Page:Claude Farrère - Les civilisés, 1905.djvu/36

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surtout, coudoyant l’indigène avec une insolence bienveillante de conquérants ; et Françaises en robes de soir, promenant lentement leurs épaules sous la convoitise des hommes ; — Asiatiques de toute l’Asie ; Chinois du nord, grands, glabres et vêtus de soie bleue ; Chinois du sud, petits, jaunes et vifs ; Malabars, rapaces et câlins ; Siamois, Cambodgiens, Moïs, Laotiens, Tonkinois ; — Annamites, enfin, hommes et femmes tellement pareils qu’on s’y trompe tout d’abord, et que bientôt, on fait semblant de s’y tromper.

On marche à pas désœuvrés, on cause et on rit, avec des langueurs nées de l’accablante chaleur du jour. On se salue et on se frôle, et les femmes vous tendent des mains moites qui brûlent de fièvre. Des parfums forts montent des corsages, et les éventails les mélangent et les jettent au nez de chacun. Une volupté commune agrandit tous les yeux, et la même pensée fait rougir et sourire chaque femme, la pensée que, sous la toile mince des smokings blancs, sous la soie légère des robes pâles, il n’y a rien, ni jupes, ni corsets, ni gilets, ni chemises, — et qu’on est nu, que tout le monde est nu……

Torral, Mévil et Fierce descendirent la rue Catinat, et vinrent s’asseoir sur la terrasse d’un grand café d’où l’on dominait la foule.

Les boys se précipitèrent à leurs ordres, exagérant un respect narquois.

— « Rainbows, » dit Fierce.

On lui apporta des flûtes à Champagne, et sept bou-