Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 8, 1922.djvu/350

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LE DOMESTIQUE.

Cette dame va venir… Si Monsieur veut bien attendre…


JUSSIEUX.

Mais enfin… qu’est-ce que cette blague ? Dites-moi son nom ?


LE DOMESTIQUE.

Je ne le connais pas, Monsieur.

(Le domestique fait un geste vague.)

JUSSIEUX.

Une jeune dame ?… Elle m’a désigné ou nommé ?


LE DOMESTIQUE.

Elle m’a montré et dit : « Vous voyez ce Monsieur… là-bas, qui met la main à son gilet…


JUSSIEUX.

Évidemment, c’est une désignation. Merci… c’est bien, je vais attendre.

(Le domestique sort.)
(Resté seul, Jussieux fait exactement ce qu’a fait Honorine, c’est-à-dire qu’il s’inspecte dans la glace, corrige le pli de ses cheveux, l’aplomb du gilet, la cravate. Tout y passe. Satisfait, il siffle, regarde la pièce, frappe la boiserie pour voir si elle est pleine, s’intéresse au plafond, puis, à nouveau, court à la glace pour regarder s’il n’y a pas quelque cheveu tombé sur le col de son habit. Puis, plus tranquille, il sort une boîte de cachou et en croque un pour se parfumer l’haleine. En ce moment, de dos à lui, Honorine soulève sans bruit la tapisserie mais, voyant que Jussieux se regarde dans la glace, lève les mains pour en faire descendre le sang et pour qu’elles soient plus blanches ; elle fait, crainte de le gêner, un pas en arrière et demeure derrière la draperie. Quelques secondes. Elle profite de ce que Jussieux tourne le dos pour pénétrer sur le palier de l’escalier. Mais elle fait exprès de se