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gande, car elle permet à l’auditoire de se faire une opinion sur une question qui l’intéresse, à la condition cependant que le débat se poursuive en bon ordre et sans dévier.


CONVENTION. n. f. Accord, entre deux ou plusieurs personnes, entre diverses organisations sociales, commerciales ou politiques, ou encore entre deux ou plusieurs États.

Une convention est un traité verbal ou écrit que chaque partie s’engage évidemment à respecter. La Grande-Bretagne durant la guerre de 1914, en vertu d’une convention avec la France, s’engagea à enrôler dans ses armées les sujets français résidant en Angleterre ou de les expulser de son territoire.

C’est en vertu d’une convention internationale acceptée par tous les pays du monde que l’or sert d’étalon en matière d’échanges commerciaux et de transactions financières.


CONVICTION. n. f. Certitude de la véracité d’un fait, d’un principe, d’une idée. Les convictions ne reposent pas toujours sur des preuves contrôlables et c’est ce qui explique les convictions bâtardes ou erronées de bon nombre d’individus. Les convictions religieuses, par exemple, sont étayées sur la foi et sur la croyance et non sur la raison ; cela n’empêche pas les fidèles sincères, d’avoir la conviction que Dieu existe et que nous lui devons une obéissance absolue et sans contrôle. Il leur serait pourtant difficile et même impossible d’apporter une preuve quelconque à l’appui de leurs convictions.

Une conviction sincère est toujours respectable quelle qu’elle soit ; il faut néanmoins combattre et chercher à détruire celles qui sont dangereuses pour la liberté individuelle et collective, car elles sont une source d’erreurs et de préjugés nuisibles à l’évolution et à la civilisation.

Les Anarchistes sont convaincus que l’ordre économique bourgeois est une entrave à la paix sociale et au bonheur du genre humain et que seul le communisme libertaire peut régénérer le monde ; c’est pourquoi ils défendent leurs convictions avec chaleur, espérant les faire partager par le plus grand nombre possible d’individus qui, venant grossir les rangs des exploités conscients de leur force, travailleront à la transformation sociale.


CONVOITISE. n. f. La convoitise est le penchant qui incite à désirer ce que l’on n’a pas et qui appartient à autrui. Ce terme est presque toujours employé péjorativement et pourtant il est des convoitises raisonnables, sensées et logiques.

S’il est méprisable et parfois odieux de convoiter des richesses, des honneurs et des plaisirs, surtout lorsque ceux-ci ne peuvent être acquits qu’au détriment de son prochain, par contre il est tout à fait compréhensible que le peuple vivant dans la misère, face à la richesse de certains, convoite le bien-être de la bourgeoisie.

La convoitise est un défaut si elle dépasse certaines mesures, c’est-à-dire si elle conduit un individu à désirer plus que son voisin et à se procurer par des moyens indélicats ou par des bassesses l’objet de sa convoitise ; elle est au contraire une qualité si elle détermine l’individu à lutter pour être placé sur le même rang et au même niveau que ses semblables afin de bénéficier avec eux de toutes les richesses sociales. C’est pour maintenir l’esclavage du peuple que de tous temps les lois civiles et religieuses ont interdit de convoiter le bien de son prochain ; heureusement que, petit à petit, la lumière se fait dans les cerveaux et du jour où l’homme saura sainement convoiter, la Révolution, en abolissant tous les privilèges, fera disparaître la convoitise.



COOPÉRATION. n. f. Auprès des révolutionnaires, et même des anarchistes, l’idée de la coopération n’a pas joui de la faveur ni attiré l’attention a laquelle elle a cependant droit par ses origines, qui la rattachent directement aux doctrines socialistes et anarchistes, par son importance pratique en tant que facteur économique actuel ; par les possibilités d’avenir et de reconstruction sociale qu’elle offre.

Cette défiance provient surtout de la prédominance de la mentalité bourgeoise dans les associations coopératives, et du peu d’idéalisme social qui s’y manifeste, faisant place à des préoccupations mercantiles, à l’égoïsme des adhérents et encore plus des dirigeants.

La coopération n’a pas su éviter l’adaptation au milieu. On en pourrait dire autant du syndicalisme, des partis politiques et même révolutionnaires. Issue du monde ouvrier, elle a dévié du but que lui assignaient ses protagonistes. Comme dit Ch. Gide, dans son livre les Sociétés Coopératives de Consommation, page 24 : « Le système coopératif n’est pas sorti du cerveau d’un savant où d’un réformateur, mais des entrailles même du peuple. » Vérité incontestable. Mais le peuple n’a pas su conserver la direction de ce mouvement, qui lui offre pourtant de magnifiques possibilités pour la lutte présente et pour les fondations de la société de demain.

Le dédain dans lequel les militants tiennent la coopération proviennent aussi d’une différence, essentielle de mentalité : les nécessités de la lutte sociale exigent des tempéraments ardents, dévoués, plus ou moins risque-tout ; l’organisation d’une coopérative, de quelque forme qu’elle soit, demande d’autres qualités, dont la première est la pondération et la seconde la souplesse.

Les coopératives ont également absorbé, retiré de la lutte, fait des petits bourgeois de bons militants. Reproche justifié, mais qui peut s’appliquer tout aussi bien au milieu social qui se charge d’abattre la combativité des camarades.

La coopération, malgré ses imperfections, ses défauts, ses déviations, n’en reste pas moins une forme d’association ayant son importance, et surtout offrant une base solide à toute idée de reconstruction sociale. Quand le souffle révolutionnaire, pénétrant là comme ailleurs l’aura débarrassée des éléments malsains qu’elle traîne, elle se présentera comme une forme d’organisation souple et pratique capable d’assurer la production, la circulation et la répartition des produits, tout en laissant la liberté aux membres. Les coopératistes les plus neutres au point de vue social, les Gide, Gaumont, etc., ont dû reconnaître à maintes occasions, l’idéal libertaire qui présidait à la coopération.

La coopération, c’est le régime de la libre association se substituant au régime de la concurrence ou du monopole, base de la société bourgeoise. Des consommateurs ou des producteurs, pour conquérir à la fois le bien-être et l’indépendance économique, s’associent et administrent leurs affaires en dehors de toute tutelle étatiste ou capitaliste, n’est-ce pas là, théoriquement tout au moins, le fondement même de la reconstruction sociale du point de vue anarchiste ?

Les protagonistes de la coopération sont les pères spirituels des différentes doctrines sociales. Citons De L’Ange, Lyonnais, qui, pendant la révolution de 89, tenta maints essais ; Fourier, avec son familistère, ou coopérative intégrale de production et de consommation confondues ; Owen, qui inspira les pionniers de Rochdale ; Saint-Simon, avec son coopératisme mystique et religieux, qui dévia avec le positivisme des adeptes d’Auguste Comte ; Buchez, autre mystique coopérateur ; Proudhon, qui lança l’idée et tenta la réalisation de la coopérative de crédit « La banque du peuple » et préconisa les différentes formes de la coopération ; Louis Blanc, avec son coopératisme aidé et contrôlé par l’Etat ;