Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/719

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M. le maréchal de Duras. L'arrangement qu’il a pris avec M. le maréchal de Richelieu lève toute difficulté. Je vous prie de dire à MM. les comédiens que, s’il m’est possible d’être à Paris le «jour de l’assemblée, j’ porterai, ainsi que ti MM. mes collègues, l’esprit de concorde ou de «conciliation qu’on a droit d’attendre de nous ; » persuadé que les intérêts des gens de lettres et « celui des comédiens, bien entendus, n’en doivent « jamais l’aire qu’un.

« J’ai l’honneur d’être, etc.

« DE MARMONTEt. »

Cependant les comédiens, qui croyaient avoir réussi à écarter L’homme dont ils redoutaient le coup d’œil austère, s’en donnaient le triomphe en public. Ils répandaient que M. le maréchal de Duras, outré de ce que je l’avais trompé en changeant à mon gré les articles de l’arrêt, venait de me fermer sa porte, et de transmettre h d’autres personnes le pouvoir de suivre leur affaire. Beaucoup de gens le croyaient et le répétaient. Je reçus l’invitation pour l’assemblée du vendredi chez M. le maréchal de Richelieu, et l’on ne parla plus de celle indiqué’.' chez M Gerbier. La petite intrigue eut la petite confusion de son petit échec, et quant à la personne qu’on s’était promis d’écarter, elle continua de marcher paisiblement à son but, comme s’il ne lût rien arrive Je me rendis, le 14 juillet 1780, chez M. le maréchal de Richelieu, accompagné de MM. Saurin et Sedaine ; M. de Marmonlel, troisième commissaire, élan ! à la campagne, fut supplie par M. Bref. Cependant la Comédie, qui a pins d’une ressource, ne désespérait pas encore du succès ; elle se flattait que, hérissé de calculs et de définitions, toujours à cheval sur les principes, ne pouvant souffrir qu’on en tirât de légères ou fausses conséquences, et devant piailler devant six grands seigneurs, protecteurs nés des comédiens, et plus accoutumés à commander d’un geste à la Comédie qu’à suivre une discussion pénible qui eût rapport à elle, j’aurais du dessous, et que je ne tiendrais pas devant l’éloquence parlière, agréable et facile de M e Herbier, soutenue du suffrage des six supérieurs de la Comédie, de deux intendants des menu-, des confrères de M" Gerbier, et quatre comédiens, tous défenseurs de la. même cause. Il m’a paru que le plan de M» Gerbier était de faire passera cette assemblée un troisième projs I d’arrêt du conseil, absolument minuté sur le plan de ce premier que mes observations avaient fail évanouir : il le tenait tout prêt dans sa poche. Mon plan à moi fut de poser un premier principe du droit des auteurs, et de montrer tous les abus qui l’avaient progressivement altéré ; de prouver ensuite que mes travaux, depuis quatre ans, étaient une chaîne de notions déduites les unes des autres, et qui établissaient si lumineusemenl le droit des auteur . que les comédiens et leurs conseils avaient été obliges de le reconnaître : témoin l’accord fait à l’amiable entre les auteurs ri les acteurs. Les débats durèrent pendant neuf ou dix heures.

.Mai-, voyant enfin qu’on ne m’entamail pas, on voulut passer outre, el rayer d’autorité ce septième article : le moment était pressant ; je protestai contre. On trouva, l’acte el le m. il peu respectueux pour les supérieurs de la Comédie, on me le dil avec humeur ; el i, qui ne prenais point le change sur une querelle ainsi détournée de son objet, j’assurai de nouveau (mis les grands seigneurs devant qui j’avais l’honneur de parler de mon profond respect ; mais j’ajoutai que le respect dû au rang n’entraînait point le sacrifice du droit, et je continuai de prolester contre tous changements quelconques de l’article 7. Ainsi l’arrêt du conseil du 12 mai 1780, signé Amélot, et dont j’avais reçu de ce ministre l’expédition en parchemin depuis deux mois el demi, fut maiuteuu par moi dans toute son intégrité, quoiqu’on n’eût cessé dans toute cille si le traiter à’arrèt subreptice ou surpris, et quelquefois (par bonté pour moi) de simple projet d’arrêt. La discussion ou plutôt le débat s’échauffait, lorsque M’ 1 Gerbier, comptant sans doute sur les boutes de M. le maréchal de Duras, se permit de lui dire, en montrant les députés des auteurs avec dédain : Monsieur le maréchal, s’ils m 1 1 ulent point île notre arrêt. liorez-nous-les, et laissez faire aux comédiens : ils vous m rendront bon compte. Cette phrase, très-offensante pour tous les auteurs dramatiques, me lit monter le teu au visage ; je pris la liberté de me lever et de rompre la séance. Lu me retirant, je m’aperçus bien qu’on taisait peu de cas de ma protestation, el que, regardant comme arrangé ce qui n’avait pu l’être, o posait à faire passer au ministre le projet d’arrêl de M" l.erbier, comme absolument fixé par leçon sentemeul unanime des parties.

En conséquence, et pour donnera ma protestation toute la force dont elle était susceptible, le lendemain je fis signifier l’arrêt du 12 mai aux comédiens, et je chargeai l’huissier du conseil de leur remettre la lettre suivante :

t. Messieurs.,

« La signification que je vous fais faire aujourd’bui, tant en mon nom que stipulant les intéo rets des auteurs dramatiques mes confrères, de o L’arrêt du conseil d’État du roi, du 12 mai 1780, « portant règlement des droits des auteurs dramatiques, n’est poiut une déclaration de gi « ma part ; il n’est aucun de vous, messieurs, « dont j’aie personnellement à me plaindre, et nul « n’aime et n’estime autant que moi le beau taie lent de plusieurs d’entre vous.

« Mais, dans une assemblée tenue vendredi