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dans tous les pays où défendre son pays, défendre sa nation est un devoir.

Mais demandons au pauvre garçon de ferme de la Beauce ; au pauvre pâtre qui, pour quelques sous par jour, un bout de pain noir et du fromage mène une vie solitaire et perdue, dans ses montagnes ; demandons à l’ouvrier d’usine qui durant 8 ou 10 heures par jour et cela pendant des années et des années, jusqu’à la mort, trime et végète devant les hauts-fourneaux qui le brûlent ; demandons à toute cette agglomération de parias, à toute cette armée de plébéiens des champs et des villes, ce qu’ils ont, eux, des richesses accumulées par les ancêtres ; demandons-leur où elle est leur liberté, où elle est la nation qu’ils défendent, ce qu’elle leur a donné, le bénéfice, l’avantage qu’ils ont à se battre de tel ou tel côté de la barricade ; demandons-leur pourquoi ils défendent la nation, ce qu’elle représente à leurs yeux. car enfin, pour tout abandonner, pour tout quitter : femme, enfants, père, mère, amante, pour préférer la mort à la vie, pour se donner ainsi entièrement, sans protester, pour répondre par le mot : présent à l’appel de la patrie, pour consentir à se livrer corps et âme à la défense de la nation, il faut se faire une idée grandiose de la nation, il faut qu’elle soit une source de joie, de bonheur, d’allégresse et d’amour ; il faut qu’elle soit le temple de la bonté, de la justice, de l’égalité, de la fraternité ; il faut que seule, cette nation puisse nous donner tout ce à quoi nous rêvons, nous aspirons, et que nulle autre au monde ne puisse réaliser notre rêve et notre idéal.

En est-il ainsi, et est-ce pour cela que la « défense nationale » arrive à recruter ses armées ? Hélas, non ; et le patriotisme ou le nationalisme du peuple ne repose jamais sur des réalités, mais sur des illusions. Qui n’a, pas lu l’œuvre magistrale d’Octave Mirbeau ? Dans ses Vingt et un jours d’un neurasthénique, le célèbre écrivain nous présente Joseph Tarabustin qui, à, la frontière espagnole va chaque soir faire son pèlerinage au dernier bec de gaz de France. Et en extase devant cet appareil d’éclairage, il cherche à faire partager à sa femme les sentiments de patriotisme qui se lèvent en lui, qui montent du plus profond de son être, et qui le remplissent de grandeur et de fierté.

Voilà en vérité ce que c’est que la nation ; c’est le dernier bec de gaz de France, c’est le dernier bec de gaz d’Allemagne, c’est le dernier bec de gaz d’Italie. C’est moralement pour ce symbole que les peuples se déchirent entre eux ; c’est à cause de ces préjugés que l’on arrive à enrôler dans les rangs de la défense nationale des millions de travailleurs qui se massacrent entre eux pour défendre, non pas la nation, mais les intérêt-particuliers des capitalistes nationaux. Il y a parmi cette foule d’inconscients qui se laisse mener passivement à l’abattoir, convaincue qu’elle remplit un devoir sacré, une minorité qui se refuse ou tente tout au moins de se refuser au sacrifice qu’exige la « défense nationale ». Elle est impitoyablement écrasée par les forces d’autorité, de répression, de violences, mises au service des institutions de la bourgeoisie. La défense nationale engloutit tout ce qui peut être un facteur de victoire et tous les hommes en vertu de ce principe : « La nation est en danger » doivent se donner entièrement aux exigences de la défense nationale.

La grande guerre de 1914-1918 éclaire d’une lueur brutale, aveuglante même, le mensonge — sur lequel repose cette formule. Même en se plaçant sur le terrain du nationalisme le plus large, il est impossible de légitimer cet acte monstrueux qui oblige un homme ou une population à aller se faire tuer pour défendre sa nation. Au sens bourgeois du mot, la nation n’existe pas et en conséquence la défense nationale est un leurre.

Prenons les uns après les autres les pays qui ont été entraînés dans la catastrophe de 1914. Où est-elle


l’unité nationale de la France ? Est-ce que les Algériens, les Sénégalais, envoyés sur le front pour y défendre la « mère patrie » avaient une raison plausible pour se battre et se trouver plutôt d’un côté de la barricade que de l’autre ? Où est-il le patriote ou le nationaliste assez subtil pour soutenir cette thèse : que les Sénégalais devaient concourir à la défense nationale parce que leurs intérêts sont intimement liés à ceux des grands industriels et des grands financiers français. En vertu de quels principes et au nom de quel devoir national l’Autriche-Hongrie obligea-t-elle ses minorités. nationales à prendre part au conflit ? Si l’on excepte la contrainte, quelles raisons poussèrent les Tchèques, les Croates, les Slovènes, à défendre cette nation dont ils refusaient la nationalité et dont ils se séparèrent aussitôt que l’Empire écrasé fut incapable de les maintenir sous sa domination ? Sur quoi reposait le nationalisme polonais, alors que les habitants de la Pologne étaient répartis entre l’Allemagne, la Russie et l’Autriche et ne se libérèrent, politiquement qu’à la fin de la guerre ? Et les Irlandais qui, depuis le xiie siècle, mènent une lutte opiniâtre contre l’impérialisme britannique ; et les 300 millions d’Indiens qui sont asservis à la perfide Albion ; sous quelle forme se présentait à eux la « défense nationale », et n’est-ce pas simplement contraints et forcés que ces hommes prirent part à la lutte, animés par un sentiment de peur, mais non pas par un sentiment de nationalisme ?

La « défense nationale » est un bluff formidable, elle ne se soutient pas et ne résiste pas à l’analyse. Il n’y a, disons-nous plus haut, qu’une infime minorité qui a intérêt à défendre la nation, parce que pour elle, la nation représente la richesse, le bonheur, tous les privilèges, tous les droits, toutes les libertés ; cette minorité, c’est le capitalisme. Mais le capitalisme serait impuissant à se défendre lui-même et c’est pourquoi il a recours à toute la population du pays. Il a inventé la « nation en danger » et est arrivé à faire croire que chacun devait fournir son cerveau et son corps pour défendre la nation ; sur cette croyance des crimes monstrueux ont été accomplis. Peut-être est-il temps que cela cesse. L’horrible cauchemar que nous laisse la dernière guerre n’est-il pas suffisant pour nous rappeler que le peuple n’a rien à défendre sinon sa peau, et qu’il n’a rien à donner à la nation, qui, elle, lui prend tout ? Il n’a pas à s’occuper de « défense nationale » ; sa nation, elle est à bâtir, elle sera universelle ; mais auparavant, il faut détruire les barrières qui divisent les hommes ; il faut que les individus comprennent que la vie ne peut être belle qu’à l’abri de toutes tentatives belliqueuses, que les guerres, toutes les guerres sont engendrées par le capitalisme, et que la « défense nationale » est un préjugé atroce et terrible qui coûte chaque siècle à l’Humanité des millions d’êtres jeunes et vigoureux.


DÉFENSE LÉGITIME. Bien que le mot légitime veuille dire : « Ce qui a les qualités requises par la loi », dans le langage courant, il est employé comme synonyme de « juste » et de « équitable ». et il ne faut pas confondre, par conséquent, ce que l’on appelle « la légitime défense » avec la défense légitime. Le droit de légitime défense est consacré par l’article 328 du Code pénal qui dit : « Il n’y a ni crime ni délit lorsque l’homicide, les blessures et les coups étaient commandés par la nécessité actuelle de légitime défense de soi-même ou d’autrui. » Tout en reconnaissant à chaque individu le droit de se défendre lorsqu’il est attaqué, il ne peut être ignoré cependant, que ce droit de légitime défense qu’accorde la loi, est surtout une arme entre les mains des forces répressives. Il est tout naturel, et cela n’a pas besoin d’être consacré par un article du code, que l’individu qui se trouve en danger, use de tous les moyens a sa portée pour sauver sa vie, mais