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qui sont d’auteurs inconnus et que l’église romaine a rejetés, tels sont la prière de Manassé, le 4e livre d’Esdras, le psaume 151 (on les trouve dans la version des Septante) ― un discours de la femme de Job, les psaumes d’Adam et d’Ève, l’Évangile d’Ève, l’ascension et l’assomption de Moïse, la petite Genèse, le Testament des Douze Patriarches. D’autres livres ont été perdus, comme le livre d’Hénoch, les 3.000 Paraboles, les 1.005 cantiques et l’Histoire Naturelle du roi Salomon.

Dans l’église orthodoxe grecque, c’est la version des Septante qui constitue le texte officiel.

Pour le Nouveau Testament, le canon définitif ne fut fixé qu’après de longues discussions et chicanes, au Concile d’Hippone, en 393, et encore fût-ce grâce aux efforts de Saint Augustin. Il se divise également en livres proto-canoniques, ce sont ceux acceptés sans difficultés : les quatre Évangiles, les Actes des Apôtres, les 13 épîtres attribuées à Saint Paul. Les autres, c’est-à-dire les deutero-canoniques, ne furent admis qu’après de longues hésitations : les épîtres de Jude, de Pierre, de Jean, l’Apocalypse et l’épître aux Hébreux. Les chrétiens occidentaux tenaient pour l’Apocalypse, les orientaux n’en voulaient pas ; les orientaux tenaient pour l’épître aux Hébreux, les occidentaux ne voulaient pas en entendre parler. Toutes ces contestations montrent que loin d’avoir été déterminé à l’unanimité des membres du Concile « sous l’inspiration directe du Saint-Esprit » comme l’affirment les prêtres, pasteurs et popes orthodoxes des églises catholiques, protestantes et grecques, le canon du Nouveau Testament, le fondement de leur religion, a été le résultat d’un jugement humain hésitant et hasardeux.

Le choix fut tellement arbitraire qu’on a peine à comprendre le rejet de livres vénérés par les chrétiens primitifs, comme le Pasteur d’Hermas, l’Évangile des Hébreux, l’épître de Barnabé, l’épître de Clément Romain qui avaient longtemps figuré dans la collection des livres dont les premiers siècles chrétiens faisaient leur lecture.

Depuis quelques années, on se demande si c’est réellement dans la Bible hébraïque qu’il faut chercher l’origine des doctrines dont le livre sacré des chrétiens se fait l’interprète. Au lieu de considérer le Nouveau Testament comme l’héritier de la foi et l’accomplissement des espérances du peuple juif, on tend de plus en plus à le regarder comme un trait d’union entre les idées religieuses du monde païen et le sombre et étroit monothéisme sémitique. Il est évident que l’évangile attribué à Saint Jean est fortement empreint d’hellénisme, de notions platoniciennes. Mais les épîtres de Paul de Tarse montrent de singuliers rappels des pratiques, des mystères orphistes ou égyptiens. Ainsi, le baptême pour les morts dont il est question dans la première épître aux Corinthiens (XV, 29) fait souvenir de cette prescription orphiste, que pour éviter à ses proches décédés le péril des naissances successives, on pouvait faire accomplir à leur intention le rite de libération. Le même Saint Paul considère le christianisme comme une association fermée, une fraternité close, un « mystère » avec ses degrés et à certains moments la similitude avec les mystères païens est presque absolue.

De même qu’on pouvait appeler le fidèle de l’Attis phrygien un « Attis », le myste égyptien un « Osiris », dans l’épître aux Galathes (II, 20), Paul déclare : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi », dans la 2e épitre aux Corinthiens, au chapitre V, l’apôtre parle de « la vie de Jésus manifestée en nous, en notre chair mortelle ». Au chapitre V (17), il ne craint point de proclamer que « si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Toujours dans cette même épître, il reconnaît avoir entendu des paroles inef-


fables, qu’Il n’est pas permis à un homme de répéter » (XII, 4).

Un professeur de littérature grecque à l’Université de Varsovie, Thadée Zielinski, qu’on considère comme l’un des meilleurs hellénistes de notre époque, est d’opinion que c’est la religion antique, la religion des habitants des pays qu’engloba l’empire romain, qui est le véritable Ancien Testament, l’ancêtre du christianisme et surtout du catholicisme.

Le culte des héros ― Corinthos à Corinthe, Cécrops à cesseur celui que les grecs rendaient à Alcmène, l’épouse d’Amphytrion, que Zeus visita pour lui donner Héraclès (Hercule) ― le Sauveur grec. Toutes les déesses-mères, toutes les déesses-vierges de l’Olympe préparèrent le monde romain à recevoir l’idée de la naissance miraculeuse du Christ telle qu’elle est décrite par les Évangiles et à accepter plus tard la Mariolâtrie.

Le culte des héros : Corinthos à Corinthe, Cécrops à Athènes, Romulus à Rome ― a préparé le culte des saints locaux : Saint-Denis pour Paris, Saint-Léopold pour Vienne, Saint— Stanislas pour Cracovie, Saint-Janvier pour Naples, etc. Or, le judaïsme ne connaissait pas de culte d’Abraham, de Moïse, de David.

Il est juste de faire remarquer que le culte des saints et les dogmes concernant Marie ― ainsi que plusieurs autres ― ne se rencontrent pas dans Je Nouveau Testament.

Les sentiments des athéniens à l’égard de l’Athena-Polias de l’Acropole ne différaient en rien de ceux des catholiques éclairés à l’égard de la vierge de Lourdes ; par exemple : ils n’identifiaient nullement l’idole vénérable avec Minerve elle-même, qu’ils croyaient, du haut de l’Olympe, veiller sur le sort de sa cité bien-aimée. Il y avait des fétichistes avérés chez les grecs et les romains, comme il y en a au fond des Calabres ou de l’Andalousie, des campagnards qui mettent en pièces leur Ecce Homo quand leurs prières demeurent sans réponse.

Enfin, il y avait des Apocalypses païennes. L’antiquité a connu les terreurs de l’attente de la fin du monde, elle, a attendu avec angoisse un Messie (ou Oint, Christos en grec, Mashiah en hébreu). Cassandre. l’infortunée fille du roi Priam avait prédit la catastrophe suprême et l’avait située à mille ans après la prise de Troie. Des calculs avaient fixé cette date d’abord à l’an 184, puis à 84 avant l’ère chrétienne. Rome connut des heures de panique et jusqu’à ce qu’Auguste se fut donné pour le Sauveur annoncé (en l’an 17), la république, puis l’empire, subirent de violentes commotions. Le monde païen était préparé pour l’annonce de la venue d’un Sauveur. ― E. Armand.

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Bible (La valeur historique de la). Un écrivain a dit : « La Bible est le livre dont on parle le plus et qu’on lit le moins. » Cet aphorisme n’est pas toujours exact, car chez beaucoup de sectaires ce livre est le seul qu’ils lisent ; dans les pays anglo-saxons la Bible est presque le seul ouvrage qu’on permette aux jeunes gens de lire le dimanche et les jeunes