Page:Encyclopédie méthodique - Physique, T1.djvu/418

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
404
AUR

L’aurore boréale tranquille eſt l’effet de la diſcuſſion de la lumière électrique qui eſt brillante par elle-même & qui éclaire encore les lieux voiſins par ſa ſplendeur. Cette aurore où la lumière électrique paroîtra, dès que les cauſes qui excitent l’électricité quelles qu’elles ſoient, auront lieu à-peu-près à certains égards, comme les météores ignés dépendans de ce principe : elle paroîtra ſous la forme d’un ſegment circulaire, parce qu’elle tend vers la zone polaire où ſes rayons ſemblent converger. Les parties plus baſſes de l’atmoſphère & le ſegment ſphérique polaire de notre globe, ayant à-peu-près cette figure, doivent déterminer le fluide électrique à la prendre, puiſqu’il eſt attiré par ces parties, ou qu’il y tend.

Le ſegment obſcur qu’on remarque ordinairement dans les aurores boréales, réſulte de ce que les rayons de lumière électrique aboutiſſant enfin aux parties de l’atmoſphère qui ſont plus baſſes que celles qui lui ont donné naiſſance, plus mixtes & plus hétérogènes, y paſſent comme par autant de conducteurs. On ſait, par l’expérience, que la lumière électrique ne brille point dans les corps qui la tranſmettent, mais ſeulement dans l’intervalle qui les ſépare ; or, toutes ces ſubſtances répandues dans les baſſes régions ſe touchant, il y aura une continuité des conducteurs, & par conſéquent la tranſmiſſion électrique ſe fera ſans interruption ; on ne verra donc point de lumière dans cette partie de l’atmoſphère. De plus, la figure de ce ſegment obſcur ſera concentrique au ſegment de lumière ſupérieur, ou à l’arc lumineux qui constitue l’aurore boréale, parce que ces ſubſtances mixtes & conductrices, qui ſont également répandues dans l’atmoſphère, ſelon l’ordre de leurs gravités ſpécifiques, ſont arrangées circulairement autour du globe de la terre, où elles tendent comme autant de rayons convergens.

Les nuages qui ſont quelquefois diſperſés au tour de l’horiſon & vers le nord, ſoit qu’ils s’y rencontrent par haſard, ſoit qu’ils y ſoient amoncelés par un effet de l’attraction électrique ; ces nuages que j’ai aſſez ſouvent obſervés, ſur-tout dans les grandes aurores reſplendiſſantes, augmenteront encore, comme cauſe acceſſoire, la profondeur de l’obſcurité du ſegment noir qui aura alors l’apparence d’un gouffre (chama), ſelon l’expreſſion d’Ariſtote, ou d’une foſſe, ſelon d’autres.

Le ſegment obſcur paroîtra plus ou moins grand, ſelon l’élévation du ſegment ou de l’arc lumineux qui lui eſt ſupérieur. Si celui-ci a peu de hauteur, celui-là communement ne paroîtra pas, ſoit que l’aurore boréale ſoit tranquille ou reſplendiſſante ; cependant, il peut arriver que dans cette dernière circonſtance, la ſplendeur de ce phénomène ſoit d’un tel éclat, que le ſegment noir, malgré ſon élévation, ne paroîtra point obſcur, par la grande quantité de lumière réfléchie : cet effet ſera alors purement optique.

Les colonnes de lumière, les jets reſplendiſſans, les rayons lumineux, les faiſceaux brillans qui ſemblent partir de tous les points du ſegment obſcur ou de l’arc lumineux, ſont des colonnes radieuſes, des rayons de lumière phoſphorico-électrique qui, venant des régions ſupérieures, où elle eſt plus abondante, ſe porte vers les régions inférieures, où ſa quantité eſt moindre & brille dans le vuide, c’eſt-à-dire, dans l’eſpace intermédiaire. Ces jets de lumière paroiſſent ſortir du ſegment obſcur de l’arc lumineux, parce qu’on eſt imbu du préjugé vulgaire, que cette lumière s’élève en l’air, tandis qu’elle s’élance réellement, vers la terre, préjugé qui s’évanouira dans un inſtant, ſi on fait attention qu’il eſt impoſſible de diſtinguer le point d’où partent des rayons lumineux qui ſe meuvent avec une très grande rapidité, & de connoître s’ils ſont divergens d’un centre, ou s’ils convergent en ce point. Si on doutoit de la vérité de ce que j’avance ici, on pourroit ſe rappeler qu’une étincelle qui paroît éclater entre un conducteur électrisé par un globe de ſoufre & le doigt d’une perſonne non-iſolée, ſemble partir du globe tandis qu’elle ſort réellement du doigt : le ſens de la vue n’est point aſſez ſûr ni aſſez actif pour connoître l’origine de ce mouvement.

Mais ces colonnes de feu & ces jets de lumière s’élançant ſucceſſivement, s’éteignant un inſtant pour reparoître enſuite avec plus d’éclat, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, comme dans les matras & les tubes vuides d’air & animés par l’électricité, formeront le ſpectacle le plus varié, & le plus magnifique qu’on puiſſe imaginer ; en un mot, une aurore boréale reſplendiſſante. Les intervalles qui ſe trouvent néceſſairement entre différens jets de lumière convergens vers un arc, doivent produire des crénaux ou des bandes obſcures qui peuvent varier à l’infini, & devenir de plus en plus réguliers par les combinaiſons de cette cauſe avec pluſieurs autres circonſtances accidentelles, telles, par exemple, que les nuages dont nous avons parlé.

Des jets de lumières réunis vers le zénith, ou qui paroiſſent tels, repréſenteront une eſpèce de dôme, de couronne, ou de pavillon, effet optique de la convergence réelle ou apparente de pluſieurs rayons de lumière. Ces colonnes & ces faiſceaux lumineux, agités de mouvemens divers, prendront mille formes différentes, ſelon la manière de voir ; & ces formes fugitives, produiſant des impreſſions qui ne peuvent que ſe conſondre avec celles qui leur ſuccèdent, changeront pluſieurs circonſtances de ce phénomène en des réſultats optico-électriques ; c’eſt une obſervation que les phyſiciens ne paroiſſent pas avoir aſſez faite juſqu’à préſent. Mais l’endroit de la grande pompe & de ſa ſplendeur la plus éclatante ſera du côté du pôle ; parce que c’eſt là, comme nous l’avons prouvé ; où le fluide électrique eſt en plus grande