Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 8, 1922.djvu/386

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beau, séduisant, toujours jeune. La voilà, la force de l’imagination, Armand… Eh bien, entendez le cri du cœur d’une autre que moi… connaissez cette vérité qui ne sort que de la bouche des enfants !… Je ne vous l’aurais pas dite, mais vous avez été vraiment trop cruel pour que vous ne l’entendiez pas !… Oui, savez-vous ce que cette petite vient de me dire : « « Il m’a eflleurée de sa bouche fanée !… Surtout, que je ne le revoie pas, j’ai horreur des vieux ! » Voilà, mon cher, écoutez bien ce mot, écoutez, vous ne l’avez pas volé !… Vieux !… Ça claque ! Vous le voyez, je ne suis pas seule à recevoir un de ces soufllets que la vie réserve à ceux qu’elle a marqués pour le rebut !… Oui, voilà tout l’effet qu’a produit votre baiser, mon cher !… Et je pense à l’émotion que j’aurais ressentie, il n’y a qu’un instant, si c’était à moi que vous l’aviez donné !…

(Elle fond en sanglots contre la vasque.)

JUSSIEUX.

J’ai conscience que je dois être plus insistant maintenant que je vous ai retrouvée… Je ne vous lâcherai pas… Je veux vous revoir absolument… Écoutez… demain…


HONORINE.

Non, non ! Allez-vous-en !… Vous ne comprenez donc pas ? Mais je n’attends plus qu’un instant, c’est celui où votre voix retombera dans le silence, d’où elle n’aurait jamais dû sortir… Nous n’avons rien gagné à cette résurrection… Pour se séparer sur des regrets… mieux valait se séparer sur des illusions !…


JUSSIEUX.

Non, je ne m’en irai pas… Vous saurez ce que j’éprouve encore pour vous…