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(voir article : « biologie » ). « Dans les organismes inférieurs, tous les éléments anatomiques accomplissent au même degré la totalité des fonctions physiologiques. Tous sont identiques entre eux et, par suite, ils peuvent être séparés les uns des autres sans que leur existence soit compromise. C’est ce qui a lieu chez les Protozoaires en colonies. Au contraire, dans les organismes plus élevés, chaque élément choisit pour son compte, dans le travail physiologique total, une fonction déterminée et se cantonne exclusivement dans cette fonction : il s’y adapte pleinement et la remplit avec d’autant plus de perfection qu’aucun autre soin ne l’en détourne. Certains éléments anatomiques s’adaptent à la digestion des aliments, d’autres conservent en propre l’irritabilité ; d’autres sont spécialement contractiles, tandis que cette propriété disparaît plus ou moins dans les autres cellules. Mais, par contre, la division du travail fait naître entre les divers éléments une solidarité plus grande, car chacun est utile à la vie de tous, et de même la réunion des éléments associés réalise un ensemble de conditions tel, que chacun ne peut être séparé sans être exposé à mourir. (Rémy Perrier, « Zoologie » ). »

Manifestation de l’énergie cosmique, activité, spécialisée issue des phénomènes intra-cellulaires d’ionisation et de diastase, l’irritabilité se traduit, en fonction différenciée, par l’élaboration et la circulation de l’ « influx nerveux », de cette force coordonnée qui, déclenchée par une excitation périphérique ou une impulsion centrale, aboutit à une contraction musculaire, une sécrétion, ou une pensée. L’étude expérimentale de l’influx nerveux a déjà donné des précisions fort intéressantes et l’a montré soumis aux lois générales de la matière. Ainsi, depuis Du Bois-Reymond, on savait déjà qu’un courant électrique appelé « courant de démarcation ou de lésion », sensible au galvanomètre, existait entre la surface d’un nerf et la tranche découverte par une section. Cependant cette réaction n’avait rien de spécifique et appartenait à maint autre tissu ou corps matériel. Mais elle permit d’en provoquer une nouvelle plus démonstrative : le courant de lésion se trouvait modifié et réduit lorsqu’on portait sur le nerf, bien au-dessus du point de section, une excitation chimique, mécanique, thermique ou électrique. Cette variation négative du courant de lésion révélait le passage d’un « courant d’action » apparemment identique à l’influx nerveux, puisque les mêmes excitations de nature diverse, appliquées soit sur les nerfs, soit sur les centres nerveux eux-mêmes, faisaient agir muscles et glandes de l’organisme aussi bien qu’elles provoquaient une variation négative, contrôlable, sur le courant électrique d’un nerf sectionné. ― Il fut aussi établi que toutes les conditions qui influencent la rapidité ou la force de l’influx nerveux affectent de la même manière l’intensité et la vitesse du courant d’action (Lhermitte).

Quelle que soit l’intensité de l’excitation, la vitesse de l’influx nerveux atteint 28 à 30 m. par seconde chez la grenouille : 117 m. à 125 m. chez l’homme. Elle s’élève avec la température et diminue par la réfrigération ; se trouve proportionnelle à la surface de section de la fibre nerveuse, plus rapide dans les gros conducteurs que dans les petits. ― L’intensité de l’influx nerveux varie évidemment selon la force, la fréquence, le rythme, la nature du stimulant initial. Mais pour une excitation identique, elle augmente ou s’amoindrit suivant le nombre des fibres contenues dans le conducteur. C’est ainsi que les appareils physiologiques les plus actifs, les plus sensibles, les plus délicats, les plus adaptés à leur fonction reçoivent le plus grand nombre de fibres leur apportant quantité d’influx nerveux : 80.000 fibres pour le membre supérieur contre 39.000 pour le membre infé-


rieur ; 25.000 fibres pour le seul muscle droit externe de l’œil.

De quelle nature est cet influx nerveux mesurable dans sa vitesse et son intensité ? Certains caractères le classent parmi les phénomènes chimiques : par exemple, durant son travail, la fibre nerveuse s’échauffe, consomme de l’oxygène, élimine dé l’acide carbonique, voit grandir sa vitesse d’influx du double pour chaque 10 degrés de température en plus, en conformité avec la loi de Van’t Hoff sur les réactions chimiques. Mais d’autre part, la quasi infatigabilité du conducteur nerveux, la présence d’un courant électrique entre sa surface et sa tranche de section en font un phénomène physique. Dès lors une conclusion s’impose : comme la vie elle-même, l’influx nerveux s’avère d’essence chimique et physique à la fois, apparaît comme une modalité particulière de l’énergie universelle.

Voilà donc maintenant connue l’unité fondamentale du système nerveux : une cellule différenciée et adaptée, le neurone, recevant par son ou ses prolongements protoplasmiques, ou dendrites, les impressions périphériques ou internes qu’elle transmet par son cylindre-axe unique soit directement aux organes de mouvement ou de sécrétion chez les êtres de structure rudimentaire, soit aux dendrites d’autres neurones interposés dans les formes plus évoluées. Fibres réceptrices, ou dendrites, cellule nerveuse et fibres effectrices, ou cylindre-axes, sont parcourues par l’influx nerveux, issu des réactions propres du neurone spécialisé aux excitations de toutes sortes provenant du milieu extérieur ou intérieur.

Avec une netteté saisissante, l’anatomie comparée permet de suivre, dans toute la série zoologique, l’apparition et le développement du système nerveux, c’est à dire la multiplicité croissante la complexité progressive de groupement et d’agencement des neurones, depuis la méduse avec sa couronne ombrellaire de cellules nerveuses déclenchant une mobilité fruste et limitée, jusqu’à l’homme avec son cerveau à texture compliquée, propre à toutes les opérations de l’intelligence, forme extrême de l’irritabilité primordiale du protoplasma vivant. Au début, l’arc réflexe, ou passage de l’influx nerveux du point d’excitation au lieu de la réponse motrice ou sécrétoire, s’inscrit tout entier dans une seule et même cellule nerveuse chargée à la fois de la mission réceptrice et émettrice du système. Puis, résultat d’une adaptation plus parfaite, un second neurone s’intercale dans le circuit réflexe, laissant au premier sa fonction de récepteur sensitif, prenant pour lui le rôle effecteur ou moteur. Ce nouvel élément ajusteur « non seulement proportionne, régularise, suspend ou décuple les réponses, mais encore garde le souvenir des influx qu’il a transmis. Et il n’est probablement pas excessif de voir poindre en cet élément le rudiment de la conscience organique. (Lhermitte). »

Sous l’influence des modifications incessantes de l’ambiance, de ses sollicitations constantes et toujours plus précises, l’organisme animal acquiert une structure encore davantage complexe. Entre le neurone récepteur et le neurone moteur, un troisième prend place, en charge d’association mieux établie et de renforcement d’activité, pour réagir à des excitations fortes, diverses, variables par une action ample, adéquate, extensive. Ainsi se constitue un centre nerveux des réflexe « intersegmentaires » ; car, à ce stade de développement, l’être vivant se trouve en état de segmentation définie et de différenciation fonctionnelle (vers).

À un degré supérieur d’évolution somatique correspond une disposition nouvelle des cellules nerveuses. Une solidarité générale s’établit qui nécessite un appareillage spécial. Les réflexes inter-segmentaires, issus de l’état parcellaire, sont conditionnés par des neurones « supra-segmentaires » qui n’ont de lien direct ni avec