elle trouvait en même temps son amour !… Et m’apercevoir par trois mots, là, que c’était tout de même du néant… c’est très cruel, va !… Voilà… maintenant c’est comme avant… La vie nous avait serrés l’un contre l’autre, une seconde… Il en était sorti des choses admirables… mais condamnés à l’avance, parbleu ! Je la perds comme autrefois, plus peut-être, car il y aura entre nous le souvenir de trop de paroles dites ! Et demain, quand elle sera heureuse avec lui, elle me portera peut-être de la rancune au fond de son cœur, pour avoir osé toucher à son idole !… Ah ! la machine humaine ! Il faut la prendre comme elle est, et se dire que, ce coup de cœur… c’était une chose puérile… puérile… à quel point !… Et il n’y a rien de plus grotesque au monde qu’un