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DISCOURS

examiner séparément toutes les parties, puis ensuite les revoir dans leur ensemble ; il faut sans cesse décomposer & recomposer nos sensations ; alors elles restent dans notre esprit avec la précision des idées distinctes & l’étendue des idées généralisées.

Mais il est dans la nature, une foule d’objets qui échappent à nos sens dans leur tout ou leurs parties. Nos connoissances seroient bien bornées, si nous ne pouvions étendre sur eux notre attention & nos recherches. Ici, ce don que nous avons reçu de pénétrer en quelque sorte jusques dans l’intérieur des choses, par l’examen détaillé de leurs parties, vient à notre secours. En décomposant les objets, nous avons apperçu que, par-tout où les effets sont les mêmes, les causes sont pareilles & vice versâ. Cette observation nous guide pour juger des choses que nous ne pouvons analyser avec une entière exactitude. Ne pouvant les bien étudier en elles-mêmes, nous les comparons à celles que nous connoissons mieux, & nous concluons des unes aux autres par analogie. Cette opération de notre esprit moins directe, moins naturelle en quelque sorte, est aussi plus dangereuse. Nous devons craindre sans cesse d’outre-passer la mesure des rapports de la chose connue à la chose inconnue ; nous risquons à chaque instant de supposer dans l’une ce qui n’existe que dans l’autre.

Avec une grande circonspection dans l’usage de l’analogie & une entière exactitude dans celui de l’analyse, nous pourrions nous garantir de l’erreur. Malheureusement cette circonspection & cette exactitude sont de trop grandes perfections pour nos esprits toujours voisins des écarts par l’influence de nos passions & les bornes de nos facultés. Mais il nous est encore donné de savoir reconnoître nos erreurs, en marquer les causes, & de chercher les moyens de les éviter. Nous devons donc sans cesse appeller l’expérience à notre secours & la mettre à profit. Tout l’emploi de notre intelligence se réduit à ces trois opérations ; elles forment tous nos moyens d’embrasser la nature dans nos contemplations, de la soumettre à nos besoins, à nos desirs, & de pousser si loin la puissance d’un être qui naît, si foible & qui vit si peu. Appliqués aux différens objets, ces actes de notre esprit, à force de se répéter, ont formé sur chacun de ces objets un corps de science, c’est-à-dire, un système d’idées déduites les unes des autres. Si nous examinons bien tout ce qu’on fait, tout ce qui se pratique dans la société humaine, nous verrons que tout y est né, tout s’y soutient par l’emploi & l’accord de l’analyse, de l’analogie, de l’expérience, & que tout peut s’y mesurer par