Page:Faure - Encyclopédie anarchiste, tome 1.djvu/447

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
CON
446


être pris sur les livres des pointeurs, dans l’atelier même.

Les contrôleurs de chaque fabrication des divers ateliers se réuniraient périodiquement, désigneraient un secrétaire collectionnant ces renseignements, pour obtenir le prix de revient approximatif. Ce travail exigera peu de temps. Il pourrait être effectué sans difficulté par un ouvrier intelligent, à qui des instructions précises seront données.

L’institution du contrôle permettra de former rapidement des cadres ouvriers, connaissant le fonctionnement administratif de l’entreprise.

Le gros effort à faire est d’assurer l’éducation des Comités généraux, une fois nommés. A cet effet, des tournées de conférences seront instituées pour commenter le règlement à établir.

Enfin, on remarquera qu’il n’est pas question, dans cette organisation du contrôle ouvrier, de réclamer actuellement une part de gestion au bénéfice du Syndicat.

Outre que cette part de gestion ne pourrait pas être obtenue du patronat, ce qui vouerait à l’échec le succès de la revendication et en désintéresserait les ouvriers, cette revendication serait le prétexte du refus du contrôle.

En se bornant à la constitution des organes de contrôle, ce qui peut être réalisé en dehors de tout accord passé avec le patronat, on peut exercer pratiquement et effectivement le contrôle de la production indépendamment du patronat.

En cas de résistance patronale — ce qui ne peut manquer de se produire — il y aura, sur ces bases, une belle propagande à organiser.

Ce projet fut exposé au Congrès Confédéral de Lille, en juillet 1921, par le Comité Central des Syndicalistes révolutionnaires français. Bien qu’il ait fait l’objet d’une propagande active, il n’a pas encore été compris et moins encore appliqué.

Tel apparaît être le cadre dans lequel les ouvriers devraient s’efforcer d’agir avec méthode et persévérance dans le domaine immédiat.

L’organisation du Contrôle ouvrier qui, par le succès de la Révolution, deviendrait celle du Contrôle de la production serait, on le conçoit, sensiblement différente. Il ne s’agit plus, en effet, de surveiller, de comprendre la gestion capitaliste, mais, pour la classe ouvrière, de gérer elle-même.

Il serait sans doute prétentieux dans les circonstances actuelles, d’en tracer le schéma détaillé. Toutefois, il n’est nullement impossible d’en envisager les bases générales. Il est même nécessaire que cela soit fait, si on ne veut pas laisser au hasard le soin de faire cette besogne et peut-être, hélas ! risquer de compromettre le succès par des improvisations hâtives et désordonnées.

Dès maintenant, la première besogne à accomplir consiste à faire comprendre la valeur exacte du Contrôle, à constituer et à faire agir les organismes de ce Contrôle, qui seront, je le répète, les embryons du Contrôle de la production.

Si toute cette préparation morale et matérielle s’effectue normalement, la classe ouvrière sera à pied d’œuvre pour assumer les responsabilités de la gestion avec succès, le moment venu.

Tout de suite, disons que le Contrôle de la production devra s’exercer sous le contrôle des syndicats. Pourquoi ? parce que seuls les syndicats, force organisée de la Révolution, pourraient, sans déviation, pousser l’activité humaine vers les fins souhaitées. Si ce contrôle leur échappait, ce serait faciliter les entreprises que la contre-révolution ne manquera pas de tenter. Vouloir donner, comme en Allemagne et en Russie, tout le pouvoir aux Conseils d’Usines comprenant une très forte proportion d’inorganisés susceptibles de faire dévier la


révolution de sa ligne droite, c’est courir une grave aventure, risquer un gros péril.

Si, en Russie, il y eut accaparement des Conseils d’Usines par le gouvernement, c’est précisément que les syndicats étaient ou inexistants ou pIacés dans la main du gouvernement.

Et puis, lorsqu’il y a plusieurs usines de la même industrie dans une même localité, il doit y avoir coordination dans la production, l’approvisionnement, l’écoulement des produits. Tout cela ne peut être réglé que par le Syndicat d’industrie, centre de coordination des Conseils d’Usines.

Est-ce à dire qu’il faille écarter des Conseils d’Usines les inorganisés, les sans-parti ? Non. Au contraire, la participation des inorganisés à ces Conseils leur fera comprendre la nécessité du groupement, elle en fera des propagandistes de premier ordre pour les syndicats.

J’ai dit, au cours de cet exposé que les Conseils ouvriers devraient remplacer des Conseils d’administration capitalistes actuels. Il faut donc concevoir une organisation qui permette d’atteindre ce but, sans laquelle toute gestion est impossible.

Pour cela, il est nécessaire de prévoir une organisation technique et une forme de gestion capables de jouer le rôle des Conseils capitalistes sur ce plan nouveau.

Il semble bien que l’organisation technique doive trouver sa base dans l’atelier et que l’organisme de doive être composé des militants les plus aptes à assurer ce rôle, quelle que soit leur spécialité.

Donc, l’administration de l’usine doit reposer sur deux groupements essentiels les Comités d’Ateliers qui forment le Conseil technique et les Conseils d’Usine spécifiquement chargés de l’organisation générale de l’usine : approvisionnement, production, échange sous la direction d’un Conseil de gestion restreint formé des représentants des Comités d’ateliers et des Conseils d’usines, fonctionnant lui-même suivant les décisions et sous le Contrôle du syndicat d’industrie et de l’Union locale.

Une telle organisation, dont il n’est pas nécessaire de fixer le rôle dans le détail, assurera à l’ordre nouveau un maximum de souplesse et d’efficacité d’action toujours contrôlé, ce qui est indispensable pour qu’on ne s’écarte à aucun moment de la doctrine révolutionnaire pour que les conquêtes du prolétariat soient constantes.

En dehors de ces lignes générales, il est bon de laisser l’initiative particulière s’exercer. C’est de l’expérience cumulatrice que surgira la meilleure forme du Contrôle de la production, l’organisation la plus efficace du travail.

Le Contrôle devra pourtant être rapidement constitué, si on veut réduire au minimum le temps d’arrêt de la production et des échanges, facteur essentiel du succès de la Révolution.

En somme, le Contrôle ouvrier aujourd’hui, celui de la production demain, sont les grands problèmes qui doivent être examinés et solutionnés rapidement si le prolétariat veut être en mesure d’assurer lui-même, hors de tous les partis et de leurs gouvernements, le salut des travailleurs.

Insister davantage sur le caractère des efforts à accomplir, m’apparaît inutile. — Pierre Besnard.


CONTROVERSE. n. f. Discussion d’un sujet sur lequel on ne se trouve pas d’accord. La controverse se fait généralement en public et le sujet débattu est ordinairement d’ordre politique ou social. Lorsqu’elle est courtoise, la controverse est utile parce qu’elle oppose arguments à arguments et idées à idées ; mais quand la passion et le fanatisme s’en mêlent, la controverse n’est plus une source de lumière mais d’obscurité.

La controverse sincère est une bonne arme de propa-