Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/76

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EDWIGE.

Qu’ai-je fait !…


BOUGUET, (s’interrogeant avec étonnement et une simplicité d’homme qui n’a pas l’hahitude de ces analyses de conscience.)

À force de considérer la réalité comme un phénomène biologique pur et simple, à force de scruter les causes et les effets, je perds peut-être le sens moral… Mon point de vue est plus haut sûrement, plus juste, les actions humaines m’apparaissent situées dans l’espace, dans l’absolu, avec leurs véritables proportions, tandis que les autres gens sont là, ils sont là, les autres gens… avec leurs petits débats de conscience autour du fait et de l’acte… Ah ! mon enfant, tu me troubles infiniment, tu ne sais pas à quel point !… Car tu peux rétracter tout ce que tu voudras, il n’empêche que tu as poussé ton cri du cœur… C’est une indication !


EDWIGE.

Vous avez dit comme toujours des paroles admirables. C’est moi qui, stupide, n’ai pas su les comprendre. Vous avez dit tout l’amour et toute la vie !


BOUGUET, (avec force.)

J’ai dit, et je le jure, qu’il faut vénérer les puissances confondues de l’amour et de la vie, et que tout est dans l’explication physiologique, mais cette vérité que je possède a comme conséquence le renversement des valeurs habituelles… Je m’en rends compte ! Et le respect des seules lois naturelles, mais c’est déjà un peu la négation de la morale !… C’est effrayant ! Pourtant, voyons… je me sens sain, émerveillé de la création, attaché à détruire l’erreur, parce que la science veut la mort de