Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 4, 1913.djvu/132

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gique à qui l’on doit L’Honneur et l’Argent, La Bourse et d’autres épiceries populaires, avait déjà corrompu la bonne volonté d’Émile Augier. Car Émile Augier a renié Musset pour Ponsard. Il a « pipeleté » Gabrielle et Paul Forestier après L’Aventurière, ce brave essai où sa gloire se raccroche.

Un seul homme — et par simple divertissement encore ! profita vertement de la leçon discrète de Ruy Blas et des premiers actes de Marion Delorme. Il s’amusa à démontrer par l’exemple quelles ressources le vrai vers comique, empanaché, hyperbouffon et cliquetant des syllabes, offrait à l’esprit moderne. Deux badinages lui suffirent, et ces deux badinages sont les seuls morceaux de franc style comique qui relient le théâtre moderne à la filière des maîtres classiques. C’est pourquoi on ne les joue nulle part, non seulement pas au théâtre Cluny, mais même à la Comédie-Française.

Pierrot Posthume et Le Tricorne enchanté, deux farces italiennes, rejoignent à travers les années Les Plaideurs de Jean Racine, et elles leur tiennent tête pour la franchise du ton, la verve railleuse, et l’éclat retentissant de la facture.

On en conclut que Théophile Gautier n’était pas doué pour la scène. Naturellement. Il ne se le laissa pas dire deux fois. Il alla faire son feuilleton, déclara que L’Honneur et l’Argent était l’honneur et l’argent du siècle, et partit pour Constantinople, où l’on voit l’immortel Karageuz, en qui est la sagesse, sans quitter son chibouk.

Est-il utile d’ajouter que l’appel de Théophile Gautier ne fut pas entendu, ayant à peine été compris des plus forts critiques. Le Livre s’empara de ces