Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 8, 1922.djvu/246

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homme qui pleure parce qu’il a encore besoin de sa maman.


ALINE, (le tirant à elle sur la chaise longue.)

Comment peux-tu dire une chose pareille ! C’est tellement toi, ce cri-là… et c’est tellement pour ça que je t’aime ! (Elle lui prend la tête et l’appuie à son épaule.) Nous ne nous sommes jamais dit des choses bien graves… On bêtifie tant dans la vie ! Mais, au fond, nous nous comprenons tellement !… Nous savons pourquoi nous nous aimons, n’est-ce pas, mon petit Maurice ? Tu as toujours eu besoin d’être dorloté… Tu as toujours eu du regret… Eh bien, toute ta vie, maintenant, toute ta vie, Maurice, c’est moi qui serai ta maman, va !… moi qui te donnerai le courage… et tu verras qu’on pourra être très heureux. (Ils sont là, sur le bout de la chaise longue, tout petits et serrés l’un contre l’autre. Maternellement elle le cajole et le berce presque.) Et puis, c’est peut-être une affaire de temps ! Quand sa colère à lui sera calmée… C’est sans doute surtout à cause de sa fille qu’il t’éloigne ; il a peur ! (Souriant avec fierté.) Il ne te connaît pas, il a tout cru, lui !…


MAURICE.

Non, non, c’est un bulletin d’exil que je vais signer, d’exil doré et voilà tout ! Il le dissimulera à ma mère, mais il me hait, il me haïra toujours d’une haine atroce, définitive… Quand deux hommes se sont colletés, comme nous, se sont vomi ce qu’ils avaient sur le cœur, c’est fini. On n’efface pas ces paroles-là, ni les paroles, ni les actes ! Il dissimulera certainement, sous ses dehors élégants, mais jamais il ne pardonnera l’humiliation à laquelle je l’ai contraint, jamais !… Crois-tu que je ne vois pas son jeu ? Il se venge