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analogues ont fonctionné sous la direction d’Albert Thomas.

Des centres, tels que Bourges, Decazeville, Saint-Étienne, Paris, secouèrent la tutelle qui leur était imposée. De grands mouvements eurent lieu à cette époque chez les métallurgistes en vue d’appliquer le vrai contrôle ouvrier. Ils allèrent, comme à Decazeville, jusqu’à la prise des instruments de production (mines, hauts fourneaux, laminoirs) qui permirent aux ouvriers de se rendre compte de leur aptitude à organiser et à gérer la production.

L’idée des Conseils ouvriers fera son chemin en dépit de toutes les déviations qu’elle pourra encore subir. En Italie, lors de la prise des usines de Milan et de Turin, les Conseils d’usine et les Comités d’ateliers firent un grand pas. Si ce mouvement n’avait pas été trahi, il n’est pas douteux qu’en 1921, il eût permis à nos camarades italiens, sinon de triompher, du moins de faire une expérience du plus haut intérêt.

En Russie, les Conseils d’ouvriers jouèrent un rôle de premier plan. Ils furent l’âme de la révolution de novembre 1917. Malheureusement, dans ce pays où le syndicalisme n’existait pas, pour ainsi dire ; ils furent, de même que les syndicats, constitués par le gouvernement, bientôt asservis par ce dernier.

Les scandales auxquels les élections des délégués donnèrent lieu furent innombrables et inimaginables. Le gouvernement n’acceptait les résultats de ces élections qu’autant que ses candidats étaient élus. S’il en était autrement, il annulait purement et simplement les élections, jusqu’à ce qu’il ait satisfaction. Il n’hésitait d’ailleurs pas à déporter ou emprisonner les délégués élus qui ne souscrivaient pas à sa politique de parti.

Aujourd’hui, en Russie, les Comités ouvriers, les Conseils d’usines sont devenus, comme les syndicats, des organes du Pouvoir nouveau. C’est toujours le système de la collaboration et le contrôle ouvrier ne s’exerce pas pour la seule défense des droits des travailleurs.

En Allemagne, les Conseils d’usine ont pris quelque ampleur nouvelle lors de l’occupation de la Ruhr. Les Conseils d’usine de Rhénanie, de Westphalie, notamment, jouèrent un rôle important aux conférences d’Essen et de Francfort, sous la direction du Parti Comité directeur du Parti communiste allemand et de l’Exécutif de l’Internationale Communiste et de l’I.S.R.

La conférence de Chemnitz, après l’échec de l’essai de prise du pouvoir de Saxe, marqua le point culminant de leur action qui prit fin après les tragiques événements de Hambourg et la disparition des gouvernements partiellement ouvriers de Saxe et de Thuringe.

Il faudrait pouvoir étudier complètement toute l’histoire des Conseils d’usine et du Contrôle ouvrier en Allemagne pour arriver à donner l’idée exacte du contrôle ouvrier. Les Räte ou Conseils d’usines ont joué un rôle essentiel au cours de la Révolution de 1918. Les Spartakistes, soutenus par Daümig et Richard Müller avaient lancé le mot d’ordre suivant : Tout le pouvoir aux Räte. Haase et quelques indépendants cherchèrent une formule de transaction et déclarèrent qu’il ne fallait point poser le dilemme : ou bien « Ratasystem » ou bien système parlementaire mais, au contraire, chercher à concilier les deux systèmes.

C’est ainsi que le Wollsugsrat ou organe central des Conseils d’usines se vit enlever ses pouvoirs législatifs et exécutifs qui furent confiés au Conseil des six commissaires du Peuple : Ebert, Scheidemann, Landsberg (socialistes majoritaires), Hanse, Ditfmann et Barth (socialistes indépendants).

Un Comité central fut nommé (Zentrahrat). Il eut : autorité sur tous les Conseils d’usines d’Allemagne,


mais, en fait, il n’était guère efficient qu’à Berlin où il surveillait les Commissaires du Peuple.

Aussitôt la réunion de Weimar qui vota la nouvelle constitution, eu février 1919, Scheidemann, président du Conseil et Legien déclarèrent les Conseils d’usine superflus. Ils étaient — et on le conçoit — un obstacle à l’exercice du pouvoir de l’État et devaient disparaître. Des luttes violentes eurent lieu, et en février 1918, à. la suite de la grève de Berlin, le gouvernement dut céder. Il fut décidé que les Conseils d’usines auraient existence légale. Cette existence fut confirmée en avril 1918 lorsque Munich était aux mains des Conseils.

C’est alors qu’on commença à discuter sur ce que serait le contrôle ouvrier de la production.

Tandis que Haase louvoyait, Daümig et Müller déclaraient que les Conseils d’usines devraient avoir la maîtrise économique complète, contrôler la production, étudier la socialisation de l’industrie.

Wisel, social-démocrate, s’opposa à cette conception. Il voulait revenir à la collaboration des ouvriers et des patrons et établir le Bureau et le Conseil du Travail que les social-démocrates réclamaient déjà avant la guerre, tout en limitant le rôle des Conseils à une besogne secondaire.

Les syndicalistes comprirent qu’ils avaient été dupés par les politiciens et au Congrès de Nuremberg (4 juillet 1919), ils rédigèrent un code du travail qui déclarait : D’accord avec les syndicats, les Conseils d’entreprise réaliseront la démocratie dans l’usine. Le fondement de cette démocratie est le contrat collectif de travail sanctionné juridiquement et ayant force de loi.

Le Conseil d’entreprise réglait, d’accord avec le patron, l’hygiène, l’assurance, l’emploi des femmes, des enfants, des apprentis, la durée du travail, les salaires, le travail à la tâche, les congés, solutionnait les conflits. Cette résolution de Nuremberg ne fut pas acceptée par l’Assemblée nationale, du moins entièrement. Elle donna naissance à l’article 34, puis 165 de la Constitution définitive qui constituait le Conseil économique d’Empire et instituait obligatoirement les Conseils d’entreprises, les Conseils de districts et le Conseil d’Empire.

C’était un compromis entre l’économie rationnelle ( ?) de Wissel et les projets des syndicats. Le statut réel de ces organismes n’est pas encore complètement fixé et on ne sait encore quel sera le rôle politique et le caractère économique des Conseils d’Entreprises, pas plus qu’on ne conçoit exactement et de quelles façon s’exercera leur action de contrôle. La loi du 4 février qui sanctionne l’existence des Conseils d’Entreprises fixe bien leur statut, mais elle a été tellement remaniée qu’il est, en fait, impossible de déterminer la valeur exacte, politique et économique, de cette institution.

Ce qu’on peut dire, c’est que les Conseils d’Entreprises se sont vus retirer tous les pouvoirs qui faisaient leur force en 1918 et que, comme en Russie, ils ne sont plus que des rouages étatiques, à part quelques-uns qui essaient de réagir sous l’action des syndicalistes anarchistes et des communistes.

Leur réveil, en 1923, fut de courte durée et ils semblent se stabiliser sur le plan démocratique.

En France, l’idée n’a fait que peu de chemin, en dépit de la propagande faite et des projets établis depuis 1920. Les tentatives d’établissement du Contrôle ouvrier, au sens propre du mot ont réellement échoué en présence d’un patronat fortement organisé qui n’a pu être entamé nulle part en raison des divisions ouvrières.

Quelles que soient les difficultés à vaincre, quelque indifférence qu’éprouve encore pour le Contrôle ouvrier un prolétariat qui ne le comprend pas, n’en saisit ni la portée exacte, ni la valeur réelle, il faut cependant réaliser entièrement cette revendication, la plus com-