Page:Faure - Encyclopédie anarchiste, tome 1.djvu/445

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
CON
444


plète du prolétariat, puisqu’elle va de l’éducation du producteur jusqu’à la gestion des Entreprises.

Il faut d’abord tenter d’en fixer le caractère actuel, d’en déterminer les formes, d’en indiquer les moyens, en formuler les buts et constituer les organismes qui en assureront le fonctionnement.

C’est ce que je vais tenter de faire pour permettre d’œuvrer immédiatement.

Organisation pratique et immédiate du contrôle ouvrier. — Pour prévoir par quelles modalités le « Contrôle Ouvrier » peut être institué dans les entreprises, il convient, au préalable, de fixer d’une part le but général du contrôle et, d’autre part, les objectifs immédiats à atteindre.

Il découle des directives du Mouvement Syndical que le contrôle ouvrier doit aboutir à la gestion des entreprises par les travailleurs.

Dans l’atelier, l’organe de contrôle doit donc permettre de constituer la cellule primaire de la nouvelle organisation de la production.

En conséquence, ce contrôle sera établi de façon à permettre aux travailleurs ouvriers, employés, techniciens, de prendre en mains le cas échéant, la gestion de la production.

Mais, dans ce but, une condition préalable est à remplir, c’est d’assurer l’éducation des travailleurs pour les mettre à même de faire face à cette tâche. Le contrôle devra donc, en premier lieu, être constitué pour permettre à la classe des travailleurs de faire son éducation de « gestionnaire ».

Le but général du contrôle est double : 1°) Éduquer les salariés, et l’ouvrier en particulier, dans le but de leur faire connaître les rouages de la production ;

2°) Permettre aux travailleurs de prendre en mains, en connaissance de cause, la gestion de la production, quand les circonstances le permettront.

Quels sont, d’autre part, les objectifs immédiats à atteindre par le contrôle ouvrier ?

Ces objectifs doivent tendre à intéresser l’ouvrier au Contrôle, en lui faisant éprouver un intérêt à revendiquer cette institution. Son fonctionnement, par conséquent, permettra de poursuivre en connaissance de cause la réalisation des revendications des travailleurs. Ses avantages résident dans le contrôle par le travailleur, de l’emploi de son travail à tous les points de vue. L’installation du Contrôle permettra, non seulement de revendiquer un salaire normal, mais encore d’acquérir la capacité de gestion.

Ces conditions générales étant fixées, il faut :

1° Déterminer la nature des organes du contrôle ouvrier ;

2° Établir leur constitution ;

3° Fixer leurs attributions ;

4° Préciser, la coordination des divers organes de contrôle entre eux ;

5° Examiner leurs liens avec l’organisation syndicale d’une part, avec le patronat d’autre part.

Organes du contrôle ouvrier. — Pour être efficace, tant au point de vue éducatif que pour les buts finaux à atteindre, le contrôle ouvrier doit être institué dans chaque cellule de la production. Par conséquent, chaque atelier doit être “ contrôlé ”, ce qui oblige à créer un organe de contrôle dans chaque service de l’atelier : service technique et service administratif.

Ce contrôle doit-il être institué par atelier constitué ou par fabrication ?

Il semble plus rationnel, tant au point de vue de la facilité du contrôle que de l’efficacité de l’éducation pratique des ouvriers, d’établir le contrôle par fabrication.

Prenons comme exemple l’atelier mécanique d’une


usine de constructions de matériel électrique comprenant : forge, fonderie, atelier mécanique, bobinage, ajustage, montage, peinture.

La question pratique qui se pose est de savoir si, dans chaque atelier, le contrôle s’effectuera globalement pour l’ensemble des fabrications confiées à cet atelier (travail des machines, pointage, comptabilité, prix de revient), chaque contrôleur d’atelier se mettant en liaison avec le contrôleur de l’atelier voisin, pour suivre la marche des diverses fabrications, ou bien si, au contraire, dans l’usine, le contrôle se fera par fabrication.

Par exemple, pour la fabrication de moteurs électriques ; devra-t-on, dans l’atelier mécanique, organiser te contrôle en vue de suivre séparément le travail des pièces de chaque type de moteur confié à cet atelier ; puis garder la liaison avec l’atelier d’où sortent ces pièces et avec l’atelier où elles vont après l’atelier mécanique, ou bien, devra-t-on faire suivre globalement par le contrôleur de l’acier mécanique, l’ensemble des fabrications de cet atelier : moteurs de types divers, etc… ?

La constitution des organes de contrôle sera différente suivant que l’on adoptera l’un ou l’autre de ces points de vue.

En effet, dans le cas du contrôle général s’appliquant à toutes les fabrications de l’atelier, l’ouvrier qui en sera chargé devra suivre toutes les opérations dans l’atelier : techniques et administratives. Dans les ateliers importants, il lui sera extrêmement difficile, n’étant pas au courant des directives données par le Directeur de l’usine, de démêler l’organisation du travail. De.plus, son temps sera extrêmement absorbé par ce contrôle ; il doublera à la fois le contremaître et le pointeur. Cette situation entraînera la nécessité d’obtenir du patronat l’acceptation de distraire un ouvrier de son travail à titre permanent. Il n’est pas besoin d’insister sur les difficultés de toutes sortes que pourrait entraîner une pareille revendication.

Au contraire, si le contrôle est fait par fabrication, il peut être institué, par atelier, plusieurs contrôleurs qui, tout en effectuant leur travail, pourront suivre la marche des opérations d’un atelier à l’autre, en liaison avec les contrôleurs de la même fabrication dans les ateliers voisins.

Il suffira que les contrôleurs aient connaissance de la distribution du travail dans l’atelier, c’est-à-dire qu’ils soient aidés par les employés chargés de la comptabilité de l’atelier.

Et c’est ici qu’apparaît toute la valeur économique du contrôle par fabrication. Ce contrôle permettra facilement de connaître le prix de revient de la fabrication, clef de la forteresse patronale.

Possesseurs du prix de revient, les travailleurs auront en mains les données du problème des prix. Ils sauront exactement de quelle façon leur travail est « exploité », ils connaîtront également dans quelles mesures leurs salaires peuvent être modifiés. Enfin, ils pourront asseoir leur instruction économique et acquérir la. notion de « possibilité » qui, parfois, leur fait défaut.

Constitution des organes de contrôle. — Dans ces conditions, les organes de contrôle seront constitués par un certain nombre de contrôleurs choisis dans chaque atelier et affectés à une fabrication donnée ou, plus exactement, à l’exécution d’une « commande ».

Les contrôleurs des divers ateliers affectés à la même fabrication se réuniront pour confronter leurs renseignements.

En conséquence, on peut envisager dans chaque entreprise, la création de l’organisme de contrôle de la façon suivante :

a) Un Comité général du contrôle, composé de 4 à 16