Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/517

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Quel triste métier que celui d’avocat, quand on en abuse à son escient ! C’est à faire grand’pitié.

Mais pour qu’il ne vous reste pas plus d’espoir sur le fait de ces lettres, monsieur le comte, que sur celui du cachet apposé, lesquels faits sont aussi graves l’un que l’autre, parce qu’ils sont l’un et l’autre les actes les plus lâches dont un plaideur de mauvaise foi puisse étayer de mauvaises défenses, je vous condamne à déposer encore, contre ma soumission et mon dépôt de cinquante autres mille livres, une pareille somme que vous retirerez avec la mienne, si je ne vous couvre pas de la confusion que vous méritez, sur le tergiversement de cet aveu, sous deux mois révolus, par l’attestation du notaire, qui vous montra le 6 novembre 1770 l’acte et les lettres à l’appui en originaux (lesquels mots : en originaux, vous avez tremblé de transcrire, et n’avez pas transcrits dans l’énoncé que vous faites au mémoire, de votre propre lettre déposée au procès), et si je n’appuie pas l’attestation du notaire par celle des personnes mêmes qui les y ont vues avec vous. Osez déposer, insidieux adversaire, osez déposer ! Osez seulement en faire votre soumission ici : car c’est votre honte que je veux consommer, beaucoup plus que je ne veux épuiser votre bourse ; osez donc mettre votre soumission chez le notaire auprès de la mienne, et toujours avec la condition que mes cinquante mille livres vous appartiendront si je manque à ma preuve offerte, et que les vôtres seront pour les pauvres de cette ville, si je vous force, par ma preuve, à les abandonner !

Voilà ce que j’avais à dire aussi sur ces lettres que vous n’aviez pas vues, mais sur lesquelles pourtant vous aviez toujours gardé le silence, malgré les provocations redoublées de mon avocat et les miennes, jusqu’à ce qu’enfin pris, acculé, bien enlacé par ma Réponse ingénue sur cet article si déshonorant, vous nous offrez pour toute réponse : Et quand cela serait !

En vain soutenez-vous encore par la plume de votre avocat (page 22 de la consultation) « que j’ai dit avoir aussi communiqué les lettres dont j’ai fait donner copie le 26 juin dernier. S’il l’avait fait, ajoutez-vous, on les aurait discutées, ou on en aurait pris, comme des autres, des copies figurées. » Communiquer, ô avocat ! c’est mettre au sac. J’ai soutenu seulement que le comte de la Blache les avait toutes vues chez mon notaire en 1770 : car mon argument n’est fort et déchirant que parce qu’il prouve qu’il les avait vues avant le procès, et non qu’elles avaient été communiquées pendant le procès.

Mais pendant que je réponds, en feuilletant le mémoire pour ou par le comte de la Blache, je trouve (page 5, au bas) son désaveu formel d’avoir jamais vu chez le sieur Mommet, notaire, autre chose que le prétendu titre. Tant mieux qu’il ait plus osé par sa plume que par celle de l’écrivain des six ! cela ne change rien à tout ce que j’ai dit, et ne m’en donne que plus de joie sur la soumission d’argent à laquelle je le condamne.

Mais pendant que je réponds encore, arrive quelqu’un chez moi, qui prétend que ces lettres, dont on convient avoir pris des copies figurées, et qu’on montre à tout le monde, sont revêtues de l’attestation de Me Caillard, avocat, disant « qu’elles sont parfaitement conformes aux originaux, pour les avoir fait copier lui-même lorsqu’il les a eues en sa puissance. »

Je ne puis m’assurer de ce fait, mais je supplie les magistrats de vouloir bien le vérifier. Ce serait une preuve de plus que Me Caillard a bien eu, comme je l’ai dit, le titre et les lettres cinq jours en sa possession ; et j’en suis sûr, car ce fut moi-même qui les lui portai.

Sachez donc, ennemi de mon repos et de mon honneur, qu’il n’y a plus de ménagement entre nous deux ; que je n’y admets plus d’autre distance que celle qui se trouve entre un calomniateur et un calomnié ; que la première de ces qualifications sera le nom, l’opprobre et la tache ineffaçable de celui de nous deux qui a les torts odieux que je ne cesse de vous reprocher. Voilà ma déclaration.

Je n’ai pas le temps de répondre à tous les raisonnements de votre dernière consultation, autrement qu’en assurant mes lecteurs qu’il n’y a pas une seule phrase dans cet écrit qui n’ait été pulvérisée dix fois d’avance dans tous mes mémoires passés, et surtout dans mon mémoire au conseil ; je voudrais pour cent louis qu’il fût dans les mains de ceux qui vous lisent aujourd’hui : ma plus forte et ma plus désirable vengeance est le profond mépris qu’ils en concevraient pour votre insigne mauvaise foi. Passons.

J’ai fait observer aux magistrats, dans les instructions de ce procès, que vous leur en aviez imposé sur le matériel d’une lettre que vous présentez dans une note (page 55 de la consultation des six) comme ayant deux cachets l’un sur l’autre, impossibles à concilier, dites-vous, à cause de leur emplacement. Et ma preuve, tirée à l’instant de l’original même de cette lettre, est peut-être le plus fort argument que j’aie pu employer devant eux contre votre affreuse manière de m’attaquer sur tout.

Je leur ai fait observer aussi dans ces instructions que la lettre aux prétendus trois cachets, citée par vous (page 56), n’a que les deux qu’elle doit essentiellement porter, puisqu’elle a été écrite, envoyée, répondue et rentrée ; et ce second trait renforce le premier.

J’ai aussi constaté, par une nouvelle production au procès, tout l’intérêt que M. Duverney prenait à moi, et sa véritable opinion sur l’homme que vous voulez déshonorer : opinion consignée dans sa lettre à M. le contrôleur général, sur la charge dont je sollicitais l’agrément. Comme en citant cette