Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/578

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Pierre-de-Miquelon ? Nos greffes d’amirauté sont remplis de pareilles plaintes et déclarations faites en 1776 et 1777 contre les Anglais, ce peuple si loyal en ses procédés, qui nous accuse aujourd’hui de perfidie !

Ils nous enlevaient donc nos navires marchands à l’attérage même de nos îles. Ils poursuivaient leurs ennemis jusque sur nos côtes, et les y canonnaient de si près que les boulets portaient à terre’; et ils ne faisaient nul scrupule de répondre par des bordées entières aux représentations que les commandants de nos frégates venaient leur faire de l’indécence de leurs procédés : témoin le chevalier de Boissier, qui, ne pouvant retenir son indignation, se crut obligé de châtier cette insolence auprès de l’Île-à-Vaches, en désemparant, à coups redoublés, une frégate anglaise, et la forçant de se retirer dans le plus mauvais état à la Jamaïque.

Ils tiraient à boulets sur des navires entrés dans les ports de France : témoin ce vaisseau marchand arrêté, dans les jetées de Dunkerque, par plusieurs coups de canon à boulets, et forcé d’en ressortir à tous risques pour se laisser visiter par une patache anglaise, qui se tenait sans pudeur en rade à cet effet.

Ne portaient-ils pas l’outrage au point de tenter de brûler des vaisseaux américains jusque dans nos bassins ? insulte constatée à Cherbourg, et qu’on ne peut attribuer à l’étourderie d’aucun particulier, puisque c’était une corvette du roi, capitaine en uniforme, et parti de Jersey par ordre exprès de la cour, avec promesse de trois cents ■■ :… il exécutait son projet insultant. Ces plaintes et mille autres, si semblables arrivèrent de toutes parts aux ministres de France, qui pouvant et devant peut-être éclater contre l’Ani de tels excès, avaient pourtant la modération d’en porter seulement leurs plaintes aux ministres anglais, dont les réponses, aussi souvent que la conduite des marins était odieuse, contenaient en substance, ou qu’on était mal instruit, ou que les capitaines étaient ivres, ou que c’était un malentendu, ou même que c’étaient de perfides An qués sous pavillon anglais. Jamais d’autres raisons, encore moins de justice. i rupuleux voisin, le candide ami, le quitable el modère qui nous aci u au jourd’hui de pi

À qui donc l’écrivain du Mémoire justificatif tend-il donner le change en Europe ? Est-ce pour détourner l’attention <r> Anglais de la conduite de leur ministère, qu’on essaye en cet ini ulper le nôtre ? En accusant nos ministres d’avoir trompé la nation française et son roi, pensent-ils étouffer les cris du peuple anglais, qui fait retentir à leurs oreilles ces mots si redoutés : Rendez-nous l’Amérique et le sang d nos rendez-nous notre commerce et nos millions engloutis dans cette guerre abominable ! Ce n’est pas la perfidie de nos rivaux qui nous s i ausé toutes ces pertes ; c’est la vôtre. Eh ! quelle part en effet les ministres français ont-il l’indépendance de l’Amérique ?

Lorsque la France, à la dernière paix, mit l’Angleterre en possession du Canada ; lorsque, longtemps avant cette époque, le clairvoyant M. l’itt avait prédit que si on laissait seulement forger aux Ami rit ains les fers de h urs chi i aux, ils briseraient bientôt ceux de leur obéissance ; lorsque ce même lord Chatham prédit encore à Londres, en 1762, que la cession du Canada par la France fera l’Amérique aux —Anglais ; lorsque lajali toutes les colonies sur les priviléges accordés à la nouvelle possession, et leurs inquiétudes sur l’établissement d’un monarchisme qui semblait menacer la liberté, commencèrent les murmures et les troubles ; lorsque les concussions et les mauvais traitements firent sonner l’alarme et secouer aux Américains le joug de la dm — e, en resserrant les bornes du grand mot patrie aux limites du continent, la France entra-t-elle pour quelque chose dans les motifs de cette rupture ? Son intrigue ou sa perfidie aveugla-t-elle enfin les ministres anglais sur les conséquences et les suites de cette effrayante rumeur qu’ils affectaient de mépriser ? Le feu du mécontentement couvait de toutes parts en Amérique. Mais lorsqu’au moment de l’acte du timbre, en 1766, l’incendie allumé à Boston se propagea dans toutes les villes du nord ; quand l’émeute sanguinaire de cette ville anima les habitants à poursuivre hautement le rappel des gouverneur et lieutenant de Massachussets-Bay ; lorsque l’affaire du senau de Rhode-Island força les Anglais de rappeler ces deux officiers, et de retirer l’acte imprudent du timbre, l’intrigue ou la perfidie de la France eut-elle la moindre part à ces événements préparatoires de la liberté des colonies, sur lesquels l’administration anglaise daignait à peine encore ouvrir les yeux ? Bientôt le fatal impôt sur le thé, l’évocation des grandes affaires à la métropole, l’installation des tribunaux nommés parla cour, et mille autres attentats à la liberté des colonies, firent prendre les armes à tous les citoyens, et former enfin ce grand corps devenu si funeste aux Anglais d’Europe, le Philadelphie. Mais tant d’imprudence et d’aveuglement de la part du cabinet de Saint-James Fut-il le fruit de [’or, de 1 intrigue et de la perfidie de notre ministère ?

Excitâmes-nous le soulèvement des cadets, les hostilités du général Gage à Boston, la proscription du thé dans toutes les colonies, et tous ces grands mouvements qui avertirent l’univers que l’heure de l’Amérique était enfin arrivée ; pendant que les ministres anglais, tels que ce duc d’Olivarès si connu par le compte insidieux qu’il rendit à son roi Philippe de la révolte du duc de Bragance,