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certaines pierres des dolmens du Morbihan étaient gravées ; des manches trouvés au Dahomey sont sculptés en relief de figures fantaisistes. On peut dire en pleine sûreté qu’avec les outils en pierre on fit déjà des peignes en os ; des os sont taillés pour servir de flèches ; de petits silex sont effilés pour les pointes des lances, pour des harpons de pêcheurs en os et en pierre, quelques-uns sont finement exécutés. De même, avec les outils en pierre, on effila et perça des os qui servirent d’aiguilles. Des poteries de ces époques ont aussi été découvertes ; par leurs saillies, elles laissent penser que leurs moules furent sculptés et gravés. Les outils de pierre servirent à creuser les premiers moules dans lesquels on coula ceux en bronze que nous verrons ensuite.

Les outils en bronze nous font entrer dans le néo-développement de l’art et au commencement de celui de l’humanité dans le domaine de la science. Dans la période du bronze, ce métal ne donnant pas toujours la résistance nécessaire, on continua à se servir simultanément des outils en pierre et en bronze. Au début le cuivre fut employé pur, plus tard on lui allia l’étain pour obtenir plus de rigidité. Des objets et des outils en bronze furent découverts à Jubbelpore et dans la vallée de l’Indus, dans les tumulus de Nilgiri (Sud des Indes), à Gungéria (Indes centrales), en Égypte, en Chine, en Perse, en Grèce, au Cambodge, à Java, un peu dans toute l’Europe, surtout dans les lacs de la Suisse.

On se servit donc usuellement des premiers outils en bronze comme de ceux en pierre. Ce fut d’abord le simple morceau de cuivre biseauté d’un bout qui se tient dans la main, ils furent de tous les modèles, à plat comme le ciseau, épais comme le bédane, étroits comme le burin, etc. Les formes plates étaient les plus communes, elles s’utilisaient à la fois en se tenant dans la main, comme hache, ciseau ou herminette ; elles mesuraient en moyenne 10 centimètres de long, 5 de large et 6 à 10 millimètres d’épaisseur. Puis, il y en eut dont la tige avait de 40 à 50 centimètres de longueur et qui se tenaient à deux mains ; c’est la figure primitive de la bisaïque aiguisée d’un seul bout. Plus tard, au lieu de tenir le métal dans la main, on l’attacha et on l’entailla à l’extrémité d’un morceau de bois ; il servit ainsi aux mêmes usages, mais avec plus de facilité ; avec le bronze on retrouve des manches semblables à ceux de la pierre. Vinrent ensuite les manches en bois ; le couteau entrait dans un manche, le même couteau denté servait de scie, le manche avait une petite courbure pour en faciliter l’usage. Le ciseau en bronze était pareillement emmanché dans du bois, mais aucune buttée n’existait à la tige pour l’empêcher de s’enfoncer dans le manche. Une forme nouvelle appliquée aux gouges, le bois du manche entrait dans l’outil et s’y trouvait virolé comme les gros ciseaux actuels.

Beaucoup d’outils en bronze étaient percés d’un trou dans lequel s’enfonçait le manche comme à nos marteaux. En Grèce, on découvrit des haches et des serpes percées d’un trou ; une scie en bronze trouvée dans l’Île de Chypre est entrée dans le bois et rivée comme nos égoïnes ; en Espagne, on découvrit, presque pulvérisée, une lame de scie en bronze ; en Sibérie et en Chine on mit à jour des couteaux faits d’une seule pièce de bronze. De tous les outils fondus dans des moules en pierre, le plus curieux c’est la hache à ailerons qui fut fondue dans des moules à coquilles. L’une d’elles a été trouvée dans le lac de Bienne, d’autres ont été découvertes dans divers endroits, dans les lacs de Bienne, de Neuchâtel et du Bourget, dans la vallée de la Meuse, en Belgique, au Danemark, etc. Dans le type moyen de la hache à ailerons, une extrémité est à biseau tranchant, l’autre ronde en goutte de suif ;


au milieu sont deux ailettes assez minces pour se reployer sur le manche que l’on consolidait avec des fils de bronze ; un petit anneau sous la tête de la hache permettait de l’attacher au manche en faisant un triangle qui solidifiait l’outil ; c’est le spécimen le plus intéressant des outils préhistoriques en bronze. D’autres haches, avec le bout tranchant, avaient une buttée qui s’entaillait dans le manche et étaient retenues avec des fils en bronze, c’est la hache celtique que l’on trouva dans l’Isère, en Suisse, aux Pays-Bas, en Irlande, etc.



Avec la période du bronze, nous entrons dans cette Égypte qui fut le berceau de l’art et des premières connaissances scientifiques dont nous constatons l’existence. Nous précédons encore de 4.000 ans l’ère chrétienne. Déjà, les outils en bronze prennent toutes les formes, les ciseaux et les gouges sont des tiges fondues avec, au tranchant, le pas désiré : creux, rond, plat, en héron, en burin, etc. Afin de supporter le choc du maillet quelques tiges sont renflées à la tête. D’après les collections, on voit la plupart des outils emmanchés dans un bois arrondi ressemblant aux manches modernes. Des ciseaux, il en est de larges, d’étroits et en bédanes ; il en est de même du poinçon effilé qui était la pointe à tracer ; la vrille affutée en grain d’orge grattait pour percer. On trouva en Égypte une vrille en bronze dite « queue de cochon » ; elle est sans doute le type original dés mèches du même nom que nous avons aujourd’hui en acier ; il est probable que cette dernière vrille ne fut pas très utilisée, le bronze ne conservant pas sa rigidité. Ce qui porte à conclure que la vrille à grain d’orge fut couramment employée pour percer le bois. On ne constate pas encore l’emploi de l’archet, ni d’un autre vilebrequin ; c’est ainsi que la vrille avait un manche en bois. Deux sortes de haches furent en usage dans l’ancienne Égypte : la hache commune et l’herminette, qui étaient des morceaux de bronze plats assujettis dans des branches et attachés avec des lianes ; la scie ressemble en tous points à celle déjà décrite. Le British-Museum possède aussi deux maillets en bois qui datent de 3.700 à 3.600 avant J.-C. ; l’un servit aux tailleurs et aux sculpteurs de pierres, l’autre à notre aïeul le charpentier. Le maillet et le manche ne sont qu’un seul morceau pris dans la masse, la forme est circulaire et l’usure produite autour par les chocs donnés sur l’outil prouve que l’ouvrier frappait plus sur le bronze que sur le manche en bois. On présume que c’est le type original du maillet en bois avec masse et manche.

Pour les outils arrêtons-nous là et continuons par la description des objets et des meubles des dynastie égyptiennes, commençant par l’ancien empire qui eut son centre sur les bords du Nil vers Memphis, où furent construites les premières pyramides dans lesquelles on retrouve beaucoup d’objets de cette époque.

La civilisation s’accentuant, les égyptiens remontèrent le fleuve, et le moyen empire eut son centre vers Thèbes. On y découvrit l’obélisque qui est sur la place de la Concorde à Paris et celui qui est sur le quai à Londres. (Travail d’ensemble, beau à sa source et dans son climat ; que la civilisation meurtrière des européens emporte de force pour le mettre par morceau isolé, comme un chien dans un jeu de quilles, sur une place moderne d’un tout autre style). À Thèbes on mit à jour des palais et des tombeaux des rois du genre artistique égyptien qui aujourd’hui étonne notre imagination, on découvrit des trônes et des sièges en bois incrustés de bronze et d’ivoire.

Enfin, le nouvel empire qui fut celui de la décadence de ce grand pays fut centralisé dans le delta formé par l’embouchure du Nil.

On comparera combien notre pauvre société est rela-